PROCÉDÉS DES ORPAILLEURS
A la tête de la table se place une claie d'osier ou de cornouiller, dont les baguettes sont espacées de deux centimètres ; après que l'orpailleur a chargé du gravier sur cette claie , il l'arrose avec de l'eau qu'il a puisée dans un baquet à manche ; il fait ainsi passer, à travers la claie et sur la table, le sable et les cailloux de moins de 2 centimètres. Les gros cailloux qui s'y arrêtent sont immédiatement rejetés.
« Le sable fin et les paillettes d'or restent, pour la plus grande partie, fixés dans la laine... Après avoir plusieurs fois chargé du gravier et répété l'opération , le laveur agite pendant quelques minutes la flanelle de la table dans un cuveau rempli d'eau, de manière à faire sortir les grains de sable et l'or pur qui sont engagés dans le tissu. Un lavage rapide par décantation, qu'il opère en imprimant au cuveau un mouvement de rotation alternatif, enrichit encore ce sable. C'est dans cet état qu'il est transporté au domicile de l'orpailleur, où il est purifié dans un vase en bois de la forme d'un bateau.
< Après avoir ajouté au sable une quantité de mercure égale en poids au quadruple de l'or qu'il présume y être contenu, l'orpailleur triture ce mercure à la main dans le bateau, afin de déterminer la formation de l'amalgame. Puis pour rassembler les goutelettes éparses en un globule unique, il ajoute de l'eau au sable amalgamé et imprime au tout un mouvement d'oscillation ; cette seconde opération se fait dans un batelet en bois de saule ou de peuplier, plus grand que celui de lavage, qui est suspendu par son milieu à une ficelle fixée au plafond. Il presse l'amalgame dans une peau de chamois; puis il soumet à la distillation la goutelette qu'il a obtenue. »
Dans une journée de douze heures, un ouvrier peut charger bénéfices 4 à 500 fois sa table et traiter environ 4 mètres cubes de drs sable. Le mètre cube de sable renferme de 4500 à 36000 ^^paillettes, de 0 gr. 0146 à 1 gr. OU d'or. L'orpailleur gagne ordinairement de 1 à 2 fr. par jour, exceptionnellement de 10 ài2fr.
M. Daubrée n'a pas pu découvrir quel est , de nos jours , le produit annuel de l'orpaillage alsacien *. Pour le passé cette recherche est plus diflBcile encore.
1. De IBOi à 1834 lajMonnaie de Carlsruhe a reçu 141 kilos d'or des orpailleurs badois.
PAILLEURS.
176 CH. IV. — s. I. — LES ORPAILLEURS.
Tout ce que nous apprennent les archives se réduit à Tindication de quelques fermages. Dans la seconde moitié du xvn* siècle, TÉvêché concédait Torpaillage de la Wantzenau, pour un canon annuel de 15 U. str. (90 à 115 fr.), modéré parfois par suite des guerres *.
Les comptes àeVUfriednz mentionnent aucun orpailleur de 1692 à 1698. Puis un nommé Gilly y figure à ce titre pour une redevance annuelle, portée successivement de 3à8fl- (9 à 25 fr.).
Dans la banlieue de Strasbourg, le droit d'exploiter le sable aurifère était affermé ; en 1727, pour 50 fi. ou 100 fr. ; en 1739, pour 70 fl. ou 140 fr. ; en 1755, pour 50 fi. ou 100 fr. ; en 1760, pour 40 fi. ou 80 fr. L'orpailleur était libre de disposer de l'or à son gré.
Au XVI* siècle, le même terrain se louait pour 9 fl. (40 fr.)et 2 boisseaux de sable. Mais l'or recueilli devait être livré à la ville à raison de 7 batzen le gemcht (Vis loth) ou 112fl. le marc *. En 1617, le canon annuel est de 3 fl. (11 francs), et le gemcht d'or se paie 8 batzen ou 484 francs le marc (proportion 9,40). Le canon disparaît plus tard et le marc d'or se paie (7 Va b. le gewicht) 463 francs en 1678, et 402 (?) francs (8 b. le gewicht) en 1694.
Dans les comptes de l'œuvre Notre-Dame qui possédait aussi des bans aurifères, nous avons rencontré l'indication suivante, t A 1549, 28 /*. 4 ^. pour 7 V« gemcht rheingold. > Cela fait 45 Va à. le gemcht, ou 10 880 d. le marc. Or à cette époque le marc fin d'argent coûtait 1152^. Donc entre les deux métaux on n'admettait dans ce solde que la proportion 9, 44, alors que pour le monnayage cette proportion flottait entre 11 et 12. Ainsi, en dehors du montant de leur fermage, les orpailleurs perdaient indirectement 20% du produit de leur travail.
Du reste même dans notre siècle les orpailleurs n'ont pas toujours obtenu, pour leur or, un prix équitable. Ceux du grand duché de Bade sont tenus de le porter à la Monnaie de Carlsruhe, qui leur donnait jusque :