MONNAYÈRE. V. THLASPI DES CHAMPS
MONOTROPE SsucE-PIN. Monotropa hypopitys (du grec monos-trepôn, vivant seul). C’est surtout dans les hautes montagnes, sur la racine des vieux Pins ou Sapins, que l’on trouve l'Hypopitys, plante plus singulière que johie et assez semblable à la triste Orobanche. C’est un parasite dont en Suède on fait un remède pour guérir la toux des bestiaux.
MONSTRE. Altération ou anomalie dans quelqu'un des organes des plantes. Ces difformités ont très-rarement lieu par défaut et n’existent ordinairement que par excès; car, comme le dit de Candolle, la nature, jusque dans ses écarts, tend presque toujours vers l'accroissement et la richesse. Mais ces altéralions, dues à l'abondance des sues, n'existent qu'aux dépens d’autres organes plus importants qu'ils métamorphosent et détruisent. Quoi qu'il en soit, il est à remar-
quer que les monstres, toujours si hideux dans le règne animal, sont dans les plantes d’une telle beauté, que tous les soins du fleuriste tendent à les obtenir, comme dans la Rose, l’'OEillet, le Dahlia, etc.
MONTIE DES FONTAINES (du latin mons, montagne). (Petit Cresson.) Dans les montagnes, les fontaines, les ruisseaux, tout terrain argileux où l’eau séjourne quelque temps, se ta-
issent au printemps d’un gazon frais, léger et délicat, qui ait une salade excellente mélangé avec le Cresson. C’est la Montie, qui a quelques rapports avee le Pourpier, dont la famille lui est commune: Sa fleur échappe presque à la vue; sa tige devient rougeâtre quand elle est privée d'eau.
MORELLE. Solanum (du latin solamen, soulagement). C’est à ce genre nombreux, quicompte plus de 250 espèces de plantes, que nous devons la plus précieuse de toutes après les Céréales, la M. TUBÉREUSE, S. {uberosum (1) (Pomme de terre, Parmentière, Truffe, Tartufle, Patate de Virginie). Originaire du Chili et très-répandue en Amérique, la Pomme de terre fut apportée en France au commencement de la révolution de 89. Le bienfaisant Parmentier fit du soin d’y propager ce précieux tubercule l’œuvre de toute sa vie ; il multiplia ses voyages, ses essais, ses écrits, appela l'attention du gouvernement sur cette importante culture ; on dit même que, pour la faire mieux connaitre et plus sûrement répandre, il feignit de se la réserver uniquement, en faisant
arder ses Pommes de terre pendant le jour pour qu'on es vint voler pendant la nuit. Ses généreux eflorts furent couronnés du plus heureux succès. Louis XVI, qui aimait le peuple, voulut aussi en doter la France ; il fit aux grands de sa cour un festin dont les Pommes de terre à toutes sauces tirent tous les frais ; la reine elle-même parut au spectacle avec un bouquet de fleurs de la Parmentière à son côté. Enfin, cette plante, si utile et devenue de mode, fit le caprice du riche et fut bientôt le trésor du pauvre.
Parmi un nombre infini de variétés de Pomme de terre, on distingue : la Grosse blanche, la Grosse jaune, la Brugeoise, la Patraque, la Pomme de terre de Rohan à très-gros tubercules. Les produits abondants de celles-ci les font généralement préférer pour les animaux. On cultive pour la table : la Petite bianche, la Rouge, la Violette, la Châtaigne Sainville, la Jaune longue de Hollande, la Truffe d'août, la Descroisilles. Les plus précoces sont : la Pomme de terre Marjolin, la Naïne hâtive, la Fine hâtive, la Shaw.
(1) Voyez 1ome Ier, page 99.
La Pomme de terre vient partout et ne craint que la gelée; on ne la sème que pour multiplier ou varier les espèces. Communément on plante les tubercules qu'on divise en laissant un ou deux yeux à chaque morceau; ils poussent des jets qu'on peut enlever et replanter en terre humide et douce si l’on veut faire des boutures qui prennent facilement. Les Pommes de terre venues en pays montueux et terre légère sont moins aqueuses et plus farineuses que les autres. On les obtient plus belles, mais moins bonnes, dans les terrains substantiels ; elles bonifient, par le fumier qu’on y met, les lieux où elles se trouvent, et sont ordinairement suivies d’une abondante récolte de Céréales.
Les tubercules soigneusement enlevés par un temps sec et avant les gelées se conservent l'hiver dans des caves ou dans des fosses profondes qu’on fait dans la terre et qu’on recouvre de paille et de sable. On y puise au fur et à mesure du besoin jusqu’à la récolte suivante.
L'usage des Pommes de terre est immense ; on en fait du pain, de la farine, une foule de mets aussi sains qu’agréables. C’est une des meilleures nourritures pour les animaux à l’engrais, les cochons, les vaches laitières, les bœufs et même la volaille. Leur pulpe, râpée et lavée, dépose une fécule extrèmement fine et blanche, nommée amidon de sante ; elle est très-usitée en cuisine ; on la mêle au fromage, à la poudre à poudrer; elle sert d’encollage aux toiles, peut entrer dans la peinture à la détrempe, etc. À
On retire des Pommes de terre de Falcool, de l’eau-de-vie, du sucre connu sous le nom de sucre d’amidon, propre à augmenter la chaleur du vin et à remplacer l'Orge dans les brasseries. Ce produit nouveau, nommé dextrine, se convertit en sirop pectoral ou en pain très-blanc. La pulpe fraiche est un remède contre la brûlure ; elle sert à nettoyer la laine, le coton et le linge. Les tiges bouillies se mangent en Suède et dônnent de la potasse par incinération; communément elles servent à fumer le sol. Enfin, on obtient une couleur jaune des fleurs de cette plante si digne de notre reconnaissance et de nos soins.
Parmi les autres espèces de Morelles, on doit citer encore comme très-intéressantes :
La M. AUBERGINE OU MÉLONGÈNE, S. melongena, également originaire de l'Amérique méridionale. On la cultive en France comme plante potagère ; elle est très-commune dans le Midi, mais ne mûrit que difficilement dans le Nord. Les fruits charnus et pulpeux, remplis de graines, sont en forme de massues à La blanches ou violettes ; ils sont estimés et se mangent cuits. On doit semer l’Aubergine sur couche
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et de très-bonne heure, la placer, sitôt que les froids ne sont plus à craindre, dans un terrain bien fumé et à la plus chaude exposition, et arroser fréquemment quand la reprise est assurée.
La MÉLONGÈNE OVALE, S.oviferum(Poule-qui-pond, Planteaux-œufs), n’est qu’une variété de l’Aubergine, à fruits plus petits, en ovale parfait, d’un blanc d'ivoire, et absolument semblables à des œufs de poule. On la cultive plutôt pour son agrément que pour son utilité; elle est mème regardée comme légèrement vénéneuse, quoique dans les pays chauds on la mange indistinctement comme l’Aubergine violette. Sa culture est tout à fait la même.
La M. FAUX PIMENT, S. pseudo-capsicum (Pommier-d’amour, Gerisette), joli petit arbuste de 6 à 9 décimètres, qui se couvre, de juin en septembre, de petites fleurs blanches, et, depuis cette époque jusqu’au printemps, de baies rouges ou jaunes parfaitement rondes. Il vient de Madère, se conserve ef se cultive chez nous comme les Orangers ; mais 1l lui faut beaucoup plus d’eau pendant l’été et très-peu pendant l'hiver.
La M. NOIRE, S. nigrum (Morelle commune, Raisin-deloup, Crève-chien, Herbe-aux-magiciens), est indigène et abonde dans les vignes et les jardins d’où on l’arrache. Les bestiaux n’y touchent pas, mais les grives et les merles sont avides de son fruit. Ses feuilles, légèrement musquées, ont une odeur nauséabonde. Aux îles de France et Bourbon, on la mange en guise d'épinards. On la regardait autrefois comme plus active qu’aujourd’hui; elle a cependant à peu près les mêmes qualités que la Douce-amère. On en fait des cataplasmes émollients et sédatifs dans les panaris, phlegmons et éruptions cutanées douloureuses.
La M. DOUCE-AMÈRE Où GRIMPANTE, S. dulcamara (Vigne de Judée, Herbe-à-la-quarte), est un sous-arbrisseau grim-
ant, très-commun dans les haies humides, où ses fleurs vioettes à étamines dorées et les baies rouges qui leur succèdent se font agréablement remarquer. La tige à une saveur âcre et repoussante dans le principe, mais bientôt après douce et agréable. C’est pour cela sans doute que saint François de Sales lui compare la dévotion.
L’écorce et le bois de la Douce-amère sont employés comme sudorifiques dans les maladies de la peau et les affections rhumatismales. On fait avec les feuilles des cataplasmes résolutifs. Les baies vénéneuses servent quelquefois comme purgatif, et plus souvent pour teinture verte et violette. Son odeur attire les renards; on en met dans les piéges qu’on leur tend.
Ses rameaux flexibles et grimpants sont propres à garnir des berceaux ; on en fabrique des paniers; on s'en sert pour envelopper les bouteilles de transport. Une variété à feuilles panachées est cultivée dans les jardins d'agrément; elle est plus délicate que l'espèce commune.
La fameuse plante qui porte le fruit connu sous le nom de Pomme de Sodome appartient aussi très-probablement au genre Solanum : c’est le Solanum Sodomeum de Linné. Il croit à hauteur d'homme et se charge de fruits jaunes, pareils à de petites oranges. Ces fruits, beaux en dehors, sont remplis d’un suc incolore et vénéneux auquel succèdent de petits grains noirs. Ceux-ci sont souvent remplacés par une poussière qui remplit l’intérieur du fruit sans que la peau perde rien de sa couleur. Hasselquist attribue cet effet à un insecte du genre tenthredo. Cette plante se trouve abondamment en Palestine, dans les environs de la mer Morte; cependant elle n’y est pas la seule qui convienne à l’idée que nous avons de la Pomme de Sodome.
MORGELAINE. V. STELLAIRE MOYENNE.