LA TAILLE. — MARC DE COLOGNE
qu'il renonça à les concilier. En 1837, on reconnut que la livre de Cologne, fixée d'après les étalons du Nord à 457 gram. 717, pesait d'après ceux de l'Allemagne méridionale 467 gram. 71.
On peut donc se demander quel était le poids du marc de Cologne usité à Strasbourg ? La réponse nous sera donnée par un savant professeur de cette ville , qui, au commencement du siècle dernier , s'est occupé avec beaucoup de soin des mesures strasbourgeoises en général, et en particulier de la question que nous venons de poser ' .
Vérification faite de l'étalon conservé à la monnaie de
Strasbourg, le docteur Eisenschmid a constaté que le marc de
Cologne pesait 4402 grains français. Comme le marc de Troyes
(244,75) équivaut à 4608 de ces grains , nous arriverons à la
conclusion suivante :
Le marc de Cologne = 7— r^: = 233 grammes 80.
Ce résultat concorde du reste parfeitement avec l'évaluation
admise en 1837 pour l'Allemagne du Sud , car 467,71 : 2 =
Avant l'édit impérial qui rendit obligatoire le marc de* Marc
Cologne , la monnaie de Strasbourg se servait du marc stras- de
bourgeois. Un renseignement fourni par les monnayeurs, Strasbourg
vers 1466, ne laisse aucun doute, ni sur ce fait, ni sur la valeur
de ce poids. < Cent trois florins % , disent-ils , pèsent un
€ marc et demi de cette ville, et 103 fl. pèsent un marc et
< demi de Cologne. * > Donc le marc de Strasbourg valait
-7— du marc de^Cologne, ou 77^ , ou 235,55.
Nous arrivons à la même conclusion, en prenant pour
point de départ les pesées faites par Eisenschmid, sur la livre
usuelle de Strasbourg, d'après un étalon officiel de 1518. Elle
471 12 valait 8870 grains ou 471,12 grammes. Or ^ — = 235,56.
Nous serions tenté de nous arrêter là , si le docteur Eisenschmid n'avait trouvé au Pfeningthurm (trésor) de Stras-
1. De ponderibus et mensuris veterum.... Argentorati, 1708, p. 14 et 9.
2. Und^wigent je 103 gl. 3 orf 1 ^Itmarck diser stat gewicht, und 103 ^l mgen 1 ï'j marck Kelsch gewicht.
bourg, un troisième étalon plus ancien. D'un côté de ce poids étaient gravés les mots : Anno Domini 124g formatum est^ et de Tautre, une effigie d'évêque , avec Tinscription , Henricus Epus. Cet étalon remontait évidemment à Henri de Stahleck, qui occupa le siège de Strasbourg de 1238 à 1260. Il était absolument conforme au poids de Ck)logne.
De cette dernière circonstance , assez frappante il est vrai, Eisenschmid conclut qu'au xiii« siècle, les villes du Rhin avaient toutes les mêmes poids. Il suppose que, dans la suite, la crainte de mauvaises pesées fit successivement hausser le poids de la livre, et qu'on arriva ainsi à l'écart qu'il constatait entre l'étalon de 1259 et celui de 1518.
Quelques spécieuses que soient ces réflexions, elles ne nous aident pas à résoudre un problème qui se pose forcément devant nous A quelle époque, le marc de Strasbourg fut-il modifié? L'étalon de 1259 a dû servir pendant quelque temps; d'un autre côté, l'étalon de 1518 n'est point une innovation, puisqu'il ne fait que consacrer un poids déjà mentionné au milieu du xv* siècle. Voilà tout ce que nous sommes en droit d'aflBrmer. Pour le reste nous n'avons que des conjectures. Il nous semble que le changement, du moins pour les matières d'or et d'argent, n'a pas dû se faire par une série de transformations partielles. La précision qu'exige ce commerce, ne permet guère de l'admettre. Mais il est possible que , pour d'autres marchandises , la livre ordinaire ait été ainsi altérée par des augmentations insensibles, et que, le feit une fois sanctionné par l'usage , on ait songé à imposer au marc une hausse proportionnelle pour rétablir l'unité de poids. Si l'on cherchait ensuite dans l'histoire monétaire de Strasbourg des circonstances favorables à une pareille révolution, on les trouverait à la fin du xiv« siècle, yers 1395, la ville enleva aux Husgenossen la direction de la Monnaie, pour les remplacer par des officiers municipaux. Cette mutation dans le personnel n'a-t-elle pas pu entraîner d'autres mutations ? N'est-il pas naturel de croire que l'étalon épiscopal fut banni de la Monnaie, au moment où les vassaux.de l'évèque en étaient eux-mêmes expulsés ?
Encore une fois , ce n'est là qu'une hypothèse. Mais elle nous paraît assez plausible pour être acceptée sans peine. Nous dirons donc que le marc , qui , avant le xviii« siècle,