‹ Études d’hygiène publique (volume 3)Chapitre 16 sur 35 · OO A · texte numérisé non relu

OO A

Nous obtenons avec ces nombres, un coefficient de mortalité de 29,25 0/0 ; il est évidemment trop élevé quand on parle de l'ensemble de la population ; nos petites malades font presque toujours partie de ces déshérités de la fortune pour lesquels tout est sérieux parce que l'économie n'a pas les ressources nécessaires pour se défendre.

Nous avons constaté la fréquence de la coqueluche à Paris, sa gravité exceptionnelle pour les enfants des classes laborieuses. Cette constatation aurait peu d'intérêt s'il était impossible de diminuer le nombre des cas et d'enrayer dans une certaine mesure les épidémies.

Le moment est peu favorable pour parler de prophylaxie, nous ne devons compter sur aucun concours de la part des intéressés ; on ne lit pas les bulletins de statistique ; on ne croit pas au danger de la maladie et toute mesure destinée à la prévenir a des chances d'être accueillie avec étonnement d'abord, puis avec humeur. Mais en hygiène, les administrations sont souvent obligées de

LA COQUELUCHE A PARIS

devancer l'opinion publique et de braver des impopularités passagères. Depuis 20 ans, presque tous les corps savants ont jeté le cri d'alarme : à l'Académie de médecine, à la Société de médecine publique et d'hygiène professionnelle, au Conseil d'hygiène et de salubrité du département de la Seine, dans les congrès, on s'est occupé du danger des maladies contagieuses et de leur prévention.

L'intervention des administrations s'est un peu ressentie des incertitudes techniques. Les mesures circonspectes à l'extrême ont été bien rarement décisives. Je ne blâme pas cette conduite, car, en présence des divergences des hygiénistes, il est difficile de trancher des questions dont les solutions doivent froisser un certain nombre d'intérêts. Je serais heureux cependant de voir, je le répète, entrer dans l'esprit des fonctionnaires une conviction partagée aujourd'hui par tous les médecins : à savoir que les épidémies sont des calamités qui n'ont rien de fatal ; que l'on peut les éloigner, les atténuer, même les enrayer.

Puisque nous parlons de la coqueluche, voyons ce que l'on pourrait faire contre elle. Un enfant qui en est atteint est soigné dans sa famille ou à l'hôpital ; suivonsle dans ces milieux.

Il y a peu de chances que la maladie ne passe pas d'une famille à une autre. « 11 me semble, dit à ce sujet notre collègue, M. Chautemps (1), qu'il n'est pas nécessaire d'invoquer l'extrême diffusibilité pour expliquer la rapide expansion de la maladie ; et qu'il suffit de considérer que la coqueluche est rarement assez grave pour exiger le séjour à la chambre. Le même enfant pourra donc dans

(1) Chautkmps (Emile). L'organisation sanitaire de Paris. Kapport présenté au Conseil municipal, Paris, 1887, p. 67.

une seule journée contagionner d'autres enfants dans sa famille, à l'école, à l'église, au jardin, dans les tramways. »

La première précaution à prendre, c'est l'isolement; il faudrait qu'il fût rationnel et précoce, c'est-à-dire que le petit malade fût éloigné de ses frères et sœurs aussitôt qu'il peut leur communiquer la coqueluche ; or c'est impossible les premiers jours ; parce que, à ce moment, la coqueluche ne diffère pas de la bronchite ou du rhume vulgaire; mais l'enfant est déjà dangereux. Plus tard surviennent les quintes pathognomoniques ; il ne faut pas malgré tout se décourager et dire : tous les enfants qui pourraient être contagionnés le sont, à quoi bon éloigner les autres ? Personne ne sait au juste quand et pourquoi se produit la contagion ; ceux qui étaient indemnes hier, qui le sont aujourd'hui, ne le seront peut-être plus demain. Dans une famille, qu'on éloigne le premier enfant qui a la coqueluche dès qu'on la reconnaît, que si quelqu'un parmi ses frères et sœurs vient à tousser, qu'on n'attende plus les quintes pour l'isoler.

Mais si l'on veut que l'isolement donne le bénéfice que Ton attend, il faut qu'il dure autant que la maladie. A la troisième période, lorsque la toux devient moins fatigante, on est disposé à croire que tout est fini. Pour le malade peut-être, mais pour l'entourage tout peut recommencer, car le contagium, moins vivace que dans les premiers jours, est toujours actif. C'est souvent un exil de deux à trois mois en moyenne qu'il faut imposer aux petits enfants. Il est possible à la rigueur d'obtenir des parents l'application des mesures destinées à protéger leurs enfants ; il est plus difficile d'en obtenir les précautions nécessaires

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pour protéger les enfants des autres. La notion de solidarité est loin d'exister même dans les classes cultivées à propos des affaires d'hygiène. Si nous disons que le petit malade atteint de coqueluche ne doit pas voir d'autres enfants du même âge, ne doit fréquenter ni les squares, ni les jardins publics, nous aurons toute chance de provoquer d'énergiques protestations de la part de la famille. — « Mais c'est la séquestration que vous demandez ; le médecin recommande le grand air, faut-il mépriser ses conseils par crainte de contaminer un enfant que nous ne connaissons pas, qui n'existe peut-être pas ? Nous ne pouvons pourtant pas promener notre enfant au square de minuit à quatre heures du matin pour être sûr qu'il n'y puisse nuire à personne. »

Tout le monde est indifférent pour -le voisin en ce qui concerne les maladies épidémiques ; nous avons nos traditions de résignation qui remontent à des siècles et contre lesquelles il est difficile de réagir. C'est aux parents dont les enfants sont bien portants à veiller sur eux : qu'ils les éloignent des enfants qui toussent, qu'ils évitent de les mener chez leurs camarades malades avant de savoir au juste ce dont ils sont atteints. Pour l'asile et l'école, la prévention est l'affaire de l'administration. Il serait bon de ne pas éloigner seulement le coquelûcheux reconnu. Si ses frères et sœurs vont aussi à l'école on peut prier la famille de les garder pendant quelque temps, de prolonger même cette interdiction pendant quinze jours à trois semaines à partir du moment où il a été isolé, pour être sûr qu'ils n'ont pas eux-mêmes pris la coqueluche.

Voyons maintenant ce qui se passe à l'hôpital : nous avons déjà comparé la coqueluche à la rougeole et fait

remarquer que le contagium de la première est moins actif et moins virulent que celui de la seconde. Des observations de même nature ont été faites par presque tous les médecins d'enfants. Ainsi le Dr Filatov (1) déclare que la maladie traverse rarement un corridor pour passer d'une salle à une autre ; il fait remarquer que si les données fournies par M. Henri Roger sur le degré de contagiosité diffèrent notablement de celle des médecins allemands et russes, cela tient à ce que dans les hôpitaux de Paris, les coquelucheux sont traités dans les salles communes.

Cette remarque faitepar unpraticien distingué de l'étranger contient tout un enseignement dont nous aurions sérieusement tort de ne pas profiter. Les conditions indiquées par lui sont réelles; du temps de M. Roger, on présentait un enfant à la consultation, le diagnostic coqueluche était porté ; si la famille réclamait son admission et que celle-ci parût nécessaire, on lui donnait un lit dans la salle commune. C'était du reste la même chose pour la rougeole, la diphtérie, etc. Dans un rapport fait au conseil en 1884, je signalai les dangers d'une pareille promiscuité ; il est périlleux de transporter en hygiène certaines doctrines de l'économie politique, d'être libres-échangistes par rapport aux germes morbigènes. Je demandai donc qu'un interne attaché à la consultation envoyât à des pavillons spéciaux les enfants atteints de maladies contagieuses ; on ne m'a pas donné satisfaction sur tous les points, mais enfin on a adopté le principe, la sélection et l'isolement immédiat sont faits pour la diphtérie, la rougeole et la scarlatine; on n'est pas allé jusqu'à la coqueluche ; les

(1) Filatov. Leçons sur les maladies infectieuses aiguës des enfants (en russe). St-Pétersbourg, 1887.

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petits malades qui en sont atteints sont encore traités avec les autres ; de telle sorte que la remarque de M. Filatov est toujours intégralement vraie.

J'avais demandé l'isolement des enfants atteints de maladies contagieuses confirmées et celui des suspects. Le Conseil d'hygiène, la Société médicale des hôpitaux s'étaient ralliés à cette manière de voir. Jusqu'à présent, l'administration de l'Assistance publique a hésité ou plutôt elle a continué de faire ce qu'elle a fait souvent. On semble peu comprendre l'importance du mot suspect. Un enfant a-t-il une maladie contagieuse : isolons. En est-il indemne, n'isolons pas. Telle est la manière dont on raisonne à l'Assistance publique. Un enfant tousse, a les yeux rouges ; si on le déclare atteint de rougeole, on l'envoie au pavillon d'isolement des morbilleux; si on hésite, si on parle de présomptions, c'est dans la salle commune qu'il va entrer ; le lendemain, l'éruption ne laisse plus de doute, alors on le transfère dans les locaux réservés aux enfants atteints de la même affection ; on peut même être certain que ce transfert ne sera pas le seul, que les jours suivants il y aura d'autres rougeoles dans la salle. Si on procède autrement, si l'on met les suspects avec les contagieux, l'affection qu'ils n'avaient pas en entrant à l'hôpital, ils la prennent là où on les soigne. Tout cela est applicable à la coqueluche : si l'on ne veut pas qu'il en naisse des cas dans nos salles, il faut créer un pavillon d'isolement pour elle, il faut réserver des chambres aux suspects.

M. Chautemps (1) a insisté avec raison, dans l'étude

(1) Chautemps. Loo. cit., p. 67.

TTYCHÈNE TUBIJQUE.

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