‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 209 sur 391 · CH. VI. — S. I. — LE RENDAGE DANS LA BASSE ALSACE · texte numérisé non relu

CH. VI. — S. I. — LE RENDAGE DANS LA BASSE ALSACE

souvent dans les Registres dont nous venons de parler; mais il n'est jamais signalé comme l'auteur ou l'importateur d'une invention nouvelle. C'était le frère du maître monnayeur de Wœrdt, nommé Louis Eichelstein. Il avait servi comme officier dans les Pays-Bas. De retour en Alsace, il se livrait avec ardeur au commerce de l'argent, et fut plusieurs fois poursuivi pour ce fait par les tribunaux de Strasbourg *. Après le départ de Martin Schall, qui passa deux années à la Monnaie de Guebwiller, il dirigea pendant quelque temps (1615 à 1617) le monnayage au moulin ; et, comme son entrée en fonction correspondit au développement sérieux de cette fabrication mécanique, Brackenhoffer l'aura pris pour l'inventeur du système.

Ces rectifications faites , il reste encore à relever dans le récit de M. Levrault quelques inexactitudes de détail. MuENTz Lg lecteur a vu plus haut que l'atelier primitif des évèques était établi non pas sur la rivière , mais dans une maison qui formait l'angle de la rue du Saumon et de la rue du Vieux Marché aux Poissons. Dès la première moitié du xiv« siècle, les monnayeurs se trouvaient installés dans la rue des Fribourgeois, où ils restèrent jusqu'au milieu du siècle dernier.

M. Levrault a confondu deux établissements distincts , la Monnaie et Vatelier monétaire. La Monnaie (die Mtint\e) était une maison de banque ou de change, abandonnée d'abord auxHusgenossen, plus tard administrée au nom et au compte de la ville. Le local dans lequel travaillaient les monnayeurs, portait ordinairement le nom de Muntihof.

C'est la banque, la Mûntze, qui se trouvait entre les grandes et les petites Arcades sur la place Gùtenberg. Déjà au xiii' et au xiv^ siècle , Closener et Konigshofen placent la Monnaie dans ces parages, lorsqu'ils nous décrivent la marche de différents incendies. Le plus ancien règlement des Changeurs, installés à la Mûntze, leur défend défaire des signes (mncken)

1. On lui reprochait ainsi d'avoir entre les mains la Monnaie de Rottau (dépendance des seigneurs de Liitzeistein) , où il faisait faire des drei Creut^er fou plappert) 156 au marc (ou lieu de 128} — d'alimenter la Monnaie de Wœrth — d'avoir dans sa maison un pressstock où il fabriquait 47 d. au lot. Strasbourg n'autorisait qu'une taille de 42. « Il a monnayé plus de 30000 thalcr, sans que la ville en ait retiré le moindre profit, et quand il fait 100 marcs pour elle, il en fait 300 pour son propre compte. (Prot. de XV. 18 janv. lG17j.

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aux gens qui se trouvent sous les Arcades ou sous la Pfaltz : défense, qui suppose nécessairement la situation topographique dont nous venons de parler. Cet édifice fut démoli et reconstruit en irO?. Voici en quels termes la Chronique de Henri Trausch, la plus complète des Chroniques Strasbourgeoises, raconte ce fait : « En cette année (1507), on commença à démolir l'ancienne Monnaie et à construire la nouvelle, près de la Pfaltz, avec la belle horloge sonnante ; elle fut achevée Tannée suivante, telle qu^elle est encore aujourd'hui *. » Cette dernière construction subsista jusqu'en 1738, époque où elle fut rasée pour l'agrandissement de la place Gùtenberg*.

Grâce à l'emploi des machines et à l'organisation de plusieurs succursales, l'atelier monétaire de Strasbourg disposa de ressources puissantes. Il fut constaté en 1621 que dans les officines installées au moulin des huit tournants et au couvent des Cordeliers , il était facile de monnayer deux mille marcs par semaine. Un spéculateur nommé Christophe Mortelbach s'offrait à monnayer cette somme avec un bénéfice net de 3000 fl. (près de 6000 fr.) par semaine , si la ville consentait à lui faire une avance de 40 à 50000 fl. pour laquelle il fournissait caution.

Si Strasbourg n'acceptait point ces propositions , ce n'était ni par désintéressement , ni par pruderie , car les comptes de la Nouvelle Monnaie des Cordeliers , présentaient, au 4 juillet 1622, un boni assez rond de 437,411 fl. A?. 1 V^ 8. (450000 fr.).

Mais l'agiotage et la crise touchaient à leur terme. En 1623 (19 octobre) ,une réforme générale mit fin à ces bénéfices scan-

1. In diesem jar hub man an die alte Mûnti ab^ubrechen und hube die neue Mûnt^en, bey der Pfalt^en^ mit der schônen schlage glocken f m bauen an, sie ward des volgend jar, wie sic noch stehet, ausgebauen. La décision du sénat est plus explicite encore (1506). Il décrète qu'on « démolisse la partie antérieure de la Monnaie, pour la reconstruire avec une tourelle et une horloge » {das vordre theil ab^^ubrechen, und widerumb mit einem thûrnlein und Uhr auf^ufithren erkant).

2. La distinction entre la Muntze et le Mûntzhof est faite dans une foule de documents. Nous lisons, par exemple, dans un règlement de Changeurs (1437;. « L'argent ne doit être affiné qu'à la Monnaie, comme il a été dit ci-dessus, ou par notre maître monnayeur à l'atelier monétaire. Es soll auch dhein silber niergent anders gebrant werden, denn uff der MuENTZEN, aïs vorstet , oder durch unsern Mûnt^meister in dem

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daleux et rétablit Tordre dans les monnaies de la Basse Alsace. Le pied nionétaire qui fut admis à cette occasion, laissait au rendage une grande élasticité. Il y avait entre le prix du marc fin monnayé en thalers à 13 fl. 30 kr., et le rapport du marc fin monnayé en pièces de 6 batzen, un écart de 54 kr. ou 6,25 % qui s'élevait à 65 kr. ou 7,55 7o pour les 3bàtzner, à 142 kr. ou 14,92 % pour les demi batzen et à 150 ou 15,63% pour les à. et les oboles. Encore faudrait-il ajouter à ces chiffres le brassage toléré pour les thalers, qui était estimé à 36 kr. ou 4,50%.

Un document de 1626 nous donne les renseignements les plus complets sur la condition économique du maître monnayeur. Il avait le logement , l'exemption de toute espèce de garde , 8 fuder (26 stères) de bois, 500 fagots , 10 paniers de charbon et 50 fl. (200 fr.) en argent ^ Il recevait en outre, comme salaire par marc de :

florins d'or . . .

IV

florin d'or ou 2,08 "/^

thalers ....

kr.

ou 2,36 "/o

6 et 3 bâtzncr .

3,09 et 3,92 %

schilling grosscn

plappart . . .

halbc batzen . .

kreutzers . . .

j. et bel 1ers . .

10 et 15 «"/^

Ces salaires sont les mômes en 1636. Aux espèces ci-dessus indiquées s'ajoute en cette année le ducat, pour la fabrication duquel la ville paie'l pièce par marc, V^? ou 1,50 %.

En 1586, révoque de Strasbourg donnait à son Mûntzmeister Henri Zisler, le logement, latelier, plus 15 fl. par 100 marcs en écus et en florins, et 6 fi. par marc de petites monnaies. Le MQntzneister fabriquait à ses risques et périls , sous la surveillance du wardein fourni par Tévèque.

En dehors des ateliers monétaires , il y avait encore à cette époque des balanciers pour frapper des emblèmes et des mé-

1. Ces 50 florins s'appelaient wardtgelt; ils devaient permettre au Mûntzmeister d'attendre avec plus de patience la fin des fréquents chômages, que subissait alors la Monnaie. En lo75, on lui donnait 1 «^ par semaine de chômage, et 15 batzen pour son ouvrier.

2. Le marc d'alliage renferme 72 florins d'or, 8 thalers, 27 Gbàtzner, 42 \', 3b itzner, 23B demi batzen , 720 deniers et 960 oboles. Nous ignorons la taille des autres espèces.

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dailles, abandonnés à l'industrie privée. En 1621, le maître monnayeur voulut faire supprimer ceux que possédaient Frédéric Fecher et Jean-Georges Lux , tous deux graveurs. Mais le sénat ne donna point suite à cette demande; il ne voyait aucun danger à cette pratique, et ne croyait pas devoir refuser une tolérance qu'accordaient d'autres villes, comme Nuremberg et Augsbourg.

En 1632 , la ville de Strasbourg fît un long procès à son maître monnayeur, Herrmann. On l'accusa de négliger les aflEaires de la ville, d'avoir accepté la direction de la Monnaie de Molsheim , d'y avoir transporté des outils de son atelier, d'avoir fabriqué dans son Mûntzhof des ducats au coin de rÉvêché. Malgré les eflForts qu'il fît pour se justifier, Hermann fut condamné à une amende de 100 U, et dut se démettre dans la quinzaine de ses fonctions à Molsheim.

La Chambre des XV fut moins sévère en 1656 (16 oct.). Jean-Casimir Hermann demandait l'autorisation d'accepter la direction de la Monnaie, que l'on voulait rétablir à Heidelberg. La plupart du temps il n'avait rien à faire à Strasbourg. Il laissait d'ailleurs son frère , Jean Caspar et son cousin Jean-Georges, pour soigner la Monnaie de cette ville. La permission lui fut accordée, à la seule condition qu'il laisserait à Strasbourg tout son outillage, et qu'il ferait gravera ses frais, avant son départ, de nouvelles matrices pour les Reichsthaler et les florins d'or.

Les registres de la Chambre des XXI nous ont permis de tracer le tableau, presque complet, des bénéfices annuels réalisés sur le monnayage , ainsi que des sommes que la ville dépensait en achats d'argent, salaires et frais de toute nature.

On remarquera, dans ce tableau que le rapport entre le revenu net et le capital déboursé varie d'année en année. Ces variantes peuvent provenir de l'acquisition de machines nouvelles, de réparations majeures faites dans l'outillage ou dans les constructions, etc.; elles ont surtout leur raison dans la diversité des brassages, alloués pour les diverses espèces.

En 1639, on monnaya pour plus de 91000 /ê. strasbourgeoises Rendage (plus de 700,000 fr.), et cependant le bénéfice ne fut que de de 2335 /l ; l'année précédente il s'était élevé à 6210 a sur un ^^'^ "" ^^^' monnayage de 75000 ^A Pourquoi cette diflFérence? C'est qu'en 1639 on avait fabriqué 60000 fl. en thalers, ce qui avait occa-

eu. VI.

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