LES ÉDITS SONT VIOLÉS
est un desideratum^ que l'homme ne réalisera peut-être jamais. Si les espèces françaises émises en 1726 , ont pu conserver jusqu'à la Révolution leur valeur intrinsèque, c'est grâce au seigneuriage, que l'État s'était réservé et qu'il a successivement amoindri : quelques années plus tard , leur diminution était devenue une nécessité. Si nos monnaies actuelles subsistent depuis le commencement du siècle , cela vient de ce qu'on a pu réduire les frais de fabrication de 1,50 à 1, puis àO,757o ; mais cette ressource semble épuisée, et l'adoption du titre de 835 millièmes^pour certaines^spèces. peut et doit être considérée comme un affaiblissement plus ou moins dissimulé de notre système monétaire. - .
L'éditde 1559, devait subir la loi commune. Les précautions mêmes que Ferdinand P*^ avait prises, pour assurer la bonté de ses monnaies , tournaient contre l'objectif principal de ses efforts, leur stabilité. Il supprima tout seigneuriage; aucune diminution n'était donc possible sur un bénéfice qui n'existait pas. Il supprima tout remède, ou du moins tout profit à réaliser sur ce point. Il ne laissa entre l'argent fin et l'argent monnayé qu'un écart de 2 % , la somme alors strictement nécessaire aux ateliers les mieux outillés , pour les frais de fabrication. Tous les calculs avaient été faits avec tant de rigueur, tout était combiné avec tant d'exactitude , que la moindre hausse dans le prix de l'argent fin devait ébranler tout l'édifice.
Or cette hausse, qui est dans la nature même des choses, on n'avait rien pu faire pour la prévenir. Les mineurs n'avaient consenti à aucune taxe. Le métal précieux , recherché en même temps par cent ateliers rivaux , qui ne pouvaient diminuer leurs frais de fabrication qu'en multipliant leurs produits, était appelé à de prochains renchérissements.
Encore une fois, nous ne voulons pas répéter ici ce que nous avons dit ailleurs sur la hausse de l'argent fin, sur l'impossibilité matérielle d'observer loyalement les ordonnances impériales, sur les moyens que l'on employa pour les éluder. Ces diverses questions se trouvent amplement développées plus haut et dans les deux sections précédentes. Mais nous devons ajouter quelques mots sur l'attitude, que le pouvoir central essaya de garder devant cette situation. Il chercha d'abord à arrêter l'aflFaiblissement des monnaies
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d'appoint. Il décréta les mesures les plus énergiques pour le contrôle de leur monnayage. Il interdit, dès 1570 et 1571, rémission de deniers et d'oboles, sans autorisation spéciale. Les mêmes défenses furent renouvelées en 1576 et i58Z. Mais toutes ces prohibitions et les poursuites qu'elles eurent pour conséquence, ne réussirent qu'à rendre la fraude plus circonspecte et plus prudente.
La diminution des monnaies d'appoint, amena rétablissement d'un agio sur les grosses espèces. Abandonné d'abord à l'appréciation individuelle, cet agio était vague et arbitraire. Les autorités locales voulurent ensuite le régler par des ordonnances. C'est ainsi que Strasbourg fixait, en 1575, le change du thaler à 72 kr., celui du florin d'or à 80, etc. Mais l'empereur interdit formellement toutes ces dérogations au règlement de 1559. Il lui coûtait de voir porter la main sur l'édifice monétaire, si laborieusement élevé, croyait-il, pour le bien de l'Allemagne.
De pareilles innovations n'étaient cependant, ni contraires à la raison , ni compromettantes pour les véritables intérêts du peuple. Comme l'accord, primitivement établi entre les diverses espèces, avait été modifié par le fait des monnayeurs, il était rationnel de modifier aussi les évaluations du Change. Et cette nécessité reconnue , mieux valait fixer les nouveaux rapports des monnaies, par voie d'autorité, plutôt que de l'abandonner aux caprices des particuliers. Takif La chose était si vraie, qu'abandonné par le pouvoir, lecom-
DE merce pourvut lui-même à sa sécurité. En 1585, les négociants réunis à la foire de Francfort, s'assemblèrent spontanément et fixèrent, d'un commun accord, le cours des diverses espèces. Leur tarif qui fut adopté par toute l'Allemagne, s'écarte nrsiblement des évaluations de 1559.
Le ducat fut mis à 111 kr.,au Jieu de loi
le florin d'or ... 82 75
le guldcnthaler (1559) 64 60
le Reichsthaler . . 74 C8
le Konigsthaler . . 81
Alarmé par ces manifestations , l'empereur Rodolphe IL nomma des commissaires (9 août 1596)*, qui durent suivre