Op. cit. p
DÉVELOPPEMENTS DES MINES. l83
cuir qui pend sur ses reins. Obligé de se glisser par des passades étroits, un chapeau et un habit long lui seroient à charge, il porte une jaquette légère, serrée sur les hanches par la courroie du tablier. Enfin occupé des moyens d'avoir ses mains libres pour monter et descendre sans cesse des échelles , il substitue à la chandelle une lampe à tige mobile, munie d'un crochet, que le pouce seul soutient, et qui dans les travaux peut s'accrocher partout aux moindres inégalités du rocher. Si travaillant dans des fosses où les eaux sont abondantes, ces précautions deviennent insuffisantes , s'il est affecté de douleurs rhumatismales , si quelque partie de son corps perd le mouvement, il est promptement rétabli par l'usage des sources salutaires qui sourdent de toute part des Vosges. »
Sauf l'emploi des lampes, qui semble une innovation plus récente, le tableau de M. de Dietrich peut s'appliquer sans aucun doute aux nombreux ouvriers, que la prospérité croissante des mines attirait à Lièvre, pendant la première partie du xvr siècle. Quelques trouvailles extraordinaires avaient donné à nos montagnes une grande célébrité.
C'est ainsi qu'en 1530 , on rencontre à S. Jacques un bloc Leur d'argent massif du poids de 50 livres ; chacun des 36 quartiers produit. de la galerie eut, la dîme payée, un profit inattendu de 2 Va marcs ou 125 francs. La même année , S. Daniel fournissait un bloc de 100 livres, qui fut présenté à Charles Quint , à la diète d'Augsbourg. Vers 1540, on tomba à la Porte de fer sur un bloc de 350 marcs. La découverte la plus importante de ce genre fut faite dans la nuit du 17 octobre 1581 , dans la galerie \u der Treu. « Un ouvrier qui depuis deux ou trois semaines n'avait plus travaillé là , venait de mettre la main à l'œuvre, quand il rencontra du minerai noir , qui , à la petite épreuve, renfermait 40 marcs d'argent (207o) par quintal. Il avance et atteint bientôt un bloc de 2370 marcs d'argent vierge, qui avait la forme d'un chevalier couvert de ses armes. L'argent présentait l'apparence d'un amas superposé de branches de sapins , de plumes , de fleurs , de choux frisés.' Il feUut le mettre en pièces. On en retira des masses de 253, 139, 106 livres. La pureté de l'argent était telle qu'à l'affinage au plomb on ne perdit point 3 % . * Chaque quartier eut un boni de 489 fl., soit 2362 fr. ; ce qui fait 17532 fl. ou 84680 fr., pour la galerie entière.
184 CH. IV. — s. II. — MINES DE LIEVRE
Mais ces bonnes fortunes étaient rares. « Le minerai ordinaire, dit Haubensack, chroniqueur des mines , donnait en général, de 1527 à 1548, 2 7-2 loths {dritthalb loth) par quintal (soit 0,078%). Les entrepreneurs {gewercken) recevaient 8 fl. pour le marc d'argent tin, livré à Ribeauvillé *. Le plomb ne se vendait pas plus de 18 ?. (8 fr. 30) le quintal. En compensation tout ce qui était nécessaire aux mineurs, s'obtenait à bon marché. Le quintal de suif ne dépassait pas 6 fl. (33 fr.); le quintal de fer, 20 i^. (9 fr. 30) ; la corde de planches, 20 ^. (9 fr. 30). Le pain , la viande étaient à bas prix. En somme bien que les mines fussent encore dans la première phase de leur développement , la situation était telle que les entrepreneurs se disaient souvent entre eux : S'il était possible de retirer un ioth d'argent de plus du quintal de minerai, nous ne demanderions pas à être plus riches. »
Cette prospérité se soutint pendant quelques années. Mais à mesure que l'on avançait dans l'intérieur de la montagne, les filons devenaient moins riches ; en même temps se multipliaient les frais d'exploitation, les travaux improductifs, destinés à l'écoulement des eaux et à la ventilation des mines. Les bénéfices se réduisirent alors dans des proportions considérables.
Un rapport d'ensemble qui date du l^*" janvier 1597, nous donne pour toutes les galeries le produit net de l'année 1596. Les unes sont en bénéfice, les autres en perte. En somme le boni est d'environ 1300 fl. ou 6000 fr. C'est peu pour une exploitation aussi étendue et aussi aventureuse.
Un autre rapport, qui est du 1*^" octobre 1602, nous offre des renseignements plus suivis ; mais il ne concerne que la galeries. Jean. Là le bénéfice a été annuellement pour chaque quartier :
de 1579—89 — o6 fl. 42 k. 3V» hener,soit 10,0^)0 f. pour la galerie de 1590— 9i) — 282fl. 50 k. '/, heller, soit 45,000 f. »
en lOa) 52 fl. 32 k. 3 heller, soit 8,000 f. »
en 1601 32 fl. 37 k. 1 % heller, soit 5,700 f. »
8moisdel6()2 15 fl. 30 k. soit 2,^i00f. »
Ce dernier mémoire renferme un travail presque complet sur l'exploitation et la construction des mines. 11 fut composa
1. Ce chiffre n'est pas tout à fait exact. On verra dans le chapitre suivant, que dès 1533, il était paye à raison de 8 fl. *%5.
DIVERS MODES d'eXPLOITATION. 185
à la demande d'Egenolphe de Ribeaupierre, qui désirait, à ce qu*il paraît, s'initier à tous les détails .techniques de cette intéressante entreprise. Au point de vue économique, les renseignements que donne le bergrichter^ Guillaume Prechter, méritent de fixer notre attention.
Dans l'origine, l'exploitation se feisait au compte des Ribeau- Divers pierre et de quelques entrepreneurs (gewercken). Ils prenaient modes d'exles ouvriers à leur solde, fournissaient le fer, le suif, etc. A ^*^<^*t^'^^^^'^' cette époque le minerai était riche, les galeries peu profondes; on réalisa, en général, de grands bénéfices.
Lorsque le rendement diminua , tandis que le prix des fournitures et le nombre des travaux improductifs augmentaient, on recourut à une autre combinaison. Les ouvriers furent payés à la tâche. Les tailleurs habiles et robustes en profitèrent, et souvent ils gagnaient 3 à 4 fl. (15 à 20 fr.) par semaine. Les fonds de réserve étaient alors intacts; tout se payait régulièrement, et l'activité des mineurs soutenait la prospérité commune.
Mais bientôt le feu fut substitué, en bien des lieux, à la taille au burin, les bons ouvriers disparurent. En même temps les réserves s'épuisaient. Il fallut alors aviser à une organisation nouvelle. L'ancien système ne fut conservé que pour les galeries les plus riches ; on afferma les autres , sous le nom de iehenschqften, aux ouvriers eux-mêmes.
Chaque année, au commencement de l'Avent, le bergrichter accompagné des jurés, des entrepreneurs et des contremaîtres, faisait le tour des mines. Chaque lot était taxé selon sa richesse, le minerai se payait au Neuenberg 12 à 23 kr. par loth d'argent fin; à VAltenbergQt au Blattenberg, 20 à 28 batzen, le cuveau.
Vers le nouvel an, les lots étaient repartis entre les ouvriers. Celui qui demandait à garder le quartier qu'il exploitait, obtenait la préférence. L'investiture comptait pour l'année entière •
S'il se rencontrait dans un lot de l'argent natif, l'ouvrier qui l'avait en ferme recevait 2 fl. (10 fr.) par livre ; le tarif ordinaire cessait de même d'être appliqué, lorsque la richesse du minerai dépassait 3 marcs par quintal (1,50% ); une convention amiable devait alors intervenir entre l'entrepreneur et l'ouvrier.