FRUITERIE. V. CONSERVATION DES FRUITS
FRUITIERS (ARBRES). On nomme ainsi les arbres qu'on cultive pour en manger les fruits. On les divise en quatre classes ; ce sont : 4° les arbres à fruits à noyaux, tels que le Pêcher, l’'Amandier, etc.; 2° les arbres à fruits à pépins, comme le Poirier, le Pommier, etc.; 3° les arbres ou arbrisseaux à fruits en baie : ce sont la Vigne, le Groseillier, le Framboisier, etc.; 4° enfin les arbres à fruits en chaton, parmi lesquels on distingue le Noyer, le Châtaignier, le Noisetier et le Pistachier.
L'origine de la plupart de nos arbres fruitiers, c’est-à-dire l’époque à laquelle ils ont commencé à être cultivés, se perd dans la nuit des temps. De nos jours néanmoins, gràce à de meilleures observations et à une publicité plus grande, le
FUC o711 nombre des espèces ou variétés connues a prodigieusemenit augmenté. Homère cite seulement le Poirier dans la description des jardins d’Alcinoüs. Au commencement de l'ère chrétienne, Pline énumère 43 variétés de Poiriers, 29 de Pommiers, 41 de Pruniers, 8 de Cerisiers et 4 de Pêchers, et il est probable qu'il n’avait en vue que les plus tranchées. Sous Henri IV, Olivier de Serres, l’estimable auteurdu Thédtre d'Agriculture, nomme 61 poires et 30 pommes; de son iemps on ne connaissait que 200 variétés de fruits. Moins d’un siècle plus tard, sous Louis XIV, La Quintinie en signale beaucoup plus, et, cent ans après, Duhamel en énumère encore davantage. Mais c’est surtout pendant la première moitié de notre siècle que le nombre des fruits s’est augmenté, puisqu'aujourd'hui il y en a plus de 2,000 connus et iécrits.
Quand on réfléchit que lenombre des espèces sauvages s’est accru parallèlement, puisque Dioscoride n’en citait que 700, Linné 8,000, et que de Candolle en a décrit 120,000, on est porté, avec M. Alexis Jordan (1), à croire que c’est moins lenombre des arbres cultivés qui a augmenté que la somme de nos connaissances et la perfection des observations. Nous ne voulons point ici faire un traité sur la culture des arbres fruitiers, il nous faudrait pour cela un livre tout entier; du reste,
plusieurs hommes compétents ont publié les résultats de leur
expérience, et il est facile de se procurer leurs ouvrages (2). En parlant de chaque fruit, nous indiquerons les meilleures variétés, que nos relations avec les arboriculteurs les plus expérimentés nous ont donné la facilité de connaître.
FUCHSIA. Voici comment le Journal de la Société d'horticulture de Mäcon raconte l'histoire de l'introduction du Fuchsia en Europe : « Il y a environ une cinquantaine d’années, dit le rapport que nous citons, M. Lee, jardinier près de Londres, montrant un jour son jardin à un de ses amis. celui-ci lui dit: «Tout cela est bien beau, mais ce n’est rien comparativement à ce que j'ai vu ce matin à Wapping. — Vraiment? répliqua Lee. Et à quoi ressemble cette mer veille? — Cette plante est d’une élégance parfaite, ses fleurs pendent comme des glands au bout de ses branches flexibles, leur couleur pure est d’un beau cramoisi, et leur calice est semé de pourpre et d’or... » Le vieux Lee lui demanda l'in-
(1) De l'Origine des diverses variétés ou espèces d'urbres fruitiers. — Paris, Baillière, 1853.
(2) Instruction élémentaire sur lu conduite des arbres fruitiers, par Dubreuil. — Paris, Masson, 1854, TOME III. 25
5718 . FUC
dication du lieu qui recelait ce trésor, courut à Wapping, découvrit cette plante sur l'appui d’une fenêtre, s’assura du premier coup d'œil qu’elle était encore inconnue en Angleterre, entra dans la maison, et demanda à la pauvre femme qui l’habitait si elle voulait lui vendre cette petite plante. «Oh! non, monsieur, répondit-elle ; mon mari me l’a apportée des Indes orientales, il est reparti, et je lui ai promis de conserver cette fleur. » Le jardinier insiste, la femme refuse de nouveau; alors, tirant de sa poche tout l'argent qu’il avait sur lui (8 guinées, 200 francs), il le lui offrit. « C’est bien de l'argent, » répondit la femme en hésitant. Lee aussitôt se hâta de conclure le marché, et emporta la plante après avoir promis à la femme du matelot de lui apporter la première multiplication qu’il obtiendrait. Lee se jeta alors dans un fiacre, cachant la plante sous ses habits comme s’il leût dérobée. Arrivé chez lui, son premier soin fut de couper les (leurs et les boutons ; il boutura, marcotta toutes les branches, et, au commencement de la saison suivante, Fhabile jardinier avait tro:s cents plantes de Fuchsia.
« Uñe grande dame acheta la première un louis, et elle la montrait avec orgueil à ses amies. Tout le monde voulut bientôt avoir cette jolie fleur, et Lee gagna 300 guinées pour
huit qu'il avait risquées. Si ce brave homme pouvait revenir au monde, quel serait son étonnement en voyant les riches et nombreuses espèces ou variétés que nous possédons aujourd’hui ! Pourrait-il reconnaitre sa petite plante en voyant le fulgens, le corymbiflora, le multipleæ, Anderson, la Belle-Étoile, le Changarnier, le Roi des Fuchsias. le Prince Arthur, le Mazeppa, le Snowball, el mille autres? »
Le Fuchsia est en effet un des arbustes les plus élégants que nous possédions aujourd’hni. La grâce. de son port, la beauté de son feuillage, la délicatesse et Ja poésie de ses leurs, la facilité de sa culture, la durée de sa floraison, qui est presque perpétuelle, en font l’un des plus beaux ornements des serres, des appartements, des fenêtres et mème des jardins, dans lesquels on peut le mettre en massif pendant la belle saison.
Pour obtenir de beaux pieds et une riche floraison, il faut Jonner aux Fuchsias des soins et une culture qu'il ne sera pas inutile de connaître.
La serre où on les place pendant l'hiver ne doit être ni trop haute, ni trop basse. Si elle était trop haute, la plante s’effilerait,et ses rameaux trop grèles seraient sans vigueur ; si elle était trop basse, elle étoufferait faute d'espace pour respirer. Les plantes doivent être disposées en amphithéätre sur des