‹ Études égyptiennesChapitre 2 sur 47 · PRINCE PRÉDESTINÉ · texte numérisé non relu

PRINCE PRÉDESTINÉ

Le Conte du Prince prédestiné est l'un des ouvrages que renferme le papyrus Harris n° 5oo, récemment acquis par le British Muséum. Il a été découvert et traduit en anglais par M. Goodwin \ analysé rapidement par M. Chabas, d'après la traduction de M. Goodwin 3 ; mais le texte égyptien n'a jamais été publié jusqu'à présent. MM. Maisonneuve et Leclerc en ont (ait prendre par M. Manseli une photographie qu'ils m'ont remise , et d'après laquelle j'ai pu exécuter la transcription hiéroglyphique.

On dit que le manuscrit était intact au moment

1 Lu le A mars 1874 , à la Société d'archéologie biblique, publié bientôt après dans les Transactions de celte Société, t. III, p. 34 a- 356, et dans les Records ofthe Past, t. II , p. 1 5 3- 160. C'est M. Goodwin qui a donné au récit ce titre de Conte da Prince prédestiné ( Taie of the doomed Prince), fous lequel il est connu dans la science.

• Comptes rendus de VAcailémie des inscriptions et belles-lettres , 1X74. p. 1 18-1 ÏO.

de la découverte; il aurait été mutilé, quelques années plus tard, par l'explosion d'une poudrière qui renversa en partie la maison où il était en dépôt, à Alexandrie d'Egypte. On pense qu'une copie, dessinée par M. Harris avant le désastre, a conservé les parties détruites dans l'original; mais personne ne connaît pour le moment l'endroit où se trouve cette copie. Dans son état actuel, le Conte du Prince prédestiné couvre quatre pages et demie. La dernière ligne de la première , de la seconde et de la troisième page, la première ligne de la seconde, de la troisième et de la quatrième page , ont disparu en partie. Toute la moitié de droite de la quatrième page, à partir de la ligne 8 jusqu'à la ligne i&, est effacée ou détruite presque entièrement. Enfin la cinquième page , outre quelques déchirures de peu d'importance, a perdu sur la gauche le tiers environ de toutes ses lignes. Néanmoins , le ton du récit est si simple et l'enchaînement des idées si facile à suivre, qu'on peut combler la plupart des lacunes et restituer la lettre même du texte. L'écriture est d'ailleurs petite et rapide; elle se rapproche plus du type Anastasi I 348, de Leyde , que du type Sallier II ou Anastasi IV de Londres. Elle renferme un assez grand nombre de formes très-curieuses , souvent presque identiques aux formes démotiques, 3 pour ^ , 3 en démotique, % pour ^J, *) en démotique, etc. J'inclinerai donc à placer sinon la composition du conte, au moins la rédaction du manuscrit, vers la fin ou le milieu de la XX' dynastie au plus tôt.

On ne saurait trop admirer la science et l'habileté dont M. Goodwin a fait preuve en interprétant ce texte. La traduction que je propose diffère de la sienne par le détail : travaillant moins vite , j'ai pu laisser moins de lacunes à combler. La langue dans laquelle l'auteur anonyme a rédigé son œuvre est claire, aisée, presque triviale d'allure, très-propre à servir de sujet d'analyse aux débutants.

J.c2 l JL^-+ZJ'J«ï«îTîlliP«.>.

v*&wn*>:Lr,?r; # -ji];»

Il y avait une fois un roi , — à qui ne naissait pas d'enfant mâ[le. — Son cœur en fut tout attristé, — et] il [demanda] un garçon aux dieux. — Ils décré-

1 Le début du Papyrus cTOrbiney donne une formule analogue,

^\^ j^ Tl\ peu distincte clans le fac-similé , mais bien reconnaissante sur l'original.

1 Litt. : iun enfant aux dieux, en son lieu.* La lacune renferme

les dernières lettres du mot ^- j^\ i & * ' eft premières d'un verbe de prière et, entre les deux, une courte formule de trois ou quatre mots au plus. Je me suis laissé guider dans la restitution par le sens général, et aussi par l'usage constant des contes popn laires. La rhétorique des contes populaires veut, en effet, qu'un roi qui n'a pas d'enfant mâle s'en afflige avant de s'adresser à Dieu poui

en avoir un. La locution \ e ^ e e ,^j , i étant son cœur mauvais • , qu'on trouve à la ligne 5, remplit juste la lacune, une fois

qu'on a réservé la place nécessaire aux lettres \ >£ de J[J- j^J \

tèrent de lui en faire naître [un] , — il coucha avec sa femme pendant la nuit, — et alors [elle] conçut :

— accomplis les mois de la naissance, — voici que naquit un enfant mâle. — Quand les Hathors vinrent

— pour lui destiner un destin , — elles dirent : « Qu'il

^ et au verbe de prière. Ce verbe ne saurait être autre chose que

I J a W jH (Brug 80 "» ^ lc '- P* * 1 9°) ou ^ *"J X W 3) (Brugsch, Dict. p. i632), les seuls parmi les mots de cette classe qui aient

pour determinatif constant |OU y devant jjj.

1 La lacune est complétée d'après le passage correspondant du

Papyms d'Orbimy ( pi. XVIII , 1. 4-8 ): ^JJLÎ^ÎwV**

* j* l'^l^ky f ** ^ J^ jf % , « Et elle sentit qu elle concevait •

1 Xexpliquerai plus loin le rôle que jouent les Hathors; pour le moment, il suffit de savoir quelles sont l'analogue des fées marraines des contes populaires.

3 Pour le sens destin, attribuer un destin, de la racine Mil j^j ,

Mil j^ ^ £t, voir le commentaire. M. Gooclwin traduit rxartement : «When the Hathors came to greet him at his birth, they said that lie would eitlicr die by a crocodile, a serpent, or a dogt (p. 35 1).

meure par le crocodile, — ou par le serpent, — voire par le chien ! » — Gomme |T]entcndirent les gens qui étaient avec l'enfant, — ils [l']allèrent dire à Sa Majesté, v. s. f. — [et] Sa Majesté, v. s. f. en eut le cœur tout attristé. — Sa Majesté, v. s. f. [lui] fit construire une maison] — élevée (?) sur la montagne , — garnie dTiommes et de toutes les bonnes choses du logis du roi , v. s. f. , — car 1 enfant n en

1 Le scribe avait d'abord passé /£ ^ J : il a ensuit j intercalé ces deux mots dans l'entre-ligne.

1 La préposition #■■"* a remplacé dans cettj locution la préposition *=> plus usitée aux époques antérieures. JZTJ est l'origine de la

préposition copte ItÇJUL, avec.

' y J[|«, tv. s. f. », est l'abréviation de la formule «fie, santé, force! • , que Ton met après le nom ou le titre des Pharaons.

4 La lacune est comblée presque entièrement au moyen du passage parallèle de la planche II , 1. 4 : \ y ^ jj/J / T* ' , r3 t .La

barre i de , est encore visible à la fin de la lacune. Le mot qui suit et qui terminait la ligne est malheureusement indéchiffrable : le contexte exige soit « élevée sur la montagne», soit •donnant sur la montagne».

u*v» f ~5 # (ixr:T»\ÂTm

sortait pas. — Et [quand] l'enfant fut grand, — il monta sur le faîte de sa maison , — et aperçut un chien qui marchait derrière un homme, — qui allait sur la route. — Il dit à son page qui était avec lui : — « Qu'est-ce qui marche der[rière] ï homme — qui chemine sur [la] route ?» — Le page lui dit : — « C'est un chien ! » — L'enfant lui dit : — « Qu'on m'en apporte un tout pareil !» — Le page l'alla

1 Le groupe ^ , est suivi dans l'original d'un aigle 'fa, qu'on trouve assez fréquemment dans d'autres papyrus de la même époque. (Cf. Papy ras Harris 500, verso, P. II, 1. 7.) Ce sigle parait n'être

qu'une abréviation cursive du groupe £ , lui-même, qui devint une sorte d'idéogramme du sens individu, Itomme, et finit par être employée comme déterminatif du groupe £ ,.

1 Sur cette forme grammaticale , voir Mélanges d'archéologie égyptienne et assyrienne, t. JU, p. 7G, note 3, tt Zeilschrift, 1877, p. 111 1 1 3

*-[^U]nWÀ*~a=*±'-f::~

redire & Sa Majesté, v. s. f., — et Sa Majesté v. s. f. dit : — «Qu'on lui amène un jeune chien courant,

— [afin qu'il ne] s'afflige [point] !» — Et on lui amena le chien.

Et, après que les jours eurent passé là-dessus,

— quand l'enfant eut pris de l'âge — en tous ses

1 Le mot A A a nest n i c ^ ans Birch t ni dan» Brugsch. Pierret (Vocabulaire hiéroglyphique, p. 648) le donne , d'a près E. de

Rougé , avec la traduction/ràmr (?) , dans la phrase : ^ï T ** **

j± ^J Q ^^ % (Lepsius, Denkm. III, 107 a). Ici l'épithète est appliquée à un chien, ce qui écarte le sens frémir et nous ramène au

sens courir, indiqué par les déterminatift a : «Toute contrée accourt à ton lever ! • , et 1 Qu'on lui amène un petit coureur, un jeune

chien courant ». L'égyptien, d'ailleurs , a une racine j? , £ A £ A ^

apparentée a A ^ j\ , mais plus usitée. Le sens tressaillir, être

saisi de convulsion, que m m v 1 a dans le Papyrus d'Orbiney (pi. XVI, 1. 8), vient probablement du sens courir, sauter, de

1 La restitution [^csj^] JJ est exigée par le sens cl remplit exactement la lacune.

3 Les signes * ^^ )J sont inutiles au sens : ils ont été amenés

membres, — il manda à son père, — disant : «Allons! Pourquoi être comme les fainéants? — Puisque [je] suis destiné à un sort fâcheux, — [n*]agirai-je jamais selon ma volonté? — Quant à Dieu, qu'il

agisse à sa volonté ! n — On lui [ — donna]

toute sorte d armes; — [on lui donna aussi] son [chien] pour [le] suivre; — on le transporta à la

| ar le deUrminatif [J que le scribe aura isolé du mot précédent

pour en faire un mot spécial : iM* T& J.

1 Le mot à mot donne : « Pourquoi faire comme les je reste assis ? » , en d'autres termes, t comme les fainéants 9. J'ai déjà eu occasion de parler des substantifs formés par le verbe à la troisième personne singulier du présent ou du passé (Mélanges £ archéologie, t III, p. 80 , note 1) : je reviendrai bientôt, dans un mémoire spécial, sur les substantifs formés par la première personne singulier du présent ou du passé.

* Un mot illisible.

3 Littéralement : 1 Ce que fait le dieu , soit fait ce qui est dans son cœur. >

4 Litt. : t On le transporta par eau. •

région orientale — et on lui dit : « Ah ! va où tu désires ! » — Son chien [était] avec lui : — il s'en alla selon son caprice, h travers le pays, — vivant des prémices de tout le gibier du pays. — Arrivé pour

1 * X? ^ , est traduit par Brugsch (Dict. p. 880} ■ein Sandsieinblock, Sandsteinfelsen*. C babas [Mélanges égyptologiqnes , 3" séri.-, i. U, p. s52) Ta trouvé dans un des papyrus hiératiques de Bologne et lui a donne le sens de zone, dans une phrase où il est

question des dieux et des déesses du m ^ m *J , (l v , .

1 Le scribe avait écrit après W J^ ^^ un mot qu'il a supprimé ensuite. Le manuscrit a en cet endroit une tache noire sous laquelle

les signes effacés se voient encore à moitié: le #■■"* de *""*T I*

j*!i est en partie engagé dans la tache.

9 LitL : ill descendit le fleuve», c'est- à -dire til remonta vers le

nord ». Cf. pour ce sens de . ^ las Mélanges d archéologie égyptienne et assyrienne, t III, p. 72 , note 1.

4 La restitution ^ L 1 1 1 J remplit exactement la lacune. On pourrait objecter que le prince , ignorant encore T histoire de la princesse

de Naharanaa , m pouvait voyager avec l'intention de e \* , t voler vers elle ». L'auteur égyptien a cru pouvoir mettre par avance le lecteur dans la conGdence de ce qui allait se passer. C'est ainsi que dans le Roman des deux Frères , les magiciens de Pharaon , tout en ignorant l'endroit précis où est la femme que Pharaon convoite , envoient des messagers vers toutes les contrées et recommandent spécialement qu'on donne une fortj escorte au messager qui se rendait à la Vallée du Cèdre , comme s'ils savaient que là résidait la fille des dieux.

V— 3* cr non ïlKM a nnn.n^XT^

in i *-* i ^ il a « e. i ^ iTi iti ni iii m /v

p^p-f^rîïK:<i:r^Tïz;xs-*

s'envo[ler] vers le prince de Naharanna * — voici , il n'était point né d'enfant au prince de Naharanna — [sauf] une fille. — Or, lui ayant construit une maison , — dont les LXX fenêtres étaient éloignées du sol de LXX coudées, — il [se] fit amener tous les enfants — des princes du pays de Khar, — et il leur dit : — «Celui qui atteindra la fenêtre de ma fille, — elle lui sera [donnée] pour femme ! »

Or, beaucoup de jours après que ces [événements] furent accomplis , — tandis que les princes de Syrie étaient à leur occupation journalière, — le prince

1 On peut se demander si le chiffre n n a P as L '^ introduit

par erreur derrière le mot |'^J* r?» partout ailleurs il est que» tion de la fenêtre de la princesse.

ii y

*-»* rv k— i «i» 1 1 1 1 1 1 i .1 1 1 1 a m iMM« /v .«».

d'Egypte étant venu à passer à l'endroit où ils étaient, — ils conduisirent le prince à leur maison, — ils le mirent au bain , — ils donnèrent la provende à ses chevaux, — ils firent toute sorte de choses au prince : — ils le parfumèrent , — ils lui oignirent les pieds, — ils lui donnèrent de leur pain, — ils lui dirent en manière de conversation : — « D'où viens-tu, bon jeune homme?» — Il leur dit : — uMoi, je suis fils d'un officier de cavalerie du pays d'Egypte. Ma mère mourut, — mon père prit une

1 r£ JrVl Vil ii i el pl"" haut "J^ [', , , sont de véritables pronoms possessifs, les leurs, origine des formes du pronom possessif copte; je les ai déjà signalé* dans l'inscription du roi éthiopien Nastoseoen ( Transactions ofthe Society of Biblical Archœoloqy, I. IV,

J«;iliP«\rr.M«FX«TlliP^*MATJ»

autre femme. — Quand survinrent des enfants, — elle se mit à me haïr, — et je me suis enfui devant elle. » — Ils le serrèrent dans leurs bras , — ils le couvrirent [de baisers.

*■' Or, après que beaucoup de jours eurent passé] ià- [dessus], — il dit aux princes : — uQue faites-[vous

donc ici ?» — Ils lui dirent : — t»

— et celui qui] atteindra [la fe]nêtre — de la fille du prince de Naha[ranna , — on] la lui donnera pour

1 Litt. : t Ils le flairèrent en tous ses membres. » La restitution est faite d'après le passage analogue «le la page IV, 1. 2 .: \ x ,

r*—r jr# # 8 <— ' I l l ^B^ •

1 La restitution est commandée par le contexte. Les signes qui terminent la ligne et qui sont en partit* détruits appartenaient au discours du jeune prince.

ITUZrÉJLXS'JMîJM^.'MT*

[femme. » — II] leur dit : — « S'il vous plaît, je ferai une prière aux dieux (?) — et j'irai m'envoler avec vous. » — Ils allèrent s'envoler comme [c'était] leur occupation de chaque jour, — et le prince se tint éloigné pour voir — et la figure de la fille du chef de Naharanna lui plut. — Or, après que [des jours] eurent passé là-dessus, le prince s'en alla pour

1 Le premier signe du verbe ^J ^ ^J nc m'est pas connu. Je ne l'ai rencontra qu'un.; autre fois au cour» de mes études dans le Papyrus de Berlin n° I, 1. 7 a (cf. Mélanges dwchéologie éyvp tienne et assyrienne, t. III, p. 83 it Sa , note 1 ). Le mot qui sert dj complément au verbe est à moitié détniit. L'ensemble de la phrase semble indiquer que le prince, avant d'entreprendre l'opération qui doit lui donner la main de la princesse, demande, la permission de réciter une prière ou de prononcer une évocation magique.

5 Goodwin a vu dans ce membre de phrase une allusion à la ser-

vante de la princesse. Il est bien certain quv» le manuscrit porte , ■ la face • , suivi de **""»* .surmonté d'un point , comme c'est la règle presque générale dans noire manuscrit. Le cL rnier mot de la phrase» est indéchiffrable. Je l'ai traduit i onjecturalement par « lui plut».

s envoler avec les enfants des chefs f — et il s envola ,

— et il atteignit la fenêtre de la fille — du chef de Naharanna; — elle le baisa et l'embrassa dans tous ses membres.

On s'en alla pour réjouir le cœur du père de la princesse, — et on lui dit : a Un des hommes — a atteint la fenêtre de ta fille. » — Le prince interrogea le messager, — disant : u Le (ils duquel des princes? n

— On lui dit : — a Le fils d'un officier de cavalerie ,

— venu en fugitif du pays d'Egypte, — pour [échapper à] sa [belle-]mère , quand elle eut des enfants 1 . »

1 La phrase est un peu obscure : c'est l'abrège* par trop succinct

lit i i/C i 1^ JLJS-..Jr3 *» A « « w A»

— Le prince de Naharanna se mit très-fort en colère. — Il dit : 4i Est-ce que moi je donnerai ma fille

— au transfuge du pays d'Egypte ? — Qu'il s'en retourne !» — On alla dire [au prince] : — « Retournet'en au lieu d'où tu es venu. » — Mais la princesse le saisit, — et elle jura par Dieu, disant : — « Par Râ Har[makhis] ! — Si on me l'arrache, — je ne mangerai plus, je ne boirai plus, — je mourrai sur [l'heure]. » — Le messager alla pour [répéter] tous les discours — qu'elle avait tenus à son père; — et

du discours que la prince d'Egypte a tenu plus haut aux enfants des princes de Syrie.

1 ▼ ^j*. ^tll • est la forme emphatique du pronom de la première |K?rsonnc. (Cf. Mélanges d archéologie égyptienne et assyrienne* t. H! , p. 82 , note 5 1 p. 1 4? , note 1 , et p. 1 !\l\ , note 1.)

pj.i*M«xtt*î j = , »fcÂ-*j:r [p~rî!~x°r*::^[*A e ^]--

ÎJa]::rXIIU<l*'£JLXM*?

ÊJLX£«JM«S5M»-M?ST

le prince envoya des gens pour le tuer, — tandis qu'il était dans sa maison. — La princesse [leur] dit :

— «Par Râ! Si on le tue, — au coucher du soleil, je serai morte; — je ne passerai pas une heure de vie , — » — On l'[alla dire] à son père.

— Le [chef fit amener] le [prince d'Egypte avec la] princesse. — [Le prince fut saisi de] terreur, — quand [il vint devant] le chef; — mais celui-ci l'embrassa , — le couvrit de baisers , — et lui dit : « [Contemoi qui] tu es , — car voici tu es pour moi un cn-

1 La restitution e,st probable, mai* non entièrement certaine.

K*r£CTJn:riv*r?::ji:ci

fant! » — Le prince dit : — « Moi, je suis l'enfant d'un officier de cavalerie du pays d'Egypte. — Ma mère mourut, — mon père prit une autre femme.

— Elle se mit à me haïr, — et moi je me suis enfui devant elle. » — Le chef lui donna sa fille pour femme; — il lui donna [une maison, des vassaux], des champs, aussi des bestiaux, [et] toute sorte de bonnes choses.

Or après que [les jours] eurent passé là-dessus, — le jeune homme dit à sa femme : — «Je suis prédestiné à trois destins : — le crocodile , — le serpent,

— le chien. » — Elle lui dit : « Qu'on tue [le chien]

1 Les débris de signe qu'on voit en cet endroit correspondent exactenient a la forme hiératique du groupe ^ , ,*f ,, tel qu'il est donné

P JL« <vl [?] ~ l*- s * £ .1 P.? OR — X

l^.^•^^gf?r^>^^^ , ^^;'^

qui t appartient. » — Il lui dit : — « Je ne

tuerai pas mon chien, — que j'ai élevé quand il était petit !» — Elle [craignit (?)] pour son mari beaucoup, beaucoup, — - et [elle] ne le laissa plus sortir seul. — On — la terre

quelques pages plus haut (pi. III, 1. 12), dans l'histoire de Thoutii

et du prince de Joppè , avec j| pour déterminaiif. 1 Litt. : tQui est devant toi. •

* Un mot illisible.

1 Litt : fJ*ai fait devenir lui quand il était petit.*

* Le mot à mot serait : «// (*|f *) ne le (*— ) faisait pas sortir au dehors t v ce qui pourrait s'interpréter : « Le prince ne laissait pas sortir son chien dehors s, peut-être pour empêcher que la princesse

ne fît tuer la bête clandestinement Toutefois, à cette époque, ^ *

avait perdu sa voyelle finale, et se prononçait |", ce qui expliqne

pourquoi on trouve : 1* (', d'ordinaire pronom féminin , employé

souvent comme variante non vocalisée de ^f f ; a° *|* * , d'ordinaire

pronom masculin , employé comme variante graphique de (', pronom

féminin. A 1 époque démotique n~ n'est plus qu'une variante de |'

féminin. Je pense donc qu'ici 4** n'est, comme dans bien d'autres

endroits, qu'une variante abusive de |' et se rapporte à la princesse: • ElU ne le (*-*-, le prince) laissait plus sortir seul. •

w^. s.sW' ' 'X&vm&ak''/-' <■■ . W'«'-\ JC m 11 8 71 Jl S7^ %"^

r Ji - - ^ ATeO *0ll ra *o <->J»lk

d'Egypte pour se promener çà et là(?). — Or voici le crocodile du lac [sortit du lac] — et il vint au milieu du bourg où était le prince. — [On l'enferma dans un logis] — où il y avait un géant. — Lé géant ne laissait point sortir le crocodile, — [et quand] le crocodile [dormait], — le géant sortait pour se promener. — Et quand le soleil se [levait, — le géant rentrait dans le logis» — et cela,] tous les jours, — pendant un intervalle d'un mois deux jours.

1 Goodwin traduit c to catch birds. » f A J^ j A signifie au propre courir aprèi . . . , puis , par dérivation , parcourir . . . , courir à travers le pays. La lacune empêche qu'on ne puisse donner un sens précis au passage de notre texte où ce mot se rencontre.

1 Toute cette partie du texte est trop mutilée pour qu'on puisse en restituer la lettre exacte ou en donner autre chose qu'une traduction conjecturale.

sï:ïHxaxu];!n^i

5i"ZKlAH::T~[!:jlTtM^]

,t. s xiXw!^TP^!Sa-!wT3lÉ'

Et, après que les jours eurent passé là-dessus, — le prince resta pour se divertir — dans sa maison.

— Quand la nuit vint, — le prince se coucha sur sa natte, — et le sommeil s'empara de ses membres.

— Sa femme emplit un • . — Quand un

[serpent] sortit [de son] trou, — pour mordre le prince, — voici sa femme était auprès de lui, — [ig^is] non couchée. — Alors les [servantes donnèrent du lait] au serpent, — il en but, — il s'enivra,

1 Une déchirure du papyrus a enlevé environ un quart de la ligne : les caractères qui précèdent et qui .suivent la lacune sont illisibles sur la photographie.

* A partir de cet endroit , chaque ligne a perdu sur la gauche un quart environ de sa longueur totale.

3 Goodwin suppose qu'on donna au serpent du vin ou quelque

L* ♦!> * H f A 11 JL 1# ^r ' \1 ' w *f* i ~'

«]+«"W-?Ja

— il resta couché le ventre en lair; — et [la femme] le [fit pé]rir avec des coups — de sa pique. — On réveilla le mari , — [qui fut saisi d'étonnement] , — et elle lui dit : — « Vois! ton dieu ta donné — un de tes sorts entre tes mains ; — il [te] donnera [les autres. » II] présenta des offrandes à Dieu , — l'adora et exalta sa puissance, — tous les jours de sa vie.

autre liqueur enivrante. Aujourd'hui encore , en Egypte , on attire les serpents au moyen de lait pur ou sucré de miel : la béte se gorge au point de ne plus pouvoir remuer.

r Litt. : « Il se coucha à la renverse. » y^ ^, est suivi dans l'original de deux signes que Ton peut interpréter de différentes manières. La transcription ^* i m'a paru être plus conforme à l'usage commun.

1 La restitution [ ^ ra J^J 1 * * , litt. : « le faire descendre , le faire tomber», est douteuse.

9 Ce mot, qui n'est donne par aucun lexicographe, se retrouve dans le Papyrus de Berlin n°I, I. i34 et îAo (cf. Mélanges d archéologie égyptienne, t. III, p. 1 45 , 1 46).

* I y est répété par erreur dans l'original.

Et, a[prës que les jours eurent passé là-dessus],

— le prince sortit — pour se promener dans le voisinage de son domaine ; — [et comme ii] ne sortait jamais [seul] v — voici son chien était derrière lui. — Son chien prit le champ — pour [poursuivre du gibier; — ] il se mit à courir derrière son chien.

— Quand il fut arrivé au lac, — il descendit vers le bord du [lac , — à la suite de son] chien , — et alors

1 Litt. : « dans le cours du jour de chaque jour. »

' Les débris des signes semblent indiquer un mot v , £ J^ \

v t nouveau. Ce serait la forme isolée du groupe a " = ^- jj) ( Brugsch , Dici. p. 68 a -683 ) , dont le rôle en composition a été si bien indiqué par M. Chabas ( Voyage dan Égyptien, p. io3- io4); et ce rapprochement donnerait le sens de voisinage.

5 <îi i i i - 1 1^"^- Mot nouveau, emprunté aux langues sémitiques comme le prouve l'orthographe. Il se rapproche pour la forme de ïUD, pi. nUÇ, ou de 1*130, pi. fllKJD, pars, poriio; mais le détrmi natif U3 lui assure le sens général de maison, domaine.

viïœttâù'Ai;3t,s y,u>. .:/£

n'^F'rro ■ ' ■ JLi £A r v j i ïïï'3 x *"■"* v «^ *

r*.!£HH3*SV?-"-Ll«X

«WJ^4 # rj-^Xe*Li # ^-L!s

H~XEO['UÎ!^{]~X[U^r

sortit le crocodile — et l'entraîna vers l'endroit où

était le géant. — — [alors le] croco

dile, il [dit au] prince : — «Ah! moi je suis ton

destin — qui te poursuit, — —

vers les chemins (?)•.. — avec le géant. — Or, vois , j e

vais te laisser aller : — si le — —

ton ....... me frappera d enchantement, — et le

géant sera tué ; — mais si tu vois le — [tu

ver]ras ta [mort] ! »

Et quand la terre se fut éclairée et qu'un second jour fut, — lorsque vint

La prophétie du crocodile est trop mutilée pour qu'on puisse en comprendre le sens exact. On devine seulement que le monstre pose à son adversaire une sorte de dilemme fatal : ou le prince remplira une certaine condition, et alors il vaincra le crocodile, ou il ne la remplira pas, et alors « il verra sa mort ». La fin du récit n'est pas difficile à restituer. Le prince triomphait du crocodile; mais le chien, dans l'ardeur de la lutte, blessait mortellement son maître et accomplissait, sans le vouloir, la prédiction des Hathors.

De mieux informés rapprocheront ce récit des récits de même nature qu'on trouve dans la littérature populaire des nations anciennes ou modernes. La version égyptienne est simple d'allure et n'a pas besoin de commentaires pour devenir complètement intelligible aux savants qui ne font pas métier d'égyptologue. lime reste, afin d'écarter la seule difficulté qu'elle présente, à montrer quelle idée les Egyptiens de l'époque des Ramessidcs paraissent s'être faite de la destinée, comment ils cherchaient à en expliquer l'origine , quels procédés ils employaient pour y échapper, ou, du moins, pour en atténuer les effets.

Le mot dont ils se servaient pour la désigner est îdll^K \\ ^ » SH ^- Lorsque le Prince naît , les Hathors viennent «pour lui destiner des destins, pour lui

sortir des sorts, fjjïï^ ç~f ^îw M ^ I *• ^ ra ~ cine MiI^shX se retrouve dans un Papyrus de la Bibliothèque nationale i1^§T^îi^ J 3k ^ \ S \ \ ï^î <c O n hû a prédestiné une élévation égale au ciel» 1 , et dans la stèle C 55 du Louvre, J,]f^^T

vlJD^^'P^T^Vc^.^ uJ ' ai veiIlc à

mon poste pour exalter la volonté de Pharaon, j'ai été matineux pour l'adorer chaque jour, j'ai mis mon cœur en ce qu'il disait, et je n'ai pas été rebelle au destin qu'il destinait pour moi». Le factitif en y

paraît dans une prière , J ^ ^ ^ \\ £ ♦

^\^:r-t;zttttna^:zijPA

mm*» «Ecoute-moi quand je te dis : Tourne-toi

1 Pleytî, Papyrus de la Bibliothèque impériale, pi. XV, 1. 6. * Louvre, C 55 , 1. i3-i4. Cfr. Prisse d'Avenne*, Monuments égyptiens, pi. XVII, 1. 1 3-i4. Le double de ce texte, qu'on trouve sur la

stèle 88 du musée de Lyon , porte : J, ^f T J ç-j ^flf * == * II ^t ^ ttttt -— i- f = yfc 0* 7*8) *^e ve il' e à mon poste pour

exalter se* volontés; je suis matineux pour l'adorer chaque jour; j'ai mis mon cœur en ce qu'il dit , et je n'ai pas été rebelle au destin qu'il met devant moi»; litt. • à ce qu'il destine à ma face».

* Brugsch (Monuments de t Egypte, pi. IV, i a, 1. 6); cf. Grébaut tlans les Mélanges tf archéologie égyptienne, t. 111 , p. 6 1 .

vers celui à qui tu as fait un destin; Dieu n'ignore pas qui il a fait*. On a, comme substantif, dans le

traité de Ramsès II avec le prince de Khitti '• J^ ^ m

J^ûSÎ-"^^^.!^ «et, dans le temps de Motour, le grand prince de Khitti, mon frère, après 1 achèvement de son sort 2 , lorsque Khittisar s assit, comme grand prince de Khitti, sur le trône de son père ...» ; et dans les Maximes du

scribe A ni à son Jils Khonshoipoa : ^~[ t±^ m j^ x jft?

/CXiDX!A.iiiA <=>dHa v i im/CXi»

d'un délit à faux, quand, par la suite, Dieu juge le vrai, son destin vient et [T]emporte 4 ». Divinité, Mil ^ \\ J| le destin a compte les heures de l'homme »

1 Brugsch, Recueil de moanmeats, 1. 1, pi. XXVIII, 1. 10-1 1. 1 Litt. : • après son sort*.

3 Mariette, Papyrus de Boalaq, t. I, pap. n° 3, p. 20, 1. 1 1-12.

4 M. Ghabas (L'Egyptologie, t. II, p. 2 1-22) traduit : «Le traître accuse faussement* ensuite, le dieu fait connaître la vérité, et son trépas vient et l'enlève». Le mot à mot donne: «Retourner réponses de transgression mensongèrement, ensuite, le dieu juge le vrai, et son destin vient emporter s.

îiîilM JTIJPJÎLPPP^ 1 - H est sanscesse uni à

£~j^ la fortune et assiste avec elle au jugement de fâme humaine 2 . Leur alliance était si étroite qu'on les confondait parfois en une seule personne du nom de iDPj^flHB* Maskhont* et que, dans plusieurs textes, les mots ÎÛÛ "J^ \\ J Skaï et S J Rannît sont mis en parallèle constant l'un avec l'autre. «Thot, est-il dit dans un hymne de la XIX dynastie, fait les conditions de qui est et de qui n'est pas encore ; ÛûI^J^ £~j^Jk j '»% Shaït, le destin, et Rannit, la fortune, sont avec lui \ » Ramsès II , dans son rôle de dieu

créateur et providence, est flfcf^k Mi P JLîS^Î? u le maître du destin , le producteur de la fortune 5 ». Dans notre conte, le héros reçoit à sa naissance trois sorts différents mais également funestes. Ici, rien n'indique que le choix des Hathors fatidiques n'ait pas été libre : si elles ont condamné le prince à périr par le serpent, par le crocodile et par le chien, c'est qu'il leur a plu réserver pour lui ces trois morts. La plupart des documents semblent prouver qu'il n'en était pas ainsi d'ordinaire. La des-

1 Dûmichen , Hist. 1ns. II , pi. XL » 1. 1 S , dans le chant du harpiste.

* Todtenb uch , édit. Lepsius , ch . 1 a 5 d , dans la scène du j ugement. 3 Dans certains exemplaires du Todtenbuch, au chapitre ia5rf.

Mashkont est nommée avec Rannit au Papyrus Solder II. pi. II, 1. 1 -3.

* Papyrus Sallier V, p. IX, 1. 6-7.

* Mariette, Abydos, U I, pi. VI, 1. 36. Dans le Papyrus de la Bibliothèque nationale que j'ai déjà cité, le roi Aménophis II est également mis en rapport avec Shait et Rannit (1. à); maïs le texte est trop mutilé pour que j'en essaye la traduction.

tinée humaine n était pas réglée par un caprice de divinité féminine : elle se rattachait par des liens nécessaires à la vie de l'univers et des dieux. Les dieux n'avaient pas toujours marqué pour l'humaine nature cette indifférence dédaigneuse à laquelle ils semblaient se complaire depuis le temps de Mini. Ils étaient descendus jadis dans le monde récent encore de la création, s'étaient mêlés familièrement aux peuples nouveau-nés, et, prenant un corps de chair, s'étaient soumis aux passions et aux faiblesses de la chair. On les avait vus s'aimer et se combattre, régner et disparaître, triompher et succomber tour à tour. La jalousie, la colère, la haine avaient agité leurs âmes divines comme elles auraient fait de simples âmes humaines. Isis, veuve et délaissée, pleura de vraies larmes de femme sur son mari assassiné \ et sa divinité ne la sauva point des douleurs de l'enfantement. Râ détruisit les premiers hommes dans un accès de fureur 2 . Horus conquit le trône d'Egypte les armes à la main 9 . Plus tard, les dieux s étaient retirés de la terre; autant jadis ils avaient aimé à se montrer ici-bas , autant maintenant ils mettaient de soin A se dissimuler dans le mystère de leur éternité. Qui, parmi les vivants, pouvait se vanter d'avoir entrevu leur face?

1 Le livre des Lamentations <This et de Nephthys a été publié par M. de Horrack.

1 Voir Naville, La destruction des hommes par les dieux, dans les Transactions ofthe Society of Biblical Archœoloijy, t. IV, p. i-ig.

3 E. Naville , Le Mythe d' Horus , in-folio , Genève , 1 870 ; Brugscfa ♦ Die Saye der yejlâgcllen Sonne, in -4°, 1871, Gôltiogen.

Et pourtant, les incidents heureux ou funestes de leur vie corporelle décidaient encore à distance le bonheur ou le malheur de chaque génération , et , dans chaque génération , de chaque individu. Le 1 7 Athyr dune année si bien perdue dans les lointains du passé qu on ne savait plus au juste combien de siècles s étaient écoulés depuis, Set avait attiré près de lui son frère Osiris et i avait tué en trahison au milieu d'un banquet l . Chaque année, à pareil jour, la tragédie qui s'était accomplie autrefois dans le palais terrestre du dieu semblait se jouer de nouveau dans les profondeurs du ciel égyptien. Comme au même instant de la mort d'Osiris, la puissance du bien s'amoindrissait, la souveraineté du mal prévalait partout, la nature entière, abandonnée aux divinités de ténèbres, se retournait contre l'homme. Un dévot n'avait garde de rien faire ce jour-là : quoi qu'il se fût avisé d'entreprendre , c'aurait échoué. Qui sortait au bord du fleuve, un crocodile l'assaillait comme le crocodile envoyé par Set avait assailli Osiris. Qui partait pour un voyage , il pouvait dire adieu pour jamais à sa famille et à sa maison : il était certain de ne plus revenir. Mieux valait s'enfermer chez soi, attendre, dans la crainte et dans l'inaction, que les heures de danger s'en fussent allées une à une, et que le soleil du jour suivant, à son lever, eût mis le

1 De Iside et Osiride , c. i3 (édit. Parthey, p. 2 1-2 3). La confirmation du texte de Plutarque se trouve dans plusieurs passages de textes magiques ou religieux (Papyrus magique II arris t édi\. Chabas, pi. IX, 1. 2 sqq.; etc.).

mauvais en déroute. Le 9 Choïak , Thot avait rencontré Set et remporté sur lui une grande victoire. Le 9 Choïak de chaque année, il y avait fête sur la terre parmi les hommes, fête dans le ciel parmi les dieux et sécurité de tout entreprendre l . Les jours se succédaient , fastes ou néfastes , selon f événement qu'ils avaient vu s'accomplir au temps des dynasties divines.

« Le à Tybi. — Bon, bon, bon 2 . — Quoi que tu voies en ce jour, c'est pour toi d'heureux présage. Qui naît ce jour-là, meurt le plus âgé de tous les gens de sa maison 9 ; il aura longue vie succédant (?) à [son] père*.

1 Papyrus SaUier IV, pi. X, 1. 8-10.

1 Les Egyptiens divisaient les douie heures du jour, depuis ie

lever du soleil jusqu'à son coucher, en trois sections MK=9 , j© de quatre heures chacune. Les trois épithètes qu'on trouve après chaque date au Calendrier SaUier s'appliquent chacune à une des sections. Le plus souvent, le présage valait pour le jour entier; alors on trouve

la note f f f bon, bon, bon; frQ frQ frQ hostile, hostile, hostile. Mais il pouvait arriver que la dernière section étant funeste, les deux

autres fussent favorables. On rencontre alors la notation } } hûbon, bon, hostile, ou une notation analogue , répondant à la qualité des présages observés. Cette particularité n'a pas été expliquée par M. Cha- Uas (Le calendrier des jours jastes et néfastes de Tannée égyptienne, in-8°, Paris, Maisonneuve, i36 pages).

3 Litt. : cde tous ses gens».

a Le 5 Tybi. — Mauvais , mauvais , mauvais. — C est le jour où furent brûlés les chefs par la déesse Sakhet qui réside dans la demeure blanche, lorsqu'ils sévirent, se transformèrent, vinrent M gâteaux d'offrandes pour Shou, Phtah, Thot; encens sur le feu pour Râ et les dieux de sa suite, pour Phtah, Thot, Hou-Saou, en ce jour. Quoi que tu voies en ce jour, ce sera heureux 2 .

|^J (Pop. Sallier IV, pi. i3, 1. 3-4). Le dernier membre de phrase est obscur; je le traduis par excipient patron [swtm], mais sans garantir le sens.

1 Je ne saurais dire à quel épisode des guerres osiriennes ce passage fait allusion.

* Le texte de ce verset est à la fois mutilé et corrompu : î* Derrière le mot "(^ j ç jy V— i | J^ | quelques signes ont disparu dans une lacune. M. Chabas traduit comme s'il restituait |* f . m x ; je crois reconnaître les débris du pronom |' , , , . Cette lecture aurait l'avantage de nous donner trois verbes , "s^ j ç jy V— « ( * ( , Jj <2 J i i i • J i 1 «/*» toU9 k* tro ' 8 a l& Dl ^ me personne et dépendant de la conjonction ^ . 2° Il y a derrière J \\ ^ % un groupe un peu

mutilé que M. Chabas lit ^ J^, mais où je préférerais lire \\. On a, en effet, deux phrases successives qui énoncent les genres différents d'offrandes qu'on fait aux dieux. La dernière commençant

par J \ , les lois du parallélisme exigent que la première commence également par \ \ . y ç , , , est peut-être , comme le conjecture M, Chabas, une inadvertance de scribe pour m sj <5 , , , . Ce pourrait

être toutefois une variante rare de /£ m O ou le nom complet

d'une sorte d'offrande. 4° Au lieu de \ J % m , , , \J^ , il faut lire

a Le 6 Tybi. — Bon, bon, bon. — Quoi que tu voies en ce jour, ce sera heureux '.

«Le 7 Tybi. — Mauvais, mauvais, mauvais. — Ne t unis pas aux femmes devant l'œil d' Ho rus 2 . Le feu qui [brûle] dans ta maison, garde-toi de [t']y [exposer à] son atteinte funeste 3 .

"I" ^ Q m -** g^ . 5* Le texte donne \ \ ^ ^S j^ g , on doit

corriger | ^ ^3 j^ g . Ces deux divinités font partie de la suite de Râ et sont souvent représentées debout, Tune a l'avant, l'autre à l'arrière de la barque solaire. Elles formaient une paire

comme f \ j^ g, ^ f \ g ; c'est pour cela qu'ici elles ont, à deux , un seul déterminatif divin g. Enfin 6° toutes les indications de

présages sont favorables. La marque f f f » ici comme ailleurs, est

fautive et doit être remplacée par j J j . Le texte du passage rétabli

et corrigé d'après ces indications donne : , jj^ , , 11} ( ç

I /mm* • • ^*« I | I A A <=2» O I /mm* 1 I I I é «="» I I I

(Pap. Sallicr IV, pi. i3, 1.4-6).

1 Pap. Sallicr IV, pi. i3,l. 6-7.

9 Ici, le Soleil.

3 Le verbe | j^, \ ^ J^ 111 introduit son régime par j^ ; le membre de phrase J^ , m J m y { doit être réduit à J^ m J ^

« Le 8 Tybi. — Bon, bon, bon. — Quoi que tu voies en ce jour, de [ton] œil, le cycle divin [t'Jexauce. Consolidation des débris '.

« Le 9 Tybi. — Bon, bon, bon. — Les dieux acclament la déesse du midi (?) en ce jour. Présenter des gâteaux de fête et des pains Ouat' qui réjouissent le cœur des dieux et des mânes 2 .

, 7 , . Enfin , il me semble que derrière le verbe ^ j^ S ^— ' il

faut rétablir •«=» , la traduction « le feu qui est clans ta maison , conserve-s-en l'activité brûlante, en ce- jour » , ne me paraissant pas offrir un sens suffisamment clair. La phrase complète se restituera comme

AiuJi i m \ JV 9 -^J è m * J\ ^p* H -IV -*«. <=» —a-

>-P^iil^ (Pap.SallierlV, pi. i3, L 7-8).

1 Ici encore, le texte semble ne pas être correct. La formule du

début se termine toujours par la clausule \ , Ç , \ ___ ,,,, qui manque, et qu'il faut peut-être rétablir. Le texte serait alors :

1 m& 1 1 1 1 # # # ««»* JV JfV ^^* ■ • 1 m Jf%> 1 *~~* Jf\>

I!!!!lU!!Z!5irrî îdb cv sdUer ,v » p 1 - i3 « *• 8 )- po**»» 1

cette intercalation n'est pas indispensable. Le dernier membre de phrase fait allusion à la reconstruction par Isis du corps mutilé d'Osiris. La légende voulait, en effet, qu'Osiris, mia en pièces par Set, recueilli lambeau à lambeau, puis placé sur un lit funéraire par Isis et Nephthys, se fût reconstitué un moment et eût engendré Horus.

1 La première partie de la phrase est obscure. Elle renferme un

0101 JR m 1 w T 1 *» d'après le déterminatif , semble représenter une

« Le 10 Tybi. — Mauvais , mauvais , mauvais. — Ne fais pas un feu de joncs ce jour-là. Ce jour-là, le feu sortit du dieu Sop-ho dans le Delta, en ce jour *.

« Le 1 1 Tybi. — Mauvais, mauvais, mauvais. — N approche pas de la flamme en ce jour : Râ v. s. f. Ta dirigée pour anéantir tous ses ennemis, et quiconque en approche en ce jour, il ne se porte plus bien tout le temps de sa vie 2 . »

déesse, et que j'ai traduit, par conjecture , cla déesse du midi» :

THv.v/UHmi.f.i-x^irîiiV?

niifiieilifi (Pap..S»/krIV,pl..3J.9).

1 Je ne sais pas qui est le dieu Sop-ko dont le nom est suivi d'un double déterminatif divin , ni à quel propos il mit le Delta en feu. Le texte est un peu mutilé, et M. Chabas a cru lire dans une lacune

le verbe |' f j^, J; les traces des signes encore visibles me paraissent mieux «pondœ à 1. leçon B • i que j« .d»,*ée. T? ï ï

lier IV, pi. 1 3, 1. 9; pi. i£ , 1. 1). Le déterminatif Q derrière ; x | m X 1 1 • eftt inutile; il a été attiré par le parallélisme entre ce mot

* Ici encore , le texte est criblé de fautes grossières qu'il importe de corriger avant d'aborder la traduction. M. Chabas a fort bien vu

que le second \ J^ ^^ ^^ % ^ % doit être remplacé par une affirmation JL ^»» ^ m (Op- land., p. i5). Le verbe que j'ai tra-

Tel officier de haut rang qui, le i3 de Tybi, affrontait ta dent d'un lion en toute assurance et fierté de courage, ou entrait dans la mêlée sans redouter la morsure des flèches syriennes 1 , le 12, s'effrayait à la vue d'un rat et, tremblant, détournait les yeux s .

Chaque jour avait ses influences , et les influences

duit par • anéantir» est eflacé, et je ne vois pas à quel mot peuvent répondre les débris de signes que porte encore le manuscrit hiéra-

•*..T»?!tHfc;^r3iTfc?

^y [Pop- SaUier IV, pi. 14, 1. 1-3 ). L'orthographe bitarre du nom

du dieu f m M j J se retrouve à la pi. 12 , 1. 10. Elle désigne

Râ, roi de la dynastie divine , et s'explique par ce fait que le scribe , accoutumé à mettre dans les cartouches prénoms un initial , avait fini par écrire machinalement après le commencement de chaque

cartouche. La locution ^ . , signifie littéralement « mettre la face de quelque chose ou de quelqu'un vers une direction», c'est-à-dire

t diriger quelque chose ou quelqu'un vers » Le |» , , , de J^ J^

|i ! ! est amené par le pluriel a ^ J& S qui précède immédiatement «quiconque s'approche d'eux», c'est-à-dire «de la flamme et des ennemis contenus dans la flamme».

1 Cétait en effet un jour heureux (Pap. Sallier IV, pi. i4, 1* 4).

* On trouve, en effet, pour le 1 a Tybi, la note suivante : , *•

iilffll*w*-«^kjk^^<2tii^'l* 1 #~ -%4lk

^^tTl^V^( p ^ •^«"'W'P 1 »4.ï.3). «LciaTybi.

— Mauvais , mauvais , mauvais. — Tâche de ne voir aucun rat ; ne t'en approche pas dans ta maison. »

accumulées formaient à chaque homme un destin. Le destin naissait avec l'homme, grandissait avec lui , le guidait à travers sa jeunesse et son vieil âge, jetait f pour ainsi dire, la vie entière dans le moule immuable que les actions des dieux avaient préparé dès le commencement des temps. Pharaon était soumis au destin, soumis aussi les chefs des nations étrangères l . Le destin suivait son homme jusqu'après la mort; il assistait avec la fortune au jugement de lame 2 , soit pour rendre au jury infernal le compte exact des vertus ou des crimes, soit afin de préparer les conditions d une nouvelle vie.

Les traits sous lesquels on se figurait la destinée n'avaient rien de hideux. C'était une déesse, Hathor, ou mieux, sept jeunes et belles déesses 3 , des Hathors à la face rosée et aux oreilles de génisse, toujours gracieuses, toujours souriantes, qu'il s'agît d'annoncer le bonheur ou de prédire la misère. Comme les fées marraines du moyen âge, elles se pressaient autour du lit des accouchées et attendaient la venue de 1 enfant pour l'enrichir ou le ruiner de leurs dons. Les peintures du temple de Louqsor 4 et celles d un

1 II est dit d'un dès princes de JChilti que « sa destinée » lui donna son frère pour successeur ( Traité de Ramsh II avec le prince de Khitti, 1. 10-1 l).

* Voir le tableau du jugement de l'âme au ch. 1 25 du Rituel.

5 C'est le chiffre donné par le Conte des deux frères (pi. IX, 1. 8). Dans d'autres monuments , le nombre n'en est pas limité.

4 Gbampollion , Monuments de l'Egypte et de la Nubie, pi. CCCXL- CGGXLI. Le texte reproduit par Champollion n'indique aucun noni de déesse; les Hathors représentées avec la reine sur le lit d'accouchement sont au nombre de neuf.

temple d'Esnèb * nous les montrent qui jouent le rôle de sages-femmes auprès de la reine Moutemouat, femme de Thoutmos IV, et de la fameuse Cléopâtre. Les unes soutiennent tendrement la jeune mère et la raniment par leurs incantations 2 , les autres reçoivent le nouveau-né, se le passent de main en main, lui prodiguent les premiers soins et lui présagent à l'envi toutes les félicités 3 . Les romans les mettent plusieurs fois en scène. Khrioum ayant fabriqué une femme à Bitaou, le héros du Conte des deux frères, les sept

1 Cham poil ion, Monuments, pi. CXLV, i-a.

* À Esnèh, le groupe d'Hathors qui est placé derrière la reine

I lit I* typv&Ftr'^xm TK1 « k^ddM. « Lei habitantes du Nord qui font le

charme de l'accouchement pour [ la mère du Soleil] ». La première se tient debout derrière le dos de l'accouchée, lui soutient les bras et

le buste : c'est m ^ y la déesse Nit. Des deux autres , Tune est | ([)

I' û T % V *^ a sage-femme Ti-ônkh (donneuse de vie)»; le nom de la dernière est détruit.

* A Esnèh, le groupe d'Hathors qui fait face à l'accouchée est représenté accroupi. Celle qui tire l'enfant du sein de la mère est

iflll'f % tf *fa sage-femme Nôlemi (la douce)»; derrière celle-ci,

*~» .« w «...v^ ^ . % y. Comme on le voit, chacune d'elles porte un nom particulier et semble ne rien avoir de commun avec Hathor. La légende qui est au-dessus d'elles, et qui est assez mal reproduite dans Cham poil ion, prouve néanmoins que toutes ces déesses à noms

différents sont les Hathors fatidiques, ""J^f ^"^ 1 Jy % J \ m 5IL LI

8~!k«!^^Hh^r^ e4c -« Ce sont les Hathors

qai viennent vers fa déesse Hit, comme les deux divines colombes (?) , munies d'ailes. »

— w( 38 )■**— Uathors la viennent voir, l'examinent un moment et s'écrient dune seule voix : •■ Qu'elle périsse par lu glaive 1 ». Elles apparaissent au berceau du Prince Prédestiné et annoncent qu'il sera tué par le serpent, par le crocodile ou par le chien -.

Les voir et les entendre au moment même où elles rendaient leurs arrêts était faveur réservée aux grands do ce monde. Les gens du commun n'étaient pas d'ordinaire dans leur confidence. Ils savaient seulement, par l'expérience de nombreuses généralions, qu'elles départaient certaines morts aux hommes qui naissaient à de certains jours,

«Le /( Paophi. — Hostile, bon, bon. — Ne sors aucunement de ta maison J en ce jour; quiconque naît en ce jour, meurt de la contagion, en ce jour*.

« Le 5 Paophi. — Mauvais, mauvais, mauvais. — Ne sors aucunement de ta maison en ce jour; ne

[l'ap. Sallitr, IV, p. 4,1. 3j. J'ai rétabli, dorièn Ee ntbe . y?T

^[approche] pas l des femmes ; c est ie jour d'offrir offrande de choses par-devant (Dieu) 2 , et Montou repose en ce jour. Quiconque naît en ce jour, il mourra du coït 3 .

« Le 6 Paophi. — Bon , bon , bon. — Jour heureux dans le ciel 4 ; les dieux reposent par-devant (Dieu) et le cycle divin accomplit les rites par-devant 5 Quiconque naît ce jour- là, mourra

d'ivresse 6 .

1 Le verbe qui exprime 1 action de • s'approcher • est mutilé de façon à ue pas pouvoir être restitué.

* ^?" jv- mi rTT A i *J- kîtt. ï « faire le faire de choses par- / devant! Pour le sens «accomplir un sacrifice, un rites, que prend

le verbe employé absolument, j'ai donné ailleurs des exemples tirés de monuments de différentes époques.

* ~^?::HNfc~sv^:i*Tfc?j!,

7J:£JU=l<Jfc?JLJLillP<\-*T

JL — î&^^^JV SaBierlX, pi. 4, 1.3-5).

* Lilt. : « Pour dans le ciel ». .

b Un mot effacé, probablement un nom de dieu.

*t iA©iinUi<=»©é<=* i Jt— , I I |J:Biti

IV, pi. 4 , 1. 5-6). Le texte porlc m J|> j'ai rétabli m jÇ% • La faute a été amenée par l'identité de prononciation de m ]g moul c mère » , avec

M-( kO )•*!■

.« Le 7 Paophi. — Mauvais, mauvais, mauvais. — Ne fats absolument rien en ce jour. Celui qui blasphème contre Râ en ce jour '

Quiconque naît ce jour-là , mourra sur la pierre 2 .

« Le y Paophi. — Allégresse îles dieux , [les hommes sont] en fêle, car l'ennemi de Hâ est a bas. Quiconque naît ce jour-là mourra de vieillesse'.

»3?* mon( i mourir.. M. Cl i a bas u traduit [Catciutrkr tla jours faila ci nèfaiif,, p. 34 J : < Jour île Et» de Râ dans le cie! ; les ifiein sont en pan diras la divine pré-raice; les familles divines sont heii-

leuses ([('Viliil lia., Je ne mit nue ■ iiieelimi de \\à il. m-: l.i partie

conservée de la phrase, el je ne sais sur quelle autorité M. Cbabas s'csl appuyé |ioiir rétablir le nom de ce dieu dam la partie détruite.

1 Litt.: .[Le] il VB-de-boucbc avec H4.cn lui..

* Voici 1rs débris du leile tels ipic j'ai pu les dérliiilrer : , , — o

VII*':.'' ii^iii-i^^-s^rai,

y ci vï • , .

MWtsfc^lllJtJlIlKS-îtîi

^ = *^l^r,^ BBB [Pop. SoJfiwIV, pi. Il, I. 8-7J. J'ai suivi, pour le dernier mot, la lecture ci la traduction de M. Chutas. Un |Miiirrail lire dans le manuscrit , , . . . , ce (|ui donnerait le sens de terre l'irniM/in-, loinbiiii>- ■ .Oiiii-"iiipii' naitr.i iv jnur-là, munira sur lu terre 1 trangtre. >

Al

« Le a 3 Paophi. — Bon , bon , mauvais. — Quiconque naît ce jour-là; meurt par le crocodile '.

«Le a 7 Paophi. — • Hostile, hostile, hostile. — Ne sors pas ce jour-là; ne t adonne à aucun travail manuel: Râ repose*. Quiconque naît ce jour-là, meurt par le serpent 3 .

« Le 2 g Paophi. — Bon , bon , bon. — • Quiconque naît ce jour-là mourra dans la vénération de tous ses gens 4 . »

î&X^liSfr ( Pa P- ^Oier IV. pi. o, I 8). Le

teite porte seulement ] | | j j a ft J !• ke texte semblant

exiger ici une construction parallèle, j'ai rétabli j-a^de manière à obtenir l'antithèse si fréquente : «Les dieux sont en joie, les hommes sont en fête. »

PI*L i Pa P' SaUierW, pi. 6, 1. 6).

* M. Cbabas traduit : c au coucher du soleil ». Ce sens de Jq J m , | g serait possible dans un texte ordinaire. Mais, dans lePapjrns Sallier IV, on trouve le verbe A | y joint au nom de divinités autres, que le Soleil; Montou, par exemple : Jq g * m » fi x

| \ J (pi. IV, 1. 4), que nous avons cité (cf. p. 39, note 3). L'analogie nous force donc à traduire «Râ repose», comme plus haut, «la majesté de Montou repose».

VTZ^Î&^IX^ (Pap.S<dlUrl\, p.6, I. »o; p. 7, I. 1).

* Litt. < « mourra vers les vinirés <Ic ses gens » , pour « passer parmi

Tous les mois n'étaient pas également favorables à cette sorte de présage. A naître en Paophi, on avait huit chances sur trente de connaître, par le jour de la naissance, le genre de la mort. Alhyr, qui suit immédiatement Paophi, ne renfermait que trois jours fatidiques '.

L'Égyptien né le 9 ou le a y <lc Paophi n'avait qu'à se réjouir et à se laisser vivre : son bonheur ne pouvait plus lui manquer. L'Egyptien né le 7 ou le ■2 7 du même mois n'avait pas raison de s inquiéter outre mesure. La façon de sa mort était désormais fixée, non l'instant de sa mort : il était condamné, mais avait la liberté de retarder le supplice presque à volonté. Etait-il , comme le Prince Prédestiné, menacé de la dent d'un crocodile ou d'un serpent, s'il n'y prenait point garde, ou si, dans son enfance, ses parents n'y prenaient point garde pour lui, il ne languissait pas longtemps sur cette terre; le premier crocodile ou le premier serpent venu exécutait la sentence. Mais il pouvait s'armer de précautions

le, .acélre» vénéré» * *, pm .. ~ ^Ê ',7,7 I H ffl P *

(Pop. Sallm IV. p. 7, 1. ,-i).

' Le ,.1, Iimo, le i3. Quicoin|UC naîl le ,4 mourra par l'alleiule d'une arme tranchante *^ ^ ^, J . lilt. : • île coupures i ( Pop. Sidlier IV. p. 8. I. 3]. Quiconque nail le 30 mourra de la <oula- Hion annuelle \ J^ m % \\ , (M. p. 8, I.9}. Quiconque uaii le î3

contre son destin , se tenir éloigné des canaux et du fleuve, ne s'embarquer jamais à de certains jours où les crocodiles étaient maîtres de l'eau 1 , et, le reste du temps , faire éclairer sa navigation par des serviteurs. On pensait qu'au moindre contact d'une plume d'ibis , le crocodile le plus agile et le mieux endenté devenait immobile et inoffensif 2 . Je ne m'y fierais point; mais l'Egyptien , qui croyait aux vertus secrètes des choses, rien ne l'empêchait d'avoir toujours sous la main quelque plume d'ibis et d'imaginer qu'il était garanti.

Aux précautions humaines, on ne se faisait pas faute de joindre des précautions divines : les incantations, les amulettes, les cérémonies du rituel magique. Les hymnes religieux avaient beau répéter en grandes strophes sonores qu'a on ne taille point [Dieu] dans la pierre, — [ni dans] les statues sur lesquelles on pose la double couronne ; — on ne

1 A la date du 22 Paophi. le Papyrus Sallier IV enregistre la mention suivante : \ [ \ w»fj J ClS * X 1 *«*"

*—* I J U» *** w * Ne [ te lave] dans aucune eau , ce jour-là ; quiconque navigue sur le fleuve, c'est le jour d'être mis en pièces par la langue de Sevek (le crocodile)».

1 Apitoya âpBpwtov à»tvépyrr*ov @ovX6(ievoi oift$wu , KpoxdêetXo» ixjopia tSeus *7epo» M rifs xefaAifc ÇûrypaÇovat • xotrop yàp iàp /€*** v7$p$ Q-tyrji àuipritop cùpfoets (Horapollon, Hierogfypk, II,

LXizi; édit. Leemans, p. 94-95). L'hiéroglyphe en question e*t^£ , fréquent aux basses époques.

le voit pas; — nui service, nulle offrande n'arrive jusqu'à lui; — on ne peut l'attirer dans les cérémonies mystérieuses; — on ne sait pas le lieu où il est; — on ne le trouve point par la force des livres sacrés l . » C'était vrai du dieu idéal, du dieu absolu, du dieu parfait, de Dieu, en un mot, dont on admettait l'existence comme premier article de foi , mais auquel on songeait peu en l'ordinaire de la vie : ce ne l'était point des dieux. Râ , Osiris , Shou , Ammon , tous ceux qui avaient figuré tour à tour dans les dynasties divines ,

~ç« — *-* — uâ w ŒQ 'V !L^ # — <=> -~" 1p IT? #

<* \ C3 ^ Su « Hl * ÎV l*+ SaUier II, p. 19, L 6-8, et Pap. Anastasi VII, p. 9, 1. i-3). La traduction littérale serait : t Point taillement de pierres , — [ni d' ] images à poser les couronnes; — point il n'a été vu; — point serviteurs, point oblateurs de lui; — point agir de mystères; — point ne»t su le Keu où il est; — point il n'est trouvé par force d'écrits.! Le dernier membre de la phrase , mutilé à la fois dans Sallier II et dans Anastasi Vil , a été rétabli en complétant les deux textes l'un par

l'autre, Sallier II a : tmmm rST J^ ^ B jj , , , f€| ^ 77^ «P " 11 trouver chasses d'écrits», ce qui ne signifie rien, et Anastasi VII :

Z^Xi[^!]!k^îl!H|Çr?î- Le scribe de Sollier II, à qui on dictait son texte, a cru probablement entendre an

qimtupehsxàu où il a cru reconnaître le mot g jj y*7 j . C'est ce qui m'a décidé à rétablir la leçon : ^^^mC^A^^-^KI x l I I •

n'étaient pas inaccessibles; ils avaient gardé, de leur passage sur. la terre, une sorte de faiblesse et d'imperfection qui les ramenait sans cesse à la terre. On les taillait dans la pierre, on les touchait par des services et par des offrandes, on les attirait dans les sanctuaires et dans les châsses peintes. Si le passé de leur vie mortelle influait sur la condition des hommes , fhomme influait à son tour sur le présent de leur vie divine. Il y avait des mots qui, prononcés par une voix humaine, pénétraient jusqu'au fond de 1 abîme; des formules dont la force agissait comme un attrait irrésistible Sur les intelligences surnaturelles; des amulettes où la consécration magique savait bien enfermer quelque chose de la toute-puissance céleste. Par leur vertu, l'homme mettait la main sur les dieux; il enrôlait A nu bis à son service, ou Thot, ou Bast, ou Set lui-même, les lançait et les rappelait, les forçait à travailler et à combattre pour lui. Ce pouvoir formidable que le magicien croyait posséder, quelques-uns l'employaient à ï avancement de leur fortune ou à la satisfaction de leurs passions mauvaises : on avait vu, dans un complot dirigé contre Ramsès III , des conspirateurs se servir de livres d'incantations pour arriver jusqu'au harem de Pharaon *. La loi punissait de mort ceux qui abusaient de la sorte; elle laissait en paix tous ceux qui exerçaient par leurs charmes une action inoffensive ou bienfaisante.

1 Chabas, Papyrus magique Harrls , p. 170-174; Devéria, Le papyrus judiciaire de Turin, p. 13 4- 137.

Désormais, l'homme menacé par le sort n'était plus seul è veiller; les dieux veillaicnf avec lui el suppléaient à ses défaillances par leur vigilance infaillible. Prenez un amulette qui représente «une image d'Ammon a quatre têtes de bélier, peinte sur argile, foulant un crocodile aux pieds, et huit dieux qui l'adorent placés a sa droite et a sa gauche '. » Prononcez sur lui l'adjuration que voici : « Arrière, crocodile, lils de Set ! — Ne vogue pas avec ta queue; — ne saisis pas de tes deux bras; — n'ouvre pas ta bouche ! — Devienne l'eau une nappe de feu devant toi! — Le charme des trente-sept dieux est dans ton œil; — tu es lié au grand croc de lia; — tu es Hé aux quatre piliers en bronze du midi, — a l'avant de la barque de lïà. — Arrête, crocodile, fils de Set! — protège-moi, Ammon, mari de ta mêre s !»

1 Papyrus imytjiifac lliirrii , |il. VI, I. 8-9.

' Chabtu traduit [ Wélwt <;•'-> ■ 7>/' '■■''" 'yJ >/«* » » A' séné, I. II, p. 357i5B) : tfarihtl crocodile Mafcnu, Gis de Sel! Ne vogue |>as MM ta queue! N'agis ;us de te* liras! N'ouvre lias la gueule ! Que IVaii devienne une flamme de feu (levant loi ! L'arme des !soi\intc-divsepl ilii-ui Ht à ton œil; in es lié au grand aviron île lia; tu es lie A l'inslanl aui quatre crochets de métal , h l'avant de la liarque de flà. Arrête-toi. aseodHt MaLou, fils de Sel! Proléj-c - moi . Ammon,

mari rie .-a mère ! • Le teite porta : ^ J^ ^ *, G J^ fj , J

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Fussiez- vous né le ? a ou le 1 3 de Paophi, Ammon était tenu de vous garder contre le crocodile et les périls de leau. D'autres formules et d'autres amulettes préservaient du feu, des scorpions, de la maladie l ; sous quelque forme que le destin se déguisât , il rencontrait un dieu armé pour la défense. Sans doute, rien qu'on fît ne changeait son arrêt, et les dieux eux-mêmes étaient sans pouvoir sur l'issue de la lutte. Le jour finissait par se lever où précautions, magie, protections divines, tout manquait à la fois; le destin était le plus fort. Au moins, l'homme avait-il réussi à durer, peut-être jusqu'à la vieillesse, peutêtre jusqu'à cet âge de cent dix ans , limite extrême de la vie, que les sages égyptiens souhaitaient d'atteindre, et que nul mortel né de mère mortelle ne devait dépasser 2 .

J ^W ^a> ff\ J *— ( Papyrus magique Marris , p. 6 , 1. 5-8).

1 Le Papjrnis I 348 <!e Leyde, publié par M. Pleyte [Études égyptologiqaes, t. 1, Leyde. 1 866), est un recueil de formules dirigées contre diverses maladies.

* Sur l'âge de cent dix ans , voir le curieux mémoire de Goodwin dans Chabas [Mélanges égyptologiqnes , a* série, p. a3 1-237).

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