‹ Études d’hygiène publique (volume 4)Chapitre 10 sur 26 · DU 1<"^ AVRIL AU 31 MARS · texte numérisé non relu

DU 1<"^ AVRIL AU 31 MARS

Chiens enragés

MORTS

Chiens suspects

MORTS

IMIIVIDIS IIOIIUUS

MORTS

Ce ne sont pas là des chiffres à dédaigner. Doit-on, pour y arriver, promulguer des lois draconiennes, condamner l'espèce canine à la disparition, comme l'ont dit certains hygiénistes qui ont pris pour base de leur conception une pusillanimité plus inquiétante pour eux-mêmes que pour les chiens ? En aucune façon. L'application des lois et règlements de police n'implique pas la cruauté.

L'incurie qui peuple les villes d'Orient d'une multitude de chiens sauvages, exténués, amaigris à l'extrême, errant le jour et la nuit, quœrentes quem dévorent, cette incurie fataliste représente-t-elle donc l'idéal de la commisération et de la douceur? Personne n'oserait le soutenir ; on peut sacrifier les chiens errants, on devrait même, comme je l'ai dit ailleurs (1), frapper d'une amende sérieuse ceux qui les abandonnent. Le propriétaire devrait toujours mettre à son chien le collier portant son nom et son adresse conformément aux ordonnances de police. Il serait ainsi facile d'éviter qu'il le laissât courir à l'a-

(]) Le CJiien et les kystes hydatiques du foie chez Vhomme, communication faite à l'Académie de médecine, le 21 juin 1887 et Union médicale, 1887, p. 73.

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venture ; il suffirait de multiplier les amendes. Dans les affaires sanitaires, il ne peut être question d'excès d'autorité ; lorsque le résultat est une diminution d'accidents terribles, on peut dire : la fin justifie les moyens.

Avant d'aller plus loin, il me paraît bon d'indiquer une mesure, ou plutôt une série de mesures, qui ne sont nullement en contradiction avec les ordonnances existantes. Dans son rapport sur la rage, publié en 1882, M. Dujardin-Beaumetz (!) a donné une bonne classification des chiens errants. Les uns n'ont pas de maître, les autres appartiennent aux boutiquiers et, comme ils ont droit de cité dans un quartier, ils errent en toute sécurité dans un rayon souvent étendu. Pour ces espèces, la police est facile ; on saisit les premiers et on les débarrasse le plus doucement possible du fardeau de l'existence ; on saisit les seconds qu'on traite avec ménagement ; ce serait une mesure déplorable de les détruire. Les propriétaires les remplaceraient et leurs successeurs parcourraient les rues comme eux; il vaut beaucoup mieux les faire reconduire à domicile par un agent qui dressera procès-verbal. Les intéressés eussent été peu touchés par des considérations de statistique générale ou d'humanité, ils le seront beaucoup plus lorsqu'ils devront payer une amende, même minime.

Mais on ne peut considérer comme chiens errants tous ceux qui parcourent nos rues. Les voituriers, les blan-

(1) Hajjjm't sur les mesures qu' il conviendrait de prendre pour ejiqjêc/œr (■tj^révi-nir la 2)ropagativn de la rage, 1882, p. 6.

Consulter aussi : Alexandee (A.). Eapport mr les maladies contagieuses des animaux, ohscrvces en 1884 dans le déjjortement de la Seine. ■Pans, 1885, p. 5 et suivantes.

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chisseurs, les brasseurs, etc., emmènent avec eux des cliiens de garde afin que leur attelage ne change pas de maître pendant les courts instants où ils entrent chez un client. Peut-on mettre en suspicion de pauvres bêtes qui sont, en réalité, d'intelligents auxiliaires de la police ? Personne n'y songera. Malheureusement, ces animaux peuvent être dangereux, ils sont très exposés à la rage ; les enfants s'en approchent et les taquinent. Ne pourraiton pas donner aux agents des instructions destinées à éviter cela, leur recommander d'éloigner les enfants des chiens ? Ils ne doivent s'en approcher ni dans un but ni dans un autre ; s'ils résistent, la loi Grammont permet de leur dresser des contraventions. Des instructions données dans les écoles leur serviraient d'avertissement; je suis persuadé qu'il serait parfaitement inutile d'en venir à des mesures- de rigueur ; le seul aspect d'un agent suffirait pour faire fuir un groupe d'enfants lutinant un chien, s'ils savaient à l'as'ance qu'ils sont en défaut. J'arrive aux conclusions :

1° La fréquence de la rage dans l'enfance est assez grande pour qu'il soit indispensable de prendre des mesures prophylactiques très sévères.

2° Parmi ces mesures, les unes touchent à la prévention générale de la maladie. Elles me paraissent toutes se rattacher à l'application rigoureuse du décret du 22 juin 1882;

3" Les autres doivent viser plus particulièrement le jeune âge ; elles consistent :

a. — En instructions données dans les écoles, instructions par lesquelles on défendra aux enfants, sous peine de répression, de taquiner n'importe quel chien dans la rue ou de jouer avec lui.

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h. — En instructions recommandant aux agents d'exercer une surveillance attentive à cet égard et leur rappelant les dispositions réglementaires en vertu desquelles ils peuvent dresser des procès-verbaux en cas de résistance;

4" Il serait nécessaire de porter, par voie d'affichage ou autre, à la connaissance du public, les mesures prises, en indiquant brièvement les raisons qui les ont inspirées.

Dans les six mois qui ont suivi l'époque à laquelle je présentai ce rapport au Conseil d'h^^giène, des faits nouveaux malheureusement trop probants sont venus démontrer la justesse des considérations qu'il renferme sur les familiarités inconsidérées des enfants avec les animaux. Ainsi de ces faits, au nombre de cinq, l'un (obs. IV) est relatif à un garçon de 14 ans qui taquinait en pleine foule un gros chien qui le mordit et ne mordit que lui ; dans un autres cas (obs. III) une petite fille de 3 ans est mordue en jouant avec des chiens chez un restaurateur de la banlieue ; enfin dans l'observation VII le petit garçon qui en fut le sujet caressait un chat recueilli la veille par un marchand de vin sur la voie publique. Je donne ici ces cas et les considérations dont j'ai cru devoir les faire suivre, lorsque j'ai eu l'occasion d'adresser à leur propos des rapports au Conseil d'hygiène.

Obs. III (1). — Le 9 juillet dernier, l'enfant S. . ., Geor-

(1) Cette observation a été lue au Couseil dans la séance du 10 août

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gette, âgée de cinq ans, descendait en courant l'escalier de son habitation ; elle heurta un chien qui lui sauta au visage et la mordit au-dessous de l'œil gauche, à la limite de la paupière et de la joue. La plaie était très petite et, au dire de la mère, il n'en sortit que quelques gouttelettes de sang. Le père de l'enfant accourut, terrassa le chien et le tua en le projetant violemment contre le sol.

Inquiet de l'aspect qu'avait cet animal, il porta le corps chez un vétérinaire qui lui donna le conseil d'aller chez le commissaire. Ce magistrat, ajouta-t-il, une fois l'examen cadavérique pratiqué, délivrera, s'il y a lieu, un certificat pour conduire l'enfant à l'Institut Pasteur.

Le corps du chien fut déposé au commissariat de la rue Pradier et envoyé à Alfort, On ne découvrit, paraît-il, à l'autopsie, rien qui pût faire supposer qu'il s'agissait d'un cas de rage. Rassurés par ce renseignement, les malheureux parents ne montrèrent leur enfant à aucun médecin. La plaie ne fut même pas cautérisée.

Il ne survint rien de particulier jusqu'au 20 juillet, c'est-à-dire pendant les onze premiers jours qui suivirent la morsure ; mais, à partir de ce jour, au dire de la mère, l'enfant commença à montrer de la tristesse, son appétit diminua et son sommeil devint moins calme.

Le 31, après avoir joué plusieurs heures avec ses petites camarades, elle rentre chez ses parents les yeux hagards et se plaignant d'une grande lassitude. On la couche. Pendant son sommeil, elle a des rêves effrayants et parle à haute voix de voleurs qui veulent forcer la porte..., etc. Les trois jours suivants, elle reste à la maison, inquiète et agitée, ayant perdu l'appétit, mais se

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plaignant d'une soif assez vive. Elle boit même avec plaisir un peu de vin et de café.

Le 5 août, les phénomènes s'accentuent : l'enfant refuse toute boisson et tout aliment. On la porte rue d'Ulm, mais M. Roux, constatant chez elle tous les signes de la rage (hydrophobie, aérophobie, etc.), renonce à toutes les inoculations et nous l'adresse à l'hôpital des Enfants- Malades.

A son entrée (vers midi), l'interne de service, M. Gibotteau, constate les symptômes suivants : le visage exprime l'épouvante, le regard est fixe, les yeux brillants, les pupilles moyennement dilatées ; les narines sont un peu suintantes ; il n'y a pas d'écume à la bouche, pas de sputation.

La petite malade répond couramment aux questions qu'on lui pose. Elle n'a pas peur des assistants, excepté quand ils l'approchent de trop près et que leur haleine arrive jusqu'à elle. Quelqu'un lui ayant soufflé au visage, elle se redresse et a un accès de fureur qui dure plusieurs minutes. Sa respiration est suspirieuse, sa voix brève, non saccadée, entrecoupée par les soupirs. Elle accepte de boire de l'eau et du vin et , bien que la vue de la cuillère lu i cause une certaine émotion, elle avale à plusieurs reprises le liquide qu'on lui présente. Le pouls est à 120 pulsations régulières. Il n'y a pas de pause respiratoire ni d'accélérations momentanées.

L'agitation est si grandé. que l'on est obligé de fixer la malade dans son lit. Elle se calme cependant un peu sous I mfluence d'un lavement de 2 grammes de chloral.

A 5 heures, nouvel accès ; l'enfant parvient à se dégager de ses liens, elle court dans la chambre et, dans un

paroxysme de fureur, lance ses bottines à la figure des personnes qui veulent la contenir.

A 6 heures, crise encore plus violente. Après bien des efforts on parvient à la calmer et à lui faire avaler, en un assez court espace de temps, 4 grammes de chloral. A plusieurs reprises elle demande le bassin, mais ne rend aucune urine. Il est impossible de prendre sa température, car la vue du thermomètre l'impressionne trop péniblement.

A 7 heures, elle finit par s'endormir sous l'influence du chloral, dont elle avait absorbé déjà près de 6 grammes, mais son sommeil est très agité. Deux heures après elle est reprise d'une crise d'excitation extrêmement violente qui se prolonge jusqu'à 11 heures. Elle demande de nouveau le bassin et, cette fois, rend un peu d'urine ; malheureusement, cette urine fut jetée par l'inadvertance d'une infirmière. A ce moment, elle présente aux lèvres de l'écume sanguinolente. En outre, on constate qu'elle est comme clouée sur son lit, tressaillant de temps en temps, mais incapable de se soulever.

Vers 1 heure du matin, elle pousse deux ou trois cris comparables à des aboiements, essaie de se dresser, puis retombe inerte. Elle était morte.

L'autopsie est faite dix heures après la mort. Rigidité cadavérique très prononcée.

Injection intense des méninges et de la substance cérébrale (écorce et noyau).

La moelle est congestionnée, mais ne présente aucune trace de ramollissement. Le bulbe est remis à M. Charrin pour être inoculé, à l'Institut Pasteur (1).

[l] L'inoculation fut faite le 10 août à deux lapins : seize jours plus tard ces animaux présentaient tous les symptômes de la rage.

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Le cœur est contracté ; il existe cependant dans les deux ventricules, surtout le droit, une certaine quantité de sang liquide, noir et poisseux.

Congestion très prononcée du poumon, du foie, de la rate et des reins. Rien de particulier dans l'estomac et l'intestin.

Ce fait ressemble à ceux que j'ai déjà rapportés. Toutefois, notons que les spasmes du pharynx furent moins accusés qu'ils ne le sont souvent. Dans ce cas encore il y a eu, comme dans l'un des précédents, des spasmes vésicaux amenant des besoins fréquents d'uriner, et une écume sanguinolente aux lèvres, enfin dans les derniers instants sont apparus des phénomènes paralytiques.

Obs. IV (1). — R... (Eugène), âgé de quatorze ans, apprenti feuillagiste,est apporté le 17 septembre dernier, salle St-Augustin, n° 7, à l'hôpital Lariboisière, service du docteur Gougenheim, suppléé par M. de Beurmann. Au dire de son père, cet enfant aurait été mordu trois semaines auparavant par un chien du voisinage. Il n'aurait ressenti aucun trouble jusqu'au 16 septembre.

Le 17, il se réveilla avec un violent mal de tête et de la douleur à la gorge. A 10 heures, il se rendit à la consultation de l'hôpital où le médecin, croyant avoir affaire à une angine, prescrivit un vomitif.

Dans la soirée, il devint agité, fut pris de délire et

(1) Cette observation a été rédigée d'après les notes qui m'ont été communiquées par M, Robert Leudet, interne du service et celles que j'ai recueillies moi-même. Elle a été lue au Conseil dans la séance du 28 octobre 1887.

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môme voulut une fois mordre son père. Celui-ci, impuissant à maîtriser son fils, le fit transporter à Lariboisière vers 2 heures du matin.

M. Leudet voit le malade pour la première fois à 8 heures 1/2 et constate chez lui les phénomènes d'une asphyxie commençante. Il n'y a pas encore de sputation, mais l'hyperesthésie sensorielle est déjà notable : il existe de la photophobie, le malade couvre ses yeux avec ses bras ; si quelqu'un lui touche le dos sans l'avertir, il tressaute et se retourne brusquement. Par contre, il ne ma- , nifeste aucune douleur quand la peau est fortement pin-

cée. Il présente un certain degré de délire et raconte qu'il a été, la nuit dernière, frappé à coups de poing et de couteau par des gens qui l'ont ligoté et amené à l'hôpital.

La soif est vive, la langue sèche, la déglutition difficile. Au moment où le malade essaie de boire, il fait de grands efforts de régurgitation ; cependant il finit par avaler.

L'examen du cœur ne révèle rien de particulier, mais la respiration est gênée et on entend de nombreux râles sibilants des deux côtés. 45 respirations par minute. Les urines sont claires, elles ne renferment pas de sucre mais sont très albumineuses. La miction est normale. » , Traitement : lavement avec 2 grammes de chloral ; in-

jection sous-cutanée de chlorhydrate de morphine.

1 heure de l'après-midi. — L'enfant s'inquiète beaucoup de son état. On a malencontreusement prononcé le 3 1^.'* mot rage autour de lui.

La sputation commence à s'établir d'uoe façon très marquée. Les boissons passent encore, mais avec plus de difficulté. La vue d'un verre contenant de la tisane, celle

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d'un objet brillant quelconque, provoquent de violents spasmes du pharynx.

Le lavement de chloral n'a produit aucun effet.

4 heures 1/2. — L'agitation a disparu actuellement; décubitus dorsal, membres dans l'extension, raidis; extrémités et face violacées, froides.

Le malade ne crache plus ; râles trachéaux, pupilles très contractées, conjonctives injectées. Pas d'incontinence des urines ni des matières fécales. Semi-coma.

Cet état persiste jusqu'au moment de la mort qui a lieu à 9 heures du soir.

Autopsie faite le 19 septembre, vingt-six heures après la mort.

Coloration verdâtre de l'abdomen et des parties déclives. Pas de cicatrices apparentes.

Le cerveau est le siège d'une congestion intense. A la coupe, piqueté hémorrhagique. Rien dans les ventricules.

Le bulbe et la protubérance furent portés à l'Institut Pasteur où l'on fit à plusieurs lapins des inoculations dans la chambre antérieure de l'œil.

Vingt jours plus tard, ces animaux présentaient tous les symptômes de la rage.

Rien dans les plèvres ; mucosités spumeuses dans la trachée ; congestion diffuse des deux poumons. Cœur normal. Hyperhémie considérable du foie, de la rate et des reins.

Les premiers renseignements qui m'avaient été fournis n'expliquaient que d'une manière très incomplète le développement de la rage dans ce cas.

Le 30 août dernier, le jeune R... s'était amusé, en ren-

trant de son travail, à taquiner un gros chien du voisinage. Il lui donnait un morceau de sucre puis le lui retirait de la gueule. Lorsque ce manège eut été répété plusieurs fois, l'animal, qui semblait cependant d'humeur assez débonnaire, devint furieux et mordit l'enfant à la cuisse. Celui-ci se garda bien de rien dire à son père qui n'eut connaissance du fait que quinze jours plus tard. La rage se serait développée dans ces conditions que nous n'aurions pas lieu de nous étonner, la période d'incubation pouvant être encore plus courte, mais l'accident n'a été absolument pour rien dans l'évolution de la maladie. En effet, le chien est toujours vivant, il n'a jamais présenté aucun phénomène suspect.

J'aipoussé alors plus loin mon enquête, et voici ce que j'ai appris.

L'enfant avait la déplorable habitude de taquiner tous les chiens qu'il rencontrait ; il avait même été plusieurs fois assez vertement interpellé à ce sujet par les voisins.

Dans la soirée du 13 juillet dernier, au moment où de nombreuses baraques foraines se trouvaient sur le boulevard de la Villette, il s'en était pris 5 un gros chien fauve qui l'avait mordu au nez. Il ne dit point à sa famille l'origine de la petite plaie qu'il avait et déclara seulement qu'il était tombé.

Des personnes, témoins du fait, n'y ont songé qu'après la mort de l'enfant. Le chien, qui n'était pas connu dans le quartier, disparut dans la foule, et on n'a jamais su ce qu'il était devenu.

Un autre point, sur lequel il me paraît bon d'appeler l'attention, c'est que l'enfant, pris le 16 septembre de mal de gorge et de céphalalgie, se rendit presque aussitôt à

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la consultation de l'hôpital Lariboisière. On songea, comme il était bien naturel, à une angine simple, consécutive à un refroidissement, et on prescrivit un vomitif. Il est difficile d'envisager sans effroi l'éventualité d'explorations digitales répétées de la cavité pharyngienne dans de pareilles circonstances.

Ce fait me paraît venir à l'appui de l'opinion que je soutenais dans un rapport précédent, relativement à la nécessité de dresser des contraventions aux enfants qui lutinent les chiens sur la voie publique. 11 est probable que si cette mesure eût été prise, il y a quelques années, à l'égard du jeune R. . . , il n'aurait pas contracté l'habitude qui a eu pour lui de si funCvStes conséquences.

Je n'ose espérer qu'on puisse voir du jour au lendemain les bons effets des mesures que je propose ; il est cependant permis de prévoir qu'on réduirait dans de fortes proportions le nombre des morsures et, par suite, celui des cas de rage.

A Paris, les chiens furieux, agressifs, attaquant les personnes, sont presque une rareté, on peut même dire qu'ils sont relativement moins dangereux que les autres, parce qu'ils sont abattus très vite. Le fait précédent montre que le 13 juillet un chien enragé s'est promené en pleine foule et qu'il n'aurait, selon toute probabilité, produit aucun accident si on l'eût laissé tranquille.

J'ai employé dans mon rapport l'expression caresser, je n'y tiens pas outre mesure ; cependant, je ne verrais aucun inconvénient à ce que les agents déployassent un excès de zèle dans l'espèce; la caresse de l'enfant est presque toujours le début de la taquinerie. S'il est chez lui, dans la cour de sa maison, la chose n'a pas d'incon-

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vénient ; il connaît le chien auquel il s'adresse, et souvent les personnes du voisinage interviendront pour éviter que le jeu soit poussé au point de rendre l'animal furieux. Dans la rue, c'est une autre affaire ; je me suis suffisamment expliqué à cet égard pour qu'il me paraisse inutile d'y revenir. Je m'en tiens à l'opinion exprimée antérieurement ; l'examen des faits connus jusqu'à ce jour, et la raison même d'humanité, me paraissent exiger qu'on donne des instructions précises et rigoureuses aux agents (1).

Obs. V (2). — Le 21 novembre on amena dans mon service, à l'hôpital des Enfants-Malades, une enfant de 3 ans, Than, Berthe, qui présentait tous les symptômes de la rage.

(1) Après la lecture de ce rapport, M, le docteur OUivier a soumis à rapprobation du Conseil l'avis suivant qu'il lui paraît utile de publier pour prévenir la rage cbez les enfants et qui a été approuvé dans la séance du 28 octobre 1887.

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