CCCXII. — Paul prisonnier à Gésarée
49215. (24 : 1-9.) C’est de Césarée même que Paul était parti pour Jérusalem huit jours auparavant (21 : 16). Les amis qui l’y avaient accompagné n’apprirent probablement que le lendemain son départ de la forteresse, et les frères de Césarée ne furent peut-être informés de son retour que par Luc, Timothée et les autres, arrivés bien des heures après lui. Cinq jours s'étant écoulés depuis que Lysias l’avait fait partir, Ananias descendit à Césarée avec les anciens des Juifs, et le gouverneur reçut à son audience les accusateurs et l’accusé. Celui-ci n'avait pas d'avocat, mais oui bien ses adversaires. Ils avaient pris avec eux un certain Tertulle, homme qui parlait sans doute le grec, sinon le latin, langue du gouverneur, et ils comptaient beaucoup sur son éloquence.
4216. Mes lecteurs remarqueront sans que je le leur dise, les flatteries par lesquelles l’orateur du conseil cherche à se concilier la faveur du juge; puis, la manière insultante dont il parle de l’accusé. C'était une peste publique, un perturbateur du repos des citoyens, le
PAUL DEVANT FÉLIX. 213 (Actes 24 : 10-21.)
chef d’une indigne secte, un profanateur des choses saintes, et, par ce côté, un homme qu’il appartenait au sanhédrin de châtier, ce que Lysias avait eu le tort de méconnaître. Du reste, Tertulle rend un beau témoignage à la moralité de Paul, en disant que le gouverneur saurait aisément par lui tout ce dont on l’accusait. Les procès intentés aux disciples de Jésus-Christ se sont de tout temps ressemblé. Fruit d’une haine impie et superstitieuse, ces actes, prétendus juridiques, ne sont que des actes de colère et de vengeance, dans lesquels le prévenu ne saurait parler que pour sa condamnation, attendu qu’il ne peut entrer dans son esprit de cacher ce qu'il est et ce qu’il veut. 4217. (10-21.) La réponse de Paul montre cependant qu’il n’est pas absolument nécessaire que le chrétien s’accuse lui-même, lorsqu'il comparaît devant les tribunaux à raison de sa foi; on en peut même déduire qu'il lui est permis de présenter les choses sous le jour le plus propre à lui faire obtenir un arrêt favorable. D’abord, sans imiter Tertulle dans ses flatteries, Paul dit la confiance qu’il avait en son juge, et par quel motif. C’était, d’un côté, que Félix gouvernait la Judée depuis plusieurs années, et que, de cette manière, il n’était pas étranger aux questions qui s’y débattaient; et, d’un autre côté, qu'il lui était facile de connaître les antécédents les plus prochains de PApôtre, puisqu'il avait quitté Césarée seulement douze jours auparavant. Après cela, il nie formellement tout acte séditieux, toute provocation à la révolte, et il défie ses accusateurs de prouver leurs assertions. Quant à ce qu’ils appelaient une secte, la réponse de Paul revient à dire que l'esprit sectaire était plutôt chez ses accusateurs, en tant qu’ils reniaient la foi et le culte de leurs pères, puisqu'ils rejetaient l’espérance de la résurrection des morts, en même temps que le Messie figuré par la loi et promis par les prophètes, ce qui est sous-entendu. Que si l’Apôtre s’en tient à des termes généraux, c’est qu’il parlait devant un païen, dont il n’aurait pas été compris en s’exprimant d’une autre manière. Il ne craint pas d’ailleurs de se rendre témoignage à lui-même, à sa droiture, au désir sincère qu’il avait de se concilier Papprobation de Dieu, et, autant que possible, celle des hommes. Abordant enfin le fait principal, il raconte comment, après une longue absence, il était revenu à Jérusalem, porteur d’aumônes pour sa nation, et comment on ne l’y avait vu que deux fois en public : d’abord, dans le temple, pour une cérémonie de purification; puis, devant le conseil, pour sa défense. Or, s’il avait commis alors quelque crime, il demande pourquoi ceux qui avaient vu au temple, n’étaient pas là