CHAPITRE Il
PRÉCIS HISTORIQUE SUR LA BOTANIQUE. — PRINCIPAUX SYSTÈMES ET PRINCIPALES MÉTHODES.
247. L'homme, entouré de plantes, en jouit d’abord sans les connaître. Bientôt il en découvrit quelques propriétés, et ses observations furent transmises à ses enfants, qui euxmêmes en firent d’autres. Peu à peu un très-grand nombre de végétaux furent étudiés, pour leur utilité d’abord, ensuite pour leur agrément, enfin pour l'intérêt de les connaître tous. C’est ainsi que la Botanique, toujourscultivée dans son objet, mais longtemps étudiée sans règles et sans principes, n’a pu devenir que par l observation successive des siècles la science que nous possédons aujourd’hui.
248. Il est glorieux pour elle de pouvoir citer comme son premier auteur le plus sage des hommes, Salomon, qui, selon le langage de lÉcriture , discourut sur les plantes, depuis lPhyssope qui croît au pied des murs jusqu'au cèdre du Liban.
249. Parmi les Grecs, nous devons à Pythagore le premier traité sur les plantes. Quelques siècles plus tard, le père de la médecine, Hippocrate, fut redevable à la connaissance de leurs vertus d’une part de sa célébrité ; mais il ne les décrivit que sous le rapport médical. Aristote les envisagea de même ; de sorte que le premier ouvrage de Botanique proprement dit ne remonte qu'à Théophraste, qui écrivait quatre siècles avant Jésus-Christ. Il y parle de la reproduction des plantes et les divise en fromentales, potagéres et succulentes.
250. Dioscoride, qui recueillit avec soin tout ce que l’on savait de son temps sur les végétaux, fit monter leur nombre
connu à six cents. On le regarde comme le plus grand botaniste de l’antiquité; ses ouvrages furent souvent traduits, et il en parut plus tard une foule de commentaires. A peu près à la même époque, Pline le Naturaliste décrivit aussi l’histoire de quelques plantes ; c’est à lui, par exemple, que nous devons des détails sur le fameux platane de Lycie (V. D.), qu’on admirait de son temps.
251. La Botanique, après ces trois auteurs, rentra entièrement dans le domaine de la médecine , et fut stationnaire comme elle. Les auteurs arabes s’en occupèrent presque seuls jusqu’à la renaissance des lettres, époque où l’on sentit le désir de laremettre en lumière. On revint donc aux anciens; mais, comme on ne put reconnaître les plantes qu’ils avaient décrites, force fut d'étudier la nature dans la nature ellemême. C'était le meilleur livre, et bientôt les observations devinrent plus exactes. Matthiole, un des premiers, s’illustra par de savants commentaires sur Dioscoride ; Gessner reconnut qu’on pouvait grouper les plantes et les réunir par caractères communs ; Cæsalpin les distribua en quinze classes spécialement basées sur la fructification. Ray, botaniste anglais, publia, en 1686, un ouvrage immense pour ce tempsà, puisque dix-huit mille plantes y étaient décrites ou au moins indiquées. Dans le mème siècle, les deux frères Bauhin, Gaspard et Jean, rendirent à la science un service plus éminent encore par leur synonymie, ou rapprochement de tous les noms donnés aux mêmes plantes par différentsauteurs. Rivin et Magnol publièrent, le premier ses Ordres de Plantes en 1690, le second sa Botanique de Montpellier en 1720. De nouvelles classifications furent proposées : chaque auteur eut la sienne; mais celle de Tournefort, qui parut peu après (c'était vers la fin du dix-septième siècle), triompha de toutes les autres. Son système, longtemps suivi, est encore trop célèbre pour ne pas être exposé en détail.
252. SysTÈME DE TOURNEFORT (Joseph Pitton de). — Cet illustre botaniste, dont les savants écrits ont fait tant d’honneur à la France, naquit à Aix en Provence en 1656. Louis XIV
le nomma professeur de botanique au Jardin des Plantes de Paris, et lui donna une mission pour le Levant. On lui doit d’avoir spécifié, d’une manière plus précise qu’on ne l'avait fait jusqu'alors, les genres, les espèces et les variétés. Il partagea avec Linné l’enseignement public, et soutint longtemps avec honneur cette lutte glorieuse.
Le système dont Tournefort fut l’inventeur est basé presque entièrement sur la partie la plus séduisante de la fleur, qui est la corolle. Il réunit toutes les plantes en vingt-deux classes, dont les caractères sont tirés 4° de la consistance et de la durée de la tige, d’où il divise les végétaux en herbes et en arbres; 2 de la présence ou de absence de la corolle, d’où il tire deux autres divisions : herbes ou arbres pétalés, herbes ou arbres apétalés; 3 de l'isolement des fleurs dans chaque calice, ou de leur réunion dans un involucre commun, d’où il les partage en fleurs simples et fleurs composées ; 4 de la corolle, qui est monopétale ou polypétale, réguliére ou irréguliére.
253. Le tableau suivant montre aux yeux et fait comprendre le mécanisme de cet ingénieux système.
TABLEAU SYNOPTIQUE DU SYSTÈME DE ñ ’ Régulières.
Monopétales.
Irrégulières.
Simples.
Ebaalées Régulières.
HERBES j'a Polypétales.
a A FLEURS à Irrégulières.
c- Composées . .
La (ROM ME RS :
ADOLAICOS:. 6 2 da CU nn oi «A ARBRES À FLEURS | Monopétales . LU, BEIGE". EX FT Régulières. .
Polypétales. Irrégulières .