LE TÉTANOS
De certaines professions prédisposant au tétanos. — Nécessité d'une antisepsie rigoureuse à la moindre solution de continuité des téguments chez les individus qui exercent ces professions.
Ce rapport lu an Conseil d'hygiène dans la séance du 8 juillet 1892 a trait à un malade traité, à ce moment, à l'hôpital Necker dans le service de M. le professeur Dieulafoy(l).
Au commencement du mois de mars dernier, le sieur D.. . fait une chute d'une certaine hauteur dans une écurie ; il perd connaissance pendant quelques instants ; lorsqu'il revient à lui, on ne découvre pas autre chose qu'une plaie superficielle et peu étendue en arrière de l'oreille droite. Dès le lendemain, le blessé peut reprendre ses occupations et il n'aurait éprouvé rien d'anormal dans le cours des trois semaines qui suivirent.
Le dimanche 27 mars, au moment du déjeuner, il ne peut prendre son repas, parce que les mâchoires sont rapprochées et serrées l'une contre l'autre de telle sorte qu'il est dans l'impossibiUté de manger.
Le 28, le trismus persiste; apparition de la fièvre. Les jours suivants, l'état du malade s'aggrave à tel point que, le 2 avril, on est obligé de le transporter à l'hôpital. En ce
(1) Les renseignements cliniques qui vont suivre m'ont été fournis par M. Renon, interne du service»
moment la lèLc est renversée en arrière, en opislhotonos complet ; incurvation latérale du tronc à droite (pleurosthotonos ; contracture des sterno-cléido-mastoïdiens et des grands droits de l'abdomen qui forment sous la peau une saillie manifeste. Les autres muscles du tronc et des membres inférieurs sont également durs et contractures ; le resserrement des mâchoires persiste. Toutes les dix minutes, secousses convulsives assez douloureuses pour arracher des gémissements. Depuis le 29 mars, le malade n'a pu prendre aucun aliment; malgré cela l'intelligence est intacte et la parole libre. Température, 38''5 ; pouls, 8/i ; respiration, 28. Pas de selles depuis le début des accidents. Les urines, peu abondantes et alcalines, ne renferment pas d'albumine.
On retrouve, à trois centimètres en arrière de l'oreille droite, la petite plaie, imparfaitement cicatrisée, qu'il s'est faite lors de l'accident. L'extrémité supérieure est recouverte d'une croûte noirâtre, grande comme une pièce de 50 cèntimes, sur le bord de laquelle suinte une goutte de muco-pus ; l'extrémité inférieure est cicatrisée.
A ce moment on pratique une injection sous-cutanée de sang défibriné provenant de lapins rendus indemnes du tétanos (1). Ce traitement fut immédiatement suivi d'une no-
(1) MM. Behring et Kitasato ont inonlré que le sérum du sang des animaux immunisés possède une action antitoxique remarquable, même à doses presque infinitésimales, contre le yirus tétanique. Rappelant les résultats obtenus dans cette -voie chez l'homme, M. Renou vient de publier dans les A)iiiales de l'Institut Pasteur (t. VI), un travail sur le traitement recommandé par les deux expérimentateurs sus-indiqués. Dans ce travail il rapporte robservation dont il est question ici, et une autre également recueillie par lui dans le service de M. le docteur Diculafoy, son maître.