REFONTE DE
de banque, et, le 10 avril 1717 , leur cours était devenu obligatoire pour les caisses de l'État. Au mois d'août de cette dernière année, il avait fondé par commandite la Compagnie d'Occident, et obtenu , grâce à la faveur du Régent, la direction réelle des finances du Royaume.
Avec un homme, qui , dans ses diverses publications , en particulier dans son Mémoire sur les Monnaies, avait fait ressortir avec tant de force et d'énergie les déplorables effets des altérations monétaires, on devait croire que les anciens errements seraient franchement abandonnés. Il n'en fut rien. Law fit pour la plus grande gloire de son système , ce que d'autres avaient fait sous la pression des besoins publics ou par une spéculation mal entendue.
Au mois de mai 1718 parut un édil, qui ordonnait la refonte des anciennes espèces et créait les Louis à la croix de Malthe, ainsi que les Écus de Navarre. Les premiers avaient pour titre 22 k. (avec 3 gr. de remède) ou 916,6, poids 7 d. 16 gr. %, 25 au marô (remède 12 gr.) , ou 9 gr. 75, en or 8 gr. 937. Les écus, 10 au marc (36 gr. de remède) à 11 c). (remède 2 gr.), valaient, titre 916,6, poids 24 gr. 475, en argent 22 gr. 433, val. int. 4 fr. 95.
pn même temps était publié un tarif d'évaluation pour les espèces anciennes et nouvelles, que nous accompagnerons de quelques éclaircissements pour l'édification du lecteur. La première colonne comprend l'évaluation elle-même ; la seconde reproduit les mêmes estimations calculées en francs, sur le taux du marc d'argent fin (43 1. 12 s. 8 d.); la troisième indique quelle aurait dû être , d'après la même base, cette valeur numéraire ; enfin la quatrième donne la valeur intrinsèque de chaque pièce. Les espèces d'or sont évaluées d'après la proportion quinzième admise à cette époque.
Refonte
DE
Cours réel.
Cours proport.
Val. Int.
Louis de Malthe .
4 4 fr. 54
3G fr. 75
*i'.) fr. 7o
Louis de Noaillcs.
Louis au soleil . .
Louis ancien. . . .
Écu de Navarre. .
Ecu de 1709 ....
Écu ancien
484 en. VII. — s. vi. — monnaies françaises.
Ce tableau est instructif à plus d'un titre. En comparant la troisième et la quatrième colonne, on voit quel écart considérable la base adoptée laissait entre la valeur numéraire et la valeur intrinsèque de chaque espèce. Sur le métal précieux le rendage était de 19 %• H s'élevait à 20 Vo sur la refonte des espèces anciennes , qui sont toutes estimées audessous de leur valeur intrinsèque ; on n'a qu'à considérer, pour s'en convaincre, la seconde et la troisième colonne. L'écu de 1709, qui aurait dû valoir 7 fr. 66, d'après le prix de l'argent fin, et 9 fr. 27 d'après le cours du nouvel écu , n'est coté qu'à 7 fr, 42, etc. Or le monnayage devait se borner à cette refonte. Personne ne pouvait fournir des métaux précieux au taux fixé par redit.
On ne peut donc s'étonner au premier abord, que l'édit de 1718 ait rencontré dans le parlement la plus vive opposition. Il fut cassé, chambres réunies; et il fallut un lit de justice, pour emporter la sanction de l'enregistrement (26 août).
Au fond cependant, malgré l'énormité du rendage que nous venons de signaler, l'État ne retirait de la refonte qu'un bénéfice très-limité. L'opération avait le même caractère que celle de 1709. Elle avait pour objet le retrait des Billets d* État, qui ne différaient guère des anciens Billets de Monoye, etiqui avaient subi une dépréciation des deux tiers. D'après l'art. 7 de notre Édit , quiconque remettait à la Monnaie 600 1. en vieilles espèces, avait le droit d'y ajouter 240 1. en billets. En retour, il recevait pour 840 livres d'espèces nouvelles. Les 600 1. en espèces anciennes avaient une valeur intrinsèque, de 619 fr.; les 240 1. de billets, réduits à 80 parla dépréciation, ne représentaient que 82 fr. 50 ; total 701 fr. 50. Or les 820 1. en nouvelles espèces , ou 140 pièces de nouveaux écus (4,95), avaient une valeur intrinsèque de 693 fr. Différence : 7 fi-. 50 ou 1 '*/o , c'est-à-dire, la somme nécessaire pour les frais de la refonte.
La combinaison était sans doute onéreuse pour les petites gens, qui ne pouvaient pas regagner sur les billets d'Etat ce qu'ils perdaient sur les monnaies. Elle était funeste à Tordre public, parcequ'elle y jetait un nouvel élément de trouble et de confusion. Mais elle ne pesait en rien sur le grand commerce et sur les banquiers. Elle n'enrichissait point les caisses de l'État. Il est permis de croire que, dans l'opposition du par-
SUPPRESSION DES Mr)NNAîES D ALSACE.
Am
lement, une grande place revient à son animosité personnelle contre Law et contre ses billets de banque.
Ces billets sont en effet l'objectif indirect, mais réel, de Tédit. En retirant de la circulation une certaine quantité de billets d'État, en relevant par suite le cours des autres, on assurait, par le fait même, aux billets de Law , un cours plus facile et un crédit moins contesté.
L'édit de mai 1718 ne parlait point des monnaies d'Alsace. Les autorités locales crurent à une distraction, et s'empressèrent de la réparer. La ville de Strasbourg publia le 8 juin un tarif de change entièrement conforme au tarif français ; elle se bornait à augmenter d'un dixième les évaluations de ce dernier, pour observer le rapport (10 à 11) précédemment adopté entre la monnaie française et la monnaie d'Alsace. Le louis nouveau fut mis à 39 1. 12 s., Técu nouveau à 6 1. 12 s., etc., la pièce de 40 s. à 48 s., celle de 11 s. à 13 sols.
C'était une pieuse illusion, qu'un arrêt du Conseil d'État ne devait pas tarder à détruire (28 juin). « Sa Majesté, y est-il
< dit, estant informée que les peuples de sa Province d'Alsace
< continuent de recevoir et de donner en Payement les espèces
< sur le pied de dix pour cent de plus qu'elles n'ont cours
* dans les autres Provinces, à cause de la plus value cy devant
< establie en Alsace, Et qu'ils ont crû avoir esté obmise dans
^i l'Édit ; A quoy voulant pourvoir Sa M ordonne
H que ledit Édit du mois de May dernier aura son Exécution « dans la Province d'Alsace, sur le mesme pied que dans les
< autres Provinces du Royaume Veut S. M. que les Es-
<j pèces fabriquées dans ses Monnoyes, avant l'Édit du mois
* de May dernier, n'ayent cours dans la Province d'Alsace que
* pendant le temps prescrit par l'art, x * dudit Édit , à l'Ex- « ccption néantmoins des pièces de Quarante sols fabriquées -t dans la Monnoye de Strasbourg, dont Sa M. (à cause de la
< difficulté d'en faire à présent l'affinage) permet le cours en
* Alsace, jusqu'au 1" octobre prochain, sur le pied de quarante « trois sols la pièce dite de quarante sols. Et de celles de vingt € sols, de dix sols et de cinq sols de mesme titre à proportion. tf Après lequel temps et à commencer audit jour premier
Suppression DES monnaies d'alsace.
1. Jusqu'au !•' août en certaines localités, jusqu'au 6 septembre en d'autres.
eu. VII. — s VI. — MONNAIES FRANÇAISES.
« octobre , lesdites Espèces seront décriées de tout cours et « mise dans le commerce. Et seront seulement reçues aux « Hostels des Monnoyes à raison de trente cinq livres dix huit ^< sols deux deniers le marc, avec deux cinquièmes en sus « de Billets de TEstat. »
Telle est l'oraison funèbre des monnaies d'Alsace. Quelques espèces de cuivre ou de billon , les phenins notamment, continuèrent à circuler par tolérance, pendant quelques années *; elles disparurent ensuite sans bruit. Au point de vue monétaire,l'Alsace se trouvait définitivement incorporée à la France.
La surhausse attribuée aux nouvelles espèces, par l'édit de mai 1718, dura toute une année. Elle subit ensuite une légère diminution. On met les
Louis: 12 mai, 35 1.; l*'^ août, 31 1.; 8 oct., 33 1. — s.; 12 déc. , 32 I. Écu » » » 6 1. 16 s. ; » 5 1. 12 s.
Des décris plus considérables étaient édictés. Mais Law, qui depuis le 1" juillet avait obtenu la ferme des monnaies, décida, au mois de décembre de la même année 1719, une refonte générale des espèces françaises. Il les remplaça par des
livres d'argent (65 Vu à 12 â.) • . quinzains d'or « (65 ^/n à 21 kar.)
Titre.
Poids.
3 gr. "37 3 737
Val inl.
0 fr. 824
Systk.me Law était alors au comble de sa gloire. Les actions de DE LAW. la Compagnie des Indes, émises à 500 1. en billets d'État, à 160 1. en valeur réelle, valaient 10000 1. Il croyait touchera la réalisation de son rêve : la suppression du numéraire et son remplacement par le papier monnaie. C'était à ses yeux la pierre philosophale, le gage d'une prospérité, désormais sans nuage et sans limite. Appuyé sur le crédit et armé d'une presse, il défiait la disette et tous les désastres publics. Comme la hausse dans le prix des denrées n'est qu'apparente, quand elle correspond à un accroissement parallèle des ressources
1. On les retrouve évalués à 12 d. le 9 août 1720, à 9 d. le 21 sept., à 6 d. le 24 novembre, à 5 d. le 8 février 1721 , à 4 V« d- le ^ août. Ces estimations leur supposent une valeur de 0 fr. 020o.
2. Remède des quiazains: titre 3 gr. ; poids, «/n pièce — Livres, titre G gr.; poids, ^'/n pièce.