LAURETIN. V. VIORNE LAURIER-TIN
LAURIER. Laurus. Ce genre, l’un des plus intéressants en Botanique, offre un grand nombre d'arbres ou d’arbrisseaux toujours verts, plus ou moins précieux par le principe aromatique que renferment leur bois et leur écorce. Ils conviennent tous aux pays chauds. L'espèce le plus souvent cultivée en France est le Laurier d’Apolion. LesLauriersexotiques les plus remarquables sont : le Camphrier, le Cannellier, le Cassia, le faux Benjoin, le Sassafras, l’Avocatier.
4° Le L. p’APOLLON, L. nobilis (Laurier commun, Laurier noble). C’est le Daphné des Grecs. Leurs poètes disent
ue Daphné, fille du fleuve Pénée, fuyant devant Apollon, ut changée en Laurier. Cet arbre fut dès cet instant consacré au dieu du jour. On s’en couronnait au retour de Delphes, quand l’oracle avait été favorable. Le seul pétillement du Lau-
rier mis au feu était d’un heureux présage. On donnait aux poètes des couronnes de Laurier comme à des favoris d’Apol- Jon, et à Parthénope, sur le tombeau de Virgiie, naqguirent, dit-on, deux Lauriers dont les branches renaissaient plus belles quand on les coupaif, comme si la nature elle-même eût pris soin de couronner le chantre de Mantoue. Du front des poètes le Laurier passa sur celui des vainqueurs qu’ils avaient chantés. Les Romains en décoraient les triomphateurs ; on sait que Jules César sollicita du sénat la permission d’en porter toujours une couronne. Plus tard on fit des avenues de Laurier aux portes des empereurs, si bien que Pline la nommé le portier des Césars et le gardien de leurs palais.
A cet hommage rendu aux empereurs se jsignaient de fausses idées sur les vertus de cet mc es sacré. On croyait qu’il ne pouvait être alteint de la foudre ; on le regardait même comme une panacée universelle, et c’est pour cela sans doute qu'on en décorait les statues d’Esculape et qu’on en plaçait des rameaux à la porte des malades. Les écoles de médecine voulurent que les nouveaux docteurs reçussent, pour leur admission, une couronne de Laurier orné de ses baies; cette couronne de baies de Laurier (bacca laurea) fut leur premier baccalauréat, et de là le titre de bachelier qui a passé peu à peu aux docteurs en différentes facultés.
Le feuillage Loujours vert du Laurier, le port noble et élancé de ses branches, et la suave odeur de toutes ses parties, ont sans doute été pour beaucoup dans ces hommages universels. C’est un grand arbrisseau à rameaux nombreux, droits et serrés, mais à fleurs peu apparentes ; il convient aux parties méridionales de l’Europe et forme en Afrique des forêts entières. On le cultive dans nos jardins en terre franche et légère ; il veut surtout une chaude exposition, et pour l'hiver un épais manteau de foin et de litière. On le multiplie aisément de marcottes et d’éclats.
Les baies et les feuilles du Laurier sont trop aromatiques pour être sans usage. Les feuilles, sous les noms de Lauriersauce, Laurier-à-jambon, servent à décorer les mets ou à relever leur goût. On en accompagne toujours les emballages de médicaments ou de fruits secs, tels que figues et raisins, qui nous viennent du Midi ; leur infusion est estimée comme digeslive, stomachique, carminative, sudorifique, anti-spasmodique. |
Les baies, dont l’odeurest encore plus forte, donnent, comme les feuilles, une huile essentielle usitée en parfumerie, et, en outre, une huile grasse, connue sous le nom d’huile de Lau-
rier ; elle est résolutive, émolliente, et assez en usage dans les liniments.
20 Le L.cAMPHRIER, L. camphora, bel arbre du Japon ou de Ja Chine, inconnu des Grecs et des Romains, mais non des Arabes, qui l’ont nommé Camphar. C'est de cet arbre surtout que l’on extrait le camphre, bien que quelques autres espèces
e Lauriers, plusieurs Labiées, et notamment la Mélisse, en contiennent beaucoup.
Pour obtenir le campure que tout le monde connaît, on fait à l’arbre des incisions d’où découle un suc qui se concrète : c’est le camphre le plus pur. Quelquefois aussi on en trouve dans l’intérieur du tronc des masses toutes formées ; mais le plus souvent on le distille en faisant bouillir dans des pots d’eau hermétiquement fermés des copeaux des branches ou du tronc. Le camphre volatilisé se condense sous le couvercle, dans de la paille de riz dont il est garni en dedans; c’est dans cet état qu’il nous vient de la Chine. On le raffine par une seconde distillation avant de le livrer au commerce.
Le camphre est une des substances dont la médecine fait le plus usage. À l'intérieur, c’est un excitant général d’un effet très-prompt, mais souvent accompagné de grands dangers. A l'extérieur, il est journellement employé en applications, comme résolutif, dans les engorgements froids, les tumeurs indolentes, les épanchements sanguins à la suite de coups, la trop grande abondance de lait, ete.; comme fortifiant, dans les faiblesses par suite de fractures ou entorses, de séjour prolongé au lit, etc.; comme anti-putride, dans-les plaics sanieuses ou gangréneuses, les fièvres typhoïdes, le choléra, la peste, les épizooties, etc. Sa prompte dissolution dans l’eau-de-vie, le vinaigre, les huiles et le lait rend son usage très-facile.
Le camphre est aussi employé dans les arts. Il sert aux artificiers pour donner à leurs feux une flamme blanche, odorante, et ils le mêlent tonjours aux pièces qui doivent brûler dans l'eau ou à sa surface. On en ajoute à la composition des vernis pour les rendre plus liants. C’est le meilleur des préservatifs à employer dans les collections contre les insectes. On le met, pour cet usage, dans les vêtements de laine et dans les fourrures. On fait même des malles de camphre avec Je bois du jeune arbre, et elles ont les mêmes propriétés conservatrices. Le bois, parvenu à maturité, est veiné de rouge et sert à faire des meubles. Enfin l'huile grasse du fruit est employée à l'éclairage dans le Japon.
3° Le L. CANNELLIER, L. cinnamomum (Laurier-cannelle). C’est l'écorce de cet arbre qui fait notre cannelle du commerce et le fameux cinnamomum des anciens, dont il est parlé si souvent dans les livres saints. Il croît dans presque toute l'Inde,