vournal des Jésuites
LES DEUX DUPLESSIS s1
du lieu où était né Charles Lemoine, Le père Longueuil, surintendant des finances du royäume, fut remplacé par Nicolas Fouquet, en 1653. Le jeune homme qui figure ici se retrouve aux Trois-Rivières, le 6 octobre 1652, parrain d'un getit Sauvage.
Boucher doit être Gaspard, qui vivait aux Trois-Rivières. A cette date du 7 juillet, son fils, Pierre, devait être à Québec, où il se maria le 9 juillet.
Marie Soulinié demeurait chez Jacques Aubuchon.
Lambert Closse, étant rappelé à Montréal, y rentra vers le 30 juillet.
René Robineau paraît avoir passé l’hiver de 1651-52 aux Trois-Rivières, et on ly revoit de mars à juillet. Vers le ler août, il contribua à faire prendre deux chefs iroquois dont le supplice par les Algonquins est pénible à lire, Il a dû être témoin des événements du mois d’août.
Le 5 août, devant Boujonnier, notaire, “Guillaume Guillemot, écuyer, sieur Duplessis, capitaine du camp volant et &ouverneur du fort et habitation (la bourgade) des Trois- Rivières, nommé par M. de Lauzon”, achète un emplacement. Il signe “Guillemot”. Ceci veut dire petit Guillaume, fils de Guillaume, un diminutif connu. Il y avait aux T'rois- Rivières un canonnier du nom de Guillemot, qui fut tué en mai 1653, par sa pièce qui creva en tirant sur les Iroquois.
Kerbodot m’a bien l'air d’être la traduction de Plessis, Ker en bas breton signifie villa, maison de campagne (32), comme plessis en vieux français.
32. Hameau (country seat), Plessis (Plê-si), de lanvage normand, signifie: terrain, enclos. Plusieurs villages de France Portent ce nom qui, suivant M.-N, Bouillet, est une corruption de palatium, palais, où de pleritium, enceinte; le château seigneurial, à Plessis-Prochard (Bochart), Seine-et-Oise, appartint jadis aux Montmorency. Alain Bouchard de Kerbochart, qui
Mile Mance et Duplessis ont dû partir des Trois-Rivières vers le 8 août, puisque le 12, Duplessis assistait au mariage do Charles de Lauzon avec Louise Giffard, à Québec. Ce Charles est le chevalier qui était du voyage, avec son père, l'été précédent. En cette occasion, Jeanne Mance rencontra Michel Le Neuf du Hérisson, revenant de France, et elle requt une lettre de M. de Maisonneuve, disant qu’il reviendrait en 1653, avec au moins cent bons hommes, ce qui eut lieu en effet,
Le 18 août, le notaire Boujonnier fut tué par les Iroquois, ainsi que trois habitants des Trois-Rivières. Une dizainc de personnes avaient été assassinées isolément depuis cinq mois.
La première inspiration de M. Duplessis fut de se lancer contre les Iroquois et de les punir, mais Pierre Boucher et les hommes d'expérience disaient que ce serait inutile et dangereux. La même chose s’est répétée plus d'une fois à diverses époques. L’Iroquois ne livre jamais combat. Il fuit. Il revient, se cache, fait son coup et disparait. Tous les nouveaux venus dans le pays parlaient de courir après ces mouches qu'on ne parvenait point à saisir et qui vous attiraient dans les embuscades.
Aucune raison ne prévalut. L'ordre fut donné de se mettre en marche. Les soldats de la garnison et quelques habitants avec douze Sauvages, en tout à peu près soixante hommes, montèrent (19 août au matin) sur deux chaloupes et ainsi très visibles, sur le fleuve, ils dépassèrent les limites de la commune actuelle, longèrent les rivages de la banlieue, où les Iroquois les voyaient sans se montrer. Vers onze heu-
vivait au commencement du XVIe siècle, et qui publia la première histoire complète de la Bretagne (1514), aurait peut-être une analogie quelconque avec nos deux Duplessis.
res, à une lieue de la bourgade,
les Iroquois se firent voir et aussitôt Duplessis comm
anda de débarquer. Selon leur cou-
tume, les ennemis reculèrent. Alors, les Français entrè-
rent dans l'embuscade et furent écrasés en un instant. Je raconte l'affaire comme si je l'avais vue parce que chaque fois que l’on a tenté de courir après ces maraudeurs le même stratasème leur a réussi,
Langoumois et Jean Potevin (Potvin) dit Lagrave furent tués sur place; c’étaient des soldats. Un autre soldat, Deslauriers, parvint à s'échapper, mais il mourut bientôt de ss blessures, Cinq habitants périrent dans l’embuscade: Duplessis, Véron, Isabel, Dupuis, Belhomme. Les Iroquois firent sept prisonniers dont on n'entendit jamais parler: Marin, Terrier, Jean Poisson, Jean Turcot, Thomas Godefroy, habitants bien connus, et Lapalme, Saint-Germain, Chaillon, probablement des soldats. C’était une perte de quinze hommes. La Mère de l’Incarnation dit qu'il ÿ eut vingt-deux Français tués avec M. Duples Ces morts ne sont pas mentionnés au registre des Trois-Rivières.
La nouvelle en fut portée à Québec en soute hâte et le 21, le Père Le Mercier avec Jean de Lauzon, fils, se mirent en route pour les Trois-Rivières. Le 23, on visita le lieu du désastre, et l’on vitu uclier iroquois sur lequel était écrit : “Godefroy, Terrier, - vISOn, Lapalme, Turcot, Chaiïllon, S. Germain, Onnejochronnons et Agnechronono. Je n'ai encore
rdu qu’un ongle.” Les noms des deux Sauvages indiquent Es 3 des Hurons.
Le 29 au soir, le P
ère Le Mercier et Jean de Lauzon
étaient de retour à Québec. Qui avaientcommandement temporaire des ment Pierre Boucher, capit mis du magasin de traite.
ils nommé pour le Trois-Rivières? Probableaine de milice et principal com-
Le 30 août, un Huron chrétien, Tiburce Aotoast, fut enlevé près du fort. M. d’Ailleboust, descendant de Montréal passa aux Trois-Rivières presque en même temps. Rendu à Québec il donna des informations. Jacques Le Neuf fut envoyé comme gouverneur aux Trois-Rivières. Si je ne me trompe, il vivait à Portneuf où il avait commencé des défrichements considérables et il faisait le commerce des fourrures. Il partit de Québec le 8 septembre sur la barque Lespérance.
Le 25 octobre, une Huronne, nommée Annendiérationo, fut tuée aux Trois-Rivières. Le lendemain, Saint-Denis et Gaillarbois succombèrent, au Cap de la Madeleine, sous les coups des Iroquois, et un nommé LeValon fut blessé.
la France était dans un état lamentable. Un n’en espérait aucun secours. Les rapports du côté des [roquois annonçaient des attaques plus sérieuses que jamais. La Mère de lPincarnation écrivait en ce moment: “On n’y voit goutte. On marche à tâtons. Les choses n'arrivent point comme on les avait prévues. Cependant, on roule, et lomqu’on pense être au fond d’un précipice, on se trouve debout. Cette conduite est universelle, tant dans le gros des affaires pub'iques que dans chaque famille en particulier. Lorsqu'on entend dire que quelque malheur est arrivé de la part des Iroquois, comme celui des Trois-Rivières, chacun s'en veut aller en France, et en même temps, on se marie. on bâtit, le pavs se multiplie, les terres se défrichent et tout le monde pense à s'établir. Les trois quarts des habitants ont par leur travail à la te-re de quoi vivre.”
Cette description si admirablement tournée vaut tout un chapitre. Tant qu’il y aura des Canadiens, ils se reconnaftront dans ce miroir: On n°y voit goutte. On roule. On se croit renversé. Nous voilà debout. Abandonnons la colonie.
Non c’éta
qui, boust Fran Si du vières avec « de l’a Y de “G:
vend à Quaran des Tr Le 1652, p
LES DEUX DUPLESSIs 26 D
Non! marions-nous, bâtissons, défrichon:
C’étaient des gens dégourdis.
On voit chez les Dames Ursulines qui, dit-on, représente Duplessis-Boch boust se tenant de Compagnie. Boch, France pour toujours, Si durant les trois cen vières on à Québec,
S, Courage! Ah!
anada, ts jours de son existence aux Trois-Ri-
Kerbodot à “fait prendre son portrait” avec d’Ailleboust ou Un autre, j'aimerais à Connaître le nom de l'artiste qui s'est prêté à son désir.
Vers le 1er septembre 1652, Etiennette Després, veuve de “Guillaume Guillemot, vivant écuyer sieur de Kerbodot”, vend à Jean Sauvageot une terre et habitation de deux sur Quarante arpents, au Cap de la Madeleine, appelé alors Cap des Trois-Rivières. (33)
Le notaire Bou 1652, par lequel D:
; Geneviève Desp:
qui devint la souche des i
; Mar-
veuve du
ses dettes
33. Greffe de Séverin Ameau, 34, Jugements du Conseil Souverain, volume 1, p. 25. 35. Jugements du Consei! Souverain, volume 1, p. 52,
Le * décembre 1663 “Etiennette Desprez veuve Duplessis Kerbodot”’, est appelée à payer à Pascal Lemaître, neuf mois de gages comme domestique, à raison de soixante-dixhuit francs et quinze sous par an. Le contrat avait été fait à Québec, le 29 octobre 1651, par le nctaire Rolland (Godet, qui paraît avoir exercé seulement de 1651 à 1653. Lemaître venait de plaider cette cause, l'avait perdue et il allait en appel au pius haut tribunal. Etiennette répond que la dette est prescrite par durée du temps et que d’autre part, Lemaïître aurait pu être payé lorsqu'il descendit à Québec (10 août 1652?) avec son mari. La cause est remise et ne reparait plus(36).
J’ai cru d’abord que Lemaître était venu de France avec Kerbodot mais le contrat du 29 octobre 1651 me semble indiquer que ce garçon était déjà à Québec. Il était né en 1621, fils de Kené et de Pasquette Edet, de Chamfremont, au Maine. En apparence, il quitta le service de Kerbodot au mois d'août 1652 et resta à Québec, où il épousa, en 1660, Louise Duval. Ce ménage vécut à Notre-Dame-des-Anges et éleva cinq enfants.
J'ai vu quelque part que madame Kerbodot avait des terres à l’île d'Orléans.
Au recensement de la ville de Québec en 1666 on lit: “Henriette Desprez, veuve Duplessis Guillemot, 38 ans.Sa fille Anne 16 ans”. L'année suivante: “Etiennette Desprez veuve Duplessis, 40 ans. Anne Guillemot 19 ans”.
Le 9 décembre 1686, J.-B. Garros opère une saisie sur la succession de défunte “demoiselle Etiennette Desprez veuve Duplessis Kerbodot (37).”
A part des variations déjà mentionnées, je remarque
47. Jugements du Conseil Souverain, volume 3, p. 100. 36. Jugements du Conseil Souverain, volume 1, p. 80.
crit de sous la levoix, Montré En Nouvel!
tout cou Cha
j'ai cons contré u néalogiq
LES DEUX DUPLESSIs 27 que le notaire Ameau, le 16 décembre 165%, écrit: “Gui. laume Guillemot écuyer sieur Duplessis Guerbaudeau”, et Je 21 avril 1663: “Guillaume Guillemot sieur Duplessis Kerbodot, En cette Occasion il y a enquête sur l'affaire du 19 août 1652 et l’on Constate qu'elle s'est Passée à la quatrième rivière de la banlieue.
Le Père Charlevoix qui écrivait soixante ans après la mort de Kerbodot, ne Connaissait pas cet homme. Parlant du massacre du 19 août 1652, d’après la Relation des Jésuiies, il met “Duplessis” dans son texte, mais au bas de la page, en note de renvoi: “Duplessis-Bochart” Parce qu’il savait
figuré dans la coleaie queiques années avant 1652, Par endroit les Relations
des Jésuites mettent “Duplessis-Kerbodot”, Charlevoix n’a Pas remarqué ce dernier nom,
note de Charlevoix e nom en dressant l'index des trois volumes, et y ont mis “Bochart”.
Vers ce temps-là, M. Jacques Viger examinant le manuscrit de Dollar de Casson: Histoire du Montréal, et y voyant, sous la date de 1652: “Duplessis” tout court fit comme Charlevoix, il ajouta “Bochart”. En 1868, Parut cette Histoire du Montréal, avec la note de Viger.
En 1852, le Père Martin,
ec tout court, allonge
Charlevoix, Viger et Jamaïs vu les pièces que j'ai consultées dans les greffes, mais Mer Tanguay en à rencontré une ou deux, ce qui fait que dans le Dictionnaire généalogique, vol. I, page 15 ct 216, il met “Guillemot Duples-
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sis” et “Duplessis-Bochart” pour le mime hoinme. A la page 33 de A travers les registres, il répète ce malentendu, puis, page 35, il se corrige.
L'abbé Ferland,(38) qui écrivait en 1860, dit que le gouverneur des Trois-Rivières est nommé tantôt “Duplessis- Bochart”, tantôt “Duplessis-Kerbodot”, mais il nc remarque pas que les Relations des Jésuites n’appellent jamais l’homme de 1652 du nom de Bochart(39) ni jamais celui de 1632 du nom de Kerbodot.
Charlevoix, Viger, Martin, Tanguay, Ferland(40) ne voyant qu'un seul et même individu dans ceux de 1632 et de 1652, ont voulu lui attribuer les deux noms.
L'abbé Ferland, s’arrêtant sur la catastrophe du 19 août 1652, risque une appréciation du gouverneur Duplessis qu’il n’a jamais pu étudier en quoique ce soit: “Depuis vingt ans M. Duplessis remplissait en Canada des fonctions importantes”, ce qui est de pure imagination.
Le Journal des Jésuites, que nous n’avons pas connu avant 1870, ne donne que “Duplessis” pour l’homme de 1652.
La Vie de la Mère Catherine de Sain:-Augustin écrite par le Père Ragueneau et publiée de nos jours, dit “Du Plessis Guerbodo” pour désigner le gouverneur des Trois-Rivières de 1652 que le Père Ragueneau connaissait bien.
A voir la peine que je me suis donnée pour éclaircir cette question il ne faut pas s’imaginer qu’elle est seule de son genre—il y en a bien d’autres.
26 mars 1919.