LES FRÈRES DE JOSEPH EN EGYPTE. GENES
pensé à lui depuis qu'ils étaient en Egypte; que de fois XLII pendant leurs trois jours de captivité î Mais il ne s'é- j^^j talent probablement rien communiqué de leurs sombres pensées. A cette heure , ils n'y tiennent plus, et en apprenant que, décidément, TUn d'entre eux va demeurer prisonnier dans cette Egypte où ils ont fait emmener Joseph pour être esclave , ils laissent éclater les transports de leur affliction. Mais était-ce la douleur d'une vraie repentance? Y avait-il dans leur âme autre chose que des remords? Hélas ! ils ne songent, ni les uns, ni les autres, à profiter de Toccasion pour aller à la recherche de Joseph. Ils ne disent pas au gouverneur de TEgypte, devant lequel ils se trouvent : Nous sommes des misérables. Nous t'avons menti en te disant que notre frère n'est plus. Il est, ou du moins il doit être en Egypte ; aide-nous à le trouver î S'ils eussent parlé de la sorte , tout eût été fini , et Joseph se serait fait con-^ hâitre à eux.
§ 555. Ruben lui-même , Ruben l'aîné et le chef, se ^^ contente de leur faire des reproches, comme s'il n'avait été, quant à lui , coupable d'aucun tort. Le faible Ruben , toujours le même, croit s'excuser suffisamment en prononçant ces mots, devenus si communs dans la bouche de ceux qui participent à quelque péché après y avoir résisté mollement : à Je vous l'avais bien dit. » Toutefois Ruben et ses frères sentent qu'ils ont été coupables ; ils comprennent que ce qui leur arrive est un jugement de l'Etemel, et c'était déjà quelque chose quoique ce ne fût pas encore le vrai repentir.
§ 556. ^'ils avaient su que Joseph les comprenait, et 33 ^^ surtout qui il était , ils eussent sans doute tenu un autre langage ; mais ne valait-il pas mieux que leurs sentiments se manifestassent tels qu'ils les éprouvaient? 265 p
;NËSE second voyage des frères de JOSEPH.
XLII Joseph ne put retenir ses larmes. En vérité, pour ache- 3~^4 ^®^ ^" œuvre , il dut lui en coûter comme à une mère qui châtie son enfant. Mais il sentait que ce devoir lui était imposé , et il le remplit jusqu'au bout. 11 fit donc garotter un de ses frères devant tous les autres , et il choisit Siméon. Ce choix est une nouvelle preuve de l'admirable sagesse de Joseph. Il fallait qu'il retint un fils de Léa, afin d'avoir du retour de ses frères un gage plus précieux à leurs yeux que ne l'eût été le fils d'une des servantes. Il ne voulut garder ni Ruben , ni Juda , parce que, plus tard , ses frères auraient pu croire qu'il s'était plu à se venger de l'un , pour ne l'avoir pas protégé , de l'autre , pour avoir proposé de le vendre. Il était bon , toutefois, qu'un des aînés demeurât son prisonnier, et , par tous ces motifs , ce fut Siméon qui dut voir partir ses frères et leur dire un triste adieu. — Pour expliquer ce choix , les poètes font de Siméon un monstre de méchanceté , bien que la Bible ne le caractérise point de la sorte; mais les poètes, comme les peintres, sont quelquefois bien en dehors du vrai (§§72, 141,359).