CH. VII. — S. IV. — MONNAIES D EMPIRE
L'empire
VEUT ÉTA^IR
L'ur^TÉ.
règlement monétaire n'est pas autre chose qu'un maximum imposé à la marchandise fabriquée. Or un maximun en appelle un autre. Les cordonniers peuvent-ils accepter qu'on tarife leurs souliers , le salaire de leurs ouvriers , si les tanneurs ne sont pas tarifés à leur tour ? Les États investis du droit de battre monnaie pouvaient-ils s'engager à émettre leurs espèces à un taux immuable, si ceux qui leur vendaient l'argent fin, la matière première , restaient libres de hausser chaque jour leurs prétentions ?
Oui , dirait peut-être un économiste radical. Ils n'avaient qu'à monnayer sur le pied commun, tant que le permettait le prix de l'argent fin. Cette limite atteinte, ils fermaient leurs ateliers , et les mineurs, privés de leurs débouchés, seraient bientôt revenus à des conditions moins dures
L'industrie privée agirait peut-être ainsi. Mais les États du xvi« siècle ne pouvaient raisonner de même. A leurs yeux, le droit de battre monnaie était moins une source de profits qu'un privilège politique, auquel se rattachaient intimement tous les autres privilèges de la cité ou de la seigneurie. On monnayait par tradition, on monnayait par amour propre, on monnayait dans la crainte que le non îisage de ce droit n'entraînât la perte d'autres droits. Plutôt que de fermer l'atelier monétaire , on préférait , comme à Strasbourg , travailler à perte, € pour maintenir la réputation et l'honneur de la ville *. >
Est-il bien vrai, d'ailleurs, qu'en pareil cas l'industrie privée se retirerait aussitôt de la lutte ? N'accepterait-elle pas quelques pertes, dans l'espoir d'un avenir meilleur ? Ne chercherait-elle pas surtout à se maintenir à l'aide de compensations occultes, en diminuant la valeur de la marchandise fabriquée ? C'est là ce que firent les ateliers monétaires du xvi« siècle , nous l'avons vu plus haut. C'est pour cela que les règlements des Empereurs et des diètes n'ont atteint qu'une partie de leur objet. Ils n'ont pas réussi àcr^run monnayage stable, parce qu'ils n'ont pu arrêter la hausse traditionelle de l'argent fin.
En face de ces résistances, les efforts du pouvoir central restaient impuissants. En l'année 1500, l'empereur décida que
1. Zu erhaltung gemeiner Statt réputation und authoritàt, dos mûnt;werck nit wol underwegen und ujffschieben lassen. Décision de 1546.
ESPÈCES qu'il patronne.
tous les ateliers seraient fermés, celui de Hall excepté, jusqu'à ce qu'on fut d'accord sur un règlement commun. Personne ne s'exécuta. En 1512 parut une décision plus modeste. Chaque État fut invité à régler ses monnaies sur celles de ses voisins. Cette invitation eut le môme succès.
Charles-Quint crut enfin pouvoir trancher le nœud gordien en 1524. Il convoqua tous les États à une conférence solennelle, fit établir par ses monnayeurs les bases d'une convention définitive , et interdit provisoirement toute fabrication de batzen et dedemi-batzen. Nouvel échec. La convention fut rejetée à Spire. Les ateliers continuèrent à monnayer , et les poursuites, commencées contre quelques uns d'entre eux, durent être abandonnées par suite des troubles que provoqua la guerre des paysans.
De nouvelles conférences, aussi stériles que les précédentes, furent tenues en 1529, en 1530, en 1532, en 1541, en 1544, en 1548. On accepta toutefois presque partout le tarif de change, que Ferdinand I" édicta en 1542. Charles-Quint fut moins heureux , quand il interdit (5 mai 1549) la fabrication des thalers et des monnaies d'or aux États qui ne possédaient point de mine. Il ne réussit pas davantage, sauf pour les pays directement soumis à la maison d'Autriche, quand il publia, comme loi de l'Empire, en 1551, un règlement monétaire* arrêté par ses officiers.
Nous citerons ce règlement, parcequ'il eut quelque influence sur le monnayage de la Haute Alsace. Mais avant de l'exposer en détail, nous devons dire quelques mots des diverses espèces qui y figurent.
Vers l'année 1485, les électeurs de Saxe, Ernest et Albert— il y en a qui attribuent l'innovation â l'archiduc Sigismond — eurent l'idée de faire frapper une monnaie d'argent qui fût l'équivalent du florin d'or. On la nomma pour cette raison gulden groschen (gros florin), ou simplement gulden (florin;. Les mines du val de S. Joachim (Joachimsthal) adoptèrent la nouvelle monnaie, et en émirent un grand nombre, surtout à partir de 1517. De là le nom de Joachimici^ Joachimsthaler et par abréviation thaler,
. Le florin ou thaler se subdivisait en 15 batzen ou 60 kreutzers. Le kreut\er (cruciger) tire son nom de la croix qu'on y inscrivait. Quant au batzen. il doit être d'origine suisse. En vieil
Espèces
qu'il patronne.
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allemand de Berne, batzen signifie ours, et cette dénomination, après avoir été particulière à une monnaie de Berne , aurait été adoptée avec elle par toute TAllemagne.
Le florin d'argent pesait d'abord une once, marc de Troyes, et s'appelait encore par suite uncialis. Son titre, primitivement fin, descendit plus tard à 15 loths et même à 10 ^. 20 gr.
!'• espèce
Titre.
Poids. en argent.
30 gr. 594 30 gr. 594
Val int.
6 fr. 75 e 33 6 09
A une époque plus récente, probablement après le premier édit de Charles V, le marc de Cologne remplaça le marc de Troyes; en même temps le titre du thaler se fixait à 14 loths Vi • Ainsi titre 890,6 ; poids 29 gr. 230 ; arg. fin 26 gr. 032 ; val. int. 5 fr. 74.
Les trois premières espèces de florins d'argent n'avaient fait que suivre les dépréciations successives du florin d'or, dont la valeur de change cotée à 6 fr. 90 en 1579 , descendit en 1490 à 6 fr. 65, en 1498 à 6 fr. 30 et en 1511 à 6fr. 15. Mais 4e nouveau thaler ne conservait plus ce rapport. Il ne se monnayait même pas partout sur un pied uniforme. Aussi l'édit de change de Ferdinand I" évaluait-il :
le florin d'or à 72 kr. ou 6 fr. 15
le Joachimslhaler à 70 5 97
les autres thalers à 68 5 80
R^.Gi.KMF.NT Telle était la situation, lorsque parut Tédit de 1551. Il réta- DE i;55i. blit, sous le nom de goldgulden^ un florin d'argent de 72 kr., équivalent du florin d'or. Le marc fin, monnayé en goldgulden devait rapporter 8 Va pièces, ou 612 Va kr., ou lOfl. (de 60 kr.) 12 V2 kr., principe que la diète de Spire avait déjà admis en 1549, et que nous retrouverons dans le règlement monétaire de 1559. Pour les monnaies divisionnaires, dont le monnayage était plus coûteux, on passait en sus des 10 fl. 12 72 kr., un certain nombre de kreutzers répondant à ces frais de fabrication.
Voici l'indication des nouvelles monnaies et leur valeur :