CHAPITRE VII
Dans notre Chapitre premier nous avons exposé et discuté toutes les questions générales, qui se rapportent, soit aux différentes valeurs des monnaies, soit aux méthodes qui servent à les déterminer. Nous sommes donc dispensé d'y revenir ici.
Mais les anciennes monnaies de l'Alsace sont grefifées sur les monnaies carlovingiennes , qui elles-mêmes se rattachent étroitement aux monnaies des Mérovingiens et des Romains. Il en résulte qu'un résumé rapide de ces divers monnayages devient ici nécessaire.
Ce résumé n'est pas le fruit de recherches personnelles. Il se borne à répéter les conclusions de la Numismatique moderne. Si parfois il hasarde quelque hypothèse particulière, il le fait avec réserve , sans insistance. Les limites de cette introduction ne permettent pas de longs développements. Et ces questions préliminaires, quelque importantes qu'elles soient en elles-mêmes , ne sont pour nous qu'un point de départ, un accessoire. Seules les Monnaies de l'Alsace ont été l'objet direct et spécial de nos études.
Les Romains commencèrent, comme la plupart des peuples, à estimer en pièces de bétail , la valeur des marchandises, le taux des amendes, etc. Le mot pecunia date de cette époque.
Leur première monnaie fut en cuivre, employé d'abord brut, aes rude^ puis avec l'empreinte d'un animal, aes signatum. Les lois Aternia Tarpeia (454 av. J. Ch.) et Julia Papiria (430 av. J. Ch.) déterminèrent la valeur en cuivre des diverses tètes de bétail, et consacrèrent ainsi, d'une manière définitive, l'établissement des monnaies.
Leur unité monétaire fut l'^^ (en sanscrit ayas , totalité, unité). Il pesait, dans le principe , une livre ou 12 onces de cuivre. Ses subdivisions les plus usitées étaient : le semis { V2 ? 6 onces), le triens ( Va , 4 onces) , le quadrans ( V4 » 3 onces), le sextans ( Ve , 2 onces) et Yuncia ou once. Cet âge de cuivre a laissé, dans la langue latine, des traces profondes : de là Vaerariurriy Vaes alienum, les obaeratiy etc. etc.
Dès Torigine il y eut sans doute une légère dffiFérence entre le poids de ces pièces et leur valeur nominale. C'était le seul moyen d'en empêcher la refonte, et de compenser les frais de fabrication. Mais ce poids fut considérablement diminué dans la suite. Il fut réduit pour l'as à 4 onces, l'an 274 av. J. Ch. ; à 2 onces, l'an 241 ; à une once, l'an 217 ; à V2 once, sousSylla.
L'an 269 av. J. Ch., l'introduction des monnaies d'argent vint donner au commerce un instrument plus commode et d'un usage plus général. Elles étaient basées sur l'as et en tirèrent leur nom. C'étaient le denarius (10 as), le quinarius (5 as) et le sextercius (2 Va as).
Le denier était d'argent fin. Imité de la drachme attique, il pesait 7e d'once, Vtî de la livre. En l'année 217 av. J. Ch., il devint Vsi de la livre romaine, tout en obtenant la valeur nominale de 16 as, par suite d'un nouvel affaiblissement des espèces de cuivre. Le premier de ces deniers valait 1 fr.; le second, 0 fr. 86.
Vers la même époque, ou vers 190 av. J. Ch. selon quelques uns, la monnaie d'or se naturalisait à Rome. Variable d'abord, par suite des incessantes variations que subit le rapport entre l'or et l'argent , Vaureus fut fixé par César à V40 de la livre et valait 25 deniers d'argent. César admettait ainsi, avec un léger écart (84x12=1008 et 40x25=1000), la proportion douzième. Son aureus représentait par conséquent une somme de 21 fr. 50.
En supposant que cette proportion fut conservée sous les Empereurs, l'aureus, grâce à la diminution successive de son poids, fut réduit à 19 fr. 20 sous Néron (45 à la U); à 17 fr. 28 sous Caracalla (50 à la U,) ; à 14 fr. 60 sous Dioclétien (60 à la U.) ; à 12 fr. sous Constantin le Grand (72 à la U.),
L'aureus de Constantin, appelé aussi solidus, pourrait cependant soulever quelques doutes. Ce prince statua en 325 (G. Théod. XII , VII, I) que sept sous de 4 scrupules devaient
342 eu. VII. — VALEUR DES MONNAIES.
être pris pour une once. Quatre scrupules forment le sixième de Tonce, et Ton exige 7 sous par once. Mais nous avons expliqué ailleurs cette contradiction apparente '.
L'aureus pesait un sixième d*once. C'est la taille qui se trouve indiquée encore plusieurs siècles après, dans les encyclopédies disidore de Séville, de Bède le Vénérable, de Raban Maur *. Ces écrivains ajoutent qu'on donnait le nom de triens ou tremissis à, une monnaie qui formait le tiers du sou d*or.
Les mêmes auteurs supposent aussi au denier d'argent la taille que lui assigna, dit-on , Constantin le Grand *, Vse de la livre romaine. Il existait de plus des tiers de denier, à Tinstar des tiers de sou, et nous verrons plus tard que cette monnaie d'appoint reçut aussi le nom de denier. Ces deux monnaies valaient, l'une 0 fr. 75, l'autre 0 fr. 25.
Telles étaient les espèces monétaires usitées dans la Gaule au moment de la conquête des Francs.
Ce peuple n'avait sans doute point de monnaie nationale ; il est probable qu'on peut lui appliquer, sans réserve, le tableau que Tacite nous a tracé des habitudes économiques des Germains. « Chez eux , nous dit cet écrivain , les coupables sont frappés d'une amende, qui se paie en chevaux ou en bétail. > Les tributs se soldent, en général, de la même manière, c par
des dons de bétail^ et de grain , par des présents, qui
consistent en chevaux de luxe , en armes de choix , en harnais , en colliers. Déjà nous leur avons appris à recevoir de t argent, >
« Le nombre des troupeaux , raconte-t-il ailleurs , forme leur seule, leur plus agréable richesse. Les plus rapprochés de nous ont appris, par le commerce, à attacher quelque prix à l'or et à l'argent. Ils connaissent et préfèrent certaines de nos monnaies , tandis que ceux de l'intérieur, plus simples et plus primitifs, ne trafiquent que par voie d'échange. Ils aiment les vieilles monnaies usitées depuis longtemps , celles qui sont