‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 153 sur 391 · CONCESSIONS FAITES AUX MINES · texte numérisé non relu

CONCESSIONS FAITES AUX MINES

Ces luttes continuelles fatiguaient et alarmaient les confédérés. Il leur était pénible de voir leur ancienne législation méconnue , et Tapprovisionnement de leurs ateliers mis sans cesse en question. Ils résolurent de s'adresser à l'Empereur, pour en obtenir un traité définitif.

Une conférence se" réunit à Neubourg,sous prétexte d'essais. On en écarta Thann, qui de droit n'avait aucune voix au chapitre et que ses rapports avec les archiducs privaient d une partie de son indépendance. Là fut discutée et arrêtée la minute d'une pétition pressante, qu'on envoya à l'Empereur (50 août 1550).

Elle débutait par un éloge pompeux des monnaies de la confédération. Venait ensuite la citation de l'article traditionnel sur le commerce de l'argent. La complaisance avec laquelle le prix du marc fin avait été successivement élevé de 8 Vi à 9 7* fl- ; les avances considérables faites aux Mines ; les secours extraordinaires accordés à l'occasion de gelées ou de sécheresses ; le libre emploi concédé aux mineurs d'une partie de leurs produits ; tout était rappelé avec soin dans cet habile plaidoyer. On terminait par la demande d'une convention définitive, qui dispenserait la confédération de reprendre, tous les trois ans, ses fastidieuses négociations.

La réponse se fit longtemps attendre. Le docteur Jean- Ulrich Zasiu s écrivit enfin d'Augsbourg, le 22 février 1551, que l'Empereur était pour le moment très-occupé , qu'à l'expiration du traité, il prendrait des renseignements et se prononcerait alors selon le résultat de l'enquête.

Le terme fatal arriva le jour de Noël 1551, sans que l'enquête fut ouverte. Malgré les démarches faites auprès des régences d'Ensisheim et d'Inspruck, rien n'était décidé. L'année 1552, les années 1553 et 1554, se passèrent en plaintes, en négociations, en intrigues de toute espèce. Le désarroi était complet ; les silberkeuffer avaient donné leur démission ; les ateliers monétaires ne recevaient plus rien des Mines d'Alsace, et devaient se contenter de quelques lingots que la régence d'Ensisheim tirait des mines de la Forêt-Noire.

Lorsqu'on parcourt les comptes des Mines de Lièvre, on s'explique facilement la résistance des mineurs. L'argent qu'ils vendaient à la confédération pour 9 'A A- le marc, des négociants de Strasbourg et d'Angleterre l'enlevaient à 10

228 CH V. — s. I. — COMiMERCE DES METAUX PRÉCIEUX.

fl. Vô • Cette différence d'un dixième dans le prix de Targent, n'était évidemment pas compensée par les avances qu'ils obtenaient gratuitement de la Rappenmunt^ç.

L'entente ne se rétablit qu'au commencement de l'année 1555. A cette époque la Confédération, par un traité de 3 ans, obtint le tiers des produits de Lièvre à 9 fl. % le marc. Elle s'engageait en outre à renouveler ses avances et à monnayer les deux tiers de cet argent en petites monnaies, sur le pied que venait de décréter (1551) l'Empereur.

A l'expiration du traité, la Confédération se trouva de nouveau aux abois , et ces difficultés ne cessèrent qu'au l*' novembre 1563. Elle promit alors pour l'argent fin, prisa la fonderie de Lièvre, 10 fl. Ve le marc de Strasbourg \

A ces conditions , les archiducs d'Autriche et les Ribeaupierre abandonnaient tout l'argent qu'ils retiraient de leurs mines de Lièvre, d'Auxelles et de la Forêt Noire. Les mineurs alsaciens de Lièvre se réservaient le tiers de leurs produits ; si toutefois ils vendaient ce tiers, non à des orfèvres , mais à des Monnaies , ils devaient donner la préférence à celles de la Rappenmùntz. Les mineurs lorrains accordaient aussi la moitié de leur argent.

Les avances gratuites continuaient naturellement. Elles montaient , en 1564, à 1500 fl. pour Lièvre; 1500 fl. pour le Rosemont ; 800 fl. pour les mines de la Forêt Noire ; 6000 fl. pour les Silberdiener de S. Marie ; 2000 fl. pour ceux d'Auxelles ; 1500 fl. pour la fonderie des archiducs : en tout 13300 fl., environ 66000 fir.

Nous avons essayé de calculer l'importance des livraisons, qui se firent à cette époque aux ateliers de la Confédération. Pendant la durée de ce traité, de 1565 — 1570, Bâle monnaya 39230 marcs (2 millions), ce qui, d'après la part proportionnelle de cette ville (^/ee) , ferait pour la Confédération elle-même 107 885 marcs ^, avec une moyenne de 17981 par an. Mais ce chiffre nous semble exagéré. Il est probable qu'en dehors de

1. De là le transport coûtait par marc, 6 rappen jusqu'à Colmarou Brisach, 8 jusqu'à Fribourg, et 12 jusqu'à Bâle.

2. La ville de Thann qui monnayait au nom des archiducs, ferma son atelier en 1565, ce qui augmenta d'autant le contingent des autres Confédérés.

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