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Si je m'en rapporte à mon expérience personnelle, je suis disposé à admettre que la pelade présente à peu près le même degré de fréquence que le favus. En comparant le dernier tableau et les tableaux précédents, on se rend facilement compte que la tricophytie est la plus fréquente de toutes les teignes dans l'enfance,
Les recherches modernes ont mis en évidence deux faits d'une très grande importance au point de vue de la prophylaxie des teignes : 1° ce sont des maladies parasitaires et contagieuses ; elles peuvent passer des animaux à l'homme. Ces notions sont également utiles pour la découverte précise du mal ; lorsque les lésions sont insignifiantes ou à peine visibles même pour un œil exercé, le microscope peut montrer qu'elles existent. Le favus
peut passer des souris, des chats à notre espèce ; la teigne tondante existe chez les chevaux et chez les bovidés. On
LA TEIGNE A PABIS
a tiré parti de tout cela et il n'y a peut-être pas de maladies dont la prévention rationnelle ait été mieux établie ; il suffit de jeter un coup d'œil sur un excellent travail du docteur Feulard (1) pour voir où on est aujourd'hui.
Permettez-moi cepecdant, Monsieur le Préfet, de vous présenter quelques réflexions que m'ont forcément suggérées les enquêtes dont vous m'avez chargé. A ma consultation de l'hôpital, il vient des enfants qui ont pris la teigne dans les écoles publiques, il en vient beaucoup plus qui l'ont prise dans les écoles libres. Est-ce la faute des directeurs ou des directrices ? Je ne le crois pas ; celles que j'ai vues m'ont paru intelligentes, tout à fait à la hauteur de leur tâche et disposées à faciliter l'application des mesures hygiéniques qu'elles connaîtraient. Mais on ne peut véritablement pas demander de faire entrer une épreuve de dermatologie pratique dans les examens du brevet de capacité. Lorsque des médecins eux-mêmes sont hors d'état, s'ils n'ont pas de microscope, de distinguer la maladie, les instituteurs et institutrices peuvent très bien la méconnaître et la laisser sévir dans les classes qu'ils dirigent. Puis les médecins sont plus soupçonneux, moins coulants sous le rapport hygiénique. On n'a pas vu les spores pathognomoniques, mais il y a quelque chose d'anormal sur le cuir chevelu, l'enfant est suspect, prenons des mesures. Les effets de cette suspicion salutaire ne peuvent jamais se produire dans les établissements privés puisqu'à l'heure actuelle ils ne sont soumis à aucune inspection médicale. M. le Préfet de la Seine nous rap-
(1) Fk'jlakd (H.). [Teignes et teigneux. Histoire médicale. Hygiène publique, Th. do doct., Pavin, 1886.
pelait récemment, à propos des faits qui se sont passés rue François-Miron, que l'administration est armée, que des règlements déjà anciens établissent et organisent la surveillance des asiles libres. Ces articles ont-ils jamais été appliqués ? sont-ils en désuétude? Je l'ignore. Toutes les fois que je suis entré dans ces établissements et que j'ai demandé le nom du médecin inspecteur, l'époque de son dernier passage, on m'a répondu qu'on ne l'avait jamais vu et que si le titre existait, il ne pouvait correspondre qu'à une fonction inpartibus infidelium.
L'inspection des écoles et asiles publics laisse passer de temps en temps, je l'ai dit, des favus et surtout des tricophyties qui ne restent pas isolés. Cela tient tout simplement à ce que les médecins n'ont pas d'autre moyen de reconnaître ces maladies que les gros symptômes. Les parasites peuvent évoluer, fournir des spores fécondes capables de passer d'un individu à un autre sans que l'aspect général de la chevelure trahisse leur présence. J'ai vu parfois dans une seule consultation sept ou huit enfants suspects déteigne et porteurs d'une lettre des médecins de leurs écoles respectives demandant un examen microscopique des cheveux. Ces examens extemporanés et isolés présentent des causes d'erreur: on peut laisser passerun malade parce qu'on n'a pas pris assez de cheveux. Ne serait-il pas plus simple de mettre aux mains des médecins inspecteurs le microscope de Malassez, instrument excellent et peu coûteux? Comme la technique est très simple, ils seraient en peu de jours aptes à faire tous les examens. On pourrait encore créer une sorte de laboratoire central où ces examens seraient faits dans de meilleures conditions qu'à une consultation publique d'hôpital.
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Pouvons-nous remédier à l'insuffisance des ressources hospitalières actuelles ? C'est encore là une question brûlante. Je le répète, ce n'est pas un bon moyen de raréfier les cas que d'en traiter tous les mois une centaine par l'expectation sur le pavé de Paris ; il faut augmenter le nombre des lits. Mais je ne veux pas dire par là qu'il est nécessaire d'agrandir les services existants. Nous sommes mal outillés, aux Enfants-Malades, pour soigner les teigneux ; nous n'avons pas de personnel suffisamment spécialisé, et l'opération essentielle dans le traitement, l'épilation, n'est pas faite avec toute l'habileté et toute la conviction désirables ; nous n'avons même qu'une faible partie de notre temps à consacrer au service des teigneux, car nous avons des malades aussi nombreux qu'eux atteints de toutes sortes d'affections. Et il y a malheureusement bien près de ce service de la diphtérie et de la scarlatine; elles y passent, j'en ai eu plus d'une fois la preuve. Cette éventualité serait plus que suffisante pour éloigner des enfants atteints d'une simple affection parasitaire du cuir chevelu d'hôpitaux où ils peuvent prendre des maladies capables de les tuer. Tout est à faire clans cette voie ; la teigne n'est malheureusement par la seule maladie du tégument externe qui puisse frapper le jeune âge ; c'est la seule pour laquelle on reçoive à l'hôpital. Où traite-t-on les enfants atteints de dermatoses? Où l'on peut, comme on peut. On n'en veut pas, et avec raison, à Saint-Louis, parce qu'ils sont trop jeunes ; on n'en veut non plus ni aux Enfants, ni à Trousseau, parce qu'il n'y a pas de service pour eux. Leur place naturelle devrait être dans ces derniers hôpitaux.
ÉTUDES D'HYGIÈNE PUBLIQl K
Je suis de l'avis de M. Chautemps (I). Construisons un grand établissement pour les teigneux à Créteil. On procurera aux enfants une villégiature de quelques mois, dans un bon milieu, on les traitera et on rendra disponibles près de 200 lits dans les hôpitaux actuels. Si le principe était adopté, nous aurions à discuter les conditions d'application pour que l'isolement fût parfait : salle spéciale pour le fa vus et pour la tondante, écoles isolées ; partant pas d'échanges de parasites; mais il faudrait d'abord que le principe fût adopté.
Jusqu'ici on a reculé, tant la population de Créteil a peur des spores tricophy tiques ou faviques. Quand on a parlé de teigne, tout le monde a tremblé pour sa chevelure, sans réfléchir que les vents n'ont jamais ' dispersé au loin les spores, que la création de l'hôpital proposé par M. Chautemps ne produirait probablement pas un seul cas de teigne sur tout le territoire de la commune ; que ses habitants auraient pour faire traiter ceux qui existent des facilités qu'ils n'ont pas aujourd'hui.
A défaut de la plaine de Créteil, le Conseil municipal a songé aux terrains vagues de l'hôpital Saint-Louis. Ce choix ne me parait prêter à aucune critique. Que l'hôpital soit n'importe où, pourvu qu'il y ait le plus tôt et le plus vite possible un hôpital.
En résumé :
La prophylaxie de la teigne, telle qu'elle se fait aujourd'hui à Paris, est défectueuse.
1° Il faudrait qu'on eût des moyens de reconnaître la
(1) Chautemps (Emile). L'organisation sanitaire de Paris. Rapport présenté au Conseil municipal. Paris, 1887, p. 105.
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maladie plus vite qu'on ne peut le l'aire dans les écoles et autres établissements où sont réunis de nombreux enfants. Le meilleur serait de demander aux médecinsinspecteurs des écoles des examens microscopiques répétés des cheveux des enfants suspects.
2° Il faudrait qu'on pût hospitaliser plus vite les teigneux et mieux diriger le traitement qu'on ne le fait aujourd'hui dans les hôpitaux d'enfants.
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