‹ Etudes des fleurs botanique, élémentaire, descriptive et usuelle (volume 3)Chapitre 27 sur 322 · À. PARTIES ET FORMES DES FEUILLES · texte numérisé non relu

À. PARTIES ET FORMES DES FEUILLES

70. Ce sont des faisceaux de fibres qui, partant de la tige et se développant en minces lames, donnent naissance à la feuille. Ces fibres, au reste, ne sont que des vaisseaux, et voilà pourquoi il n’y a de feuilles que dans les plantes vasculaires. Tant que ces fibres restent unies et serrées, elles forment ce support plus ou moins cylindrique, plus ou moins long, que l’on nomme pétiole (1). Ce pétiole se présente sous diverses formes : le plus souvent il est arrondi, plus rarement

(à) De petiolus, petit picd.

ÉLÉMENTAIRE. 34 canaliculé où creusé d’un sillon en dessus, comme dans le sycomore ; quelquefois comprimé, comme dans le peuplier et le tremble : c’est à cette dernière forme surtout qu'est due la plus grande mobilité des feuilles.

71. Bientôt les fibres du pétiole se désunissent, se ramifient diversement, et se dilatent en une sorte de réseau qui repré sente en quelque manière le squelette de la feuille, Les mailles de ce réseau sont remplies par un tissu cellulaire plus on moins abondant, qui porte le nom de parenchyme (4). On obtient aisément ce squelette des feuilles, lorsqu'elles sont sèches, en enlevant tout le parenchyme par les petits coujis répétés d’une brosse un peu dure.

72. L’évasement de Ja feuille porte le nom de Xmbe (2); les faisceaux de fibres qui la traversent en sont les nervures, dont la principale, formée par le prolongement du pétiole, est la côte ou nervure médiane (3). Si cette côte partage la feuille en deux moitiés semblables (fig. 49, 50), les nervures secondaires qui s’en détachent deux à deux, étant disposées comme des barbes de plume, se nomment, pour cette raison, nervures pennées (4). Elles sont dites nervures palmées (5), quand elles se divisent dès la naissance du limbe comme les doigts de la main (fig. 54, 70, 71), sans présenter de côte médiane, mais trois, cinq, sept, neuf nervures principales, se ramifiant elles-mêmes en petites nervures pennées. Les feuilles du chou cabus ont leurs nervures pennées ; celles de la courge romaine les ont palmées.

73. La disposition des nervures dans les feuilles peut servir à distinguer les monocotylédones des dicotylédones. Dans les premières, comme le lis, les graminees, les nervures sont parallèles ou convergentes (6) et sans divisions. Dans les dicotylédones, au contraire, comme la vigne, la violette, elles sont ramifiées, divergentes (7) et formant un parfait réseau. Les

(1) De RALÉY{UULA, épanchement. — (2) De limbus, développement. — {3) De medium, milieu. — (4) De penna, plume.—(5} De palma, paume de la main. — (6) De convergens, tendant à se réunir. — (7) De divergens, tendant à s'écarter.

32 BOTANIQUE aroidées, appartenant à la classe des monocofylédones, font exception à cette règle presque constante.

74. Si le parenchyme réunit toutes les nervures.de manière qu'il n'y ait pas séparation totale de toutes leurs parties jusqu’à la côte médiane (fig. de 44 à 72), la feuille est dite simple, quels que soient ses dentelures, lobes, divisions ou segments. On nomme feuilles composées celles où chaque nervure secondaire, formant elle-même une, petite feuille complète ou foliole, s'articule sur la grande côte, qui sert de commun pétiole (fig. de 73 à 80).

79. Il ne faut pas confondre la feuille simple avec la feuille entière. Celle-ci, comme dans læillet, n’a absolument sur ses bords aucune échancrure (fig. de 48 à 52), tandis que la feuille simple peut les avoir divisés plus ou moins profondément (fig. de 53 à 72). La feuille simple est. dite dentée, quand les saillies sont courtes et aigufs et les enfoncements arrondis; dentée en scie ou serrée (1), comme dans Portie (fig. 35), quand les dents et les enfoncements, sont aigus et regardent le sommet ; crénelée, comme dans le lierre terrestre (fig. 58), quand les dents sont obtuses et les emfoncements aigus. Ces dentelures peuvent elles-mêmes être découpées, et alors la feuille est bi ou fridentée, bi ou triserrée (fig. 62).

76. Il arrive souvent que les découpures qui bordent, la feuille sont plus profondes que les précédentes. Alors la feuille est appelée lobée (2) (fig. 70), si ces découpures sont larges et arrondies, sans s'étendre jusqu’au milieu du limbe; fendue ou fide (3), si, sans atteindre ce milieu, elles sont aiguës. et séparées par des enfoncements aigus (fig. 68); paréite (4), si elles s'avancent plus loin que le milieu (fig. 69); séquée (5) ou à segments, si elles arrivent très-près de la côte du milieu (fig. 72). La feuille peut être également bilobée, trifide, qua-

(1) Deserra, scie.— (2) De Xo60c, partie arrondieet saillante.—(3) De fidr, j'ai fendu. — (4) De partitus, partagé. — (5) Desecatus, coupé.

ÉLÉMENTAIRE. 33 dripartite, multiséquée (4), Selon la quantité de ses lobes, fentes, partitions où segments. La disposition des découpures est désignée par ces mêmes désinences que Font fait précéder du nom qui Pindique. Aïnsi, la feuille est pennatifide, quand lés divisions sont disposées latéralement comme les barbes dune plume (fig. 69); palmatiséquée, lorsque les segments partent de la même hauteur du limbe, en s’écartant comme les doigts de la main (fig. 71, 72).

Les feuilles pennatifides, pennatipartités ou pennatiséquées sont dites roncinées, quand leurs divisions sont aiguës et recourbées en bas, comme dans la dent-de-lion (fig, 66), et lyrées (fig. 64), quand, semblables à une lyre, elles sont terminées par un segment arrondi et beaucoup plus considérable que les autres divisions. Les feuilles palmatiséquées sont appelées pédalées (fig. 72),quand léurs segments Sont disposés comme les pédales d’un piano.

717. D'après leur figure, les feuilles sont nommées ovales, quand le limbe présente la forme d’un œuf : Ex.: la grande pervenche ; obovales, quand le gros bout dé l’œuf est tourné en haut : Ex. : la samole de Valérand; elliptiques, c’est-à-dire en forme d’ellipse, ovale plus allongé et également élargi aux deux extrémités : Ex. : le muguet odorant; oblongues, en ellipse allongée, au moins trois fois plus longue que large, comme dans lhéléanthème commun; lancéolées, oblongues, mais se terminant insensiblement en pointe : Ex. : le laurier-rose ; linéaires, allongées et très-étroites, comme dans la plupart des graminées; subulées où en alène, quan elles finissent msensiblement en pointe très-aigué : Ex. : le genévrter ; sétacées, c’est-à-dire semblables à des soies de sanglier, lorsqu'elles sont très-étroites, raides ét aiguës, comme dans le cédre du Liban; capillaires, c'est-idire fines et flexibles comme des cheveux : Ex. : l'asperge de nos jardins; filiformes, déliées et minces comme un fil : Ex. : les feuilles submergées de la renoncule aquatique ; spatulées, en forme de spatule, c'est-à-dire

{1) Debis ter, quater, multum, deux fois, Lrois fois, quatre lois, beaucoup

étroites à la base, plus larges et arrondies au sommet : Ex. : la paquerette ; en coin, cunéiformes, à peu près comme en spatule, mais plus larges et tronquées au sommet, comme dans la saxifrage à feuilles en coin. F

78. D’après les échancrures de leur base , les feuilles sont en cœur (fig. 57), quand elles ont de chaque côté de l’échancrure deux lobes arrondis, et qu’elles sont moins larges au sommet : Ex. : la violette hérissée; réniformes, en rein, (fig. 58), plus larges que hautes, en cœur à la base et arrondies au sommet : Ex. : le lierre terrestre; sagittées (4), c’està-dire en fer de flèche (fig. 39), aiguës au sommet, et à base prolongée en deux lobes pointus et presque parallèles : Ex. : la sagittaire ; hastées (2), c’est-à-dire en fer de lance (fig. 60), quand les lobes de la base sont très-écartés en dehors : Ex. : le gouet à feuilles tachées.

79. En les considérant par rapport à leur pétiole, les feuilles sont sessiles (3) (fig. 36), quand elles en sont dépourvues : Ex. : le buis; pétiolées (fig. 35), quand elles en sont munies; peltées (fig. 54), lorsque le pétiole part du centre du limbe arrondi : Ex. : la capucine.

80. La disposition des feuilles relativement à la tige n'offre pas moins de variété, et leur a fait donner différents noms. Elles sont radicales (fig. A1), quand elles partent toutes du collet de la racine : Ex. : Ja primevére; caulinaires (4) (fig. 35 à 40), lorsqu'elles accompagnent la tige : Ex. : la bourrache ; florales (fig. 83), quand elles sont voisines de la fleur ; souvent alors elles sont colorées et ne sont pas différentes des bractées : Ex. : l’origan.

On les appelle opposées (fig. 32), quand elles se regardent une à une de chaque côté de la tige : Ex. : la sauge; géminées (fig. 35), quand elles naissent deux à deux du même point de la tige : Ex. : la belladone; alternes (fig. 36), quand elles sont disposées une à une et comme en échelons : Ex. :

(1) De sagitta, flèche. — (2) De hasta, lance. —{3) De sessilis, assis. — (4) De caulis, tige.

re

ÉLÉMENTAIRE. 30 le tilleul ; éparses (fig. 34), lorsqu'elles sont dispersées sans aucun ordre : Ex. : la inaïre commune; verticillées (4) (fig. 33), quand elles sont opposées plus de deux à deux : Ex. : tous les galium ; distiques (2), lorsqu'elles sont disposées sur deux lignes parallèles de chaque côté de la tige : Ex. : l’orme; unrlatérales, quand elles sont toutes rejetées d’un même côté : Ex. : le sceau de Sulomon ; et imbriquées (3), lorsqu'elles se recouvrent en partie commeles tuiles d’un toit : Ex. : letruyu.

Enfin, on les nomme décurrentes (4) (fig. 39), quand le liinbe ou le pétiole se prolonge sur la tige en aile adhérente, comme dans le bouillon blanc : la tige est dite alors aifée ; amplexicaules (5) (fig. 37-38), lorsqu'elles embrassent la tige : Ex. : le pavot somnifére ; et engainantes (fig. 40), quand elles l'entourent d’une véritable gaine, comme dans le mais.

81. Quant aux feuilles composées (fig. 73 à 80), elles sont pennées où ailées (fig. 76), quand les folioles s’articulent sur les parties latérales du pétiole commum, comme dans lacacia ; et palmées ou digitées (6), lorsqu'elles partent toutes du sommet du pétiole Commun, comme dans le marronnier d'Inde (fig. 74). Alors, S'il n’y a que trois folioles, comme dans le tréfle, la feuille est dite trifoliolée (fig. 73).

82. Les folioles des feuilles composées peuvent affecter toutes les formes, subir toutes les modifications des feuilles simples, et porter, par conséquent, les mêmes noms.

Tels sont les noms les plus communs donnés aux feuilles ; quant à ceux qui ne se rencontrent que plus rarement, ils seront expliqués dans le vocabulaire.

QUESTIONNAIRE

Qu'est-ce que les feuilles ? — De combien de parties se composent-elles ? — Comment les divise t-on? — Quels sont les différents noms qui leur sont donnés ?

(1) De vertez, tour. —(2) De ètç, deux, et ti, rang. — (3) D'im-

brex, tuile, — (4) De decurrere, courir de haut en bas, — (5) D'am plecti, embrasser, caulem, la tige. — (6) De digitus, doigt.

B. RESPIRATIO* DES FEUILLES.

83. Quelles que soient la forme et la disposition des feuilles, il est à remarquer qu'une d’entre elles n’est Jamais entièrement recouverte par celle qui la précède immédiatement. Cet arransement n’est point sans but, non plus que la mince épaisseur du Hiinbe et son extrême mobilité sur son léger pétiole, L’ar en a plus de prise sur elles. Il est leur élément, le milieu dans lequel elles respirent ; car elles semblent être au végétal ce que les poumons sont à l’homme et les branchies aux poissons.

Leurs deux surfaces, nommées pages, l’une supérieure ; l'autre inférieure, mais surtout celle-ci, sont criblées d’une inuititude de petits trous nommés sfomates (1), visibles au microscope. C’est par ces sfomnates que le végétal respire.

La respiration est Facte par lequel la plante absorbe, au inoyen de ses feuilles, les gaz propres. à sa nutrition, et exhale ceux qui lui seraient nuisibles ou inutiles.

84. Nous avons dit plus haut que l’air atmosphérique se compose de 29 parties d'oxygène en volume et de 79 d’azote sur 100. Il contient en outre de la vapeur d’eau en quantité variable, et environ un millième de gaz acide Carbonique, qui résulte en partie de la respiration des hommes et des animaux. C’est aux dépens de cet acide carbonique, composé de 8 parties d'oxygène et de 3 de carbone en poids, que s'opère le phénomène de la respiration. Il pénètre pendant la nuit dans les feuilles par les stomates de la page in.érieure. Au retour du jour et sous l'influence de la lumière, les feuilles le décomposent, retiennent le carbone et exhalent l’oxygène. Elles restituent donc avec usure à la masse de l'air atmosphérique ce même oxygène ou air vital que l’homme et les animaux lui avaient enlevé par leur respiration: combinaison

(1) De ctôuu, bouche.

admirable , où la science nous fait voir l’action -incessante d’une Providence aussi simple dans ses moyens qu'ineffable dans sa sagesse.

85. L'influence de la lumière, avons-nous dit, est nécessaire à la fixation du carbone dans les feuilles et à l’exhalation de Foxygène. En effet, lorsqu'on soustrait la plante à l'influence de la lumière, l'acide carbonique absorbé par les racines s’exhale par les stomates des feuilles sans avoir subi aucune décomposition, et l’oxygène n’y pénètre pour modifier les tissus que comme il le ferait dans une plante privée de vie. Voilà pourquoi les végétaux soustraits à l’action du soleil s’étiolent, c’est-à-dire qu'ils perdent la couleur verte, deviennent mous, et contiennent une grande proportion de principes sucrés. Les jardiniers appliquent cette théorie pour faire blanchir les feuilles de la chicorée et les tiges des cèleris.

86. Le carbone déposé dans les feuilles les pénètre , se liqüéfie, et redescend à l’état de cambium. C’est donc la respiration des feuilles qui fournit aux plantes la presque totalité du carbone dont ellés sont formées; car la quantité d'acide carbonique dissous dans l’eau que pompent les racines est trèsminime. Il pourrait même paraître étonnant qu’un millième d'acide carbonique, qui se trouve dans la masse atmosphérique, puisse suffire pour alimenter de carbone toutes les plantes de la terre; mais on se convaincra du contraire en cons:dérant que dans cet acide carbonique il entre 27 parties sur 100 de carbone, ce qui suppose environ 44 à 1500 billions de kilogrammes de éarbone dans la totalité de l'air atmosphérique. Or, ce poids est bien supérieur au poids total de tous les végétaux qui existent, vivants sur notre globe, on fossiles dans ses entrailles.

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