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II — C

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miliarité dans certaines limites, qu'ils surveillent surtout les enfants ; ils diminueront ainsi chez ces derniers les chances des kystes hydatiques.

En somme, il y a malheureusement encore trop de maladies que nous pouvons rarement guérir et dont nous ne savons comment nous préserver, le cancer, par exemple ; d'autres, parfois tout aussi graves, ne présentent pas le même degré de fatalité : on sait comment elles viennent, comment elles évoluent ; les kystes hydatiques sont de celles-là. Sans supprimer l'espèce canine, — mesure à laquelle personne n'a jamais songé, — il est possible qu'en appliquant rigoureusement les notions que nous fournit l'hygiène, on diminue dans une notable proportion le nombre de ces kystes. Je crois que tous les conseils qu'on peut donner à cet égard, toutes les mesures prophylactiques qu'on peut provoquer, sont amplement justifiées par la nature même du but à atteindre et la certitude qu'on a de pouvoir l'atteindre.

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SA FEÉQUENCE. — SA GRAVITÉ. — CONDITIONS OEDINAIRES DANS LES- QUELLES ONT LIEU LES MOESUEES. — MESUEES PEOPOSÉES POUR ATTÉNUER LE MAL.

Pendant le premier trimestre de cette année, à cinq semaines d'intervalle, deux enfants atteints de rage ont été amenés à l'hôpital des Enfants-Malades, le premier dans mon service, le second dans celui du professeur Grancher.

Il s'agit, dans le premier cas, d'une petite fille de huit ans, élevée à Saint-Ouen par une vieille femme à qui elle avait été confiée par sa mère qui est cuisinière. Voici son observation ; en raison de l'intérêt qu'elle me paraît présenter, je vous demande la permission de la reproduire dans tous ses détails, recueillis pour ainsi dire heure par heure. Je la dois au zèle et au dévouement de mes élèves, M Baudouin, interne, et MM. Dodieau, Janin et Legrand, externes du service, qui ont veillé à tour de rôle la petite malade et ne l'ont pas quittée depuis son admission jusqu'à sa mort.

Ods. I. - Le 11 février, Marie-Clémentine X... jouait dans une rue avec d'autres enfants, lorsqu'un chien qu'elle

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cLVciit taquiné à plusieurs reprises se jeta sur elle et la mordit à la main droite. On ne sait pas ce qu'est devenu l'animal ; par conséquent, il est impossible de dire s'il a fait d'autres victimes ; ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'attaqua aucun autre enfant du groupe dont faisait partie la jeune Clémentine.

La plaie, peu profonde et peu étendue, ne donna lieu qu'à un faible écoulement de sang. Une cautérisation fut immédiatement pratiquée, mais seulement avec de l'ammoniaque. Sept ou huit jours plnjs tard la cicatrisation était complète et la fillette pouvait retourner à l'école.

Jusqu'au 6 avril, elle n'éprouve rien d'anormal. Ce jour-là elle rentre, vers midi, se plaignant de malaise, de lassitude, et demande à se coucher.

Au milieu de la nuit du 6 au 7, elle est prise d'accès d'oppression et refuse toute boisson.

Dans la journée du 7, les accès d'oppression se répètent à plusieurs reprises et augmentent d'intensité. Le soir, apparaît, pour la première fois, la sensation de constriction à la gorge. Pendant toute la nuit l'enfant est extrêmem.ent agitée ; elle se dresse sur son séant, saute en bas de son lit et, les yeux hagards, se promène quelques instants dans la chambre puis retourne se coucher. Elle n'a pas encore de photophobie et même elle exige qu'on maintienne une bougie allumée, tant elle a peur de l'obscurité. Un médecin consulté déclare que la petite malade est atteinte de rage et conseille de la transporter le plus tôt possible dans un hôpital.

Le lendemain matin, vers 11 heures, elle est admise à l'hôpital de la rue de Sèvres. On la conduit immédiatement salle Sainte-Élisabeth, où je terminais ma visite.

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Ce qui frappe d'abord chez cette enfant, c'est l'expression inquiète de la physionomie, son air étrange. Au moindre hruit elle tressaille. Vient- on à lui souffler légèrement sur la figure, elle manifeste sur-le-champ une vive répulsion (aérophobie). Les objets brillants produisent sur elle le même effet ; on lui présente un miroir, aussitôt elle détourne la tête et veut fair. Par contre, elle peut regarder sans fatigue apparente la fenêtre de la salle fortement éclairée.

Il n'existe aucun trouble apparent de la motilité ; les réflexes rotuliens sont parfaitement conservés. La sensibihté générale n'est point non plus affectée : on ne constate ni hyperesthésie, ni anesthésie. Ij'enfant n'a rien pris depuis quarante-huit heures. Ce qui paraît l'empêcher de s'alimenter, ce sont des spasmes très fréquents du pharynx ; car, dans leur intervalle, l'examen de la gorge fait rapidement, et auquel la malade se prête assez bien, ne relève rien d'anormal. On n'entend aucun râle dans les poumons, ni aucun bruit de souffle au cœur; pas d'accélération ni de ralentissement de la respiration et du pouls.

En ce qui concerne la température, il est impossible de la prendre : l'enfant repousse le thermomètre aussitôt qu'elle l'aperçoit, parce que, dit-elle, on s'est servi de cet instrument pour une de ses sœurs qui a succombé à une fièvre typhoïde.

En examinant la main mordue, on aperçoit une cicatrice ayant 7 millimètres de diamètre et siégeant au nivau de la partie moyenne du deuxième espace interosseux. Cette cicatrice, détail à noter, n'est pas douloureuse et ne l'a jamais été.

Vers 3 heures de l'après-midi, la petite malade se plaint

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de vives démangeaisons aux deux bras ;elle se gratte tellement qu'elle se fait saigner et même, par moments, elle se mord les ongles.

A 6 heures, le pouls, qui était resté peu fréquent (60 pulsations), présente des irrégularités, et les mouvements respiratoires s'accélèrent. L'enfant devient très agitée et veut à chaque instant sortir de son lit; elle se plaint de besoins presque incessants d'uriner qui aboutissent seulement à rémission de quelques gouttes d'une urine claire.

Malgré ces mictions répétées, évidemment spasmodiques, la quantité d'urine rendue depuis le matin ne dépasse pas un demi-verre. Celle-ci est de couleur jaune pâle ; par le repos elle se trouble et ne tarde pas à fournir un dépôt s édimenteux blanchâtre qui disparaît sous l'action de la chaleur. Si on continue à chauffer, elle se trouble de nouveau (phosphates). Mais le précipité ainsi formé disparaît à son tour dès qu'on ajoute quelques gouttes d'acide azotique. Cet acide provoque en même temps un abondant dégagement de gaz. Filtrée, puis traitée par la liqueur de Fehling, elle ne présente aucune trace d'albumine ni de sucre. A l'examen microscopique, on reconnaît que le sédiment est formé par des cristaux d'urate de soude ; on n'y aperçoit ni mucus, ni globules de sang ou de pus, ni cylindres épithéliaux. La petite malade n'a pas encore de sputation, mais elle accuse constamment une sorte de constriction à la gorge. Il ne paraît pas y avoir non plus de trouble de la sensibilité générale. La pupille droite paraît un peu plus dilatée que la gauche

A 6 heures, on injecte sous la peau 2 centigrammes de chlorhydrate de pilocarpine , une demi-heure après, la

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transpiration se manifeste assez abondante d'abord à la face, puis à la tête et au cou. Malheureusement, cette médication n'a exercé aucune influence sur la marche de la maladie.

A 7 heures et demie, la photophobie devient apparente bien qu'il n'y ait dans la pièce qu'une veilleuse éclairant fort peu ; l'enfant se plaint de la trop grande intensité de la lumière et, pour lui éviter de nouvelles crises, on est obligé d'interposer un écran.

Les besoins d'uriner sont toujours les mêmes.

A 9 heures et demie, la malade ne veut plus rester au lit. La surveillante de nuit est obligée de la tenir assise sur ses genoux. A ce moment, s'il n'y a pas encore d'hyperesthésie cutanée, en revanche l'hyperesthésie sensorielle a notablement augmenté. Aux symptômes déjà mentionnés, il s'en est ajouté un autre : si on fait du bruit, si on parle un peu haut, l'enfant est prise de violents spasmes cervico-thoraciques (hyperacousie). En outre, elle se plaint d'avoir trop chaud et, cependant, sa peau est froide. C'est avec une grande peine qu'on la maintient enveloppée dans une couverture.

Depuis le début des accidents, il a été impossible de lui faire prendre ni boisson, ni aliment, ni aucun médicament. Ajoutons qu'elle n'a jamais toussé, mais que le pouls est devenu plus fréquent, irrégulier et intermittent (100 pulsations par minute).

A 10 heures 20 minutes, apparition d'un hoquet très pénible.';Les spasmes pharyngés et laryngés sont presque mcessants ; aussi, à chaque instant, la malade portet-elle la main à son cou comme pour modérer les contractions musculaires.

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Après quelques efforts de vomissements la sputation se montre enfin ; la salive est peu abondante mais' aérée, mousseuse. Il survient alors une accalmie assez complète qui persiste dix minutes, puis de nouveaux symptômes se manifestent. L'enfant prétend que la tête lui tourne ; néanmoins, elle se lève, trébuche et appuie sa tête sur son lit. Elle se plaint d'avoir mal aux oreilles, de ne plus entendre, et même de sentir des odeurs fétides. C'est une pure hallucination olfactive, car personne autour d'elle ne perçoit rien de semblable. La respiration est extrêmement gênée, la parole entrecoupée.

Cet accès, qui dure quelques minutes, se termine par une impérieuse envie d'uriner, mais, malgré de grands efforts, la miction se réduit à quelques gouttes de hquide. Notons aussi qu'il n'y a pas eu de garde-robe depuis l'entrée à l'hôpital.

AH heures, nouvel accès plus violent et plus prolongé (près de vingt minutes). La sensibilité générale est manifestement atteinte; si on pince les téguments des bras on ne provoque aucune douleur. La sputation est devenue plus abondante et plus facile. L'enfant déclare spontanément qu'il ne faut pas avoir peur, qu'elle ne crachera sur personne. On dirait qu'elle a conscience que sa salive peut être dangereuse. Son intelligence, qui paraît altérée au moment des crises, est nette dans leur intervalle. On est parfois étonné de la manière sensée dont elle s'entretient alors avec les personnes qui l'entourent.

A minuit et demi (le 9), troisième accès. Battements du cœur tumultueux, saccadés ; pouls à 108, très irrégulier ; dyspnée intense non accompagnée de râles bronchiques ;

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crachotements très pénibles ; envies très fréquentes d'uriner. La petite malade divague et est prise d'une frayeur extrême ; elle dit qu'elle va mourir et réclame un cercueil ; elle a des hallucinations de la vue. L'accès se termine, après une durée de vingt à vingt-cinq minutes, par des sueurs profuses et une émission très abondante de salive.

De 1 heure à 3 heures 1/2, période de calme. L'intelligence est devenue lucide. On offre à l'enfant du lait. Elle promet de faire tous ses efforts pour le boire, mais dès qu'on approche le verre de ses lèvres, elle dit que sa gorge est bouchée.

A 4 heures 1 /2, nouvel accès ; délire violent, agitation extrême. Le jour paraissant, on constate la présence de plusieurs petites taches violacées ou noirâtres sur la poitrine. Les yeux sont hagards ; hallucinations de la vue. La malade croit voir des sergents de ville, le commissaire de police, etc.

Vers 5 heures, elle crie tout à coup à la surveillante : Sauve-toi, je vais te mordre. Cette dernière lui présente aussitôt un fichu de laine dans lequel elle mord 5 belles dents. Au bout de quelques secondes, elle rejette le fichu, mord sa camisole et même le bout de ses doigts. A ce moment, et pour la première fois, elle crache sur la surveillante. Un quart d'heure après, on voit tout d'un coup la tête s'infléchir, les poings se fermer et le corps entier se raidir. Émission involontaire d'urine.

A 5 heures 45 minutes, dernier accès plus intense encore que les précédents, mais qui ne dure que dix minutes.

La mort a lieu à 6 heures 1/2 au milieu d'un accès d'étouffement.

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h'autopsie fut faite le même jour, à 5 heures du soir, en présence de M. Roux, sous-directeur au laboratoire de M. Pasteur. Les lésions constatées furent les suivantes :

Rougeur hypostatique de toutes les parties déclives.

Congestion très intense des méninges cérébrales et spinales .

Épanchement sanguin sous-méningé au niveau du quatrième ventricule.

(L'encéphale et la moelle ont été remis à M. Roux, ainsi que les nerfs du plexus brachial de chaque côté.)

Emphysème très prononcé des poumons, surtout au niveau de leurs bords antérieurs ; hyperhémie notable de leurs bases. Pas traces de tubercules. Bronches pleines de mucosités.

Pas de liquide dans la plèvre ; pas d'ecchymoses souspleurales.

Péricarde et cœur normaux, petits caillots noirâtres dans les ventricules et les oreillettes.

Sang très noir, poisseux, diffluent.

Aucune trace de lysse à la face inférieure de la langue.

Intégrité absolue des organes abdominaux, à l'exception des reins qui sont soudés par leur extrémité inférieure et constituent, au devant de la colonne vertébrale, une sorte de fer à cheval.

Le 10 avril, M. Roux inocule, par trépanation, deux lapins avec la substance nerveuse du bulbe de Marie- Clémentine. Le 26 du même mois, c'est-à-dire seize jours après l'inoculation, les deux animaux furent pris de rage et succombèrent au bout de trois jours.

D'autres inoculations, faites avec la substance des nerfs de chaque bras, ont également donné la rage.

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Voici les renseignements que j'ai pu obtenir sur le second cas traité dans une des salles de M. Grancher. Ils m'ont été fournis parles élèves du service.

Obs. il — Le sujet de l'observation est un jeune irlandais appelé John H..., âgé de huit ans. Il fut mordu dans son pays, le 16 avril dernier, par un chien qui s'était enfui de sa niche après avoir rongé la corde à l'aide de laquelle il était attaché. Cet animal mordit deux chiens, trois vaches et un certain nombre de moutons. Un lettre reçue le 18 mai au laboratoire de la rue d'Ulm annonce que plusieurs de ces derniers animaux sont devenus enragés.

Les blessures de H... siégeaient sur la muqueuse de la lèvre inférieure et sur la lèvre supérieure, au voisinage du nez. Elles ont saigné et l'enfant les a sucées. Ce n'est qu'au bout de quelques heures qu'elles ont été touchées avec de l'alcali.

Le 22 avril, H... se présente au laboratoire de M. Pasteur. Son traitement, commencé immédiatement, devait être terminé le 1 8 mai ; mais le 1 4 il devient triste, se plaint de maux de tête. Le 15, il est pris de vomissements aussitôt que des boissons ou des aliments sont ingérés. Le 16, les matières vomies renferment du sang, et en même temps surviennent l'hydrophobie et les spasmes du pharynx. Le petit malade refuse de boire. Le 17 il est conduit à l'hôpital des Enfants-Malades et placé dans le service de M. Grancher.

Outre les symptômes indiqués, ilprésenteune agitation extrême, du délire et des hallucinations de la vue ; les pupilles sont dilatées, il n'existe ni paralysie ni affaiblissement musculaire. Un lavement de chloral administré

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dans le cours de la journée produit un soulagement momentané.

Le crachotement est presque continu et, à plusieurs reprises, on aperçoit aux lèvres une écume sanguinolente. Il n'y avait pas de plaie dans la bouche.

Les urines deviennent rares, et la mort a lieu le lendemain 18, à 8 heures du matin, au milieu d'un accès d'étoufïement.

Autopsie. — La moelle épinière est ramollie dans sa portion cervicale ; elle fait hernie aussitôt qu'on pratique une incision des méninges, la portion lombaire est ferme.

Dans le thorax, on ne trouve que des adhérences complètes des deux poumons avec congestion hypostatique de leurs bases.

La paroi abdominale présente quelques ecchymoses ; l'estomac renferme des grumeaux de sang noir coagulé.

Le 19, M. Roux inocule par trépanation plusieurs lapins avec le bulbe de H... ; tous deviennent enragés au bout de dix-huit jours. Cette période d'incubationestbien celle qu'on observe à la suite de l'inoculation du virus de la rage ordinaire, dite rage des rues. La rage due au virus de passage élevé, c'est-à-dire au virus qui a été inoculé successivement à un grand nombre de lapins, se déclare au contraire, comme l'a montré M. Pasteur, beaucoup plus tôt, en moyenne le septième jour.

A première vue, ces deux faits ne paraissent présenter rien de bien saillant. Ce sont deux cas de rage, comme

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on en trouve malheureusement trop dans la littérature professionnelle ; leur aspect et leur évolution sont conformes au tableau magistral et justement classique chez nous, donné par M. Brouardel dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. En les analysant un peu minutieusement, on y trouve pourtant quelques points qui ne sont pas dénués d'intérêt et méritent, sinon une étude, au moins une mention particulière. En effet, on a peu ou point décrit :

1° Les spasmes vésicaux, causant des besoins fréquents d'uriner.

2° Les hémorrhagies de l'estomac et les taches ecchymotiques des téguments ; 3° Le prurit cutané.

Comme on Fa vu, les spasmes de la vessie constituaient un symptôme persistant et extrêmement pénible dans la première observation ; il est probable qu'il s'agissait d'un phénomène présentant un certain rapport avec les accidents d'excitation genésique observés souvent chez le chien et parfois chez l'homme dans le cours de la rage. Je crois qu'on peut les rattacher à l'irritation des parties de la moelle, dans lesquelles des physiologistes ont placé les centres génito et vésico-spinal (1).

On a mentionné rarement des vomissements analogues à ceux qui sont notés dans notre second fait. L'hémorrha-

(1) Ces spasmes de la vessie ressemblaient, jusqu'à un certain point, à ceux qu'on a observés dans l'empoisonnement par les cantharides, lequel donne lieu parfois à une « sorte de délire bydrophobique ; le momdre bruit, la lumière, un son de voix, provoquent d'horribles convulsions. Le corps se roidit, la pupille est dilatée, l'œil hasard et brillant. Le inalade cherche à mordre. » ïaedjeu (A.). Étude médico-lér/ale et '■i^nîfine snr l e^njwisflHnemmt . Paris, 1875, 2» édit., p. 1217.

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gie fut assez marquée pour qu'on trouvât à l'autopsie des caillots noirs dans l'estomac. Dans un cas de rage anormal, bien connu et souvent cité (1), remontant à 1779, il y eut également des vomissements sanglants. Récemment, M. Gamaleia (2) en a rapporté un autre exemple. Il ne s'agit pas ici d'hémorrhagies tardives, dues à des efforts répétés de vomissement, mais d'hématémèses spontanées. Je n'insiste pas sur l'écume sanguinolente des lèvres présentée par le second malade. Il est difficile de dire d'où provenait le sang (3).

Ces hémorrhagies de la muqueuse gastrique ressemblent singulièrement à celles qu'on observe dans l'hystérie (4). On peut en dire autant des ecchymoses cutanées qui rappellent celles que Van Swietena signalées, le premier à la suite des attaques de haut mal.

Quant au prurit étendu, ne correspondant point à la cicatrice de la morsure, il n'a pas été signalé, que je sache, dans l'espèce humaine ; il paraît, au contraire, assez commun chez le chien. « Une forme qu'il est pénible d'observer, à cause des souffrances que paraît endu-

(1) Histoire et mémoires de la Société Royale de médecine. 1779, p. 168 et 169.

(2) Gamaleia (N,), Sur les lésions rabiques : Annales de Vlnstitut Pasteur, 1887, t. I, p. 165.

(3) Dans le Rapport général sur les travaux d% Conseil d'hygiène publique et de salulritê du département de la Seine, de 1872 à 1877, p. 161, il est question d'un malade dont la bave filante était teinte par un peu de sang. La mention d'un fait semblable se trouve dans un rapport présenté au Conseil le 27 août 1885, par M. le docteur Lagneau. « Durant le trajet (pour se rendre à l'hôpital), une écume rouge sortait de la bouche du malade. »

(4) A. Ollivibr. De VMmatémèse non cataméniale d'origi7ie hystérique. Études de pathologie et de clinique médicale, 1887, p. 531.

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rer le patient, dit M. Roux (1), est celle qui se traduit par des démangeaisons terribles. On voit les chiens se gratter sans cesse, se déchirer avec les dents et, si de la gueule ou des griffes ils ne peuvent atteindre le point où se fait sentir le prurit intolérable, ils se roulent et se frottent à leur cage anxieux et haletants. »

Si j'avais à tirer de ces faits une conclusion relative à la physiologie pathologique de la maladie, je dirais que la diffusion du virus rabique me paraît moins régulière, plus générale qu'on ne le croit communément. Ainsi, outre le cerveau, le bulbe et la moelle, elle peut envahir même les terminaisons des nerfs périphériques.

J'arrive maintenant à un point mieux connu et qui me paraît présenter une certaine importance sous le rapport de l'hygiène, au moins de l'hygiène professionnelle des médecins.

Il y a dix-huit ans, je suppléais M.jle docteur Bucquoy, à l'hôpital Saint-Antoine. Un soir, on amène dans le service unjeune homme qui se plaignait de difficulté pour avaler, mais n'avait ni délire, ni hydrophobie, ni hyperesthésie. L'interne de garde songea, comme tout le monde y aurait songé, à une affection locale ; il explora la gorge par les procédés ordinaires et, ne découvrant rien, il introduisit le doigt pour s'assurer qu'il n^y avait pas quelque lésion profonde. Le lendemain, l'état s'était modifié et le diagnostic devenait facile ; l'interrogation nous permit de reconstituer l'histoire du cas et de savoir dans quelles conditions avait eu lieu la morsure. Je vois toujours la

(1) Roux (P.). Les nouvelles aoduisitiom S7(r la rage, thèse de doct. Paris, 1883, p. 38.

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physionomie anxieuse et effarée de l'élève qui avait fait l'examen, lorsqu'il entendit porter le diagnostic : rage con firmée. Je le rassurai le mieux que je pus ; je lui affirmai, en appelant à mon secours la tradition etles auteurs, que la rage humaine n'est pas transmissible à l'homme ; la chose arriverait aujourd'hui que je procéderais de la même manière, mais j'avoue que ma conviction serait plus apparence que réelle.

Pourquoi, en effet, la salive de l'homme ne serait-elle pas virulente comme celle du chien ? On n'a jamais cité de cas de transmission directe, soit ; mais le nombre des observations de morsures faites par des hommes est insignifiant. Le malade n'a pas de tendance à mordre ou, s'il en a, il prévient ceux qui l'entourent. Je crois qu'il faut, jusqu'à plus ample information, admettre que la salive humaine peut être virulente et que, dans les cas de rage ou au début des maladies à forme rabique, il est bonde prendre certaines précautions pour explorer le pharynx (1).

Il me paraît difficile, aujourd'hui surtout, de toucher la question de la rage sans parler de sa prophylaxie. La prophylaxie scientifique restera certainement comme une des plus merveilleuses conquêtes de la méthode expéri-

(1) M. Eoux dit à propos des formes variées de la rage : « D'autres fois, la maladie éclate par des spasmes pharyngés presque continuels. Les efforts comme pour rejeter un corps étranger retenu dans la gorge sont énergiques et répétés. La respiration est haletante, les tentatives de déglutition sont désespérées et la mort vient brusquement terminer la scène. » Thèse citée, p. 39.

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mentale au xix^ siècle; mais, malheureusement, nous ne pouvons guère nourrir l'espoir qu'elle suffira pour faire disparaître complètement la maladie, ni même pour réduire à zéro la mortalité. Les procédés thérapeutiques les plus rationnels, les plus sûrs, ne sont pas toujours applicables par suite de circonstances matérielles ou autres, et même, quand ils sont appliqués, ils peuvent avoir des insuccès que l'on constate sans les expliquer. Il faut donc malgré tout, chercher à'prévenir les morsures. L'enfance fournit à la rage un nombre considérable de victimes. Voici ce que nous apprend la statistique à cet égard :

Sur 258 cas de rage relevés dans les Recueils des travaux du Comité consultatif d'hygiène publique de France (1), on en trouve :

Chez des enfants au-dessous de 5 ans .... 22 — de 5 à 15 ans 42

Total .... 64

Soit une proportion de — , c'est-à-dire près du quart.

La proportion fournie par les rapports généraux sur les travaux du Conseil d'hygiène et de salubrité du département de la Seine est encore plus élevée. Sur 59 cas de rage constatés de 1881 à 1886 inclusivement (2), il en a été observé :

(1) L'enquête sur les divers cas de rage observés en France a été commencée en 1851. Elle a été faite successivement par Tardieu, Boulev et M, Proust.

(2) Pour cette seconde statistique, je me suis servi àu RaxjpoH de ■ -Uujardin-Beaumetz svr les cas de raqe Imviaine qui se sont produits

aans Le dejmrtement de la Seine pendant les années 1881, 1882 et 1883. Je aois à 1 obligeance de l'Administration la communication des raoports qui ont ete lus au Conseil pendant les trois années suivantes.

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Chez des enfants au-dessous de 5 ans .... 4 — de 5 à quinze ans 17

Total .... 21

Soit une proportion de ~, c'est-à-dire environ le tiers.

Les statistiques précédentes montrent combien H. BOuley était dans le vrai lorsqu'il écrivait : « Le plus grand nombre de morsures correspond à l'âge de l'imprévoyance, de l'imprudence, de la faiblesse et surtout à l'âge des jeux et de la taquinerie. Bien des chiens sous le coup de la rage épargneraient des enfants auxquels ils sont familiers, s'ils n'étaient poussés à bout par des harcellements continuels auxquels les enfants se livrent d'autant plus volontiers que, ne reconnaissant pas dans le chien avec lequel ils jouent son humeur habituelle, ils sont déterminés par là à le harceler davantage » (1).

A ces remarques si fondées, M. Brouardel ajoute avec raison : « Cette si grande proportion d'enfants mordus s'explique par le nombre plus grand de chances qu'ils auront d'être atteints par des chiens errants dans les rues des villes ou des villages, où ces enfants se trouvent si communément réunis en groupes pour se livrer à leurs jeux » (2).

Si la rage est plus fréquente dans l'enfance qu'à un autre âge, c'est non seulement parce que les enfants, comme on vient de le voir, s'exposent plus aux morsures que les

(1) BouLEY (H.). Recueil des travaux du Comité consultatif d'hygiène puUique de France, 1872, p. 433.

(2) Beouardel (P.). Article Rage din Dictionnaire encrjclopédiquedes sciences médicales,Vèli, 3° série, t. II, p. 199.

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adultes, c'est aussi parce que, étant donnée l'exiguïté de leur taille, ces morsures siégeant surtout à la face et aux mains, présentent une étendue et une gravité particulières. Voilà les faits acquis.

Que faut-il donc faire pour prévenir de pareils malheurs ? Il y a longtemps que dans les écoles on guerroie contre la cruauté envers les animaux, qu'on essaie d'adoucir des tendances souvent mauvaises par l'éducation et le raisonnement ; mais ce que l'on n'obtient pas, ou du moins ce qu'on obtient difficilement, c'est que l'affection même des enfants pour les hôtes inférieurs du logis ne soit ni trop familière, ni taquine à ses heures ; c'est qu'ils résistent à la tentation de traiter un chien errant, d'aspect étrange, comme ils traiteraient à l'occasion un petit bohémien chétif et peu avenant. « Cet âge est sans pitié. » Tout ce qu'on peut faire par la persuasion, on l'a fait, il faut procéder d'une autre manière et recourir aux mesures que fournit la législation existante.

En 1880, on a promulgué en Allemagne une loi générale sur la prophylaxie des maladies épizootiques et. depuis sa mise en vigueur, le Ministre des affaires sanitaires, M. Von Gossler, a déclaré en plein Parlement que le nombre des cas de rage diminuait régulièrement et, qu'au moins dans l'espèce humaine, la maladie disparaîtrait du territoire de l'Empire dans un avenir rapproché de nous (1). Ses données s'appuyaient sur le tableau suivant :

(1) Abreu (Eduardo). A Raiva. Lisboa, 188fi, p. 8.

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