‹ Études d’hygiène publique (volume 3)Chapitre 31 sur 35 · I. — SALUBRITÉ DES LOGEMENTS · texte numérisé non relu

I. — SALUBRITÉ DES LOGEMENTS

L'idéal du bourgeois de Paris à la fin du XIXe siècle, c'est d'habiter à un étage pas trop élevé, un appartement donnant sur une rue large, bien aérée, bien nettoyée, de pouvoir flâner tranquillement à sa fenêtre sans en être chassé par de mauvaises odeurs, sans en être aveuglé par une fumée plus compacte que les brouillards de l'Atlantique, sans recevoir sur la tête un déluge de poussière et de débris de tissus comme cela arrive lorsqu'on secoue les tapis des étages supérieurs. Cet idéal est en partie réalisé depuis le commencement du siècle, 1 edilité et

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l'hygiène urbaine ont fait des progrès qu'il y aurait injustice à méconnaître ; les boues légendaires, le tout à la rue ne sont qu'un souvenir. Il s'en faut de beaucoup cependant que l'on atteigne partout et toujours le parfait. On peut s'en convaincre en interrogeant des habitants de voies sur lesquelles le malheur veut que se tiennent des fêtes foraines : à ces moments-là on est sûr d'être assailli pendant 8 ou 15 jours par des réminiscences d'autrefois, curieuses, pittoresques, mais qui n'ont rien d'agréable. Impossible de dormir la nuit, le fifre répond au trombone et la grosse caisse accompagne ; on est trop heureux quand un théâtre improvisé n'a pas poussé l'audace de monter une grande pièce militaire, avec accompagnement de fusées et de détonations. Impossible d'ouvrir les fenêtres le soir, l'odeur des fauves monte et infecte les appartements; quand la fête est finie, que les voitures foraines s'en sont allées, il en reste encore des traces. M. Camille Pinet parle avec amertume de ces kermesses qu'il a vues dans le 6e arrondissement, il voudrait qu'au nom de l'hygiène on les supprimât et je crois qu'il n'a pas tort. Ce confrère insiste sur deux autres causes d'insalubrité : le battage des fourrures et les odeurs de certaines bouches d'égout: « Le battage des fourrures constitue une industrie assez largement représentée dans le 6e arrondissement et qui devrait faire partie des industries classées. Le Dr Barré, qui a attiré sur ce point l'attention de la commission d'hygiène, fait remarquer qu'on bat les fourrures sans les désinfecter et cependant nombre de mères en enveloppent leur enfant malade. Quand l'enfant est attein t d'une affection contagieuse, la fourrure devient un foyer infectieux, capable de disséminer la maladie ». Tout cela

est vrai; lorsqu'une affection transmissible a sévi dans un appartement et que les locataires secouent par les fenêtres des tapis ou des objets de literie, c'est un danger pour les voisins. « Une petite épidémie de variole éclate aun° 260 de la rue du Faubourg-Saint-Martin. Le Dr Roeser chargé de faire une enquête sur elle appelle l'attention sur un mode de contagion qu'il a retrouvé dans la circonstance actuelle et qu'il avait déjà signalé au sujet d'une épidémie locale au faubourg du Temple; il consiste dans l'action de secouer la literie des malades par la fenêtre » (Hébré, 10e arrondissement).

Le système de vidanges de l'avenir, le tout à l'égout, partiellement appliqué aujourd'hui, a dans certains quartiers de nombreux inconvénients ; la Commission de salubrité du 6e arrondissement le repousse parce que la pente des égouts actuels lui parait trop faible et la provision d'eau insuffisante. De temps en temps dans les parties qui se rapprochent du fleuve, au commencement de la rue de Seine par exemple, il y a des odeurs désagréables, l'air ambiant est mélangé de gaz méphitiques. Des expériences faites par M. Miquel et dont les résultats ont été communiqués à la commission du 3e arrondissement, ont démontré qu'il se produit près des bouches des courants ascendants et descendants en nombre sensiblement égal. M. Michotte croit qu'il serait indispensable de fermer les regards des égouts qui reçoivent des matières fécales. Soit: mais à condition qu'on prenne une précaution indiquée par un autre membre de la même commission, M. Ferroux : qu'on assure une ventilation suffisante pour que ni la santé, ni la vie des ouvriers ne soient menacées. Les émanations ne sont pas les seules dont

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paissent se plaindre les Parisiens à l'odorat sensible. Il y en a d'autres tenant à des causes qui ont échappé jusqu'ici à l'action des commissions. Les habitants d'un quartier beau et très bien construit, respirent à pleins poumons l'odeur de fumier de cheval ; ils tiennent si peu à ce privilège qu'ils se sont plaints à leur Commission; celle-ci a fait des démarches, aucune n'a abouti et le moindre cou • rant atmosphérique répand toujours au loin les mêmes effluves. On trouverait là un excellent milieu d'étude pour savoir ce que l'on doit penser de la théorie de l'origine équine du tétanos. Les fumiers sont dans le 10e arrondissement, ils appartiennent à la Compagnie générale des Omnibus ; ailleurs elle a d'autres dépôts qui sentent aussi mauvais. Il paraît qu'ils ont été établis d'après des considérations sérieuses, qu'on y tient car aucune réclamation n'a été entendue. « La plainte annuelle n'a pas manqué d'être renouvelée au mois d'avril, dit M. Guède.

Nous signalions avec une certaine amertume dans le rapport de 1887 notre impuissance dans l'arrondissement vis-à-vis de cette administration et la décision prise par certains de nos membres de mettre fin à une situation humiliante pour eux, en s'abstenant désormais de toute action vis-à-vis de la Compagnie.

Nous émettions aussi la supposition que les plaintes avaient été moins nombreuses dans l'année que les années précédentes, parce que le public se fatiguait ne pouvant obtenir raison. Or, il paraît que notre impression n'a pas été isolée dans Paris, car voici une phrase que je relève dans le rapport du 15° arrondissement; elle a été écrite au même moment, la même année et se trouve feuille à feuille avec la nôtre dans le rapport de 1 887 : « Si les

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plaintes ne sont pas plus fréquentes, c'est que les personnes qui en souffrent sont fatiguées de ne pouvoir obtenir aucune satisfaction. Aussi la plupart des laiteries ne se soumettent en aucune façon à l'ordonnance qui les oblige à enlever les fumiers deux fois par semaine. La Compagnie des Omnibus laisse les siens s'accumuler pendant plusieurs mois et cette année elle a choisi pour les remuer les jours les plus chauds du mois de juin ». N'y a-t-il donc ni arrêté, ni décret en vertu duquel on puisse remédier à cet état de choses ? S'il en existe un, n'est-il pas applicable à la Compagnie des Omnibus? Ce sont des questions qu'on est obligé de se poser à la suite des rapports dont nous venons de détacher ces fragments.

Les incertitudes d'attributions des administrations ont créé plus d'une fois d'autres difficultés. La nécessité d'éclairer les théâtres à la lumière électrique eut un résultat inattendu : Tous les soirs à l'heure du repos, on voyait planer au-dessus de la ville vingt à trente colonnes de fumée ; on eût dit une cité industrielle qui allumait ses fourneaux. La population s'est émue ; on a toujours l'éclairage électrique mais les grosses cheminées fument moins ; il y a encore par ci par là des quartiers qui sont mécontents et n'ont pas tort de" l'être. Les locataires de certains immeubles de la rue de la Banque souffrent d'un état de choses insupportable. Deux plaintes ont été adressées à la Commission d'hygiène du 2e arrondissement : une des cheminées trop basses appartenait à un industriel qui dûment averti, fit les améliorations indispensables, le second propriétaire n'a rien fait malgré les avertissements comminatoires. Quel est ce propriétaire ? La question n'est pas résolue, c'est-à-dire qu'on ne sait pas au

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juste à qui s'adresser ; il y a superposition d'administrations, et par suite de l'incertitude tout reste dans le statu quo.

Plusieurs fois par jour, les locataires du n° 14 de la rue de la Banque sont à demi-suffoqués par une odeur de graisse rance et une fumée acre qui soulève le cœur. Elle sort de la cantine de la caserne des gardes municipaux. Cette cantine est dans un petit bâtiment du rez-de-chaussée adossé au mur mitoyen du 14. La souche de la cheminée dépasse à peine ce mur; il suffirait de l'élever jusqu'au toit pour que tout fût pour le mieux. L'immeuble appartient à la ville ; mais la ville l'a concédé au Ministre de la guerre ; c'est le génie militaire qui est chargé de l'entretien, les mesures à prendre pour éviter la suffocation des voisins ne rentrent pas dans ses attributions et la fumée déroulera probablement longtemps encore ses spirales à moins de 4 mètres du sol.

On s'est demandé à la Commission d'hygiène du 3e arrondissement quel serait le moyen le plus pratique et le moins dispendieux pour supprimer ces fumées. M. Guillemard a proposé l'emploi des charbons maigres et des appareils fumivores. M. Marie voudrait qu'on substituât le coke à la houille; l'efficacité des appareils fumivores qu'on peut trouver actuellement dans le commerce n'est nullement démontrée. Ce qu'il y a de certain c'est que l'ordonnance du 11 novembre 1854, le décret du 3 avril 1880, l'ordonnance du 17 avril dernier renferment des mesures relativement aux fumées. L'article 8 de la dernière visant spécialement l'éclairage électrique, dit : « En aucun cas les cheminées des machines à vapeur ne devront produire de fumées épaisses et incommodes; on emploiera soit des

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appareils fumivores, soit des combustibles maigres ». 11 y aurait lieu d'appliquer cet article à la cantine de la rue de la Banque, mais il y a encore trop d'établissements à Paris qui sont dans le même cas; espérons que la tolérance ne sera que passagère et que le nuage industriel qui plane encore sur certaines parties de la ville sera bientôt dissipé.

L'insalubrité des immeubles ne tient pas exclusivement cela va sans dire aux circonstances extrinsèques,en somme peu importantes que nous venons d'énumérer; il y en a clans les quartiers excentriques et même dans ceux du centre qui sont absolument malsains. Les commissions font ce qu'elles peuvent, mais il leur est impossible d'exiger le parfait. « Il ne faut pas oublier en effet, dit M. Jacquet (19e arrondissement) que les sacrifices demandés à certains propriétaires sont souvent, en raison des valeurs et de la modicité de leurs revenus, tout à fait hors de proportion avec leurs ressources. Au cours de vos investigations, il vous est même arrivé quelquefois de visiter des maisons de construction ancienne et défectueuse et d'apporter alors une certaine réserve dans vos prescriptions, car si, dans l'intérêt de l'hygiène vous les eussiez poussées trop loin, c'eût été, pour ainsi dire, demander la destruction de la propriété elle-même, puisque, pour arriver à un résultat parfait, vous vous seriez mis dans l'obligation d'engager des travaux dont le coût eût été supérieur à la valeur des immeubles. » Il est difficile d'examiner un peu près les affaires d'hygiène publique sans arriver à d'autres questions qui sont du ressort du philanthrope et de l'économiste, à la question des logements ouvriers à bon marché par exemple.

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Contre l'insalubrité du centre on a la ressource des expropriations et des démolitions.

Les propriétaires ne demandent pas mieux ; le souci de la santé publique est alors en rapport direct avec la situation financière de la Ville. Nous sommes en lutte ouverte avec les archéologues et les dilettantes; il est curieux sans doute que certaines rues qui avoisinent l'hôtel Saint-Pol aient encore aujourd'hui l'aspect qu'elles avaient au temps de la reine Isabeau. Les maisons qui les bordent sont des nids d'infection et il y a peu de candidats au prix Montbyon dans la population qu'elles abritent.

Voici ce que le Dr Morétin a vu au n° 22 de la rue de Venise : « Une maison malsaine comme toutes les maisons dé la rue, et il n'a pas d'autres conclusions à formuler qu'une demande de démolition , l'excès même de l'insalubrité l'exige d'autant mieux que la rue tout entière n'est plus qu'un repaire de filles publiques en boutique. »

Le Dr Vigoureux fait un rapport sur une maison mieux tenue de la même rue (elle a été réparée de fond en comble l'année dernière). « Mais c'est une si vieille masure qu'on ne s'en douterait pas aujourd'hui.

Si nous ne croyons pas devoir réclamer pour la maison signalée, nous demandons qu'on démolisse sans trop de retard ce quartier mal sain qui en temps d'épidémie serait bien vite ravagé. La rue des Filles-Dieu était une rue infecte, la rue de Venise l'est peut-être davantage et cependant la rue des Filles-Dieu n'existe plus depuis plusieurs années. »

Les terrains vagues, non construits, dans lesquels des rues sont à peine tracées et que les propriétaires, atten-

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dant une plus-value, ne veulent pas vendre, ne valent guère mieux que les espaces archaïques et encombrés. Pour beaucoup, on ne prévoit pas à quel moment des maisons conformes aux règles de l'hygiène pourront être bâties. En attendant le sol se couvre de constructions parasites, de colonies de pauvres gens refoulés à la périphérie par les démolitions et l'augmentation du prix des loyers ; cette prise de possession se fait à la hâte, dans des conr ditions déplorables ; des masures surgissent de terre et leur hygiène se rapproche de celle des campements des Indiens ou des douars arabes. Des ruelles sans trottoirs, transformées en cloaques boueux, impraticables àlamoindre pluie ; des constructions légères, insalubres, voilà ce que l'on trouve partout. Il s'est formé en 1888 une cité de cette nature àlaButte-aux-Oailles entre le boulevard d'Italie et la rue Jonas. Pour ne pas payer de loyer, des braves gens se construisent à la hâte avec des planches vermoulues et des débris de démolition un abri provisoire et elles restent là parfois des années. Il y en a beaucoup parmi ces demi-nomades qui ne sont guère intéressants ; mais de loin en loin quelques ouvriers estimables réduits à cette extrémité par des malheurs immérités, des charges de familles trop lourdes ou la dureté du temps, se trouvent au milieu de la tourbe de vagabonds et de déclassés qui constituent la population ambiante. Leur présence est malheureusement une garantie de durée pour la colonie ; on n'a rien dit pour la première cabane, deux, trois, dix se sont groupées autour d'elle; plus elles sont nombreuses, plus on hésite, il y aurait presque de la dureté à expulser d'un asile, qu'ils se sont bâti de leurs propres mains, des citoyens inoffensifs ne deman-

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dant rien à personne; la tolérance parfaitement explicable de l'administration à leur égard s'étend à leurs voisins et la cité ne fait que croître et embellir. D'ingénieux propriétaires sont si bien au fait de ces us et coutumes qu'ils en profitent, louent leur terrain et trouvent moyen de lui faire rendre un certain revenu en attendant la hausse. Lorsqu'elle se produira, les scrupules d'humanité ne leur feront pas retarder d'une minute une vente avantageuse; en attendant, ils aident, provoquent au besoin la formation de colonies qui sont une menace perpétuelle pour les quartiers voisins.

La cité des nos 33 et 35 de la rue de Villejuif n'a rien à envier aux plus misérables fondacos napolitains : « Pas de constructions sérieuses mais des ruines infectes, des logements sans carrelage, sans vitres aux fenêtres. Absence d'eau dans l'immeuble, pas de nettoyage possible (Dr Rives). Les mêmes conditions se retrouvent à l'extrémité opposée de la ville, une plainte a été adressée à la Commission d'hygiène du 15e arrondissement concernant des logements insalubres situés au n° 203 de l'avenue de Versailles : « Ces logements, dit le Dr Guède, consistent en hangars plus ou moins exigus, n'ayant pas de plancher, mais où le sol battu reçoit le pauvre mobilier d'une population très misérable, la ventilation y est impossible et le jour y pénètre par une imposte au-dessus d'une porte charretière qui est à l'entrée du logis ». Naguère un membre de la Commission d'hygiène vint à passer dans cet ilot bizarre ; il s'émut, fit un rapport : le propriétaire appelé s'excusa, supplia, jura ses grands dieux qu'il ne louerait plus désormais ces baraques que comme écuries et magasins; la Commission se laissa toucher, il y a huit

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ans que la promesse est faite et on ne sait quand elle sera tenue : « Les malheureuses familles qui acceptent ces logis pour y trouver une diminution à leurs dépenses, dit M. Quède, et qui n'en ignorent pas les mauvaises conditions ne sont évidemment pas les plaignantes et se trouvant victimes dans les mesures sanitaires que vous prenez reviennent selon toute probabilité implorer le propriétaire pour qu'il les loge à nouveau et qui cédant devient dans ce cas un vrai coupable ». « Ce fait, ajoute l'auteur, ne doit pas être isolé. » En effet, en cherchant bien, on trouverait des exemples analogues dans la plupart des arrondissements excentriques, et dans tous sans exception on se trouverait en présence des mêmes difficultés pour trancher la question et prendre des mesures coercitives. Si l'on n'avait affaire qu'à des fainéants, à des rôdeurs ou à des repris de justice, il suffirait d'agir avec décision et promptitude, car pour ceux-là la main de l'autorité n'est jamais trop pesante. Mais on temporise à Auteuil comme à la Barrière d'Italie pour expulser les gens honorables ; on n'ose leur signifier un arrêté qui les enverrait coucher à la belle étoile et ces hésitations, nous le répétons, sont compréhensibles.

Il s'en faut de beaucoup que l'insalubrité se rencontre exclusivement dans les vieilles rues et les cités en planches des quartiers non bâtis. Dans presque tous les arrondissements des plaintes sont adressées aux commissions d'hygiène ; ce que j'ai dit sur la rédaction même des rapports permet facilement de comprendre qu'il n'est pas possible de faire une récapitulation uniforme et systématique des doléances ; dans beaucoup de résumés, on dit qu'il y en a eu, mais on ne donne pas le

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nombre, on ne mentionne même pas combien étaient justifiées et combien ne l'étaient pas. Voici les détails précis que j'ai pu relever dans les rapports que j'ai parcourus.

1er arrondissement :

24 plaintes dont 16 fondées. Mauvais état des lieux d'aisances, des plombs, malpropreté des corridors.

2e arrondissement :

Exiguité des loges de concierges de

Infiltration des murs, humidité perma-

Cinq seulement n'étaient pas fondées.

5e arrondissement :

164 plaintes.

6e arrondissement :

186 plaintes relatives à :

Des cabinets sans soupapes 13

L'humidité 'et à la malpropreté 4

L'odeur d'eaux ménagères stagnantes.. 1^

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12e arrondissement :

97 plaintes. .

13e arrondissement .

35 plaintes dont 27 fondées .

18e arrondissement :

60 plaintes relatives :

A l'insalubrité partielle. 28

A l'insalubrité générale 17

Total 45

Quinze n'étaient pas fondées.

20e arrondissement : 60 plaintes dont 21 sans objet.

On aurait tort de tirer de rémunération que nous venons de faire des conclusions fermes et de supposer qu'il n'existe pas d'autres immeubles insalubres dans Paris que ceux qui ont été visités par les membres des Commissions d'hygiène à la suite d'une plainte de leurs habitants ou de leurs voisins. Le rapport du Dr Martellière pour le 2° arrondissement, le meilleur de ceux que nous avons pu parcourir, mentionne un fait qui pourrait à lui seul servir de preuve à l'appui de ce que nous venons de dire : parmi les 67 maisons visitées à la. suite d'un décès par maladie contagieuse (fièvres typhoïdes, varioles, rougeole, diphtérie), 30 laissaient à désirer et voici comment se répartissent les causes d'insalubrité :

Cabinets et fosse d'aisances 10

Insalubrité générale, malpropreté 9

Stagnation d'eaux ménagères. ' 2

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Exiguité des loges de concierges, de logement particuliers 8

Vices de construction 1

Total 30

Comme on peut le voir dans les indications que nous venons de donner, la cause d'insalubrité la plus fréquente, celle qui prime toutes les autres, c'est la mauvaise installation et la malpropreté des cabinets d'aisances. Elle a été longtemps traditionnelle chez nous ; à cet égard notre réputation est faite à l'étranger; une imprécation populaire hollandaise probablement très ancienne la mentionne. Au commencement de notre siècle on trouvait les odeurs caractéristiques de ces défauts de construction jusque dans les palais : « Nous nous souvenons, a écrit M. Viollet-le-Duc, de l'odeur qui était répandue du temps du roi Louis XVIII dans les corridors de Saint- Cloud, car les traditions de Versailles y étaient conservées scrupuleusement. Un jour que nous visitions, étant très jeune, le palais de Versailles avec une respectable dame de la cour de Louis XV, passant dans un couloir empesté, elle ne peut retenir cette exclamation de regret : Cette odeur me rappelle un bien beau temps » (1). Aujourd'hui cette tradition est perdue et ceux-là mêmes qui professent pour le bon vieux temps le plus sincère enthousiasme ne songent pas à s'en plaindre. Les maisons neuves ou à peu près, divisées en logements de prix même modestes, habités par une population soigneuse ont des cabinets d'aisances bien conditionnés et inodores ; mais

(1) Dictionnaire d'architecture, t. VI, p. 165.

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dans les quartiers populaires il s'en faut de beaucoup qu'on jouisse du même avantage ; voici quelques détails caractéristiques que je relève pour un seul arrondissement.

Rue de la Glacière, 85.

Rez-de-chaussée humide, courettes inondées par les eaux pluviales et ménagères ; pas de fosses d'aisances, deux tonneaux placés dans les caves en tiennent lieu. Émanations fétides.

Rue du Château-des-Rentiers, 98 et 100.

Cour très vaste qui n'est pavée que sur une longueur de 1 m. 50 le long des habitations. Elle n'est ni pavée ni bitumée sur le reste de sa superficie. Les logements du rez-de-chaussée sont très humides et plusieurs cas de maladies contagieuses se sont produits successivement. Un seul cabinet non réglementaire, pour un très grand nombre de locataires. Existence d'un puits qui devra être comblé.

Rue du Pot-au-Lait, 28.

Pas d'écoulement des eaux ménagères, pas de cabinets d'aisances.

Boulevard de la Gare, 151.

Vacherie mal installée et mal entretenue. L'étable est encombrée, le purin s'écoule à ciel ouvert et le fumier amoncelé n'est enlevé qu'à de longs intervalles.

Rue des Cinq-Diamants, 8.

Une fosse qui déborde et des cabinets dans un état déplorable. Un assez grand nombre de chiens enfermés dans le logement d'une femme qui fait le commerce de ces animaux.

Boulevard de l'Hôpital, 99.

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Fosse d'aisances surélevée d'un mètre au-dessus du sol ; lorsque cette fosse se remplit, les liquides s'écoulent dans un atelier voisin.

La perfection qu'on obtient dans les immeubles du centre est une perfection tout à fait relative. « Nous imposons des appareils à occlusion, dit M. Martellière, et nous n'arrivons souvent qu'à une très médiocre amélioration. Dans certaines maisons où des émanations trahissent le voisinage de chaque cabinet commun, on est étonné en y entrant de le trouver pourvu d'un siège métallique à valve avec sol imperméable. La disposition est réglementaire, mais rien ne fonctionne, la valve est encrassée ; on nettoie rarement avec peu d'eau ; il y a des communications permanentes, faciles entre la fosse et le reste

de la maison Le moyen le plus efficace de prévenir

le méphitisme de l'air des fosses, dit l'auteur, est d'en assurer le renouvellement par le tuyau d'évent et le tuyau de chute élevés le premier jusqu'au faîtage des cheminées et le second jusqu'à la toiture en surmontant le tuyau d'évent d'une gueule de loup, mobile, à l'aide desquels s'effectue un appel de l'air intérieur, on obtient une ventilation satisfaisante des fosses. » Il est facile peuton dire d'exiger tout cela, malheureusement la jurisprudence n'est nullement fixée en cas de conflit avec l'administration, il est possible que le propriétaire ait gain de cause. Une ordonnance du lieutenant de police de 1664 prescrivait formellement l'aération des fosses d'aisances par des tuyaux appelés alors ventouses qui devaient être conduits jusqu'au-dessus des combles.

Malheureusement cette disposition est devenue caduque ou pour mieux dire elle a été abrogée à Paris par une

ordonnance contradictoire du 24 septembre 1819. Celle-ci dont M. Martellière a rappelé le texte arme l'administration de pouvoirs beaucoup moins étendus ; elle renferme une restriction qui rend à peu près impossible l'application de mesures sérieuses. « Le tuyau ne pourra être exigé que s'il y a lieu de reconstruire un des murs en élévation au-dessus de ceux de la fosse ou si ce tuyau ne peut se placer intérieurement ou extérieurement sans altérer la décoration des maisons. » C'est là une disposition qui peut donner lieu à des interprétations de plusieurs sortes. Heureusement qu'on est un peu mieux armé pour prévenir le déversement des matières ; c'est pourtant un accident fréquent et qui provoque de tous côtés des plaintes justifiées.

Les articles 33 et 34 de l'ordonnance de police du 5 juin 1854 disent à propos des fosses mobiles, que les appareils seront établis sur un sol imperméable, disposé en cuvette et que tout appareil plein devra être enlevé et remplacé avant que les matières en débordent. La question des lieux d'aisance est une de celles qui intéressent au dernier point la salubrité. Il est probable qu'elle sera résolue à l'avenir par l'adoption du tout à l'égout, mais jusque-là on trouve trop d'escaliers où l'on respire des .émanations dangereuses, trop de maisons où la malpropreté est répugnante. Que faudrait-il donc pour les modifier ? Augmenter la provision d'eau, obliger les propriétaires à avoir des robinets dans tous les cabinets, faire une ordonnance de police dont aucun article ne prêtât à la confusion. Le reste serait extrêmement simple, il suffirait pour tout améliorer de faire des visites fréquentes, de dresser procès-verbal aux propriétaires

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récalcitrants ; ce serait le meilleur moyen de les obliger à faire eux-mêmes la police sanitaire dans leur immeuble.

Les autres causes d'insalubrité qui ont donné lieu à des plaintes et à des inspections sont : le mauvais état des plombs, la malpropreté des paliers ou des escaliers, l'exiguïté des pièces ; les mêmes plaintes sont répétées tous les jours presque dans les mêmes termes, les commissions font ce qu'elles peuvent, mais souvent elles n'obtiennent que des améliorations insuffisantes. 11 nous paraît difficile de passer sous silence les renseignements donnés par M. Martellière sur le logement des apprentis chez certains patrons ; cette question doit appeler la sollicitude de l'Administration car il est probable que le mal en question existe bien ailleurs que dans le 2e arrondissement ; que souvent les enfants au temps de l'apprentissage sont entassés dans des pièces insalubres à cubage d'air insuffisant. Il paraît que chez les patrons de certaines industries, ces malheureux passent leurs nuits dans des pièces moins bonnes que les garnis les plus abjects. Combien succombent à ce régime? Il est fâcheux qu'aucune disposition légale ne permette d'y mettre fin. M. Martellière renouvelle un vœu déjà formulé en 1885 et en 1886, à savoir « que les industriels et les patrons logeant des apprentis et des employés quel qu'en soit le nombre, soient soumis aux mêmes obligations que les logeurs en garni ». Cette réglementation parfaitement applicable aurait pour avantage de protéger les enfants à l'époque où ils apprennent leur métier contre l'incurie, la négligence et parfois la rapacité de maîtres sans scrupules.

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