‹ Études d’hygiène publiqueChapitre 19 sur 19 · LA SCARLATINE A TARIS · texte numérisé non relu

LA SCARLATINE A TARIS

raisons. Peut-être s'est-on dit qu'il s'agit d'une maladie bénigne, donnant un chiffre de mortalité trop peu élevé pour qu'il puisse légitimer des transformations budgétaires ou des réformes imprévues. J'avoue même que la statistique semble parfois donner raison à cette manière de voir. Parfois, mais non toujours. Voici, en effet, les résultats fournis par la statistique de nos trois hôpitaux d'enfants de 1881 à 1885.

Hôpital des Enfants-Malades :

Traités..

Guéris.

JJececles.

lo

Hospices des Enfants-Assistés

Traités.

Guéris.

Décédés.

Hôpital Trousseau :

Traités.

Guéris.

Décédés.

ÉTUDES d'hygiène PUBLIQUE

La statistique générale de la ville n'est.guère meilleure; pendant le même laps de temps elle a fourni les résultats

Notons. qu^il s'agit pour ainsi dire de cas sporadiques. Ainsi, pendant les cinq années en question, sauf en 1881, rien n'a pu faire songer à une diffusion exagérée.

Il me semble que dans Tespèce il serait bon de tenir compte d'une autre éventualité, de se rappeler que la scarlatine a donné lieu, en France, à des épidémies très meurtrières au siècle dernier, et qu'il y a dix ans à peine on eu a vu une très grave en Irlande (1). Ce qui s'est produit peut se produire encore. On ne parle plus de génie épidémique, et on a raison. Il n'en est pas moins vrai que nous ne connaissons rien des conditions qui règlent la dissémination des germes morbides dans un milieu donné, que nous ne pouvons pas prévoir la gravité des cas particuliers, surtout lorsque ces cas sont nombreux. Et puis l'expérience clinique nous apprend assez qu'il ne faut •jamais dédaigner la scarlatine. Elle tue brusquement, elle produit des lésions du côté du coàur ou des reins, c'est un des grands facteurs étiologiques du mal de Bright; elle donne lieu à la diphtérie secondaire, parfois, enfin, elle laisse des surdités incurables. Ce sont là, il

suivants :

Décès.

(1) On Epidémie Seai-latina by William Moore in Irish hospital Gazette, vol. m, 1875, p. S. V. Gazette des Hôpitaux, même aimée, p. 323.

r.A SCARLATINE A pauis 189

me semble, des accidents qu'on ne saurait regarder comme des quantités négligeables. On pourrait presque dire, étant donné une épidémie, que si tous les malades survivent, quelques-uns conservent des lésions mortelles à plus ou moins longue échéance.

Dans les circonstances actuelles, il y a donc danger de contagion : danger pour les malades de la même salle, danger pour les visiteurs du dehors, surtout pour les enfants ; et personne ne songe à prendre des précautions !

Pour prévenir la diffusion, autant qu'il est possible, une seule mesure est rationnelle : l'isolement^, mais l'isolement effectif, avec pavillon ou salles indépendantes des autres services du même hôpital. Cette mesure ne doit pas seulement s'appliquer au local, mais encore au personnel. Il faut des infirmiers spéciaux pour' les pavillons destinés aux maladies contagieuses ; il faut que médecins et élèves prennent des précautions analogues à celles qui sont usitées dans les salles d'accouchements et qui ont donné de si beaux résultats ; il faut oon trôler les visites de la ville et refuser rigoureusement l'entrée des salles de scarlatineux aux enfants et aux jeunes gens, plus exposés que les adultes aux atteintes de la contagion.

Grosse affaire^, dira-t-on, que cette application à l'hygiène nosocomiale dénotions scientifiques dont quelques-unes sont encore discutées. Il n'en est pas moins vrai que toute mesure capable d'éloigner un danger incertain mais possible est une mesure nécessaire. Ici, il s'agit si peu d'un danger incertain que personne ne songe à le mettre en doute. N'est-il pas urgent de recourir, pour l'éloigner, à d'autres remèdes qu'à des constatations stériles ?

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