‹ Études d’hygiène publique (volume 3)Chapitre 28 sur 35 · D. — LES OREILLONS.— LEUR MICRO-ORGANISME · texte numérisé non relu

D. — LES OREILLONS.— LEUR MICRO-ORGANISME

Différentes épidémies ont été signalées dans l'armée et la population civile, nous n'insistons pas sur leur développement. M. Frédéric Bordas, préparateur au laboratoire de toxicologie de la Faculté de médecine de Paris, s'en est occupé à un autre point de vue ; des expériences destinées à isoler le micro-organisme pathogène ont été faites par MM. Capitan, Charrin etKarth ; elles ont donné des résultats positifs ; j'en ai obtenu moi-même, àlasuite de recherches qui ont été pratiquées sur plusieurs malades de mon service. M. Bordas a eu l'occasion d'en poursuivre clans deux milieux différents. Pendant son séjour comme réserviste à l'infirmerie du 37e de ligne au Mans, il a assisté à une épidémie d'oreillons qui au début marcha parallèlement cà la rougeole, c'est souvent le cas. Il remarqua que l'orchite ourlienne se produit surtout chez les individus dont la parotidite a été légère ou qui sont sortis trop tôt à sa suite. « En présence de métastases aux organes génitaux et aux mamelles, dit-il, on est bien forcé d'admettre qu'il s'agit d'une maladie générale analogue aux fièvres éruptives et non pas à une affection

localisée dans la région parotidienne, car cette hypothèse rendrait inexplicables les métastases... Reprenant la» question aujourd'hui, nous avons fait de nombreuses prises d'échantillons de sang provenant de sujets atteints de parotidite catarrhale à diverses périodes de la maladie.

Après avoir isolé les différents micro-organismes 'par des cultures sur plaques, nous avons toujours rencontré un bacille dont les caractères spéciaux nettement apparents ne nous permettent aucune confusion. » Dans les premiers essais faits au Mans, l'auteur avait pris delà salive et de l'enduit buccal recueillis le matin au réveil des hommes. « La grande quantité de micro-organismes que contenaient également les cultures ne nous ont pas permis de faire des recherches fructueuses. Aussi avons-nous dû abandonner ce moyen et recourir aux piqûres qui nous ont donné de bons résultats. »

Une recherche nouvelle a été faite par M. Bordas sur une petite fille atteinte d'oreillons qui se trouvait dans le service de M. Proust; elle permit de retrouver le bacille noté dans les recherches antérieures. « Son évolution se faittrès rapidement. Des pommes de terre humectées avec du bouillon provenant d'une ancienne culture ne donnent aucune végétation. »

L'auteur admet donc l'existence d'un élément spécifique dans les oreillons, d'un bacïMus parotidis, dont les particularités biologiques sont en partie connues. Quelles conclusions pratiques peut-on tirer de cette notion? M. Bordas pense que la contamination se fait d'habitude par la salive. « Au moment de la tuméfaction des parotides, les mouvements de déglutition étant plus pénibles deviennent aussi plus rares, surtout pendant le sommeil,

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ce qui facilite alors l'écoulement de la salive, contamine l'oreiller et les draps. » Les spores desséchées aux commissures des lèvres, sur la peau de la face, sont transportées par l'air et vont se déposer sur les bords de l'orifice buccal ou bien pénètrent dans la bouche à l'aide des voies respiratoires. » Tenant compte de ces notions, l'auteur propose le bichlorure de mercure et l'acide borique pour enrayer le développement du bacille. Dans les milieux confinés et plus particulièrement disposés pour l'éclosion des épidémies, tels que les casernes ou les écoles, il conseille la désinfection du linge et en général de tout ce qui a été souillé au contact direct du malade.

E. — LA GRIPPE. — L'ÉPIDÉMIE D'OYONNAX. ANALYSE DU MÉMOIRE DE M. FIESSINGER. — LA GRIPPE EST-ELLE OU N'EST-ELLE PAS CON- TAGIEUSE ?

Oyonnax (Ain), ville de 4,200 habitants, a été éprouvée à la fin de 1887 et au commencement de 1888 par une épidémie de grippe qui a fourni au docteur Fiessinger le sujet d'un intéressant mémoire. La première explosion a lieu en novembre et dure pendant ce mois et le suivant, elle finit par un certain nombre de cas isolés en janvier. En mars et en avril, la maladie reparaît avec une intensité à peu près semblable à celle qu'elle présentait la première fois. Il y eut en tout 83 malades dont 4 succombèrent les neuvième, dixième, douzième et quatorzième jours. Sur ce nombre, 51 présentèrent la forme ordinaire et classique, caractérisée par la fièvre, des phénomènes respiratoires dont le plus fatigant était la toux, accompa-

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gnant parfois un certain degré de congestion pulmonaire ; des troubles digestifs, parmi lesquels on a dû compter surtout l'inappétence, les nausées, les vomissements, la diarrhée ou la constipation; des désordres nerveux tels que des troubles sensitifs,de l'insomnie, des convulsions, du délire et des paralysies motrices, enfin parfois des congestions des parotides, des reins, etc. Dans 21 cas, la grippe a présenté la forme abortive, et duré de 24 à 72 heures. L'auteur la considère comme une maladie parasitaire infectieuse. Quel est l'élément spécifique ? On n'en sait rien. Comment passe-t-il d'un individu à un autre? On ne le sait pas davantage. M. Fiessinger est conduit, malgré lui, àl'idée de contagion. « Un fait, dit cet auteur, nous frappe tout d'abord, c'est la tendance de l'affection à se cantonner autour du premier individu qu'elle atteint: un malade s'alite le 19 novembre, sa mère est prise dix jours après ; puis, au second étage de la même maison,un jeune homme âgé de 17 ans est atteint presque en même temps. Dans un autre quartier un enfant est touché le 18 novembre; un petit voisin est pris le 24; il y a d'autres cas dans les maisons contiguës ; plusieurs des nouveaux malades avaient vu ceux qui avaient été les premiers atteints et étaient restés quelque temps près d'eux. »

Malgré ces particularités, M. Fiessinger n'est pas contagioniste et voici pourquoi : Il y avait dans la durée de la période d'incubation trop de variabilité et d'irrégularité pour qu'il soit possible d'admettre l'action efficiente d'un contage. Une personne bien portante jusqu'alors voit un sujet grippé, elle est atteinte le lendemain ; une autre les soigne, habite le même milieu, elle ne sera guère atteinte que 16 jours ou 3 semaines plus tard. En second lieu, il

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y a des immunités qui ne s'expliquent pas. Dans la partie haute de la ville où se trouve l'un des foyers les plus intenses, est un pensionnat de garçons renfermant un certain nombre d élèves internes ; pas un seul parmi eux n'est atteint; la généralisation parmi les membres d'une même famille, vivant sous le même toit que les malades et en contact journalier avec eux, est tout à fait exceptionnelle ; enfin on voit survenir des cas spontanés de grippe dans des conditions d'isolement telles qu'aucune contamination n'a pu se produire : « Au milieu de la montagne, dans une ferme isolée, construite au centre d'un cirque sauvage dont les parois sont faites de bois et de rochers (Groupe Veraz), habite un enfant de 3 ans. Cet enfant n'est pas sorti depuis le 6 janvier. De malades étrangers, il n'en est pas venu, et ses parents n'en ont pas été visiter. Néanmoins l'enfant tombe malade le 25 mars ; il se plaint de la tête et du ventre, tousse, a de la fièvre et présente les signes de la grippe. »

Puisqu'il s'agit d'une maladie spécifique, dans la transmission de laquelle la contagion n'est pour rien, comment expliquer la multiplicité des cas simultanés à certaines époques, autrement dit, la diffusion épidémique ? M.~Fiessinger fait remarquer que. depuis plusieurs années, ces diffusions sont périodiques à Oyonnax. La même remarque s'applique à plusieurs localités du voisinage immédiat, à Savognat, à Izermore, à Martignot, à Viry, à Roynat. Il doit donc exister en toute saison des micro-organismes ou des spores en état de vie latente; ils n'attendent qu'une modification thermique et hygrométrique, une sorte de révolution atmosphérique pour entrer en activité et produire leurs effets. Au début de l'explosion, les conditions

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les plus favorables à la vitalité des germes semblaient réunies. « Les mois de novembre et de décembre furent relativement beaux. Plus tard, en mars et en avril, le dégel, la pluie, de temps à autre, un rayon de soleil, avaient constitué d'excellentes conditions climatériques. » Qu'une prédisposition personnelle, une laryngite accidentelle, un catarrhe bronchique viennent s'ajouter à tout cela, et la maladie est constituée.

Nous laissons à M. Fiessinger la responsabilité de cette conception étiologique ; elle est nettement exposée et vraisemblable. Il n'en est pas moins vrai qu'elle n'est pas suffisante pour chasser de l'esprit l'idée de contagion qui s'impose quand on lit ce travail. Des objections peuvent être faites aux deux doctrines et elles paraissent aussi sérieuses, aussi topiques, quand on les dirige dans un sens que quand on les dirige dans l'autre. Lorsqu'il s'agit d'une maladie dont le développement exige des prédispositions individuelles, qui a pris naissance dans une agglomération urbaine d'une certaine importance, on n'est pas autorisé à nier la contagion par le fait seul que beaucoup d'individus s'y exposent et restent indemnes, que certains cas semblent tout à fait spontanés ; en raisonnant de cette manière, on pourrait nier la transmis sibilité directe même des fièvres éruptives.

F. — DYSENTERIE. — UNE ÉPIDÉMIE A TOULON. — STATISTIQUE DE L'HOPITAL SAINT-MANDKIEE. — RECHERCHES BACTÉRIOLOGIQUES. — INSALUBRITÉ DU CASERNEMENT DU MIESESSY. — MAUVAIS SYSTÈME DE VIDANGES. — EAUX POTABLES INSALUBRES.

On a vu la dysentérie aux environs de Cherbourg dans ce rayon limité où les cours d'eau sont infectés à l'état

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permanent ; on l'a vue dans les Côtes-du-Nord, dans le Morbihan, dans le Finistère ; on la trouve dans ces localités palustres où il y a des fièvres continues qui présentent un faux air exotique. Une épidémie vraie a eu lieu à Toulon en 1887. M. Bertrand en a écrit l'histoire ; jamais enquête sur les origines d'une maladie n'a été poursuivie avec plus de persévérance et mieux faite ; tous les renseignements que l'on peut désirer sont donnés, toutes les méthodes de recherche, même les plus modernes, ont été appliquées. On retrouve dans ce travail des noms qui nous sont devenus familiers, tant ils ont été répétés au temps du dernier choléra; ceux des quartiers du Miesessy, du Grand-Mourillon, de l'hôpital Saint- Mandrier, de la Division, etc. ; preuve, qu'au point de vue de la genèse des épidémies, il y a des régions privilégiées conservant si bien les germes morbides qu'on y voit de temps en temps des maladies graves tendant à disparaître ailleurs. C'est une notion à garder; il serait fâcheux que la conception de la spécificité telle qu'elle est aujourd'hui, reposât exclusivement sur les germes et leurs véhicules et nous fit négliger la question de locis.

Du 20 mai au 1er novembre, l'hôpital de Saint-Mandrier reçut 199 dysentériques, si l'on ajoute à ce chiffre 13 cas nés dans l'établissement, on obtient un total de 212. Peu nombreux en mai et en juin, les malades augmentent en juillet et août; il devient tellement évident qu'on est en présence d'une épidémie, que l'on crée un service spécial à la tête duquel est placé M. Bertrand.

Voici la répartition des cas par catégories professionnelles :

Dysenteries venues du dehors :

Infanterie de marine 118

Marins 64

Artillerie de guerre 3

Artillerie de marine 7

Pompiers de la marine. 1

Douaniers 1

Ouvriers du port 4

Prisonniers 1

Total 199

Dysenteries contractées à l'hôpital.

Matelots 9

Infirmiers 3

Sœurs de charité , 1

Total 13

Parmi les militaires de l'infanterie de marine, 107 occupaient le casernement de Miesessy ; parmi les matelots 33 appartenaient à la Division ; c'est là qu'avait éclaté l'épidémie de 1884. La température fut élevée en juillet; elle atteignit 32 et même 33° certains jours; en septembre survient une brusque baisse, on note plusieurs fois des minimums 2°, 5 ; il y eut peu de pluie; 1887 fut plutôt sec qu'humide.

L'influence prédisposante la plus manifeste fut celle du sol ; il y a une dizaine d'années le quartier de Miesessy était un véritable marécage parsemé de fondrières, de flaques d'eau ; on dessécha le mieux qu'on put, on surhaussa à l'aide de terres apportées et on bâtit le caserne-

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ment de l'infanterie de marine. Ces travaux furent-ils suffisants pour modifier l'état antérieur et rendre la salubrité parfaite? Il est permis d'en douter. Le quartier du Miesessy était palustre comme toutes les lagunes des bords de la Méditerranée; il l'est moins qu'il ne l'était, mais il l'est encore. M. Bertrand a vu dans ces derniers temps des phénomènes morbides irréguliers que le sulfate de quinine a guéris. De plus un certain nombre d'hommes de l'infanterie de marine s'étaient trouvés en 1887 dans des conditions excellentes pour le développement des maladies miasmatiques. « En juillet et en août, l'infanterie de marine faisait exécuter cle petits travaux de terrassement par les pelotons de punition : on prenait la terre sur le flanc de la colline qui occupe en partie le côté opposé à la mer et on la répandait, en la tassant, dans l'espace compris entre les baraques des 40e et 41e compagnies. » L'analyse chimique a démontré que cette terre renfermait la proportion considérable de 1,35 p. 100 de matières organiques. M. Bertrand en recueille un échantillon dans un tube de verre bouché à l'ouate, le stérilise par un séjour de deux heures dans l'étuve à 140°, l'additionne d'eau stérilisée, examine une goutte le jour même du mélange après fixation par la chaleur et coloration à la fuchsine. Il trouve :

1° De grossiers débris végétaux ;

2° Des tubes remplis de spores ;

3° Des microcoques libres ou en chapelets ;

4° De très petits éléments cylindriques ayant à peine 0[* 4 ne long sur On 25 de large en amas zoogléiques ;

5° Quelques rares bacilles les uns très grêles, les autres plus volumineux mesurant environ 2 \>- de longueur.

Des cultures de ce mélange faites dans un mélange d'agar-agar donnèrent dans le premier cas une tache jaune constituée par le micrococcus luteus ; en même temps des bacilles nombreux à extrémités arrondies formant des groupes distincts où ils étaient mélangés à quelques éléments beaucoup plus longs présentant une ou deux courbures.

La culture sur pomme de terre donna des moisissures blanches arborisées, composées de tubes ramifiés et de grosses spores ovoïdes à double paroi. Les résultats obtenus en ensemençant une autre pomme de terre avec de la terre sèche, sans addition d'eau distillée, ne fournirent aucun renseignement caractéristique.

L'examen chimique et l'examen bactériologique avaient donc démontré ce que l'on avait supposé tout d'abord, étnnt données les conditions antérieures : que le casernement de Miesessy occupait un sol riche en organismes inférieurs et par cela même insalubre.

La disposition des constructions, les vidanges et l'écoulement des eaux impures laissaient à désirera tous points de vue. Il est vraiment extraordinaire qu'une épidémie récente qui a excité dans le pays une profonde et légitime émotion, n'ait pas amené les administrations à prendre des précautions sanitaires telles que les hommes confiés à leur garde éprouvent le moindre préjudice possible du fait de l'habitation et de l'agglomération dans un espace déterminé.

Il y avait à peine deux ans, lorsqu'éclata l'épidémie de Miesessy, qu'on avait eu le choléra dans les mêmes parages : le temps où M. Rochard déclarait, à la louange de la municipalité toulonnaise, qu'il n'avait jamais vu la

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ville aussi propre, paraissait appartenir à un passé éloigrié. La municipalité ne peut être mise en cause : on ne peut même pas accuser l'incurie des populations. Cette épidémie frappa le personnel d'une administration organisée, toute-puissante pour le choix du casernement, juge suprême de l'utilité des mesures à prendre, armée contre la négligence et la mauvaise volonté de moyens coercitifs qu'aucune autre, sauf celle de la Guerre, ne possède : si la description du Miesessy n'eût pas été faite par un médecin de marine, n'ayant d'autre but que de relever les causes du mal pour les faire disparaître et prévenir le développement . d'épidémies ultérieures, nous aurions cru qu'elle avait été chargée volontairement ; qu'en voulant frapper fort, on avait forcé la note ; aucune de ces suppositions n'est admissible : M. Bertrand a dit ce qui existait, froidement et sans réticences. Sa description a la sécheresse d'un devis d'ingénieur et c'est ce qui lui donne son intérêt. Nous allons la reproduire, car elle est compréhensible même sans le plan qui l'illustre.

« Les troupes sont logées en partie dans des baraques, en partie sur des vieux vaisseaux en bois, mouillés à quelques mètres du quai.

Le quartier a la forme d'un rectangle. Un égout le traverse dans le sens de son plus grand diamètre, commençant au niveau de la baraque n° 6 et aboutissant à la mer en face la Ville de Paris. Les baraques sont situées à droite et à gauche de cet égout sur deux lignes que séparent un intervalle de 12m,50 centimètres.

L'égout reçoit et conduit à la mer les eaux des lavoirs et lavabos, les liquides des urinoirs et les eaux des cuisines. Il est en communication avec deux groupes de la-

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trines qui, par suite du mauvais fonctionnement des appareils, lui envoyaient des matières fécales plus ou moins diluées; car les tinettes n'étant pas régulièrement visitées et échangées chaque jour, laissaient parfois une partie de leur contenu se répandre dans les rigoles d'abduction, accident qui survenait encore quand on remuait les récipients pour les remplacer par d'autres. Notons que les lieux manquaient d'eau; ils étaient malpropres et puants. Pollué par l'apport de ces matières, l'égout sous l'influence des chaleurs de l'été était devenu méphitique. Il exhalait, surtout le soir, par ses regards grillés, des odeurs qui présentaient leur maximum d'intensité au niveau de l'espace compris entre les baraques 10, 12, 5 et 7.

Deux autres systèmes de lieux d'aisances ont un mode d'évacuation indépendant de l'égout : leurs conduits excréteurs se terminent à la mer, à peu près au niveau du Masséna pour l'un, du Castiglione pour l'autre. Ces lieux n'étaient pas mieux tenus que les précédents et leurs produits excrémentiels étaient les mêmes.

Des liquides infects arrivaient à la mer par trois bouches en face des vaisseaux, versant dans l'atmosphère des effluves dont l'odeur n'indiquait que trop la nature et l'origine. »

Remarquons que les troupes occupant ces casernements fixes ou flottants sont des troupes de marine, qu'elles sont susceptibles de partir pour les pays palustres ou qu'elles en reviennent ; le séjour sur un sol à miasmes au milieu d'un casernement dont le système de vidanges et d'égouts semble fait tout exprès pour saturer l'atmosphère d'émanations fécaloïdes ; ce séjour-là n'est ni préservateur, ni reconstituant. Nous sommes tout à fait de l'avis de

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M. Bertrand lorsqu'il déclare qu'il peut retentir d'une façon défavorable sur la santé des militaires. « Quelque opinion que l'on adopte sur les causes de la dysentériej dit-il, il est certain que ces conditions, qui sont tout le contraire de celles que réclame l'hygiène, n'ont pas été sans influence sur le développement de l'épidémie et son implantation dans le quartier, car il est impossible que, générateurs de gaz fétides, ateliers de ptomaïnes ou milieux de cultures de microbes, les matériaux putrides de l'égout n'aient pas exercé d'action nuisible. »

Un appareil d'aspiration aussi ingénieux que simple permit à l'auteur de filtrer l'air de l'égout au moyen d'ouate placée dans un tube en U. Les recherches qu'il fit sur cette ouate après qu'elle eut macéré un temps suffisamment long dans de l'eau distillée stérilisée, lui permirent d'isoler deux variétés de staphylococcus pyogenes : l'anreus et Yalbus.

Les eaux potables sont loin d'approcher de la perfection : en hiver elles sont fournies par la conduite Rodeillan et paraissent salubres, mais lorsqu'en été, celle-ci tarit, on y supplée par les sources de Peyrève qui ne valent rien.

« Situées à Pont-du-Lias, dans le jardin de la troupe, elles viennent au fond d'un puits dont les bords sans margelle sont, par conséquent, de niveau avec le sol du jardin fumé et cultivé ; un simple couvercle de bois préserve l'eau de ce puits de la chute des matières étrangères entraînées par les pluies et soulevées par le vent. L'appareil terminal de la distribution des eaux, quelle que soit leur provenance, consiste en tuyaux de plomb aboutissant à des robinets qui, dans le casernement de l'infanterie de

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marine à Miesessy, sont disposés dans le voisinage immédiat des lieux d'aisances dans la paroi même desquels les tuyaux adducteurs sont encastrés. »

On n'avait donc pas non plus atteint l'idéal de ce côté et malgré la présence constante de ces causes pathogènes, on logeait parfois aux casernements en question des hommes qu'une affection grave avait obligés de faire un long séjour à l'hôpital, presque des convalescents. Chez ceux-là, l'affaiblissement causé par la maladie antérieure créait une réceptivité particulière, et lorsqu'ils étaient atteints par la dysentérie, ils avaient des chances sérieuses de succomber. Sept militaires convalescents de fièvre typhoïde en furent pris, trois moururent ; une quinzaine d'autres, qui avaient eu la dysentérie aux colonies et étaient à peu près guéris, rentrèrent dans la phase d'acuité aussitôt après leur arrivée à Toulon : la même chose arriva aux marins du Redoutable qui avaient eu sur les côtes de Tunisie des accidents plus ou moins graves.

De l'enquête et des considérations de M. Bertrand, on put conclure que l'épidémie qui a sévi en 1887 sur les marins et les troupes de la marine à Toulon, a pour causes principales : l'insalubrité du casernement et les prédispositions individuelles.

Nous insisterons moins sur la seconde partie du travail exclusivement consacrée à l'étude anatomo-pathologique et clinique de la maladie. L'auteur établit trois degrés au point de vue de la gravité : il décrit une forme légère, une forme de moyenne intensité et une forme grave. On retrouve ici encore les mêmes qualités que dans la première partie : la sûreté de la méthode et la précision dans les recherches. Nous ne voulons pas laisser passer

LliS ÉPIDÉMIES DE FRANCE

sans le signaler un point curieux dont personne n'a parlé, je crois, jusqu'ici : M. Bertrand a appliqué à l'étude des selles dysentériques les mêmes procédés qu'il avait employés pour le sol et les eaux, c'est-à-dire qu'après des examens microscopiques approfondis il a eu recours aux cultures bactériologiques. Les micro-organismes sont naturellement très nombreux, mais il a été frappé surtout par la quantité énorme de staphylococcus pyogenes qu'on rencontre ; après avoir pris toutes les précautions indispensables pour éviter les causes d'erreur, il a constaté leur présence dans les selles, dans le contenu de l'intestin après la mort : « Je crois pouvoir conclure de ces faits, dit-il, que les staphylococcus pyogenes albus et aureus sont un élément constant des selles, dans la dysentérie grave ». M. Bertrand est conduit de la sorte à une conception nouvelle sur la nature et l'origine de la dysentérie.

« C'est, dit-il, une recto-colite comme la fièvre puerpérale est une métro-péritonite, une lymphangite, une phlébite utérine. C'est une phlegmasie avec quelque chose de plus que l'irritation néoplasique : une phlegmasie infectieuse. S'il est exact, comme je le pense, que les micro-organismes dont nous avons trouvé de nombreux spécimens dans les matières alvines, contribuent au mécanisme du processus dysentérique, il est probable qu'au staphylococcus revient la plus grande part de cette pathogénie.

C'est le microbe du furoncle, de l'ostéo-myélite et du phlegmon diffus. Or les analogies sont grandes entre la physiologie pathologique de la furonculose et celle de la dysentérie, affection dans laquelle les ulcérations intesti-

nales ne reconnaissent pas toutes pour cause la folliculite suppurée ; car bien souvent, elles succèdent à l'élimination d'une escarre (ulcération nécrobiotique).

Quand M. Pasteur eut découvert le staphylococcus pyogenes aureus dans la moelle osseuse, il dit que l'ostéomyélite est le furoncle de la moelle des os. Si la présence du staphylocoque dans les selles dysentériques, était bien réellement constante et pathogène, pourquoi faisant allusion à la nature des lésions et non pas seulement à leur apparence, comme dans la fièvre typhoïde, nommée dothiénentérie, n'aurions-nous pas le droit de dire que la dysentérie est la furonculose de l'intestin ? »

G. — TUBERCULOSE. — UN TBAVATL DE M. COUSTAN SUR SON ÉPIDÉ- MICITÉ DANS L'ARMÉE. — STATISTIQUES DANS LES DIFFÉRENTS CORPS.

Le mémoire du Dr Goustan, médecin-major de tre classe au 1 -22e régiment d'infanterie, est intitulé : Des formes diverses de la tuberculose et de sa fréquence dans l'armée; faits favorables à la théorie contagionniste recueillis dans les 16e corps et en particulier dans la garnison de Montpellier. Il est évident que si nous nous en étions tenu à la conception littérale et étroite d'une épidémie, nous eussions dû renvoyer l'examen de ce travail à une autre commission. Qu'avons-nous passé en revue jusqu'à présent ? Des maladies infectieuses transmissibles qui frappent, dans un temps limité, un nombre considérable d'individus, perdent leur virulence et s'arrêtent lorsque les conditions qui ont provoqué et favorisé l'éclosion n'existent plus. La tuberculose ne ressemble pas à ces mala-

LUS ÉPIDÉMIES DE FRANCE

clies-là. Quelle que soit l'opinion que l'on professe relativement à son mode de propagation, il est difficile de la mettre sur le même plan que la diphtérie, la fièvre typhoïde, la variole ou la dysentérie. Malgré la différence d'acuité, malgré des oppositions cliniques qu'il serait facile de relever, il y a des ressemblances impossibles à méconnaître. Ce sont des maladies de milieu ; tel paysan du Rouergue ou du Gévaudan, arrivé avec un corps robuste et plein de vie, ne reverra plus ses châtaigniers et ses montagnes, la fièvre typhoïde le tuera ; tel autre retournera dans ses foyers, pâle, amaigri, dyspnéique et l'air natal, dont il attendait la guérison, ne fera que hâter la terminaison du mal dont il a pris le germe dans une caserne. Dans les deux cas, les résultats et les causes sont de même ordre ; on commence à admettre la contagiosité de la tuberculose ; après l'avoir ignorée ou niée pendant des années, on est sur le point de lui accorder une importance peut-être exagérée, mais on ne parle pas d'épidémicité ; affaire de temps et de points de vue. M. Coustan a étudié la tuberculose comme une maladie épidémique et il a bien fait ; les invasions régulières, annuelles, qui s'observent partout dans tous les contingents appartenaient aussi bien à l'épidémicité que les explosions accidentelles.

Le travail qae nous allons passer en revue n'est pas limité à l'expérience personnelle de l'auteur ; il a touché à toutes les questions relatives à son sujet. C'est une monographie dans laquelle la critique et l'érudition sont alliées avec beaucoup d'à-propos à l'observation clinique ; nous espérons qu'elle obtiendra à bref délai les honneurs de la publicité.

Il y a tout au début des considérations historiques auxquelles nous ne toucherons que pour en détacher les lignes dans lesquelles M. Coustan fait l'exposé des prin- I cipes qui le guideront lorsqu'il abordera les questions litigieuses. Voyons ce qu'il pense de la contagion :

« Tous les jours, dit-il, des faits nouveaux tendent à la prouver ; d'autres faits aussi viennent tempérer l'ardeur d'autant plus grande des adeptes de cette doctrine que cette phase nouvelle de l'histoire de la tuberculose est aujourd'hui étayée sur la découverte du bacille.

A l'heure actuelle, selon, l'expression de Vallin (Congrès de chirurgie, 1889), la contagiosité de la tuberculose de l'homme à l'homme, sans inoculation directe, n'est encore qu'une hypothèse vraisemblable. Il serait donc prématuré de faire de la réglementation à outrance : il suffit d'attirer l'attention du public et des médecins sur la possibilité du danger. »

L'auteur a bien fait de prendre cette position et de ne pas courir aux déductions lorsque la phase de recherches n'est pas terminée. Sa réserve ne l'empêche pas d'admettre que la caserne est un dangereux foyer. Cette fois encore peu de personnes le contrediront, et, si par hasard on avait la prétention de le faire, un coup d'œil jeté sur les matériaux qui vont suivre empêcherait d'y succomber. Le dépouillement de tableaux statistiques établis comme savent les établir les médecins militaires donne, à propos de la fréquence de la tuberculose dans les corps de troupe indiqués, les résultats suivants :

En 15 mois (du 1er juillet 1886 au mois d'octobre 1887) au 122e de ligne à l'effectif de 10,000 hommes on a trouvé 35 cas de tuberculose ainsi répartis d'après les formes :

LES ÉPIDÉMIES DE FRANCE

Tuberculose pulmonaire 28

Tuberculoses irrégulières : (Osseuse. —

Articulaire. — Testiculaire) 7

A ces chiffres , il faut ajouter :

Maladies suspectes ou tuberculoses imminentes : (Fièvre tuberculeuse. — Pleurésie aiguë ou chronique. — Otite purulente chronique) 15

Le diagnostic tuberculose a été porté parles médecins traitants et accepté par la commission de réforme qui a très sagement agi en renvoyant dans leurs foyers les jeunes gens atteints ou suspects.

« Nous nous sommes fait une règle invariable de présenter pour la réforme tout homme chez qui nous constatons les premiers signes d'une tuberculose pulmonaire, affaiblissement progressif, pâleur terreuse de la face, amaigrissement marqué, flaccidité et fonte du biceps brachial, effilement du nez, légère fièvre et anorexie le soir, petite toux sèche, anhélation provoquée par le moindre exercice, le tout accompagné de quelques signes locaux parfois fugaces ou insaisissables au début : nous ne laissons jamais dans la chambrée commune un homme qui se présente sous cet aspect.

D'autre part, comme l'expérience nous a convaincu que l'atmosphère nosocomiale est le plus souvent funeste aux tuberculeux naissants, nous n'hospitalisons jamais que ceux dont l'état réclame une thérapeutique appropriée urgente. Nous isolons les autres la nuit dans un local d'infirmerie, les envoyant pendant le jour au grand air des cours du quartier jusqu'au jour où la commission de ré-

ÉTUDES D'iiYGlÈNE PUBLIQUE

forme se réunit ; souvent même nous les faisons envoyer en permission chez eux, à la campagne d'où ils reviennent pour subir l'examen définitif d'élimination de l'armée.

Tous les ans nous désinfectons le local de l'infirmerie affecté aux tuberculeux en observation, au moyen de vapeur d'acide sulfureux ; quant aux effets d'habillement et à la literie des hommes, ils subissent la même opération. La place qu'ils occupaient dans leur chambrée est lavée avec de l'eau bouillante et frottée avec du sable boriqué. »

C'est de 22 à 23 ans, c'est-à-dire entre la première et la deuxième année de service que la maladie fait le plus de victimes. L'aspect et la vigueur physique ne sont pas un sûr préservatif contre ses atteintes ; sur les 35 malades, étaient notés :

Comme forts 15

Les forts que la tuberculose a terrassés étaient surtout des montagnards de l'Aveyron, de la Lozère et du Cantal; ils arrivent avec les attributs d'une vigueur qui semblerait promettre davantage pour l'avenir. Il est de remarque commune que la fièvre typhoïde les atteint aussi de préférence aux hommes de la plaine moins forts qu'eux en apparence, mais plus réfractaires aux facteurs multiples de la morbidité militaire.

Un autre fait à retenir, c'est la prédisposition créée par les occupations : 18 tuberculeux occupaient des emplois sédentaires (ordonnances, perruquiers, infirmiers, employés aux magasins, etc.) qui les soustrayaient aux

— moyens

— faibles et insuffisants

LES ÉPIDÉMIES DE FRANGE

bienfaisantes influences des exercices extérieurs. Ces particularités sont-elles propres à nos militaires ou à nos casernements ? L'auteur a cherché des termes de comparaison dans différentes armées européennes ; pour qu'on pût en tirer des conclusions relatives aux prédispositions créées par la race ou les conditions du service militaire dans chaque pays, il faudrait qu'on eût affaire à des individus recrutés au même âge et servant à peu près le même temps. M. Coustan prend soin d'insister lui-même sur l'importance de ces facteurs à propos des changements dans la proportion des tuberculeux parmi les sous-officiers d'autrefois et ceux d'aujourd'hui.

« Nous n'avons plus, dit-il, de vieux soldats comme terme de comparaison, car on ne saurait donner ce nom aux rengagés qui restent soit comme sous-officiers, soit comme adjudants et qui bien logés, bien nourris, mieux payés qu'autrefois, séjournent plus longtemps dans leur chambre, font moins d'excès, boivent moins que nos anciens soldats et qui arrivés à la trente-cinquième année, s'en voni en retraite, le plus souvent déjà mariés. Ces sous-officiers amis du foyer, ne ressemblent en rien à l'ancien chevronné que la question d'hygiène personnelle ou l'idée de famille préoccupaient médiocrement.

Des statistiques étrangères donts'estservi M. Coustan, les unes sont antérieures à 1868, les autres ne dépassent pas 1874, c'est-à-dire que presque toutes correspondent à l'époque du service déplus de cinq ans, des remplacements, etc. Les cotes données nous conduisent forcément à une remarque : la plus forte proportion de tuberculose est fournie par l'armée anglaise, la plus faible par l'armée prussienne ; or la première est une armée soldée dans la-

260 études d'hygiène publique

quelle le service dure longtemps : il est même rare qu'un homme soit libéré sans avoir passé par les colonies. Depuis le commencement du siècle au contraire, le service de trois ans existe en Prusse ; les différences peuvent être expliquées par ces particularités.

Les statistiques relatives aux différents corps de l'armée française reposent sur des bases plus solides. De la carte destinée à faire voir d'un coup d'oeil les données obtenues, il résulte qu'on trouve une proportion de:

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