‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 243 sur 391 · LE MARC DÉPRÉCIÉ PAR LA DIMINUTION DES ESPECES · texte numérisé non relu

LE MARC DÉPRÉCIÉ PAR LA DIMINUTION DES ESPECES

un nouveau règlement monétaire, fait produire au marc fin, 7 ^ 14 /?. 8 ^. steblers en pièces de 12 ^., et 8 iê, en pièces de 1 ^. ; il ne faut donc pas s*étonner de la hausse que subit , à Ferrette, le marc d'argent. On se bornait, en réalité, à maintenir son rapport direct avec le métal précieux.

Ce rapide exposé suflBt , ce nous semble, pour établir d'une manière péremptoire que, si le marc d'argent se soldait en or ou en argent monnayé , sa valeur se basait sur le prix marchand du métal lui-même.

Mais, si telle est la règle, si telle doit être notre estimation, lorsqu'aucune mention spéciale ne vient nous l'interdire, mille circonstances ont pu et dû, en pratique, modifier le principe général.

D'abord ce principe général exigeait qu'à toute hausse du l^ métal précieux, correspondît une hausse parallèle dans l'esti- marc mation du marc d'argent. Un pareil travail était difficile. En déprécié tout cas, il pouvait scrulever des discussions, des débats si graves, que l'on dut renoncer, plus d'une fois , à suivre dans toutes leurs phases les diminutions des espèces monnayées. espèces

Nous avons déjà cité une charte, qui figure dans le procès débattu, en 1427, entre l'évèque et la ville de Strasbourg. L'évèque devait à la ville une rente de 80 marcs assise sur les revenus de Molsheim. En 1422, cette rente avait été réduite à 60 marcs, pour mettre l'inlér.èt au denier 20, ou à 5 % . La ville réclamait maintenant une augmentation , dans le taux du marc d'argent, qui se payait jusque là sur le pied de 3 ^.

La réclamation de Strasbourg était fondée. Le marc fin coûtait alors de 3 ^. 9 /?. à 3 ^. 10 fi. Les 5 a i fi., payés par l'Évèché, ne répondaient donc qu'aux % de la valeur réelle du marc d'argent.

Les officiers de l'Évèque se refusèrent néanmoins à tout changement, et, dans les débats de 1427, le prélat soutint leur résistance avec la plus grande énergie. A l'en croire, les prétentions nouvelles des Strasbourgeois n'étaient qu'un moyen détourné pour revenir sur la réduction qu'on leur avait imposée en 1422. Les quittances, disait-il, démontrent que depuis de longues années la rente est soldée à raison de 3 fS. 1 fi. le marc ; € si ces 3^. ifi. ne peuvent plus représenter la valeur du marc , c'est votre faute , la faute de vos altérations moné-

358 CH. VII. — s. I. — LE MARC D*ARGENT.

taires, et non la Nôtre *. Pourquoi vous êtes vous emparés de force de Notre Monnaie? Pourquoi Nous avez-vous chassés de la Monnaie , Nous et les Nôtres ? Pourquoi avez-vous fiait subir aux espèces un si honteux affaiblissement ? >

Toutes ces récriminations ne constituaient pas une argumentation sans réplique. Mais c'était la logique de l'intérêt et de la passion. Elle s'appuyait souvent, comme ici, sur une puissance territoriale assez respectable. Elle pouvait être prête à tout, à la guerre, ou à des procès dont la longueur et les frais eussent été sans proportion avec l'objet même du litige. Combien de fois une résistance de ce genre n*a-t-elle pas dû empêcher la hausse régulière et normale du marc d'argent.^

PAR LA La même conséquence , l'évaluation du marc d'argent au DIMINUTION dessous de sa valeur réelle, résultait d'un fait économique,

DU TAUX auquel le procès de 1427 fait une allusion directe, et que nous

, ^f ^ aurons l'occasion de développer ailleurs.

Page 1