CHAPITRE VI
FABRICATION ET RENDAGE.
En dehors du métal précieux qui leur sert de base, les monnaies renferment divers éléments que nous avons déjà signalés.
Au premier rang se placent les frais qu'entraîne la fabrication elle-même : déchets, combustible et autrçs fournitures, outils de toute espèce , loyer de l'atelier, salaire des ouvriers et des surveillants, etc. En seconde ligne vient le bénéfice que l'autorité, investie du droit de battre monnaie, se réserve d'ordinaire sur la fabrication des espèces. Troisièmement enfin, la tolérance que la loi accorde aux monnayeurs , soit sur le titre, soit sur la taille des monnaies, a souvent pour résultat d'augmenter l'écart entre l'argent fin et l'argent monnayé ^
En style technique , le premier de ces éléments s'appelle brassage; le second, seigneuriage ; le troisième, remède. Le brassage et le seigneuriage constituent ensemble le rendage. La réunion des trois éléments forme la traite.
Le chiffre des remèdes pouvait exercer sur la valeur intrinsèque des espèces, une influence sensible. Avant la révolution française le marc fin rapportait :
avec le rendage : en argent 54 1. 33 d. en or 785 l. 5 s.
avec \ du remède de poids » de titre
» des deux remèdes
avec totalité »
1. Nous n'avons pas à parler ici de la différence qui peut se rencontrer entre le prix commercial et le prix légal de l'argent fin. Celui qui fait monnayer y trouve , sans doute, une source de profits -, mais ces profits semblent réalisés, moins sur le métal lui-même, que sur les conditions accidentelles au milieu desquelles se font ses achats.
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Mais il est difficile d'apprécier en pratique l'importance du remède. Alors même que Ton connaît — ce qui n'a pas toujours lieu — la valeur exacte de la tolérance légale , on ne sait pas, à moins de renseignements particuliers sur chaque fonte, dans quelle mesure les monnayeurs en profitaient. D'un autre côté, il fut plusieurs fois statué, notamment par les prescriptions impériales du xvi« siècle , que les remèdes ne devaient pas devenir une cause de profits. Ce qui manquait à une fonte, devait être compensé dans la fonte suivante. De la sorte le remède, conservé comme nécessité industrielle, pouvait encore amener des diflférences notables entre divers exemplaires d'une même monnaie , mais il cessait d'agir sur leur valeur moyenne.
Toutes ces considérations nous portent à glisser' rapidement sur la question des remèdes. Nous noterons, il est vrai, les renseignements que les Archives nous fournissent à ce sujet ; mais il serait aussi inutile que fastidieux de nous y arrêter Jonguement.
Il n'en sera pas de même du brassage et du seigneuriage. Pendant toute la période qui nous occupe, nous les rencontrons constamment et partout. Les diètes du xvi* siècle eurent beau proscrire le dernier , les gouvernements locaux, dociles à la volonté impériale, quand celle-ci défendait les profits que les monnayeurs tiraient du remède, se montraient beaucoup moins soumis, lorsqu'elle interdisait les bénéfices qu'ils trouvaient eux-mêmes dans le seigneuriage.
Nous croyons du reste que les mêmes errements se rencontrent déjà dans l'antiquité. On lit dans une foule de livres que les empereurs romains ne prélevaient aucun profit sur le monnayage. La fabrication elle-même , y est-il dit , se faisait aux frais de l'État. Mais le fait nous a toujours paru douteux. Pourquoi les mineurs doivent-ils donner, à la livre , quatorze onces de sable d'or au lieu de douze * ? Pourquoi le fisc retientil deux onces par livre sur le métal précieux que les particuliers font monnayer *? Qu'est-ce donc que ces deniers nouvellement frappés que les monnayeurs de Cyzique payaient à