GOU 599 GOUDRON. V. RÉSINE
GOUET. Arum. Tout, dans ce genre de plantes, semble bizarre : leurs feuilles souvent marbrées, sagittées et pétiolées quoique engainantes par leur base, leur spathe en capuchon ou longue oreille de lièvre, leur spadice en massue, des étamines sur plusieurs rangs, des carpelles stériles, des ovaires groupés en sorose ; mais ces particularités étonnent moins encore que la chaleur qui se développe dans la fleur au moment de son épanouissement ; elle est telle, que, dans les grandes espèces étrangères, on ne peut alors tenir le spadice entre les doigts. La plupart des Arum ont dans leurs feuilles un suc àâcre et caustique, mais leurs racines les rendent précieux.
Nous possédons deux espèces indigènes très-communes, le G. VULGAIRE et le G. 1TALIQUE ; on les confond ordinairement sous les noms de Pied-de-veau, Monsieur, Religieuse, Cornet, Fuseau, etc. La petite tèle nue du spadice sous son large capuchon invite beaucoup les enfants à les cueillir, mais il faut s’en défier; leur suc âcre est vénéneux et cause des inflammations brûlantes à la gorge. On ne peut l’employer sur la peau que comme rubéfiant. La même âcreté existe dans la racine employée comme purgative, mais elle la perd par la dessication et les lavages, et peut, par l’abondante fécule qu’elle contient, devenir très-utile en temps de disette et remplacer en tout celle du Blé. Elle sert dans quelques pays pour laver le linge, dans d’autres on la donne aux cochons.
La G. SERPENTAIRE, À. dracunculus, croit dans le midi de la France ; sa haute taille, sa tige blanche et marbrée de noir comme le ventre d’une vipère, son grand capuchon vert en dehors et brun-rouge en dedans, la rendent intéressante ; elle exhale, lors de sa floraison, une odeur cadavéreuse qui attire les mouches et les trompe. La Serpentaire veut dans les jardins un endroit frais et ombragé. On la multiplie de graines et d’éclats.
Une quatrième espèce encore plus remarquable, mais plus rare, est le GOBE-MOUCHE, À. muscivorum ou crinilum, des iles de Corse et de Minorque. Il a beaucoup de ressemblance avec le précédent, mais le fond de son tube est garni de poils violets, qui, semblables à des dents aiguës, enlacent et retiennent captives les mouches qu’attire son odeur. On le cultive en pot; c’est une plante “He 5 2 Ses feuilles ne sont pas entières, mais découpées en pédales.
La fameuse CoLocaste d'Egypte, dont parle Virgile, est aussi un Gouet propre aux lieux humides de l'Egypte et de la Syrie. Sa racine, très-àâcre quand elle est fraîche, devient douce et bonne par la coction; elle donne une abondante fécule. Ses
feuilles bouillies peuvent remplacer tous les autres légurnes. Un coin de terre planté de Colocase suffit pour nourrir une famille nombreuse, mais elle veut de la chaleur. On la cultive dans l'Amérique et les Indes.
Le CHOU CARAÏBE, irès-renommé en Amérique, fournit aussi dans ses racines et ses feuilles une bonne nourriture aux nègres et aux Indiens; c’est l'A. esculentum, tandis que PA. hederaceum, l'Herbe-aux-méchants, sert aux esclaves à empoisonner leurs maitres.
GOURDE. V. CALEBASSE, COURGE. GRAINE. Ce qu'est l’œuf à lanimal, la graine l’est à la
plante ; comme lui, formée sur l'être qu’elle doit reproduire, elle s’en sépare à un temps donné; elle attend comme lui, mais pour un temps bien plus long, que des circonstances favorables viennent développer l'être organisé qu’elle renferme en son sein; l'embryon ou germe nage, comme celui de l'œuf, dans la substance alimentaire que lui fournit le périsperme ou les cotylédons ; enfin l’enveloppe protectrice de la graine, le teste ou l’épiderme, en est comme la coque ou la pellicule.
En vertu de cette parole divine : Que toute herbe et tout arbre porte sa semence qui le reproduise, la graine est spécialement chargée de la conservation de l’espèce. Il est vrai que les greffes, les bourgeons, les boutures, et tous les germes latents répandus dans les végétaux, peuvent également concourir à leur reproduction; mais ce mode de multiplication l’affaiblit, l’altère, et tend à la détériorer ; et ce qui le prouve le mieux, c’est que le même arbre, longtemps reproduit de la sorte, finit par ne plus donner que des graines stériles. Ainsi, la permanence des races végétales n’est due qu'à là graine, qui ramène toujours plus ou moins à l'espèce primitive.
Ilest arrivé cependant’ que des nuances différentes dans la poussière fécondante ont créé des races que les graines ont conservées. C’est ainsi qu'ont été obtenues les fleurs doubles et toutes les améliorations qui se font dans les Céréales et les plantes potagères et fourragères. L'œuvre de l’homme est d'obtenir des variétés à force d’art et de soins; celle de la nature est de conserver le type primordial. Elle a pour cela multiplié le nombre des graines à l'infini ; le Pavot, par exem-
ple, l'Erable, le Bouleau, en portent une quantité telle, qu'on
ne la peut comparer qu'aux œufs de poisson, que l’on sait aussi être inombrables. Tant de dangers et de chances de mort menaçaient leur frêle existence, que la Providence a calculé sur eux ces trésors de reproduction. Trop environnés d’en-
nemis pour envahir, les uns la terre, les autres les mers, assez nombreux cependant pour perpétuer leur race et fournir à d’autres êtres un aliment fait pour eux, ces germes féconds, reproducteurs des deux règnes, sont pour l’homme reconnaissant un nouveau témoignage de sagesse et de bonté.
C’est toujours sur les pieds les plus vigoureux qu’on doit recueillir les graines. Si l’on vise à conserver l'espèce dans toute sa pureté, le porte-graine ou plante-mère doit être éloigné de ses congénères; si l’on vise au contraire à des variétés, il faut qu’il se trouve au milieu d'elles pour que la dissémination du pollen ait sur les semences une influence sensible ; il faut ensuite recueillir la graine sur les plus belles fleurs, à maturité parfaite, et la conserver, s’il se peut, dans son péricarpe et même son enveloppe calicinale, ou tout au moins la tenir à l'abri de l'air, de la lumière, de la chaleur et de l'humidité. On conseille de mêler celles qui se gardent le moins bien avec de la terre ou du sable dans une bouteille ou uue boîte de fer-blanc. Pour les autres détails, voyez SEMIs.