PAUL DEVANT. FÉLIX
(Actes 24: 92, 93; 94-97.) pour témoigner contre lui, et pourquoi le conseil n’articulait pas ün acte d’accusation plus précis.
4218. (22, 23.) Ce discours, sans éclairer proprement le gouverneur, était de nature à le convaincre que son subordonné, Lysias, avait bien vu le fond de Paffaire. Il renvoya donc les accusateurs, déclarant qu’il prononcerait son arrêt après avoir entendu le comandant. Puis, il réintégra Paul dans sa prison, mais en laissant à ses amis toute liberté de le voir et de lui tendre secours. Ce dut être une grande joie pour eux, et, pour l’Apôtre, une consolation inappréciable. C’est ainsi qu’il put continuer de fréquentes entrevues avec son cher Timothée, avec Luc, Trophime et les autres Grecs qui lavaient accompagné ; puis, avec les membres de l'Eglise de Césarée, notamment avec Philippe, l’un des sept [4080], cet ancien disciple qui prêchait déjà l'Evangile lorsque Paul était encore au nombre des persécuteurs. Qui dira tout ce qu'il y eut de saintes conversations, de pieux projets, de communes prières et de joyeux cantiques entre ces honimes de Dieu et sous les verrous du prétoire d'Hérode ? Là était la paix, parce que Jésus-Christ était là.
4219. (24-27.) Ce Félix, devant qui Paul avait comparu et auquel il devait une sorte de liberté, était un personnage fort odieux. Le célèbre historien nommé Tacite, né vers lan 54, c’est-à-dire en ce même temps, dit que Félix, affranchi de l’empereur Claude et frère de Pallas, un des favoris de ce monarque, exerçait, en Judée, «avec toutes sortes de cruautés et de débauches, le pouvoir d’un tyran, à la manière d’un esclave.» Drusille, sa femme, fille d’Hérode Agrippa, le meurtrier de Jacques [3744], avait d’abord été mariée à un roi d’Edesse, nommé Azize; mais Félix l’avait subornée et enlevée à son mari. Ce fut en présence de tels pécheurs que Paul se vit un jour appelé, pour qu’il leur parlât de la foi en Jésus-Christ. Il est permis de penser qu'il y avait chez eux plus de curiosité que de vrai désir de s’instruire et de sauver leurs âmes. S’en occupaient-ils seulement, de leurs âmes ? C'était comme on voit quelquefois, dans les grandes villes, une foule, d’ailleurs impie et moqueuse, courir aux prédications d’un orateur célèbre. Or, que tout ministre de Jésus-Christ prenne exemple de notre apôtre. Il aurait eu toute espèce de raisons pour ménager. ses puissants auditeurs ; mais il en avait plus encore, dans sa foi et dans sa charité, pour ne leur rien cacher de ce qui pouvait leur être utile et pour se rendre net de leur sang (20 : 20, 26). Puis done qu'ils viennent volontairement se placer sous le feu de sa parole, il ne les épar-
FÉLIX, 249 (Actes 24 : 24-27.) gnera pas. À ce Félix, plein d’extorsions , de violences et de débauches, et à sa femme non moins coupable, le voilà qui parle de justice, de tempérance et de jugement à venir; non sans leur avoir, je le pense, annoncé d’abord Jésus-Christ; mais il fallait leur faire sentir le besoin de sa grâce, misérables pécheurs qu'ils étaient, sous cette pourpre dont on les voyait revêtus.
k220. Ce fut une parole puissante, celle que Dieu fit alors passer par la bouche de son serviteur. Aussi Félix ne songea-t-il pas à la tourner en moquerie, ressource ordinaire des hommes de son espèce ; mais au contraire, il en fut tout effrayé. Effrayé à salut? Hélas ! si l’injuste et l’intempérant pouvaient obtenir grâce tout en poursuivant le cours de leurs iniquités et de leurs désordres, ils saisiraient avec empressement le salut de Dieu; mais comme il faut changer de vie, ils se reconnaîtront pécheurs, si l’on veut ; ils éprouveront par moment quelque effroi sur leur avenir, mais ils n’iront pas plus loin. Je me trompe : ils se flatteront qu’une fois, plus tard, en des temps meilleurs, ils accepteront ce qu’ils repoussent maintenant; mais ce qu’on renvoie sans cesse à demain, finit par ne se faire jamais. Tel fut Félix, et tels sont beaucoup de gens qui, ne voulant absolument pas se convertir, redoutent la lecture de la Bible, fuient certaines prédications, certains entretiens, certaines personnes, et se privent, en dernière analyse, de la grâce de Dieu.
4291. En marchant dans cette voie, il arrive aussi qu’on va dé mal en pis. Voyez Félix. Il ne fut d’abord que léger, lorsqu'il fit venir Paul par pure curiosité, selon toute apparence ; mais maintenant, il devient hypocrite et bassement hypocrite. Sachant combien Paul était aimé des siens et quelle généreuse assistance les frères en Christ se prétaient les uns aux autres, il éspérait que, malgré sa pauvreté, le prisonnier parviendrait à recueillir quelque argent, au moyen duquel Félix était prêt à lui rendre sa liberté. C'était bien peu connaître les disciples du Sauveur que de les croire capables de telles transactions. Innocents, ils ne voudront devoir leur libération qu’à la justice; coupables, ils subiront leur peine ; et, dans aucun cas, ils ne participeront volontairement à l’iniquité d'autrui. Toujours est-il que Félix appelait Paul assez fréquemment, pour lui faire voir qu’il ne loubliait pas, et feignant toujours d'apprécier ses leçons. Ainsi se passèrent deux années entières, longue épreuve pour un homme actif, comme était Paul. Au bout de ces deux ans, Félix fut rappelé à Rome et remplacé par Portius Festus. Il semble qu'avant son départ, il aurait dù mettre