LE B A LOIS BALTHASAR MYGELL
le laminage de Tangent. Tel fut le premier établissement du nouveau truckwerck. Lorsque Eichelstein résigna en 1617, Caspar Mock (qui était Muntzmeister à côté de lui) joignit cette fabrication au moulin à sa fabrication au marteau, qui fut enfin abandonnée en 1619. Cette méthode présentait de grands inconvénients, et l'on songea à substituer Teau à l'emploi des hommes. »
Comme le remarque M. Levrault, le monnayage au moulin Le était connu depuis le milieu du xvi« siècle. Nous avons ren- balois contré dans les archives de Bâle la lettre suivante , adressée "^^-thasar au magistrat de cette ville.
€ Il y a quelques années, y lit-on, j'ai fait une nouvelle machine à monnayer (ein Werck der neuen MUntikunst)^ que j'ai livrée à Inspruck, Je viens d'en faire une autre , qui est presque terminée ; il n'y manque plus que les matrices des empreintes {bissan die prege).3e l'offre à la ville, j'aimerais mieux faire profiter ma patrie, plutôt que des princes étrangers, des avantages que donne une fabrication plus expéditive de la monnaie. Je ne demande point d'argent et m'offre à monnayer pour la moitié du salaire que l'on a payé jusqu'ici. Je ne sollicite qu'une faveur, c'est d'obtenir gratuitement un emplacement et une chute d'eau (plat^ und wasser/all). Je m'engage à faire graver les matrices, où la Seigneurie le désirera, afin de ne fournir que de la belle monnaie {damit es reyner lustige MUnt\ gebe). Veuillez m'honorer d'une réponse , pour que je puisse achever les matrices , car l'un des cylindres {die eine welle) est déjà préparé *. »
Cette lettre est datée du 29 décembre 1556. Elle est signée par Balthasar Mjrgell, dont le nom mérite d'être conservé. S'il n'a pas inventé -^ le moulin à monnaie, il a pour le moins travaillé, plus que personne, à répandre cette invention dans nos contrées. C'était un service immense rendu à la société. En
1. Le système de Mygell employait, on le voit, l'eau, comme force niotrice; il ne différait sans doute pas de la machine adoptée par Strasbourg au XVII* siècle, car Élie Brackenhoffer, dans son Lexique^ nous donne de celle-ci la même idée, quand il dit qu'en 1G19 les Slrasbourgeois comnscncèrent auf den wellen ^u pràgen.
2. Le moulin à monnaie fut appliqué à Paris en 15)1 et 1553. Mais notre mécanicien affirmait, en UV56, qu'il s'occupait depuis quelques années de machines semblables.
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diminuant les frais de fabrication , et par suite l'écart entre Targent fin et Targent monnayé, le moulin à monnaie diminuait, en même temps, l'une des causes les plus efficaces de lafiFaiblissement successif des espèces monétaires. Rien ne contribua plus puissamment à établir cette stabilité relative dont jouissent, en général, les monnaies des âges modernes.
Balthasar Mygell ou Meigell, comme il signe ailleurs, semble avoir eu cet esprit inquiet et remuant qui caractérise d'ordinaire les inventeurs. On le sent aisément au ton d'une autre lettre, qu'il envoya au magistrat de Bâle, le 31 janvier 1559. Il y raconte que deux ans auparavant, après la vente d'une de ses machines au duc des Deux Ponts, la ville de Bâle avait accepté ses offres, et l'avait chargé de faire des pièces de trois kreutzers et des demi batzen. Mais comme sa femme refusa de le rejoindre, il vendit sa machine au magistrat, et en obtint un congé très-honorable. Il revint ensuite, offrit de nouveau ses services qui furent agréés , et se remit à construire une nouvelle machine. Mais ce travail l'a arrêté longtemps ; il voit d'ailleurs que la jalousie et le mauvais vouloir régnent autour de lui. En conséquence, il sollicite encore une fois son congé.
C'est sans doute au moulin de Mygell , que la Monnaie de Bâle dut l'activité prodigieuse qu'elledéployait à cette époque. C'est grâce au moulin à monnaie, qu'ils établirent dans l'atelier ouvert par eux à Ensisheim ^ en 1584 , que les archiducs d'Autriche réussirent à concentrer entre leurs mains presque tout le monnayage de la Haute Alsace.
La ville de Strasbourg ne suivit point le mouvement. Elle resta fidèle à l'ancienne routine , et plus d'une fois elle dut
1 Les machines alsaciennes servirent de modèle au balancier de Briot (1617). c L'invention, dit-il lui-même, n'est nouvelle qu'en sa réduction « au facile et au parfaict, et ceux qui ont tant soit peu voyagé ou qui, « d'ailleurs, ont quelque connaissance, savent bien qu'en l'estendue de « l'empire les monnoics d'An^uessay (Ensisheim; pays d'Alsace, Manheim « au Palatinat, Deux Ponts, Hanau^ Haguenau, Nuremberg, Saverne, et « Tyrol,sont fabriquées par des inventions et machines approchantes de « celles qui sont proposées. » Il afiSrme encore ailleurs, que les ateliers d'Espagne sont montés « sur le modèle de ceux du Tyrol et d'Eim (Ensisheim) pays de la haute Alsace. » (Revue numismatique, 1857, p. 31 et 47). — Remarquons aussi que c'est à Inspruck , dans le Tyrol, que Mygell avait débuté.
WILHELM PRECHTER.
recourir à l'atelier d'Ensisheim, pour obtenir un monnayage plus rapide ou plus économique ^
Il ne se rencontre, dans les archives de Strasbourg, aucune mention de presse mécanique avant 1590. En cette année un habitant de Zurich , nommé Henri Wûrgler, s'offrit pour la construction d'une presse. D'après ses devis, la machine (werck), awQC la presse (druck\eug), six paires de cylindres, les Yioïnçovis (gepr à g) , et la main d'œuvre, devaient coûter 700 fl. Strasbourg consulta Zurich sur le savoir faire de ce Wûrgler, mais n'en Qbtint aucun renseignement précis. Le magistrat de Zurich répondit que Wûrgler avait déjà fait plusieurs machines de ce genre pour diff'érents princes ; mais il ignorait. quel avait été le succès de ces entreprises. L'affaire en resta là. En 1592, la ville eut à faire, pour la solde des troupes, des paiements considérables. Son trésor renfermait plus de 8000 marcs (400,000 fr.) d'argent ; mais il lui était difficile, avec le matériel dont elle disposait, de convertir ces lingots en monnaies, aussi promptement que l'exigeaient les besoins du service. Elle ne se tira d'affaire qu'en fabriquant des thalers carrés qu'elle fit contresigner, pour leur assurer un cours plus facile, par l'évèque de Strasbourg et par son grand Chapitre.
Les embarras q.u'avait causés cette situation fâcheuse, ins- Wilhf.lm pirèrenl à un citoyen dévoué, le désir de doter sa patrie d'une prfxhter. machine à monnayer. Wilhelm Prechter fit faire à ses frais, par un habile menuisier, le modèle d'un Muntipressn^erck (19 octobre 1592), qu'il soumit à l'appréciation de la commission monétaire. Le projet fut agréé ; les architectes de la ville se chargèrent de l'exécuter, et d'installer le presswerck dans l'ancien couvent des Cordeliers, en l'absence de Prechter, appelé en Suisse par ses affaires.
A cette nouvelle les Monnayeurs prirent l'alarme et se mirent en grève. Ils craignaient que la nouvelle machine ne vint leur enlever leurs moyens de subsistance, et ne consentirent à rentrer dans leur atelier que sur la promesse faite par la Chambre des XXI , que la ville ne cesserait de leur fournir de l'ouvrage (18 décembre 1592) ^.
1. C'est ainsi qu'en 1397, entre autres, Strasbourg fit fabriquer à Ensisheim les thalers destinés au paiement de ses contributions.
2. H. Obrecht \eigt an das der Mûnt^mcister bey Im gewesen . vermeld
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Ces terreurs étaient au moins prématurées. Les architectes travaillèrent, dépensèrent quelques milliers de francs (llOOfl.); mais quand on fit l'essai de leur œuvre, il fut constaté que la machine était loin de fonctionner, « comme celle d'Ensisheim.s Il fut décidé en conséquence qu'elle serait refaite sous la direction de Prechter,en dehors des architectes, qui n'avaient su que gâter une entreprise, à laquelle ils n'entendaient rien (12 novembre 1593).
Dès lors le silence se fait de nouveau sur notre machine. Ce n'est qu'en 1600, qu'un rapport présenté à la Chambre des XV nous apprend qu'elle marche très-bien. Mais il paraît qu'on en usa fort peu. On se rappelle d'ailleurs que Strasbourg ne monnayait,à cette époque,que dans des limites très-restreintes. La Chambre des XXI se montra même disposée à vendre son presswerck (30 janvier 1605) , s'il se présentait un amateur. Nous ne pouvons donc nous étonner que lorsqu'on voulut, en 1614, se servir de nouveau de la machine à monnayer, on ait été forcé « de la nettoyer» avant d'en faire usage. Il s'agissait alors d'émettre des dickpfenning , dont la fabrication ne pouvait être rémunératoire qu'à condition de se faire sur une vaste échelle. La commission chargée d'étudier la question, proposa d'employer à la fois la presse des Cordeliers et les marteaux du Mùntzhof (22 janvier). Mais, disait-elle, «la machine est si poudreuse (unsauber), les rouleaux sont couverts de tant de rouille, qu'il faudrait d'abord les nettoyer. » Nous n'ignorons pas, ajoutait-elle, que ces machines devraient être installées aux bords de l'eau ; mais avant de provoquer une nouvelle dépense, il faudrait voir quel profit la ville en peut retirer. En tous cas le nettoyage de la presse est indispensable , si l'on ne veut pas la destruction connplète d'un outillage qui a coûté plus de 150011.
L'essai, réussit et dès le mois de mars la presse des Cordeliers se mit à fonctionner sous la direction de Martin Schall Du29marsau24 juin, on y monnaya onze brèves, 3152 marcs, pour une somme de 17020 fl.^ qui rapportèrent un bénéfice
das die Afùnt^geseUen ^u erfahrung kommcn , wie man ein presswerck machen woUe^ daniber sy aile ufgestanden und keiner mehr wercken wolkn. Ces plaintes étaient naturelles. Trausch, dans sa chronique, dit : wekbe Kunst die Miint\er nit fur redlich ausrufen und halteti,weil esirmit groser mûhe erlernte Kunst gant^ ^uo nichts macht und verderbet.
de 1208 t[.2fi,8S. (4500 fr.). Le profit était de 3 fi. 10 d, par marc d'alliage (10 fl. ^5 ) ou 3,56 % .
Ce succès fit reprendre le projet devant lequel on avait d'abord reculé. Les hommes qui mettaient en mouvement la roue de la presse, coûtaient 12 fl. par semaine , soit 700 fl. (2600 fr.) par an. En conséquence, sans supprimer Tatelier des Cordeliers, on décida, au mois d'octobre de la même année, rétablissement d'une seconde machine, mue par l'eau, qui fut installée dans une partie du moulin des huit tournants (Achtràdermuhl) . En ce moment commençait à se développer la crise monétaire que nous signalions plus haut. Il fallait des instruments expéditifs et puissants, pour suffire à ces refontes incessantes qui, par des altérations successives, allaient réduire les espèces monétaires au dixième de leur valeur antérieure.
Au mois de janvier 1615, nous trouvons le second moulin à ,
monnaie en pleine activité. Cette fabrication rencontre des ennemis, que le Protocole des XV désigne assez vaguement sous l'appellation équivoque de « ceux de la tour aux Pfennings. » Maison leurfit enjoindre de s'abstenir de tout propos mauvais à l'endroit de la machine, et de respecter une œuvre avantageuse pour la ville.
Ces mécontents étaient les monnayeursdes^ar/i'i^^^r. Leur atelier fut fermé; mais on le rouvrit de nouveau en 1622, sous la direction du même Martin Schall , qui dans l'intervalle avait présidé au monnayage de Guebwiller. Des chevaux étaient chargés de mettre ses machines en mouvement (Rossjperck). En 1626, Strasbourg possédait trois Monnaies parfaitement outillées. D'excellentes machines pour le laminage, l'afïînage et le monnayage proprement dit, étaient installées dans le moulin aux huit tournants, prés de la Dingsenmûhl et dans le couvent des Cordeliers.
Tels sont en résumé les renseignements que nous avons Crisr recueillis, en dépouillant les protocoles de la Chambre des XV kt et de la Chambre des XXI. On le voit, à Strasbourg les pre- réforme de miers essais du moulin à monnayer datent de 1592, l'installa- *^'^tion définitive de la machine est de 1600. En 1614 , on s'est borné à la nettoyer et à la compléter par l'établissement d'une machine hydraulique, destinée surtout au laminage.
Quant au rôle qu'a pu jouer Eichelstein dans ces circonstances, il ne saurait avoir été considérable. Son nom apparaît
ET MUENTZHOF,