III - B
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dont j'ai parlé sur la nécessité d'arrêter la diffusion de la coqueluche à Paris. « Le but à atteindre, dit-il, serait d'empêcher les malades de se répandre dans la ville et nous ne voyons pour cela qu'un moyen, créer en dehors de Paris un hôpital de la coqueluche, vaste, confortable, muni d'écoles, où les enfants non alités puissent jouer et continuer leur instruction. Un changement d'air est une des conditions les plus favorables pour le traitement de la coqueluche et il se trouve qu'un grand nombre de familles n'ont pas la possibilité d'envoyer leurs enfants à la campagne ; l'hôpital spécial sera pour elles une ressource précieuse et il sera possible, d'autre part, d'exiger un paiement des familles non indigentes. »
Je n'ai pas cité M. Chautemps pour le combattre, car son idée me paraît excellente à tous points de vue. En ce qui concerne l'hôpital qu'il propose, je sacrifierais le pavillon d'isolement pour les coquelucheux ou du moins je le voudrais de peu d'importance et seulement pour les cas graves. Les familles hésitent un peu à envoyer leurs enfants à l'hôpital, et le sentiment qui les pousse est si louable, qu'on ne peut pas le regretter ; mais l'asile des petits malades à la toux convulsive sera si peu un hôpital, que, nous ne voyons même pas la nécessité d'inscrire ce nom sur son fronton. Envoyer l'enfant coquelucheux à la campagne, ce sera tout simplement lui accorder, sans succès scolaire, un séjour à une colonie de vacances, et les familles même les plus méfiantes n'auront pas un instant l'idée de refuser.
Je subordonne donc mes propositions à l'adoption de celles de M. Chautemps. Nous sommes encore très mal organisés dans les hôpitaux de Paris pour prévenir la
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diffusion de la coqueluche ; c'est un fait qui partout, en France et à l'étranger, est de notoriété courante. On meurt de la coqueluche, la statistique est là qui le prouve; on n'en combat l'extension, ni par des conseils, ni par des médicaments ; il faut procéder hardiment, arriver si c'est possible au parfait, c'est-à-dire à l'hôpital de M. Chautemps, et si c'est impossible, au parfait relatif; aux pavillons spéciaux dans les hôpitaux d'enfants et aux chambres isolées, où l'on maintient en observation ceux dont les symptômes permettent de soupçonner une affection contagieuse, mais ne permettent pas de l'affirmer (1).
Avant de terminer je voudrais bien étendre les considérations que je viens d'exposer à une autre Institution dans l'intérieur de laquelle certains enfants passent avant d'arriver dans les hôpitaux, au Dépôt. Il a eu longtemps
(1) Je suis heureux de constater que ce desideratum réel au moment où je rédigeais mon rapport, ne l'était plus quand je l'ai lu. Dans sa séance du 4 avril, le Conseil municipal a pris une délibération, invitant l'administration de l'Assistance publique à démolir les maisons appartenant au domaine hospitalier et qui se trouvent en bordure de la rue du faubourg Saint-Antoine au niveau de l'hôpital Trousseau, les baux de ces maisons étant arrivés à échéance. L'administration a été en outre invitée à présenter les projets et devis des pavillons d'isolement prévus dans le rapport de M. Chautemps sur l'organisation sanitaire de Paris et déjà votés en principe en 1887.
Ces pavillons seront affectés au traitement des contagieux non transportables, et il y aura en outre un pavillon spécialement réservé aux suspectes. Le pavillon de la consultation sera un lazaret avec interne préposé à la répartition des arrivants.
J'espère que des mesures analogues ne tarderont pas à être prises à l'hôpital des Enfants- Malades.
Quant à la construction de3 hôpitaux suburbains elle est ajournée par l'opposition de la banlteue, qui a nécessité une consultation du Conseil d'hygiène et de salubrité de la Seine ; l'affaire est en ce moment au Conseil d'État.
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une lugubre réputation qui ne reposait, il faut l'avouer, ni sur des exagérations, ni sur des légendes. Les enfants entraient là pour y mourir. On a transporté le Dépôt à Thiais et on y meurt moins ; mais a-t-on fait tout ce qu'il fallait pour protéger les hôtes, pour éviter qu'aux malheurs de famille s'ajoutassent des dangers de milieu?
Dans les premiers jours du mois de février dernier une pauvre veuve, mère de trois enfants, entre à l'hôpital pour une maladie grave ; on dirige ses enfants sur le Dépôt ; le 12 on les ramène à ma consultation, rue de Sèvres, tous trois avaient la coqueluche : aucun d'eux ne toussait avant d'aller à Thiais. Ils avaient donc puisé les germes de la maladie dans l'établissement où ils avaient reçu l'hospitalité. Pas un d'eux n'est mort, mais ceux qui passeront par les mêmes péripéties auront-ils le même bonheur ? Il est fâcheux que dans un établissement philanthropique, sur lequel l'attention des pouvoirs publics a été appelée, qu'on a essayé d'améliorer, de modifier, soit encore un réceptacle de germes morbigènes ; il est fâcheux qu'on y prenne des maladies graves.
Je me résume :
1° La coqueluche est contagieuse et très grave pour certains individus ;
2° Il est bon d'apprendre aux familles comment se fait la transmission de la maladie, en leur indiquant les moyens de l'éviter ;
3° Il est indispensable de prendre des mesures rationnelles et sérieuses d'isolement, pour que jamais, dans aucun cas, elle ne puisse se développer dans le milieu hospitalier ;
4° Je propose de rédiger une instruction très brève, à
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l'usage des familles, et d'insister près de l'administration publique pour que les mesures proposées à plusieurs reprises soient mises, aussitôt que possible, à exécution (1).
(1) A la suite de la lecture de ce rapport, le Conseil adopta le projet d'instruction suivant :
1° La coqueluche est très grave pour les enfants de moins de deux ans ou affaiblis par n'importe quelle cause ;
2° La maladie est contagieuse ;
3» Lorsqu'un cas se montre dans une famille, il convient d'isoler les enfants atteints de coqueluche. Cet isolement s'impose pour les hôpitaux d'enfants ;
4° La désinfection des pièces habitées par le coquelucheux dans le cours de sa maladie devra toujours être faite d'après le procédé en usage pour la diphtérie, la rougeole, la scarlatine, etc.
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DIFFUSION DE LA TEIGNE DANS DEUX ORPHELINATS. — MESURES A PRENDRE POUR PRÉVENIR LA PROPAGATION DE LA MALADIE. — EXAMENS MICROSCOPIQUES PRÉCOCES. - HOPITAUX D'ISOLEMENT.
Une des petites malades de l'orphelinat de la rue de Longchamps, où régnait l'épidémie de coqueluche, sur laquelle j?ai eu l'honneur de vous adresser dernièrement un rapport, présentait à son entrée dans mon service, plusieurs plaques de teigne tondante. On supposa que ce cas n'était probablement pas le seul qu'il y eût dans l'établissement, et je fus chargé par vous d'y faire une nouvelle visite pour constater l'état du cuir chevelu de ses jeunes pensionnaires. Une autre enfant, admise depuis huit mois, était en effet atteinte de la même affection. Je constatai, sur la région pariétale gauche, la présence d'une plaque de teigne tondante large comme une pièce de 5 francs ; les spores caractéristiques étaient nombreuses. Je fis aussitôt entrer cette petite malade à la salle Bazin où elle est encore, il y a tout lieu de supposer que la seconde malade avait été contaminée par elle. Ces deux cas ont été les seuls de l'orphelinat : il est probable qu'il y en aurait eu d'autres sans les précautions qui ont été prises.
(1) Kapport lu au Conseil d'hygiène de la Seine, séance du 15 avr:
Un fait analogue s'est passé dans le cours du mois de février dernier à l'école libre du Sacré-Cœur, rue de Babylone. Le 7, on amène à ma consultation deux fillettes âgées l'une de 7 ans, l'autre de 6, atteintes l'une et l'autre de teigne. Chez toutes les deux, il existait une plaque arrondie ; à la surface de ces plaques les cheveux étaient courts, grisâtres, cassants : elles présentaient un grand nombre de spores caractéristiques. D'après le récit de la mère, l'aînée aurait contracté la maladie, il y a trois mois environ, à l'école dont j'ai parlé ; elle l'aurait communiquée plus tard à sa sœur qui restait encore à la maison. Chargé par l'administration de visiter l'école, je constatai, chez une petite fille de la division à laquelle appartenait la première, la présence de deux larges plaques, dans lesquelles les cheveux étaient entourés et infiltrés de nombreuses spores. Cette enfant entra immédiatement dans le service ; c'était elle qui probablement avait contaminé sa compagne.
Je pourrais citer beaucoup d'autres exemples observés dans des orphelinats ou autres établissements privés qui ne sont soumis à aucune surveillance médicale. Il y en a aussi de loin en loin, dans les écoles maternelles et les écoles publiques de la ville. Le 11 février, on présentait à ma consultation quatre petits garçons atteints de teigne tondante ; deux fréquentaient l'école communale de la rue du Jardinet. Leur mère s'aperçut qu'ils avaient des espèces de plaques rondes à la surface desquelles les cheveux étaient décolorés, très courts ; à ce niveau, les téguments étaient grisâtres et poudreux ; un peu plus tard, les deux autres présentèrent des accidents analogues. Chez tous, on trouva des spores. Des renseignements recueillis près
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du directeur de l'école apprirent qu'un mois auparavant il avait dû l'interdire à un autre enfant atteint de teigne.
A la même consultation, on amène un cinquième enfant également atteint de teigne tondante. Il allait chaque jour à l'école de la rue Ohomel, mais depuis quinze jours on avait refusé de le recevoir ; trois jours plus tard, il en vint un autre du même établissement qui présentait la même affection du cuir chevelu. Le 27 janvier dernier, le médecin-inspecteur, leDrToledano avait déjà constaté l'existence de la maladie chez un élève dont il avait prescrit l'expulsion. En présence de ces faits, M. le Préfet de la Seine voulut bien m'accorder l'autorisation nécessaire pour faire une enquête dans l'établissement même. Avec M. le Dr Toledano nous examinâmes le cuir chevelu de tous les enfants de l'école et nous eûmes la satisfaction de ne pas constater un cas déteigne. Les mesures prises de bonne heure grâce à l'initiative de ce judicieux confrère avaient, selon toute probabilité, empêché le développement d'une épidémie.
Il n'est malheureusement pas toujours possible d'agir de la sorte. Dans la lettre signalant les cas au Maire du VIIe arrondissement, M. Toledano parlait d'une affection suspecte du cuir chevelu sans se prononcer absolument sur sa nature ; c'est ainsi que dans les conditions actuelles sont obligés de procéder habituellement les médecinsinspecteurs des écoles; mais lorsque les phénomènes objectifs permettent de déclarer qu'une affection du cuir chevelu est suspecte, on est déjà passablement éloigné du début, et il y a de sérieuses chances que d'autres enfants aient été contaminés. Un seul moyen permet de faire un diagnostic précoce et certain : l'examen microscopique
à l'aide du quel on constate la présence des spores. Il est fâcheux qu'on ne donne pas aux médecins-inspecteurs ce qu'il faut pour le faire. Il n'y a pas de semaines dans le cours desquelles un ou plusieurs enfants ne viennent à la consultation sur les indications du directeur ou des médecins des établissements scolaires ; tous demandent un certificat indiquant la nature exacte de l'affection dont ils sont atteints. Cette manière de procéder est défectueuse, car assez souvent une seule recherche est insuffisante pour qu'on puisse affirmer catégoriquement l'existence ou la non- existence d'une affection tricophytique ; il y a nécessairement des incertitudes, du retard dans l'application des mesures à prendre. Qu'en résulte-t-il ? C'est que le jour où on les applique, d'autres enfants sont déjà pris.
Depuis sept ans que je suis à l'hôpital de la rue de Sèvres, j'ai vu beaucoup d'enfants qui avaient contracté la teigne dans les asiles et les écoles. Il y en a, je l'ai dit, qui avaient été expulsés par mesures de prudence, mais d'autres continuaient à les fréquenter ; ils profitaient du jour de congé hebdomadaire — car ma consultation est le jeudi — pour venir se faire soigner à l'hôpital. Il y a là, évidemment, un desideratum fâcheux qu'il faut à tout prix faire disparaître, et ce sera, je crois, facile, grâce au zèle et à la collaboration assidue des médecins-inspecteurs des écoles.
Mais le jour où ses camarades ne sont plus menacés, où l'on a pris des mesures quarantenaires à l'égard de l'enfant suspect ou malade, tout n'est pas fini, tant s'en faut. La mère l'amène à l'hôpital, elle est disposée à le faire soigner comme nous le lui conseillerons. Le mieux, c'est de l'admettre dans un service de teigneux et de l'y trai-
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ter; mais le plus souvent la place fait défaut. Il n'y a pour ces malades que 100 lits aux Enfants-Malades, 68 lits à Trousseau, 30 lits à Saint-Louis ; le traitement est fort long, il dure parfois plus d'un an. Bien souvent, on est obligé d'inscrire les petits malades sur une liste d'attente et de les engager à revenir aux consultations, en attendant qu'on puisse les recevoir. Il arrive qu'on ne les ramène pas ; les parents travaillent pendant le jour ; lapermission qu'ils ont obtenue une fois, il leur serait impossible de l'obtenir toutes les semaines ou plusieurs fois la semaine. Les expectants profitent de leurs vacances forcées pour faire des promenades par les rues. Une contaminent pas leurs camarades à l'école, mais rien ne dit que dans une partie au carrefour le plus proche, il n'y aura pas de changements de coiffures, de transmissions médiates ou immédiates ; rien ne dit que dans une course en tramway ou en omnibus, des spores ne passeront pas de leur tête sur celle du petit voisin. Je compte, en moyenne, une cinquantaine d'expectants pour le service des teigneux des Enfants-Malades, s'il en existe le même nombre pour Trousseau et Saint-Louis, cela fait un chiffre respectable. Il- serait extraordinaire qu'avec 100 foyers permanents et mobiles de propagation, la teigne ne fût pas plus ou moins endémique à Paris.
Parfois, la longue durée de l'attente fatigue les parents. Ils s'ennuient, et ils ont raison, de voir l'enfant vagabonder et ne rien faire. L'école communale reste fermée, mais il y a tout à côté une école libre qui s'ouvrira, grâce à une rétribution légère, quelquefois pour rien; on y envoie d'autant plus volontiers le petit malade, qu'aucun œil indiscret ne viendra scruter l'état de son
cuir chevelu ; qu'aucun médecin n'aura le pouvoir d'obtenir une expulsion temporaire ; j'ai même eu connaissance de simples transferts d'une école communale à une autre ; on ne disait pas que l'enfant était malade, on se bornait à solliciter son admission et, quand il y avait de la place, il entrait. L'Administration s'est émue, elle a prescrit aux directeurs d'école de donner à la Mairie la liste des enfants expulsés pour cause de teigne. Défense formelle est faite aux directeurs de les recevoir. Mais les directeurs des écoles libres ne songent guère à consulter ces listes, l'effet protecteur des mesures antérieurement prises ne se produit pas au delà du seuil de ces établissements.
Les deux principales variétés nosographiques de la teigne sont : le favus et la tricophytie; une espèce de celle-ci, la teigne tondante, menace particulièrement l'enfance. Je ne parle pas de la pelade, à la contagion de laquelle je ne crois guère.
Les variétés transmissibles delà teigne sont fréquentes à Paris. Le tableau suivant, que je dois à l'obligeance de M. Dapoigny, commis-rédacteur à l'hôpital des Enfants- Malades, est fort instructif. Il montre combien de teigneux ont suivi le traitement interne et le traitement externe pendant une période de quarante et un ans, de 1848 à
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