LÀ PROVIDENCE. GENES
Mais il fallait que les Egyptiens consentissent à la rece- L voir, et que , pour lui accorder une protection particu- "" lière , ils eussent des obligations à Jacob ou à quelqu'un des siens. Or, c'est là ce qui eut lieu , grâce à Joseph. Mais combien de circonstances ne furent-elles pas nécessaires pour ramener au gouvernement de l'Egypte ! Les songes de Pharaon et l'explication qu'en donna Joseph, ceu^ de l'échanson et du panetier, l'emprisonnement du fils de Jacob , sa noble résistance aux coupables soUicitations de la femme de Potiphar, son esclavage , la haine de ses frères , l'avarice de Juda , la faiblesse de Ruben , l'imprudence avec laquelle Jacob montra sa préférence pour le fils de Rachel et même les mouvements d'orgueil dont celui-ci se rendit peut-être coupable : tout cela concourut à l'exécution des desseins de Dieu. Ce qui , d'une manière générale , y concourut plus encore , ce furent les grâces spirituelles dont le Seigneur enrichit l'àme de Joseph et la haute intelligence dont il le doua dès sa naissance , pour ne rien dire de ses avantages extérieurs.
§ 61 0. Les moyens que la Providence emploie sont en général fort simples. Dans toute l'histoire de Joseph , vous ne trouvez pas d'autres faits miraculeux que l'explication qu'il donna des songes de Pharaon et de ses officiers ; car, dans ces songes eux-mêmes, comme dans les sept années de famine , il n'y a proprement pas de miracle. Mais il est à remarquer comment Dieu adapte à ses plans et les hommes et les choses. D'un côté, Jacob , Joseph et ses frères , Potiphar et sa femme , l'échanson , sans oublier les marchands ismaélites ; d'un autre cêté , la robe bigarrée , la citerne vide , la sécheresse , et par conséquent les vents et la pluie. Tout se range sous les lois de Dieu pour exécuter sa volonté.
€ENÈS£ LA PROVIDENCE.
L § 64 1 . Et puis, avec quelle admirable puissance Dieu "" ne se sert-il pas des méchants comme des bons ! Dans l'histoire de Joseph , on ne sait dire ce qui a eu sur son sort le plus d'influence, de sa piété ou de l'impiété de ses frères , de la compassion qu'il eut pour l'échanson on de l'ingratitude de ce seigneur. En effet, l'avarice de Juda, l'impudicité de la femme de Potipbar, l'oubli prolongé de l'échanson , tout cela semble avoir été nécessaire pour que l'Eternel arrivât où il voulait. Cependant qu'on n'imagine pas qu'il ait besoin de nos péchés. Ce n'est pas une aveugle destinée qui gouverne le monde. Dieu dispose de mille moyens pour arriver à ses fins. Croyez que si les fils d'Israël n'avaient pas haï et vendu leur frère , l'Etemel aurait également pu conduire Joseph auprès de Pharaon pour lui expliquer ses songes, ou, d'une manière quelconque, l'élever aa pouvoir. Voici donc ce qu'il y a d'admirable dans la Providence de Dieu , c'est que , sans contraindre les hommes, elle fait tourner à l'accomplissement de sa volonté, môme les choses qu'ils font contre sa volonté , c'est-à-dire leurs péchés et leurs passions.
§ 642. Voulez-vous un nouveau sujet d'admiration? Observez comment les faits de l'histoire de Joseph se lient aux faits antérieurs. Il est aimé de Jacob et haï de ses frères parce qu'il est le fils de Rachel. Jacob a eu deux femmes par suite de la tromperie de Laban ; et, s'il devint son gendre , c'est que Laban était frère de Rebecca et que Jacob avait dû fuir devant ËsaU. Mais sa fuite elle-même eut pour cause ses tromperies ,, et ses tromperies lui furent suggérées par son cœur , mauvais sans doute , mais toutefois par un cœur qui n'était pas incrédule aux promesses de Dieu. En remontant plus haut , nous verrions Thistoire de Joseph se liar à la vo- S94
LA PROVIDENCE. GËNfe
cation même d*Abraham , comme elle eut des consé- 1qaences très-prolongées sur toute la postérité de Jacob. "" Bien plus , elle rejoint Thistoire de notre Sauveur par celle du peuple d'Israël , en particulier par la prophétie typique dont Joseph est le sujet.
§ 613. Voilà qui nous montre la Providence de Dieu embrassant à la fois tous les siècles et Tensemble des circonstances les plus diverses ; mais remarquons aussi comment il est nécessaire qu'elle s'occupe des moindres détails. A quoi a-t-il tenu , je vous prie , que Joseph ait été vendu, au lieu de périr de faim dans sa fosse? A ce que les marchands ismaëlites ont passé là plutôt qu'ailleurs, et assurément il n'y avait point en ce temps de grande route. Lorsque l'un d'entre eux dit , le matin : passons par Dothaïn, il ne se doutait pas qu'ils allaient concourir pour leur part à une des grandes œuvres de Dieu ! A quoi a-t-il tenu que Joseph ait appartenu à Potiphar plutôt qu'à un autre maître? Si l'intendant de ce seigneur était parti pour le marché aux esclaves quelques minutes plus tard, déjà peut-être Joseph aurait-il été acheté par quelque autre égyptien. C'est ainsi que les petits événements lient les grands , comme on voit un mince fil unir les deux parties du corps d'un insecte. 11 est impossible que Celui qui dirige les grandes choses ne dirige pas aussi les petites. Et c'est peut-être dans celles-ci qu'on aperçoit le plus clairement l'intervention divine ; car les attribuer au hasard comme on le fait , c'est les attribuer à Dieu , attendu que le hasard n'est rien ; ce n'est qu'un mot vide de sens , à moins qu'on n'entende par là une force et une volonté supérieures à celles de l'homme , c'est-à-dire la voloirté et la force de la Providence de Dieu.
§ 614. Ainsi la souveraine sagesse dirige, avec une ^
CENÈSIE LA PROYÏÛKNCE.
L boDté et une puissance non moins souveraines, l'ensemble des êtres et des événements , sans qu'un seul de ces êtres ni de ces événements échappent à son action. D'où il résulte que chaque individu peut envisager tout ce qui se passe comme s'il y était seul intéressé , et sans qu'il prétende par là que Dieu ne s'occupe que de lui. Le plus pauvre et le plus chétif des Egyptiens dut à Joseph sa conservation , aussi bien que la masse du peuple , et il put l'envisager comme établi d'Ën-Haut pour son avantage particulier, quoique au fond la mission spéciale de Joseph fût de délivrer sa famille et de l'installer en Egypte. Pareillement , lorsque Dieu rend la paix au monde après de longues guerres, chaque individu, même le plus obscur , doit remercier le Dieu qui lui a rendu la paix ; un malade qu'un beau jour de printemps vient ranimer dans son lit , après un long hiver, peut et doit remercier Dieu qui lui envoie une saison meilleure; un agriculteur qui voit une pluie abondante succéder à la sécheresse, doit bénir Dieu de ce qu'il arrose ses champs à lui; un pécheur enfin qui s'approche de la croix de Christ, tressaillera de joie de ce que Dieu lui a procuré un Sauveur ; et nous qui venons de lire et d'étudier ce beau livre de la Genèse , ne serons-nous pas reconnaissants de ce que Dieu nous l'a donné, ainsi que tout le reste de sa Parole? Car voilà le plus grand des biens que la Providence de Dieu ait faits à chacun de nous. Non-seulement elle a voulu que cette Parole fût écrite et conservée , mais encore elle nous a mis sur la terre en des temps et en des lieux où la Bible n'est pas rare ; puis elle nous a conservés afin que nous en pussions faire l'étude. Oh ! que gloire soit rendue à Dieu pour ce don ineffable!
CHRONOLOGIE DE LA 0ENÉ8E. GElfÉSl