‹ Etudes économiques sur l'Alsace ancienne et moderneChapitre 249 sur 391 · Als. dipl. I · texte numérisé non relu

Als. dipl. I

368 CH. VII. — s. II. — MONNAIES STRASBOURGEOISES.

Voici maintenant le total donné par le texte de Schœpflin. Summa argenti LXX marce una minus, et LXXXIX libre et XXXII denarii.

En ne tenant aucun compte d'une faute évidente de Schœpflin (LXXXIX au lieu deCLXXXIX), ni des 69 marcs indiqués dans les deux sommes, nous arriverons au résultat suivant : Vi marc + 188 U. 14 ?.k^, = \.m(t 32 ^.; ou 74 marc = 100^. (188 U. 272 ^. — 188 U, 172 ^.).

Ainsi, en 1215, le marc valait 400 ^, et renfermait 20 onces, comme la livre renfermait 20 ?\ La valeur intrinsèque du h n^était donc à cette époque que de (51, 60 : 400) 0 fr. 129.

Une conclusion analogue ressort d*un fait que nous avons déjà signalé plus haut *. La taille de Haguenau, qui devait être de 100 marcs, se payait en 1255 à raison de 150/<^.strasb. Cette évaluation suppose le marc à 30 j^. ou 360^. Mais nous l'avons déjà prouvé, ces estimations des tailles se faisaient d'une manière très-large, elles se donnaient en chiffres ronds et ne répondaient qu'exceptionnellement à la valeur réelle des espèces.

On est donc en droit de croire, que dès 12151e ^. était tombô à la valeur que nous venons d'indiquer. II devait descendre plus bas encore dans le cours du xiir siècle. Use rencontre en effet, dans le Liher decimationis du diocèse de Ck)nstance, des indications qui nous feront admettre, pour Tannée 1^5, une dépréciation beaucoup plus considérable.

On y lit (p. 40) que 26,^. strasb. =50 /?. Rotwil. Or le marc s'estimait à 61 t^. Rotwil (p. 37). Donc le d, Rotwil = 0 fr. 07 (51,60 : 734) et le â, strasb. = 0 fr. 08 (0,07 x 30 : 26).

Ailleurs (p. 203) 18 V^i^. strasb. = 19 /*. 4 d. du Brisgau. Or le marc fin valait 55 1^. du Brisgau, ce qui donne pour le d du Brisgau 0 fr. 0782 (51,60 : 660) et pour le d. strasb. 0 fr. OB (0,0782 X 232 : 222)

Il serait possible , que ce fût à cet aflFaiblissement du denier strasbourgeois , que l'évèque Conrad de. Lichtenberg faisait allusion dans l'acte d'engagement de 1298, lorsqu'il prétend céder la Monnaie à la ville, « pour satisfaire ceux qui auraient « eu à se plaindre de ses deniers. >

Ce qui est certain, c'est qu'une réforme eut lieu vers cette

époque. A partir de là, le monnayage strasbourgéois — soumis à la loi commune et fatale de la diminution des espèces monétaires, — se poursuit avec une régularité, dont l'histoire ne présenterait peut-être pas un second exemple.

Nos renseignements, toutefois, ne commencent qu'avec les premières années du xiv^ siècle. Ils nous sont fournis d'abord par une série d'ordonnances , édictées par le sénat de Strasbourg, d'accord avec la corporation des Husgenossen.

Voici la formule de ces actes : « Nous. . . maître et sénat de de 1515 a Strasbourg, et moi N. maître monnayeur de Strasbourg, ^362, savoir faisons à tous ceux qui les présentes verront ou entendront lire, que pour le bien et l'utilité de la ville et du pays — avec l'agrément et l'assentiment de nos honorables husgenossen et avec leur conseil — nous avons permis et permettons à N., notre hûter, d'accepter des deniers tels que. . .»

Quant au dispositif même des ordonnances , il est formel et précis.

1313 (8 cet.) Les deniers seront tels, « que deux //. pèseront un marc

et que chaque marc aura un loth d'alliage. » Remède :

6 tJ. à la taille et G d. au titre. Doijc poids V«o du marc,

titre Vi«.

1319 (35 août) « Il y aura 2 \ /*. (d'alliage) au marc et 2//. 10 à. pèseront

un marc. » Remède : 8 ^. au poids et 9 S. au titre. Donc

poids V«o, titre *\^.

1321 (10 juin) La taille est augmentée de 4^. Donc poids V^*! titre "/^j^. 1329 (7 fév.i « Il y aura 2 Va/*- (d'alliage; au marc et 2 ^. 2V« ^- pèseront

un marc. » Mêmes remèdes. Donc titre "/^j^,, taille Vsio- 1340 (1 déc.) et « Il y aura 5 \ fi, {&o â, d'alliage) au marc et 2 ^. 3 fi. 1344 (22 avril) pèseront un marc. » Remèdes : 6 (^. à la taille et 6 au

titre. Donc poids Vsie et titre ««/„,.

1362 {h déc.) « Il y aura 9 fi, moins 4 {ô. d'alliage) au marc et 2 «: 5 /î.

pèseront un marc. » Mêmes remèdes. Donc titre "*/^ et

poids Vi4o '.

1. 1313. Da {wei pfutit eine marg gangen an der swere, und ein lot

dabi si an der erge des silbers an je der marg, 1319. Do drittehalb schilling bi der marke ji, und ir j(ehen pfenninge

und :{wei pfunt eine marg wegent.

1329. Do drittehalp schilling bi der marg si^ und drie schilling unde

^wei pfunt eine marck wegent.

1340. Da sehstehalp schilling bi der marg si , und drie schilling und

f jve/ pfuut eine marg wegent.

1362. Da ane vier nune schillinge bi der marg sie und fûnf schillinge

und :{wei pfunt eine marg wegent, Mone (Zeitschrift , 1851,

370 CH. VII. — s. II. — MONNAIES STRASBOURGEOISES.

Traduisons ces ordonnances en style moderne et nous aurons :

Année.

/ Titre.

Poids brut.

Poids fin.

VaLinL

0 gr. 487 0 477 0 473 0 458 0 453 0 433

0 gr. 474 0 448 0 443 0 431 0 395 0 349

0 fr. 104 0 099 0 098 0 095 0 087 0 077

Si nous tenons compte des remèdes dont les monnayeurs profitaient , autant que le leur permettait l'imperfection de leurs instruments, nous arriverons aux chiflFres suivants :

Année.

Titre.

Poids brut.

Poids fin.

VaLirt.

0 gr. 481 0 470 0 465 0 451 0 448 0 428

0 gr. 445 0 432 0 428 0 416 0 385 0 341

0 fr. 098 0 095 0 094 0 09Î 0 085 0 075

Le monnayage de 1362 présente sur celui de 1344 un affaiblissement considérable. On peut donc ^e demander si, malgré l'absence de règlement , on ne doit pas admettre quelque diminution intermédiaire. Quelques documents de change nous aideront à résoudre ce doute.

D'après une charte citée plus haut (p. 363) le marc d'argent se payait, en 1350, 47 72/^- strasb. Calculé sur cette base, le^. strasbourgeois avait à cette époque une valeur numéraire de 0 fr. 09, ce qui suppose une valeur intrinsèque de 0 fr., 064 à 0 fr. 085, résultat peu différent du monnayage de 1344.

Les comptes de l'abbaye de S. Etienne nous montrent, qu'en 1359 le florin d'or valait 9^. 4^. ou 112^. Or celui-ci

p. 415) a lu nume au lieu de nune ^ et n'y comprenant rien, a proposé de lire nuwe. M. Hegel a bien lu; mais méconnaissant le sens d'une formule bien commune cependant , prétend que one vier nûn schilling signifie ongefàhr nùn schilling. — Dans ses calculs, Mone reconnaît que l'alliage indiqué se rapporte au marc brut, et opère comme s'il l'entendait du marc fin. De là des erreurs évidentes.

était alors à 9 fr. 70 ; d'où il résulte qu'à cette dernière date, le denier strasbourgeois n'avait plus qu'une valeur numéraire de 0 fr. 0866 , bcdsse sensible , qui nous rapproche du monnayage de 1362.

Après le règlement de 1362, nous sommes de nouveau de longues années sans renseignement de ce genre. La convention faite à Haguenau, en 1374, par le monnayeur Henselin de Strasbourg, ne nous éclaire en rien. D'une part, elle se borne à indiquer le titre des tournois (^^/le) et des S, (10 V2 loths), sans nous faire connaître leur taille. En second lieu, nous ignorons si le monnayage de Haguenau fut alors en rapport avec celui de Strasbourg.

La première donnée utile nous est fournie par des essais, qui se firent à Strasbourg en 1386. Elles constatent qu'en

hellers de Brisach, 13 fi. pèsent 4 loths et contiennent 13 gr. Va» de fin » Fribourg, 13 V» » » »

» Bergheim, 13 V» » * 12

drcylingdeBâle, 20/^.2 <^. » » 80

En d'autres termes , le marc fin produisait 15 ^. en hellers de Brisach , 15 fô. 5 ?. en hellers de Fribourg , 18 ^. 6 i^. en hellers de Bergheim, et 9 16. 10 fi. en dreyling bàlois.

Ces renseignements ne concordent pas entièrement. Car

d'aprks lbs premiers calculs : 1

d'après lbs seconds :

Titre.

Poids bniL

Poids fin.

Val. int.

Val. int.

â. Brisach * Fribourg » Bergheim > Bail

0 fr. 015 0 0146 0 0134 0 0223

0 fr. 0148 0 0141 0 0118 0 0226

Les premiers chiffres, les plus favorables aux deniers étrangers, les plus précis, les plus directs, sont évidemment les plus exacts; il est même probable qu'ils présentent une légère atténuation. Les autres sont altérés' au bénéfice du^. strasbourgeois.

Les monnayeurs concluent en effet de leurs calculs, que celuici vaut presque 5 d. de Brisach, autant que 5 S. fribourgeois et SVx^. de Bergheim, un peu plus que 3 drcylingdeBâle.

372 CH. vu. — s. II. — MONNAIES STRASBOURGEOISES.

Malgré le vague de ce langage, il fixe la valeur intrinsèque du ê. strasbourgeois à 0 fr. 07 (entre 69 et 71 millimes).

La même conclusion ressort du cours que recevait alors le florin. Quoique réduit au sixième du marc d'argent (8fr. 60), il valait dans les années 1387—1389, 123 et 124 Ô,, ce qui met le 9. (8,60 : 123) à 7 centimes.

C'était un afiFaiblissement notable. On ne tarda pas cependant à aller plus loin encore. Vers la fin de 1390 ou le commencement de 1391, le change du florin monta à 130, 132 et même 138 9. ; ce qui réduisait le ^. à 6 7i centimes.

Aussi ce nouveau ô. soulève-t-il des réclamations énergiques. Le 2 décembre 1391, tous les États de TAlsace se réunirent à la demande de l'évêque de Strasbourg. Ck>lmar, Mulhouse Munster , Turckheim , Kaysersberg se rencontrèrent avec Schlettstadt,Haguenau,Obernai, Rosheîm,Sels et Strasbourg. La diète constata qu'on se plaignait partout, en Alsace et au dehors , des S. de Strasbourg petits et mauvais {kleiner und bôser) , qui circulaient depuis quelque temps. Il fut décidé qu'à partir de la St. George (23 avril 1392), l'on ne prendrait plus «les deniers strasbourgeois , qui tomberaient à travers les tamis en usage dans les diverses localités. »

Par suite de cette décision la ville de Strasbourg publia deux longues ordonnances (29 décembre 1391 et 23 janvier 1392), qui réglaient le retrait des petits^, et l'émission de ^. d'un plus grand diamètre. Les petits à. devaient être réunis par les Changeurs, coupés et remis à la Monnaie. Les ouvriers reçurent défense de blanchir les ^. qui traverseraient le grand tamis (grosse riter). On ne devait cependant se servir que des tamis actuellement employés, dont les trous avaient une grandeur réglementaire. « On ne doit pas non plus presser les S. pour les faire passer de force, mais les jeter simplement sur le tamis et les secouer. Tous les ^. qui, dans ces conditions, resteront sur le tamis, seront acceptés. »

Les petits^, étaient repris à 35*., pendant quinze jours, puis à 34*., le loth. Les nouveaux *. reçurent un diamètre qui fut agréé, même dans les pays voisins , et servait encore de règle à la Monnaie de Heidelberg en 1420'. Cette aug-

1. Mone, Zeitschrift, 1»51, p. 420 et 426. Règlemenls de 1391 et 1420.

mentation dans le module des ^., s'obtint naturellement par l'afiFaiblissement de leur titre.

Un nouveau règlement monétaire, édicté en 1393 , ne laisse aucun doute à cet égard. Il prescrivait de tailler au marc d'alliage 48 ?, (576 ^.), 36 8, par loth. « De cette façon, le marc renfermera 16 B, de plus que le marc actuel. Ces nouveaux b. porteront la même marque que les précédents, mais ils auront les bords échancrés. > On devait donner un loth de nouveaux 9. pour un loth de petits S. coupés, « parce que ces anciens à. coupés renferment plus d'argent fin que les nouveaux ^ »

Nous voici pleinement édifiés sur la taille de ces 8, ; elle est de Vseo en 1392 et de Vstô en 1393. Nous croyons même, que les y de 1393 ne dififèrent que fort peu de leurs aines, parcequ'ils correspondent à la substitution du marc de Strasbourg (235,55 gr.), à Tancien marc épiscopal (233,85 gr.) *. On concevrait en effet difficilement, que la ville eût osé porter la main sur le poids de ses ^., qui venait de lui causer tant de désagréments.

Quant au titre , il était plus faible en 1393, et — le silence du règlement , qui ne parle que des vieux 9. coupés , nous permet de le dire — en 1392, que pour les monnayages antérieurs. Essayons de le déterminer.

Le lecteur n'a pas assez remarqué, peut-être, les termes que les règlements, cités plus haut, emploient pour désigner le titre. En 1313, l'alliage est à' un loth, le titre par conséquent %. En 1319, 1321, 1329, l'alliage est de 30 ^. ; c'est en d'autres termes le même titre. A l'époque où le marc se monnayait k2u. ou 480 ^., un loth ou 30 B. étaient deux expressions synonymes. Dans la suite , avec l'augmentation de la taille , la synonymie cessa d'exister ; mais on conserva la formule par tradition , se bornant à corriger l'écart par une modification dans le remède. En 1340 et 1344, l'alliage est dit de 5 Va ?. ou 66 ^., le titre est abaissé à %%, Enfin en 1362, les 104 è, d'alliage correspondent à 3 loths et mettent le titre à % ».

i. Umb da\ die bemelten alten pfening besser sint an silber dann die nuwe pfening,

Page 1