‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 156 sur 391 · HAUSSE CONTINUE DE L ARGENT · texte numérisé non relu

HAUSSE CONTINUE DE L ARGENT

au milieu du xvr, 20 fl. au milieu du xviii*. Doit-on conclure de là qu'à chacune de ces dates le prix de l'argent fin avait doublé ?

Dans une publication faite en 1629 ^ a paru un tableau * indiquant comment r argent fin a été payé à Stras\burg d* année en armée. Voici ce tableau plus souvent réédité que compris, le marc fin est compté :

en

en

(19 oct.) à 6

Faut-il prendre ces indications à la lettre et croire que le prix du marc fin, estimé 3 U. en 1398, avait doublé en 1589, triplé en 1620, sextuplé en 1621, etc. ? Non, évidemment non. Pour sentir combien ces conclusions seraient fausses, il suflBt de se rappeler un fait noté plus haut. Tandis que le prix du marc fin, de 1589 à 1622 , montait à Strasbourg de 6 à 24 U.^ pour retomber ensuite à 6 /5Î. 5 /?. , les archiducs d'Autriche payaient aux mines de Lièvre, de 1591 à 1632 , sans augmentation ni diminution, le prix immuable de 10 fl. 18 kr.

C est que pendant ces années de crise une seule chose avait changé : la valeur des monnaies d'appoint. Les 24 livres strasbourgeoises de 1622 ne valaient pas plus que les 6 livres de 1589. Or les archiducs ne payaient pas leur argent en espèces d'appoint. Pour prévenir toute contestation à ce sujet, on avait stipulé qu'ils le solderaient toujours en thalers , et que le thaler ne serait jamais compté à plus de 17 batzen.

Ainsi l'argent fin peut hausser de prix ; mais cette hausse

1. Ver^eichnis^ der fûrnembsten groben Mûnt:(sorten. ... a. 1629.

2. Nous ignorons comment et sur quelles données ce tableau fut fait. Ses chiffres ne sont pas tous d'accord avec les renseignements que fournissent les archives.

232 CH. V. — s. I. — COMMERCE DES METAUX PRECIEUX.

n'a pas lieu chaque fois qu'il y a augmentation apparente dans la somme destinée à le payer.

Nous irons plus loin, et nous dirons que cette hausse ne peut se faire que dans des limites très-restreintes.

L'argent se sert en effet de mesure à lui-même. L'argent fin est payé en argent monnayé.

Or un marc d'argent fin ne saurait se vendre plus cher que le même marc fin converti en espèces : la chose est évidente. Sans cela les spéculateurs refondraient aussitôt les espèces et les renverraient aux ateliers monétaires , sous forme de lingots.

L'argent fin ne doit pas avoir non plus , en règle, la même valeur que l'argent fin monnayé. Cela se voit , cela s'est vu, nous le savons. Mais il n'en est pas moins absurde , au point de vue économique , que la fabrication ne doive rien ajouter au prix de la matière première.

En principe et en thèse générale, le prix de l'argent fin doit être inférieur au prix de l'argent fin monnayé. Et cette différence est égale à la somme des frais de fabrication, augmentée du bénéfice que se réserve le monnayeur.

C'est dans les limites de cette différence que la hausse de l'argent fin est possible.

Si l'on a pu augmenter le prix du marc fin de 1726 à 1777, cela vient de ce qu'à cette époque , le gouvernement français s'était adjugé sur le monnayage un profit considérable , qu'il a successivement diminué. Si de 1803 à 1849 les 900 grammes d'argent fin ont pu être portés de 197 à 198 fr. 50, c'est qu'un outillage plus parfait a permis de réduire de moitié les frais de fabrication.

Lorsqu'aucune diminution n'est réalisable , ni sur le profit du monnayeur , ni sur les frais de fabrication, la hausse de l'argent fin est impossible. Si dans ces circonstances , les mineurs persistent à réclamer une augmentation, le monnayeur l'accordera peut-être , mais il ne l'accordera qu'en apparence. Au même instant il affaiblira la valeur intrinsèque des espèces qu'il émet, et annullera, par cette conduite plus ou moins avouée, les pertes que sa concession attirerait sur lui.

De la lutte entre les exigences des mineurs d'une part, et les impossibilités matérielles devant lesquelles le monnayeur doit s'arrêter de l'autre, résulte une loi fatale, une loi histo-

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