LES MÊMES
386 CH. VII. — s. II. — MONNAIES STRASBOURGEOISES.
tenir aucun compte des hausses survenues dans le prix de l'argent fin. En 1580, Tévêque de Strasbourg fut poursuivi pour avoir émis des :
zchener ... 60 à 14 l. 14 gr., au marc fin 10 fl. 49 V» kr., 37 kr. de trop demi batzcn 171 à 8 il 24 62
Or à cette époque, les ateliers de la Haute Alsace, qui obtenaient leur argent à un prix de faveur, le payaient 10 fl.30kr. Si le monnayage de l'évêque n'était pas irréprochable, il ne présentait, surtout pour la première espèce, qu'un écart presque insignifiant.
Cette hausse prenait cependant chaque jour des proportions plus menaçantes. Le marc fin qui valait 10 fl. en 1559 et 10 fl. 10 kr. en 1571, s'élevait à 11 fl. 12 kr. en 1581 , et à 12 fl. en 1592. Les monnaies d'appoint subissaient naturellement une dépréciation parallèle. La valeur numéraire du ff. n'était plus que de 0 fr. 0?8 en 1581, de 0 fr. 0358 en 1592. Klippen- a cette dernière date (1592), la ville de Strasbourg se trouva THALER dans un grand embarras. Après la mort de Jean de Mander- DE 1592. scheid, elle avait fait élire, pour évèque, le margrave Georges de Brandebourg, par les chanoines protestants qui résidaient dans ses murs. De leur côté, les chanoines catholiques retirés à Saverne portèrent leurs voix sur le duc Charles, cardinal de Lorraine. Il en résulta une guerre longue et acharnée , et la nécessité, pour la ville, de prendre à sa solde des troupes nombreuses de mercenaires.
Ces troupes , il fallait les payer. L'argent ne manquait pas précisément. La tour aux Pfennings renfermait plus de 8000 marcs en lingots, et, à l'appel du magistrat, les bourgeois fartèrent au trésor une quantité considérable d'argenterie. Mais cet argent n'était pas monnayé.
Or la fabrication d'espèces d'appoint, vu surtout l'outillage arriéré de l'atelier strasbourgeois , était trop lente pour les besoins du service. L'émission deReichsthaler avait aussi ses inconvénients. Si l'on y gravait l'aigle impériale , la ville perdait le fruit de son abstention traditionnelle. Si l'on se servait des anciens coins, il était à craindre que ces thalers ne fussent repoussés par le commerce et n'attirassent sur le magistrat les poursuites du fiscal de l'Empire.
Strasbourg se tira d'afiaire à l'aide d'uneespèce de monnaie
KLIPPENTHALEK DE 1592. 387
obsidionale. Les monnayeurs frappèrent des thalers , des moitiés et des quarts de thaler, à flans carrés (klippenthaler). Pour associer Tévêque et le Chapitre à la responsabilité de ce monnayage extralégal , ils y gravèrent en haut les armes de rÉvêché, et au dessous celles du Grand Chapitre et de la ville. En même temps une ordonnance publique, répandue à profusion, annonça que, la crise passée, le trésor de la ville s'empresserait de les retirer de la circulation '.
L'obstination de Strasbourg à repousser l'aigle impériale ne se démentit jamais. Lorsque le change ne lui procurait pas les thalers nécessaires à ses besoins financiers, il préférait envoyer ses lingots à la Monnaie d'Ensisheim. Il le faisait toutefois sous main, par l'entremise d'un tiers {durch ein dritttnann)^ pour sauver les apparences (4 juin 1597).
Le monnayage de Strasbourg se réduisait du reste à cette époque à des proportions très-modestes. Il se bornait, en général , à des jetons de conseil , et à quelques brèves de kreutzers ou de deniers. Lorsque le maître monnayeur, Gaspard Mock, se plaignait de manquer d'ouvrage, bien qu'il n'eût dans son atelier qu'un ouvrier et un apprenti, on lui répondait sans embage qu'il n'avait qu'à les renvoyer. Il n'avait pas besoin d'aide, pour la besogne qu'on exigeait de lui (1594).
Aussi les renseignements monétaires sont-ils rares pour Monnaiks la seconde moitié du xvi<^ et les premières années du xvir t)r. 1570 siècle. Pour simplifier notre travail, nous avons groupé en un ^ ^^^^• tableau toutes les données que les archives de Strasbourg nous fournissent, soit sur l'atelier municipal, soit sur les autres Monnaies de la Basse Alsace. Deux ou trois indications (celles de 1570 entre autres) sont dues aux essayeurs d'Ensisheim.
On remarquera par ce tableau , qu'au milieu de l'affaiblissement général des espèces monétaires, Strasbourg resta encore fidèle , dans une certaine mesure , à ses vieilles traditions et que son monnayage se distingue par une régularité relative. Il est vrai que c'est à ses monnayeurs que nous devons la plupart de nos renseignements.
1. Ces thalers étaient unifaces et marqués du chiflFre &) (kr.). Comme ils étaient faits en grande partie avec de Targenterie dorée, qu'on n'avait pas eu le temps d'affiner, leur titre variait entre 8 â. 22 gr. et 9 jj., au lieu de 9 d. 12; mais leur poids était régulier (1 once ou 29,23 gram.).