LOUIS XIV S*EN EMPARE
dant de la Grange était chargé d'y commettre le nombre d'officiers, ouvriers et monnayeurs qu'il jugerait nécessaire.
M. de Bernecourt reçut la direction de la nouvelle Monnaie. La ville dut mettre à sa disposition l'atelier (Mûnt:{hof) situé dans la rue des Fribourgeois et le moulin qui servait au laminage {MUnt\mtihl)^ « mais non la MUnt\ située en fece de la PÊiltz, où se trouvaient conservés les dépôts de la Banque ». On lui remit en outre tout l'outillage de la Monnaie, après en avoir fait dresser un inventaire minutieux.
Grâce à une interprétation pharisaïque de l'ordonnance royale de 1690 , Strasbourg avait conservé une partie de son monnayage. On supposa que la défense de monnayer ne frappait que les fermiers , et les espèces qu'ils fabriquaient. Or, nous l'avons dit plus haut, la ville s'était réservé le monnayage des ducats et florins d'or, des jetons de conseil, des deniers et oboles de Strasbourg. Elle continua donc , malgré l'interdiction, rémission de ces diverses monnaies et en augmenta même l'importance. Voici du reste les chiffres auxquels s'élève ce monnayage particulier :
1686-87 : 767 «f. 4 /». 10 9, ou 5156 fr.
En 1695, Strasbourg espéra conserver ce modeste débris de ses anciens droits. L'intendance se montrait favorable à cette manière de voir. Il fut même dit formellement à la Chambre des XV, € que la ville pourrait continuer à monnayer des ducats, des florins d'or , des deniers et des oboles *. > Mais rien ne nous permet de croire à une réalisation, même éphémère, de pareilles espérances *.
1. 24 novembre. Was die ducaten , goldgulden, pfenning und heller betrejjé, man aufseiten der Statt mit dero mûnt:(en continuiren kônte.
2. On voit par ces détails combien se trompent Hcrmann, Berstett, Lcvrault et tous ceux qui jusqu'ici se sont occupés de cette histoire, quand ils affirment que la ville fut privée, dès 1681, du droit de fabriquer des monnaies d*or, et qu'elle conserva jusqu'en 1716 celui de monnayer Fargent,
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L'occupation de Tatelier monétaire était du reste présentée par les autorités françaises comme un fait transitoire , qui devait cesser à la fin de la guerre. Le magistrat persista donc dans son attitude , et quand Tintendance lui offrit un loyer annuel de 3000 1. pour les bâtiments et l'outillage de la Monnaie , il refusa, dans la crainte que l'acceptation d'un loyer ne fut regardée comme une renonciation à ses droits.
Mais la paix fut signée en 1697 , et les monnayeurs du roi n'en restèrent pas moins à leur poste. La ville comprit alors que tout espoir de restitution devait être abandonné et que, ' si elle ne voulait pas tout perdre, elle ferait bien de réclamer
le loyer qu'elle avait autrefois repoussé. L'administration française accueillit avec empressement cette demande. On voyait avec plaisir le magistrat céder sur le fond, pour se rejeter sur un détail accessoire. Dés le 25 octobre 1701 parut un arrêt du Conseil d'État , qui statua que le directeur général I des Monnaies paierait à la ville une location annuelle de
12001., à valoir depuis le jour de Noél 1693, date de l'installation des officiers royaux.
Peu de temps après, Louis xiv donna une consécration défi- , nitive à sa prise de possession. Les offices de la Monnaie, qui
I n'avaient été exercés j usqu'à cette époque que par commission,
I furent érigés en titre par édit de Mars 1702. Les articles xiii
I et XIV de cette ordonnance ont pour objet spécial l'organisa-
1 tion de la Monnaie de Strasbourg.
Ici s'arrête, en réalité , l'histoire de l'atelier de Strasbourg. I II est définitivement et directement soumis à l'administra-
' tion française ; il a perdu toute autonomie , toute vie propre
et indépendante. Nous nous permettrons toutefois d'ajouter I quelques mots. Ils ne sont pas étrangers à la question qui
! nous préoccupe, et jetteront quelque lumière sur des faits plus
I ou moins bien connus de l'histoire de Strasbourg.
I L^ ^jj^j^g Les droits de Strasbourg sur son ancien atelier se bornaient
CÈDE donc à un loyer annuel de 1200 1., porté â 1600 1., en 1703. * l'hôtel des Deux marchands de Paris , les nommés Hindre et Hœguer,
1 MONNAIES, avaient traité avec le ministère pour febriquer à Strasbourg
12 millions en pièces de 11 et 5 V2 sols. Mais arrivés sur place, ' ils se prétendirent à l'étroit, et exigèrent qu'on mit à leur dis-
I position deux maisons qui avoisinaient le moulin de la Mon-
naie. De là cette augmentation de 400 1.
LA VILLE CÈDE l'hÔTEL DES MONNAIES. 61
Ce loyer entraînait , pour la ville , la charge d'entretenir et de réparer les bâtiments de la Monnaie. En 1739, les officiers du Roi profitèrent de cette obligation, pour exiger du magistrat la restauration de l'hôtel qu'ils occupaient, et l'acquisition d'une maison voisine, appelée le Louvre. L'ensemble de ces dépenses , suivant les devis de l'ingénieur , montait à 62 817 1. En compensation , on offrait d'augmenter le loyer d'une somme proportionnelle au prix du Louvre (18 000 1.).
Un pareil dédommagement ne pouvait guère toucher le magistrat , d'autant plus que depuis quelques années (1722) il n'avait rien touché du loyer précédemment consenti. Il lui semblait d'ailleurs que dans leurs réclamations , les officiers de la Monnaie étaient plus préoccupés de leurs commodités personnelles que du bien du service. Il résista donc avec énergie à la pression de l'intendance ; et quand il vit tout espoir perdu, il se résigna à une résolution héroïque. Tous les bâtiments qui dépendaient de la Monnaie furent abandonnés au roi, sous forme de don gratuit (8 oct. 1740).
La donation faite , tout lien entre la ville et l'atelier monétaire se trouvait rompu. La paix paraissait désormais assurée. Elle ne dura cependant que jusqu'en 1759.
Le préteur royal de Strasbourg, M. de Klinglin, s'était dernières fait construire , en 1730 , un magnifique hôtel sur remplace- destinée^ ment du Maurerhof, que la ville lui avait concédé pour une ^^ ^^ rente foncière de 100 1. , réduite en 1736 à 20 sols. En 1744 ^«^^aie (26 juin), M. de Klinglin, pressé par des embarras financiers, Strasbourg. vendit son hôtel à la ville pour 200,000 1., à condition qu'il servirait désormais au logement des préteurs, et continua à l'occuper en cette qualité. Mais ce bâtiment parut trop vaste à son successeur, l'abbé de Régemorte ; et l'on permit à l'intendant, M. de Lucé, de s'y installer. Le nouveau préteur refusa même de s'établir à l'intendance, qu'on mit à sa disposition, et préféra demeurer avec son frère, chanoine de S. Pierre le jeune.
C'est en ce moment que les officiers de la Monnaie constatèrent de nouveau, que leur atelier exigeait des réparations majeures. Pour ne pas interrompre le service du roi et la fabrication des espèces, ils proposèrent de s'établir, pendant le cours des travaux , dans le local, actuellement vacant, de l'intendance.
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Dès que le magistrat eut connaissance de ces projets, il en conçut de sérieuses alarmes. Il avait trop d'expérience pour ne pas prévoir qu'une fois installée à l'intendance , la Monnaie n'en sortirait plus.
Aussi ne négligea-t-il rien pour détourner l'orage. L'intendance , disait-il , n'était pas précisément vacante. On y avait logé plusieurs employés , qu'on ne pouvait en expulser sans dédommagements, et les successeurs de M. de Regemorte avaient le droit de la réclamer. Une installation provisoire dans ce bâtiment serait en outre onéreuse à l'État. Il faudrait l'approprier à cette destination, puis, la restauration de la Monnaie terminée, le remettre dans son état antérieur. Le plus économique serait de reconstruire la Monnaie par parties, sans faire aucun déplacement.
Il crut même le moment favorable à une proposition plus radicale. Il offrit de rembourser aux officiers de la Monnaie le prix de leurs charges, si on lui laissait le droit d'en nommer d'autres , placés sous la surveillance d'une commission municipale. Il s'engageait à observer toutes les ordonnances du roi et à lui abandonner tous les profits du monnayage , se contentait des anciens locaux de la Monnaie et ne réclamait pour ses employés que les appointements des oflBciers actuels. De la sorte le roi conservait tous ses revenus , continuait à diriger les opérations de la Monnaie, et se trouvait déchargé des énormes dépenses qu'on voulait lui imposer.
L'administration n'accepta, ni ces faux-fuyants, ni ces conseils, ni ces offres, et quand le magistrat la vit persister dans ses desseins, il chercha à tirer de la situation le meilleur parti possible. Il céda l'intendance (8 oct. 1759) moyennant la restitution de l'ancienne Monnaie, avec une plus value de 24 652 1. 16 s. , qu'on lui accorda après de longues négociations.
Quelques années plus tard l'atelier de Strasbourg se trouva menacé d'une suppression complète. La cession de 1740 comprenait , outre l'hôtel de la rue des Fribourgeois , deux des cinq tournants de la 5/7iï:{m/^A/e, qui depuis plus d'un siècle servaient au laminage des barres. Vers 1775 cette dépendance de la Monnaie exigeait des réparations pour une soixantaine de mille livres. Le ministère trouvait cette dépense trop forte pour un établissement, qui ne rapportait, disait-il, que les