‹ Études d’hygiène publique (volume 2)Chapitre 10 sur 12 · LE TÉTANOS · texte numérisé non relu

LE TÉTANOS

table amélioration, mais, au bout de très peu de temps, les symptômes graves reparurent, s'exagérèrent peu à peu et amenèrent la mort le !i avril à 5 heures de l'après-midi.

L'autopsie ne révéla rien de caractéristique. Un fragment de tissu pris au niveau de la petite plaie de la tête fut introduit, à la suite d'une incision aj)propriée, dans le tissu cellulaire sous-cutané d'un cobaye : l'animal n'a pas éprouvé le moindre accident tétanique.

Les conditions dans lesquelles ce tétanos s'est développé sont assez rares pour qu'elles aient vivement attiré l'attention et qu'on se soit demandé sous quelle influence il avait pris naissance. Il y a vingt ans, on aurait parlé d'une névrite traumatique et tout aurait été dit ; on sait aujourd'hui que le tétanos de l'homme et celui des animaux représentent une seule et même maladie déterminée, selon toute probabilité, par la toxine que secrète un bacille particulier inoculé au niveau de la plaie, le bacille de Nicolaïer. Cette toxine sembleparticulièrement infectieuse et diffusible, puisqu'il suffit de 25 centigrammes pour communiquer le tétanos à un millier de cobayes.

La maladie est transmissible de l'animal à l'homme ; il semble que les excréta du cheval et les substances en contact avec lui renferment souvent des spores de bacilles tétaniques. Le sieur D... était, par la nature même de ses occupations, dans des conditions particulièrement favorables de réceptivité. Il faisait le métier de charretier, séjournait souvent dans une écurie, et c'est dans cette écune qu'il s'était blessé. Si bien tenue que soit une écurie, on y trouve toujours en grande quantité des substances bacillifères, du ci-ottin de cheval, des débi-is de fumier, de paille et de foin ; le sol lui-même est un excellent milieu de culture, et il y a

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tout lieu de ci-ainclre que bien souvent il ne soit imprégné de vieille date d'éléments dangereux.

Il serait bon, je crois, de tenir compte à l'heure actuelle des notions scientifiques relatives à la pathogénie du tétanos qui semblent définitivement acquises ; il n'est même pas nécessaire d'admettre l'origine équine constante de la maladie. Malgré toutes les réserves qu'on peut faire à cet égard, il est bien prouvé que les charretiers, les cochers, les maraîchers, les cultivateurs, etc., en un mot tous ceux qui passent un temps de leur vie relativement long dans les écuries, qui prennent soin des chevaux, les conduisent ou les pansent, sont très souvent frappés par la maladie à la suite de plaies peu étendues et peu profondes. La conséquence pratique à tirer de ce fait d'observation, c'est que, chez ces gens-là, la moindre solution de continuité des téguments exige une antisepsie rigoureuse et un pansement absolument protecteur jusqu'à ce qu'elle soit complètement cicatrisée. Le décès de l'hôpital Necker est un nouvel argument à l'appui de cette recommandation.

Traumatisme d'importance moyenne, petite plaie, incubation de trois semaines, voilà, en résumé, toute l'histoire de ce cas ; il est probable que si le malade ou ceux qui l'entouraient avaient connu les dangers d'inoculation tétanique inhérents au milieu, s'ils avaient pris les précautions que je viens d^indiquer, la terminaison aurait été toute différente ; probablement même, il n'y aurait pas eu le moindre accident tétanique.

ÉPIDÉMIE DE PELADE

Prétendue épidémie de pelade dans un lycée. — Les épidémies de ce genre rapportées par les auteurs sont loin d'être toujours concluantes ; elles auraient besoin d'un contrôle minutieux.

Aujourd'hui, la contagiosité de la pelade ne peut encore être démontrée, d'une manière certaine, ni au point de yue histologique, ni au point de vue bactériologique.

Au commencement de cette année deux grands journaux politiques annonçaient qu'une épidémie de pelade sévissait au lycée Lakanal et qu'une trentaine d'élèves étaient atteints de cette affection.

Désirant être éclairé sur la nature de cette épidémie, vous m'avez chargé, monsieur le préfet, le 3 février, de procéder à une enquête à ce sujet et d'en faire l'objet d'une communication au Conseil d'hygiène et de salubrité (1).

Je me suis rendu quelques jours après au lycée Lakanal et j'ai pu constater tout d'abord que le nombre des enfants supposés atteints de pelade n'était pas de trente, mais de dix seulement.

Yoici dans quelles circonstances on pensa qu'on pouvait se trouver en présence d'une épidémie de pelade.

L'avant- veille de la sortie du premier jour de l'an, le 29 décembre, les élèves de la seconde division (les jeunes)

(1) Ce rapport a été lu dans la séance du 3 mars 1893.

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se firent tous couper les cheveux. Le maître-rcpétiteur de la division remarqua le jour même, que quelques élèves présentaient des plaques de dénudation sur le cuir chevelu. Il signala ce fait à l'interne, M. Poirier et à M. Larenchet, médecin de l'établissement. Ces messieurs redoutant une épidémie de pelade examinèrent avec soin la tête de tous les enfants de la division et constatèrent des plaques de dénudation sur 8 pensionnaires et 2 externes dont l'âge variait de 8 à 14 ans.

Je soumis le cuir chevelu de tous ces enfants, le 3 février, à un examen minutieux, à part un des externes qui n'était pas au lycée au moment de ma visite. Je ne crois pas utile de rapporter en détail l'observation de chacun d'eux. Il s'agissait, chez tous, de petites aires de dénudation, généralement arrondies, ayant à peine le diamèti-e d'une pièce de 50 centimes et présentant un aspect lisse. Leur siège était tantôt l'occiput, tantôt le sommet de la tête, tantôt les parties latérales. Chez trois enfants, la nature de la maladie fut immédiatement reconnue; dans les deux premiers cas on apercevait au centre de la plaque une petite cicatrice ancienne, consécutive à un traumatisme; dans le troisième cas, la plaque de dénudation avait succédé à une affection chronique du cuir chevelu, qui, d'après les renseignements fournis était vraisemblablement un impétigo rodens.

Chez cinq autres enfants, je constatai des traces d'eczéma rebelle, ancien ou récent qui ne pouvaient guère, non plus, laisser de doutes sur la nature de la dénudation.

Enfin chez un neuvième enfant, âgé de 13 ans, un des externes, je constatai une plaque dénudée, arrondie, large comme une pièce de 50 centimes. Les parents s'en étaient aperçus pendant les vacances du premier jour de l'an, au

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moment où le bruit d'une épidémie s'était répandu ; l'enfant ne se doutait pas de son existence, et rien, dans les antécédents, ne pouvait en faire connaître le point de départ. Sur le conseil de M. Lorenchet, le petit malade fut conduit chez un de mes collègues de l'hôpital Saint-Louis, qui, sans oser se prononcer sur la véritable nature du mal, conseilla l'épiladon autour de la plaque et l'application d'une pommade au soufre et au naphtol.

Quant au dixième enfant, également externe, je ne pus l'examiner, comme je l'ai dit, mais il futrcconnu que la dénudation dont il était porteur était de date ancienne.

Les médecins de l'établissement firent désinfecter avec le sublimé tous les objets de toilette et brûler tous les bérets. Cinq enfants furent rendus à leurs familles qui n'habitaient pas trop loin ; trois restèrent à l'infirmerie où ils furent soignés au moyen de lavages au savon noir, au sublimé, et de pommades soufrées.

Les enfants rentrèrent après une absence de deux ou trois semaines dans le même état qu'avant les vacances. L'externe soumis à un traitement spécial pendant un mois fut autorisé par le médecin de Saint-Louis à reprendre sa place parmi ses camarades, mais à la condition de porter une calotte.

Les médecins de l'établissement, revenus de leurs appréhensions, reconnurent que les dénudations des jeunes lycéens n'avaient pas subi de changements notables depuis le début de la prétendue épidémie et que, par conséquent, ,il ne s'était agi dans aucun cas de la véritable pelade. C'est aussi mon opinion formelle.

Un mois plus tard j'ai reçu une dépêche de l'interne de Lakanal m'annonçant qu'aucun cas nouveau de vraie ou

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fausse pelade n'avait été observé dans la population du Lycée.

11 est profondément regrettable que de pareils bruits aient pu, sans contrôle, être répandus dans le public, parce qu'ils pouvaient porter préjudice à un établissement universitaire placé, quoi qu'on en ait dit, dans de bonnes conditions hygiéniques et dont le service médical ne laisse absolument rien à désirer.

Comme on le voit, si une enquête n'avait pas été faite, on aurait pu ci'oire à l'existence d'une véritable épidémie de pelade développée au lycée Lakanal, alors qu'il n'en était rien.

Dans bon nombre d'épidémies observées chez des enfants (écoles, pensions, lycées) — je pourrais dire aussi chez des miUtaires, mais je ne veux m'occuper ici que des enfants — je suis convaincu que si on soumettait les faits à une analyse minutieuse on arriverait à cette conclusion que les dénudations du cuir chevelu n'étaient nullement dues à l'épidémicité ou à la contagion. Plusieurs fois on m'a présenté à la consultation de l'hôpital des enfants renvoyés d'une école comme atteints de pelade qu'ils avaient, au dire des parents, contractés auprès de leurs petits camarades. Après une enquête rigoureuse, j'ai pu constater qu'il s'agissait là non d'épidémies, mais de quelques cas de fausses pelades découvertes à la suite de coupes de cheveux et provoquées par une tondante qui avait duré longtemps, un favus, un impétigo rebelle, etc.

Les faits suivants, bien qu'observés par deux maîtres en

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dermatologie montrent quel crédit on doit accorder à certaines relations d'épidémies de pelade, et combien il faut être réservé avant de se prononcer sur la contagiosité de cette maladie.

Lors de la discussion à l'Académie de médecine, en 1887, sur la contagion de la pelade, M. Hardy rappelait qu'Hillairct et lui avaient été chargés par le Ministre de l'Instruction publique de faire une enquête sur une épidémie de pelade qui s'était déclarée au petit collège de Vanves au cours de l'année 1875. Nos deux collègues se rendirent à Yanves et constatèrent l'existence de la pelade sur plusieurs enfants et demandèrent le renvoi de ces enfants dans leur famille. Depuis la discussion de l'Académie j'ai appris de M. le D'Mazars, médecin résident, à cette époque, du lycée de Vanves, les détails suivants qui montrent que dans cette circonstance l'épidémicité et la contagion ne jouèrent pas un rôle bien manifeste, si même elles en jouèrent un.

Le petit lycée de Vanves était alors de création récente et ne comptait qu'un petit nombre d'élèves. Le proviseur, M. Deschanel, craignant de voir encore ce nombre diminuer par suite de l'effet moral que ne manquerait pas de produire sur les familles le renvoi des jeunes malades, jugea prudent de les garder dans l'établissement et néanmoins aucun cas nouveau ne se déclara dans les mois qui suivirent.

Deux ans plus tard, M. Mazars en faisant l'inspection des cheveux, découvrit 3 enfants qui lui parurent atteints de pelade. Ce diagnostic fut confirmé par Hillairet qui se contenta de l'examen à l'œil nu et donna l'ordre de renvoyer les enfants à leurs parents. Ces enfants d'càge diflérent ne suivaient pas les mêmes cours et n'avaient jamais eu de

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rapports entre eux. Cette fois encore le proviseur prit sur lui de les garder dans le lycée et pendant le cours de l'année, il n'y eut aucun autre cas.

Je ne puis dans ce rapport passer en revue les diverses épidémies qui, au dire des auteurs, se seraient développées dans des établissements scolaires, mais en les lisant attentivement on voit que la contagion n'est pas toujours démontrée et l'épidémicité certaine.

Au reste, à l'heure actuelle, malgré les intéressants travaux de MM. Nimier, Vaillant et Vincent, il est généralement admis que si la contagiosité de la pelade semble manifeste dans certains cas, — rares, à mon avis, au moins sur le terrain où j'observe — elle ne peut être démontrée d'une manière positive ni au point de vue histologique, ni au point de vue bactériologique, ni au moyen de l'inoculation (J).

(1) L'Académie de médecine avait proposé en 1887 un prix sur les Pelades. Malgré l'espace de 3 ans accordé aux concurrents, aucun d'eux n'a mérité le prix (consulter le rapport de M. Vidal, sur ce concours in Bull, de l'Acad. de méd., 1890, t. XXIV, p. 678).

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