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Christophe Empel le remplaça à sa mort

332 CH. VI. — s. H. — LE RENDAGE DANS LA. HAUTE ALSACE.

lingot était renvoyé aux mines. On devait cependant user de ménagement à Tégard des mineurs, et leur éviter des dépenses inutiles ; on se bornait donc à des avertissements, à des menaces, si la différence n'était pas trop forte.

Le métal vérifié est ensuite remis avec l'alliage au fondeur (tygelwarter ou silbergiesser)^ qui doit avoir dûment chauffé son creuset. Le directeur de la Monnaie et le v^ardein surveillent concurremment le chargement du creuset, l'alliage, le mélange des métaux, la température du fourneau, sans quitter l'atelier avant que les moules ne soient remplis. Cette dernière opération doit se faire avec rapidité, toute lenteur entraînerait des pertes.

L'argent des lames {^ain) est de nouveau examiné. Si le titre se trouve trop faible de plus de 1 V2 grain, le w^ardein est tenu de les rejeter, sans se laisser arrêter par aucune considération. Si le déficit ne dépasse pas ce remède, le wardein accepte la fonte , à condition que dans la fonte suivante, le directeur compense le manquant. Il est bien entendu que ce déficit doit être tout à fait accidentel et involontaire.

Les lames sont pesées, et leur poids comparé à celui du métal qu'on a jeté dans le creuset. Lorsque le déchet dépasse la quantité ordinaire , on doit rechercher les éclats de fonte (abguss), partout où ils pourraient se trouver, sur le plancher, dans le creuset, contre les parois du fourneau, sur les braises, dans les pochons, etc.

Un état du poids des lames , pesées au marc de Cologne, est remis au jperckmeister, qui, avec le concours des ouvriers monnayeurs (mUnt^gesellen), poursuit les détails ultérieurs du monnayage. On fait d'abord passer les lames par des cylyndres destinés à les dégrossir et aplanir {rauh und glate wellen). Quand elles ont reçu l'épaisseur voulue, les ouvriers frappent et découpent les flans à l'aide d'une machine (prj'fwellen). Puis on passe au blanchiment.

Les petites espèces , heller , rappen, vierer ^ doppelvierer tt dreyer^ sont pesées par marc ou par quantités de 10 à 12 florins, avant d'être blanchies et gravées. Les grosses espèces sont d'abord blanchies , puis pesées, pièce par pièce. Pour éviter tout déchet inutile , le wardein et le directeur de la Monnaie , doivent suivre avec attention l'opération du blanchiment. Ils surveillent la durée et la température du bain,

LE MONNAYAGE A ENSISHEIM. 333

dans lequel on roule les flans, ainsi que l'emploi du tartrin et du sel. Le directeur prend aussi garde que le sel et le tartrin ne soient pas en contact avec du fer. Il en résulterait des taches sur les flans, et la nécessité d'un second blanchiment.

Le remède à la taille est de 1 denier. S'il était dépassé, toute la fonte serait examinée pièce par pièce, et tous les flans trop légers devraient être rejetés. Cette tolérance, comme celle du titre, n'est d'ailleurs admise que pour des écarts involontaires et accidentels.

Le monnayage terminé , le wardein essaie de nouveau une pièce de chaque fonte, et en rend compte au directeur pour sa gouverne.

Les monnaies d'or sont essayées à l'eau forte. La tolérance est d'un grain pour la loi et de V4 pièce , par marc , pour la taille. Les flans sont remis noirs au wardein, qui les colore et les racle {fàrben und kràtien). Le directeur lui fournit les couleurs ifarbieug) nécessaires à cette opération.

Pour remplir ses fonctions avec exactitude, le wardein doit être pourvu d'une balance sensible, avec des poids de Cologne bien ajustés, de plomb malléable sans mélange d'argent, de bonnes coupelles bien préparées avec des cendres et de l'huile d'olive, de lamelles d'or et d'argent (^f/cAmz^e/) d'un titre exactement connu , d'une pierre de touche noire, d'eau forte moyenne , de moufles , de fourneaux à essais , etc. Il recevait, par an, pour ses appointements, 100 florins, et 50 fl. pour l'entretien d'un cheval destiné au transport de Targent.

De son côté, le directeur de la Monnaie veille à ce que ses ateliers soient toujours abondamment fournis de tout ce qui peut être nécessaire, comme charbon, huile, suif, fer, acier, etc. ; il prendra garde que les ouvriers n'en détournent rien pour leur usage personnel. Il fera préparer d'avance, par le forgeron {eisenschmitt) des matrices, des coins et des machines à graver, pour les diverses espèces monétaires (eisenstôck, stôs^^pràgwellen) ; l'effigie et les armes de Son Altesse y seront nettement dessinées, profondément incisées et suffisamment durcies. Ces divers engins , ainsi que les roues du moulin [Rad»ferck),\ts cylindres, les presses, etc. doivent être réparés sur le champ, s'ils viennent à être dérangés, de façon toutefois à ce que le travail des monnayeurs n'en soit pas interrompu.

Les monnayeurs travaillent dix heures par jour, de cinq

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heures du matin à cinq heures du soir. Les samedis et veilles des grandes fêtes, ils quittaient Tatelier à deux heures. Si les besoins du service les faisaient rester à Touvrage, on leur devait un supplément de salaire.

Lres documents que nous venons d'analyser, renferment encore les instructions les plus minutieuses sur la manière dont doit être tenue la comptabilité du directeur delà Monnaie et de ses divers oflSciers. Mais ces recommandations ne nous apprennent rien sur la partie technique du monnayage ; il nous semble inutile de nous arrêter à ces détails.

Les renseignements que nous avons recueillis sur T aménagement de la Monnaie d'Ensisheim, peuvent se compléter à l'aide d'un devis qui fiit fait, en 1633, lorsque l'atelier monétaire fut transféré à Brisach. Nous y voyons qu'une roue hydraulique fait marcher deux roues, qui elles-mêmes imprimentun mouvement régulier aux deux cylindres chargés du laminage. L'arbre de cette roue met aussi en mouvement un tour, destiné à tourner les cylindres , etc. Une seconde roue hydraulique donne l'impulsion aux haAdLncitrs (anu^urf oder pràgwerck), qui découpent et gravent les flans. Une salle voûtée est réservée pour la fonte et pour les fourneaux d'essais. Un large foyer avec deux plaques de fer suflBt pour donner la chaude ; le blanchiment se fait dans des bassins de cuivre.

Notre devis ne parle pas seulement d'une forge pour la réparation de l'outillage ; il propose d'y ajouter un marteau de 80 ou 100 livres, qui fonctionnerait avec le secours de l'eau. Il songe même à une fonderie pour l'afiSnage {abtreiben) des espèces d'argent à bas titre, qu'on aurait à refondre.

La Monnaie d'Ensisheim était en régie ; et chaque année le directeur fournissait des comptes, qui étaient contrôlés avec la plus scrupuleuse attention. Voici quelques indications empruntées à ces documents.

Comptes ^° ^^^ ' 49&A marcs (nous négligeons les fractions) d'argent DE fin furent mis au creuset pour être convertis en thalers. A la 1631. fonte , il y eut un déchet de passé 17 marcs, et la valeur des éclats fut de 23 marcs. Les 4914 marcs restant, produisirent encore 905 marcs de cisailles. Au début de l'opération , cet argent fin donnait 5666 marcs d'alliage, les lames ne pesaient plus que 5620 marcs, et il n'y eut que 4585 7* marcs, qui furent réellement réduits en flans et monnayés. Ces 4585 '/i

COMPTES d'enSISHEIM EN 1631.

marcs, d'après la taille réglementaire, ne devaient donner que 37256 % pièces ; mais grâce à l'irrégularité du monnayage, il y en eut 37402 % , différence en plus : 146 Ve ou 0,39 % .

au commencement de Tannée 1631, il restait en magasin 49 m. 8 1. 0 q. 2 V'g on acheta, tant en lingots qu'en arg'enterie . . . 4035 6 1 V* valeur des cisailles et des éclats de fonte .... 928 4 1

Total 5013 2 1 3»/g

Comme on ne monnaya que 4957 lo

Il reste en magasin à la fin de la campagne ... 55 8 i 3 '/| ou 6 m. 5 Vi grains de plus qu'au début.

L'argent acheté coûtait, savoir :

1205 m. 10 1. 2 q. 3*/^ gr., de Lièvre à 10 fl. 18 kr. 12418 0. 28 kr. '/i ^.

33Î8 1 3 Vg du Rosemont, \/, à 10 fl. 16 et */,

à 10 fl. 25 kr 24133 52 3 V*

501 10 3 3 '/j en argenterie (pagamenta) . , 5009 35

Total 41561 50 3»/^

dont nous retrancherons pour prix des 6 m. 5 V* gr. 61 50 3 */^

l'argent monnayé en 1631 aura donc coûté .... 41490 fl. qui à 17 batzen, d'après la convention, valaient .... 36714 th. 12 b. or le monnayage avait rapporté * . . . . 37402 '/^

restait donc un excédant de • . 668

Cet excédant brut suCasait-il pour couvrir tous les frais ? Le tableau suivant permettra d'en juger , en même temps qu'il nous renseignera sur la situation économique des différents employés de la Monnaie.

appointements du directeur (1158 fr.) 300 fl.

appointements du wardein C482,50 fr. ^ 125

à Jean Keller, le graveur (579 fr.) 150

à Zacharias Sengeiser, fondeur et contre-maître (656 fr.). . 170

à Pjerre Roggart, monnayeur (401,45) • . . 104

à Sébastien Stœckler, monnayeur 104

à Etienne Haldebrunn, serrurier et monnayeur 104

pension à la veuve de Jean Sendmcyer, feu wardein (160,60 fr.) 41 36

» de Jean Conrad Vogel, id. (106 fri. .• . . 27 12

Étrennes des monnayeurs (193 fr.) 50

cuivre pour alliage et ustensiles 28

charbon Qe sac à 6/9. ou o fr. 90, le bittich à 4 batzen ou 0 fr.95) lio 32

sel ae boisseau à 2 fl. ou 7 fr. 72) 12 26

huile d'olive Ua«. à 10 ?, ou 1 fr. 55) et suif Ue quintal à 9 th. ou 52 fr.) 54 32

frais de bureau 6 37

creusets et vases en terre 4 41

transport de l'argent 182 30

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