‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 183 sur 391 · REFONTE D ESPECES ETRANGERES · texte numérisé non relu

REFONTE D ESPECES ETRANGERES

Le réal d'Espagne se trouvait pris au contraire au-dessous de sa valeur intrinsèque. Mais cet écart n'est rien, comparé à la dépréciation imméritée qui frappe le franc. Les épreuves lui attribuent une valeur intrinsèque de 2 fr. 48, et l'édit ne lui accorde qu'une valeur de change de 2 fr. 32.

Le moment est venu de prouver un fait que nous avons indiqué plus haut, et qui nous a même autorisé à ranger dans ce Chapitre toutes les questions de Change. Nous voulons ^'^'^^^^^^^3 parler des ressources, que les ateliers monétaires trouvaient et cherchaient dans la refonte d'espèces étrangères.

D'après le traité de Le Blanc, le franc se monnayait, en 1575, à 10^. 10 gr., 17 74 pièces au marc de Troyes. Les essayeurs d'Ënsisheim lui trouvent, en 1588, une taille de 16 ^U à 13 V2 loths. Brackenhofifer cite des essais de 1633, qui lui supposent 10 ê. de fin avec une taille de 16 7* • En conséquence :

Refonte d'espèces

Fkancs.

Le Blanc Essais

Titre.

Poids.

Poids fin.

14,20 gr.

12,32 gr.

Val int.

2 fr. 72 2 60 2 60

Voilà des résultats bien supérieurs à ceux de 1623, et, comme depuis longtemps on ne monnayait plus de francs, c'est à la même espèce que se rapportent toutes ces données. Rien du reste ne fait mieux ressortir l'arbitraire qui règne dans cette question, que la diversité des évaluations que les Édits de change nous donnent du franc. Ils le mettent à 2 fr. 62 en 1588 ; à 2,73 en 1592 ; à 2,58 en 1594 ; à 2,65 en 1608 ; à 2,52 en 1615 ; à 2,64 le 25 janvier 1620 ; à 2,50 le 4 avril; à 2,46 le 13 juin ; à 2,49 le 3 février 1621 ; à 2,65 le 10 juillet ; à 2,49 le 27 octobre et enfin à 2,32 en 1623. Le laissera-t-on à ce dernier taux ? Non. Il remontera à 2,66 en 1637.

C'est grâce aux bénéfices qu'elle put réaliser sur ces francs, que la Monnaie de Colmar , privée en 1584 de l'argent des tnines, n'en continua pas moins sa fabrication. Ses comptes nous apprennent qu'elle en refondit pour 5200 fl. ou 26000 fr. en 1586 ; pour 7400 fl. ou 37000 fr. en 1587 ; pour 7200 fl. ou 36000 fr. en 1588; pour 10000 fl. ou 50000 fr. en 1589 ; pour 10800 fl. ou 54000fr. en 1590 ; pour 6000fl. ou 30000 fr. en 1591.

262 CH. V. — s. II. — CHANGE.

Les calculs étaient dressés avec soin et le bénéfice établi en chiffres. Deux cents florins en francs donnaient 16 marcs */3 d'argent, qui convertis en espèces Colmariennes, rapportaient, 4es frais payés (28 fl. Ve), un profit net de 14 fl., soit 7%. D'après d'autres données, 100 fl. en francs produisent 107 fl. 3 /^. 9 ^. en vierer ; le monnayage ne coûte que 3 fl. 10 ?, Reste donc un bénéfice de près de 47o *.

D'après les mêmes monnayeurs, la refonte des vieux bononiers eût été une spéculation plus lucrative encore. Cent quatrevingt quatorze fl. en vieux bononier renferment 20 marcs 12 loths d'argent fin, dont on peut retirer, en espèces Colmariennes, 262 fl. 12 /?. Les frais retranchés, il restait un boni de 63fl. 3/^.,plusde30%.

C'était séduisant. Mais ces vieux bononiers étaient rares et les nouveaux , si nous en croyons des essais qui se firent à Strasbourg le 7 novembre 1573, ne présentaient pas les mêmes avantages. Leur valeur de change fixée, en 1571, à 0 fr. 92, et à 0,90, en 1623, ne s'écartait guère de leur valeur intrinsèque, comme le prouve le tableau suivant :

Esp

èces.

Titre

1 Poids.

1 5,084 gr.

Arg. fin.

Val. im.

pièces de Paul IV.

4,13 gr.

0,91 fir.

» de Jules III.

» de Pie IV.

» de Pie V.

» de Grégoire

(47 V. à 13 1. Ig.)

Testons. Les testons français avaient aussi à se plaindre de l'appréciation qu'ils rencontraient. Le Blanc en distingue trois espèces. Tous ont une taille de 25 72 au marc de Troyes, mais leur titre est de 11 ^. 18 gr. en 1513, de 11 ^. 8 en 1521 et de 10 à, 18 en 1561. Les essayeurs d'Ensisheim leur trouvent, en 1588, la

1. Voici du reste un calcul de ce genre extrait d'un registre (R. G. C. 28; qui en renferme plus de cent de la même nature. Den S.jenn, (75) 88 hat herr Veyth Riefflin der Wechsler dem herren Mûnt^meister inn gewichtigen francken geUffert4oofl.\halt diemarck fein i3 loth i q. 2 gr. Die brinngen fein silber 33 marck 8 loth, die marck per 1 1 g, ^g kr.; thuet 4oo fl,; dem herren Mùnt:{meister davon in vierern fw vermùnt^en, von jeder feinen Marck 7 bat^en, thut 15 g. ii fi, 8 â.

Summa ausgebens 4i 5 g. 1 1 fi. 8. â.

Nun soll der h. Mûnt^meister ihr us\ 5 V« ^oîh fein liffern 4 g, ^ fi, 4 i. und tt5{ den 33 m. 8 loth— 42g g. 11 fi. 10 â. Also gegen einander verglichen, kumpt ùberschut:^ i4 gulden an disent werck vierer.

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