RACINE
29. La racine ou caudex descendant (1) est cette partie du végétal qui sert à le fixer dans la terre, vers le centre de laquelle une tendance invincible l’entraïîne (fig. 5, 6, 7). Quelquefois pourtant elle flotte au milieu de l’eau, comme dans les lenticules, où bien elle s'implante, comme celle du gui, sur le tronc ou les branches des arbres ; il arrive même, comme dans les orobanches, qu'elle adhère à la racine d’autres plantes, aux dépens de laquelle elle se nourrit en véritable parasite; mais régulièrement, le plus souvent, elle descend dans la terre. Un autre caractère qui sert à la distin-
(1) De caudex, tige.
guer. durhizome, souche ou tige souterraine, dont nous parlerons plus tard, c’est qu'elle n’émet jamais de feuilles, et que l’action de la lumière ne la verdit point, au moins dans son tissu.
30. Disons, en passant, que différentes parties des végétaux sont susceptibles de produire des racines. Aïnsi, coupez une branche de saule ou de peuplier, enfoncez-la dans une terre convenablement humide ; au bout de quelque temps, son extrémité produira des racines. Le même phénomène aura lieu si, courbant la branche, vous enfoncez dans la terre les deux extrémités, ou bien encore si, sans séparer un rameau de la tige; vous le recouvrez en partie de terre, en laissant sortir son extrémité supérieure. C’est sur cette propriété qu'ont les tiges, et mème les feuilles dans certains végétaux, de donner naissance à de nouvelles racines, que sont fondées la théorie et la pratique de la bouture et du marcotage, moyens de multiplication très-employés dans l’art de la cul- Lure.
31. La racine peut se diviser en deux parties, qui sont : le corps (fig. 5 et 6 a), de forme et de consistance variées, et les radicelles où chevelus qui la terminent (fig. 5, 6). Les radicelles sont de petits filaments plus ou moins déliés, terminés par de petites spongioles (4) fortement hygrométriques (2), et qui en font comme de petites pompes aspirantes.
32. Il existe une sorte de correspondance et mème de symétrie entre la tige et le pivot de la racine, entre les branches de l’une et les ramifications de l’autre, et mème entre le feuillage et les chevelus. L’agriculteur a si bien compris ce secret, que, pour arrèter le développement trop considérable des racines ou des branches, il n’a qu'à retrancher la partie correspondante des branches ou des racines.
Il paraît mème que la tige et la racine peuvent, dans de certaines limites, intervertir leur rôle. Ainsi, qu'on plante un jeune arbre de manière à mettre les racines en Pair et les
(1) De spongiola, petite éponge. — (2) D'ÉYpov, eau, et LETOËL, mesure’,
rameaux en terre, on verra les racines libres se couvrir de: feuilles, et les rameaux enterrés donner naissance à des-chevelus. |
33. La racine remplit, relativement au végétal, une double fonction : 1° elle le fixe dans le sol, ou au corps sur lequebil doit vivre; 2 elle va y puiser une partie de la nourriture nécessaire à son accroissement.
Les racines d’un certain nombre de plantes ne paraissent servir qu'au premier usage ; telles sont les racines des plantes grasses, plantes qui absorbent par tous les points de leur surface leurs principes alimentaires. Voilà pourquoi on peut couper une branche de cactus, la laisser trois semaines sur un mur, et la planter ensuite dans du sable presque pur; elle y végètera presque tout aussi bien que si on l'avait mise immédiatement dans une terre pius riche en matières nutritives. Si même celle-ci était trop substantielle, et surtout trop nn la plante ne tarderait pas à périr.
34. Le second usage des racines est de puiser dans le sem de la terre ou dans le corps sur lequel elles sont implantées les substances qui doivent servir à la nutrition et à Faccroissement du végétal. Cette absorption ne se fait que par les spongioles ou l'extrémité de leurs dernières ramifications. Il est facile de s’en convaincre en prenant deux navets, dont on fera plonger l’un dans l’eau par l'extrémité de la radicule qui le termine, et dont l’autre sera aussi plongé dans l’eau, mais de manière à ce que son extrémité inférieure soit hors du liquide. Le premier poussera des feuilles et végètera, tandis que le second ne donnera aucun signe de développement.
Les racines vont chercher les principes nutritifs avec un admirable instinct, forçant souvent les plus grands obstacles, et perçant même les murs, pour se diriger vers le sol qui leur est le plus approprié.
35. Elles sont enfin pour les végétaux comme un organe d’excrétion, en laissant suinter dans la terre une matière particulière, différente dans les différentes espèces. C’est par cette eæcrétion que la sève descendante enfouit dans le sol tous les
principes viciés dont elle s’est ‘aite le véhicule pour en décharger la plante. Il en résulte que ce terrain peut devenir mortel pour une plante de mème espèce qu'on placerait dans le même endroit. Aussi est-ce un principe bien reconnu en agriculture qu'il est des terrains qu’il faut absolument laisser reposer quelque temps, et même plusieurs années, avant de leur confier la mème récoite.
Mais ces excrétions, nuisibles à lespèce où même au genre de la plante qui les a produites, sont quelquefois très-utiles à d’autres, auxquelles elles servent comme d'engrais. Ainsi, toutes les céréales s’approprient avantageusement les sécrétions des légumineuses, telles que pois, lentilles, trèfle , luzerne ; la salicaire croit au pied du saule, lorobanche rameuse vers la racine du chanvre, tandis que le cérse des champs nuit à l'avoine, lénule aulnée à la carotte, et livraie au froment. L'étude des sympathies ou antipathies végétales est pour le cultivateur du plus grand intérèt, et c’est sur elle qne repose toute la théorie des assolements. Elle consiste à savoir faire alterner dans un même terrain des récoltes successives de plantes qui demandent au sol des aliments différents.
36. Les racines, d’après leur ‘orme, ont reçu différents noms qu'il est important de connaitre. Ainsi, elles sont rameuses (fig. 6), quand elles ont, comme la tige, un tronc qui se divise en branches et en ramifications souterraines : c’est la forme la plus ordinaire aux plantes dicotylédonées. On les nomme fibreuses, quand elles ne sont formées que de filaments simples partant d’un même point, et fusciculées, quand ces filaments sont réunis en faisceaux.
Les racines sont encore granulées ou en chapelet, quand elles présentent des renflements et des étranglements successifs, comme dans la filipendule; pivotantes, fusiformes (4), napiformes (2), quand elles offrent un pivot unique, plus ou moins effilé, conique ou arrondi, s’enfonçant dans la terre, sans autres divisions que de minces chevelus à son extrémité :
(1) De fusus, fuseau. — (2) De napus, navet.
Ex.: la carotte, la rave, etc. Ces dernières racines, charnues pour la plupart, ne sont pas seulement pour la plante un réservoir de sucs nourriciers, mais offrent encore à l’homme et aux animaux un moyen d'alimentation facile. Elle est même si naturelle, qu’elle a dû faire celle des premiers hommes, avant que l’industrie et le besoin eussent appris à conuaïtre toutes les propriétés nutritives des plantes, et à exploiter les richesses nombreuses que la Providence à déposées pour nous au sein du règne végétal.
QUESTIONNAIRE
Quel est le troisième àge de la plante ? — Que deviennent la radicule et La gemmule ? — Qu'entend-on par collet ou nœud vital ? — Qu'est-ce que la racine ? — Quel est son caractère le plus essentiel ? — Sur quoi repose la pratique de la bouture et du mareotage ? — En combien de parties divise-t-on la racine? — Quelles sont ses fonctions relativement au vegétal ? —Sur quoi repose et en quoi consiste la théorie des assolements ? — Quels sont les noms principaux donnés aux racines, d'après leur forme ? — Donner des exemples.