‹ Études éparses et inédites de Benjamin Sulte [microforme]Chapitre 25 sur 37 · Nos écrivains ont commencé Par en haut · texte numérisé non relu

Nos écrivains ont commencé Par en haut

as voulu descendre Un peu plus bas, ce qui fait

oûte du pâté mais rien du dedans.

J'ai passé ma vie à tâcher de voir les dessous et c’est le seul

moyen darriver à connaître l’ensemble. J’inspecte les molé.

cules, j'analyse linfiniment petit, et avec cette substance, je

2e suis plus en peine de reconstruire la masse. C’est d’en bas

qu’il faut regarder l’histoire pour atteindre à la vérité. Vue

Par en haut, vous n’aurez toujours que des surfaces ou comme

les toitures d’une ville, sans Jamais savoir ce qui se passe dans

68 MONNAIE DE CARTE ET VALEUR DE L'ARGENT ——————————___—. a

les maisons. Aussi, nos historiens sont-ils Presque tous arriérés sur les sommets, les grandes lignes, ce qui enfin crève les Jeux, mais ils répugnent à fouiller l’intérieur et à chercher le pourquoi des choses. Ils ne sont ni curieux ni explicateurs, mais, par occasion, ils se mettent à “penser”, à supposer, à vouloir expliquer ingénuement ce qui leur semble ou mystérieux ou digne de quelque réflexion. C’est un bon moyen de se tromper et de nous offrir des apparences pour des réalités.

J'aime mieux savoir que de penser, aussi je procède par les petites affaires, Elles expliquent les plus grandes, presque infailliblement — en tout cas elles valent mieux que des aperçus à vue de nez. Si notre histoire vaut la peine d’être étudiée, elle vaut la peine d’être bien étudiée, Rien n'est petit ou méprisable en ce genre, tout compte. C’est avec des sous que l’on compose des piastres. Tant que nous négligerons les bagatelles nous ne saurons rien des matières plus importantes qui ne sont que le résultat de ces prétendues bagatelles. A vrai dire, la prétendue grande histoire ne nous donne qu’un à peu près des choses. Ce que j'aime à comprendre c’est la vie d’un peuple.

UN SERMON Du CYGNE DE CAMBRAI 69

L'Echo de l'Ouest, de Minneapolis, du rapporte un trait de la vie de Fénel chant et bien dans le Caractère de « coïncidence ce personnage, C’est

us une lettre me disant: “A Ja Page 147

"Histoire des Canadiens-français, vous attri-

deux phrases de Bossuet : 10 les nations plon-

dans l’ombre de la mort, 20 l'homme s’agite mais Dieu le

mène. C’est du Pur Bossuet, Voyez-y de proche.”

En vérité, c’est du Bossuet mais j'ai Pris ces deux sentences

janvier 1685. Je ossuet a bien

S à l'ombre de la

Puisq i t encore du do-

maine public. z te Isaïe cité par

j Grandes Antiennes de

Uumina sedentes in te.

Venez et éclairez ceux

res et dans l'ombre mais Dieu Je mène”, nous verrons plus

teur, plus tard homme d'Etat, cardinal-archevêque de Paris, lune des intelligences les plus riches et les plus pétillantes de son temps, mit un jour la main eur le sermon du 6 janvier 1685, e*epergut qu’on ne lui avait jamais fait connaître cette oeuvre de Fénelon et il en recherche la cause. 11 y avait juste cent ans que le sermon existait. Aucun auteur ou amateur ne le mentionnait. Prononcé en 1685, imprimé seulement en 1706, au milieu des désastres de la France, il était passé insperçu, et en 1785, il fallait une trouvaille et un abbé Maury

pour le remettre au jour. Cet abbé appartenait à l’Académie française. Il résolut de donner à es collègues la primeur de ga découverte, tout en se ménageant le plaisir d’une mystification, car sans cela, il n’aurait pas été l'abbé Maury que l’on

connaît.

“Dans mon enthousiasme, dit-il, j'invitai plusieurs gens de lettres à entendre un beau sermon que j'attribuais intentionnellement à Bossuet et qui n'était connu de personne. J’en fis la lecture dans ce comité, pour mieux jouir de leur surprise et de leur ravissement. J'ai renouvelé plus d’une fois et toujours avec un succès égal la même expérience. Tout bon lecteur peut réitérer cette épreuve avec confiance, dans une assemblée de counaisseurs. S'il y avait, à mon insu, de Vexagération dans le jugement que je vais rapporter, ce ne serait donc pas à moi seul, mais, je puis ' dire, à l'élite de notre littérature entière qu’elle doit êtr tée. Tous les auditeurs furent terrassés d’admiration. écria unanimement que l'aigle brillant de Meaux était seul capable de s’élever à une si grande hauteur. On croyait voir tantôt l’imagination d'Homère, tantôt la véhémence de Démosthène, tantôt le génie et le pathétique de gaint Jean-Chrysostôme, tantôt la very et la majesté de Corneille, tantôt même, dans quelques traits de la péroraison, l’énergie et la profondeur de Tacite,

Q Be 4

souvent les élans et l'élévation de Bossuet, mais toujours une pureté unique de goût et une perfection inimitable de style qu'on ne pouvait assez admirer, Je ne laissais jamais échapper le volume de mes mains durant la lecture. Et, après avoir joui de l'ivresse et de l’enthousiasme de noS académi. ciens, j’excitais encore plus leur Surprise en montrant que louvrage était de Fénelon. Le discours ne leur en paraissait que plus beau.”

Cela avait lieu i] y a plus d’un siècle, au milieu du cercle littéraire le plus renommé de toute l’Europe. I] n’est done Pas étonnant que des Canadiens instruits se trompent, même de nos jours, sur Une composition qui déroutait la science ou le flair des écrivains plus rapprochés que nous de l’époque de

La facture qui Marque les écrits de Bossuet cet tellement reconnaissable que les bons liseurs la désignent du doigt en la Voyant. Celle de Fénelon est différente, On est pareillement familier avec sa physionomie. Ces deux types sont distincts et à part.

L’aigle de Meaux, c’est Bossuet, l'homme À la grande Phrase qui monte toujours et qui se résume tout à coup par une expression serrée, jaillissante, faisant image, pour dire en cinq ou six mots le plein sens de ce qu’il vient d'expliquer.

Fénelon, le Cygne de Cambrai, l'artiste suave, déroulant ses périodes gracienses et ne brusquant jamais notre attention, vole à une certaine hauteur, s’y maintient avec assu- Tance, mais sans darder à Pic la phrase qu’il commande et replie avec une noble maîtrise.

(Cependant, au cours d’un sermon, il a pu s’élancer, à la manière de Bossuet, exposant les unes après les autres les entreprises Prodigieuses des découvreurs du Nouveau-

Monde et s’écrier, en donnant l'essor à sa démonstration: “l’homme s’agite, mais Dieu le mène”, comme nous disons: l'homme propose et Dieu dispose. 11 l’a fait avec un tel bonheur que le cygne de Cambrai a été confondu avec l’aigle de Meaux par les experts en cette matière.

Fénelon, âgé de trente-cinq ans et dans toute la force de ses merveilleuses facultés, avait eu un parent de son nom missionnaire en Canada (1). Il était donc au courant des travaux d’évangélisation poursuivis eur les terres d’Amérique depuis un demi-siècle et au-delà, allant toujours en se développant. Prètre, il voyait le commerce qui ouvrait les continents nouveaux pour donner passage à l'homme de la morale. Et c’est dans le séminaire des Missions-Etrangires, à Paris, qu’il traita du sujet dont je m'occupe en ce moment. Pour nous, qui sommes en Amérique, le sermon de VEpiphanie possède un intérêt particulier: il met en s.ène notre pays.

En 1685, la France était glorieuse, au-des-1s de tous les royaumes de l’Europe et en paix avec toutes les couronnes Sa marine même n’avait pas de rivale, Son commerce ?ncerclait le giobe. Le roi de Siam envoyait des ambassaderrs à Versailles. Cavelier de LaSalle, revenant du Mississipi,

partait aussitôt pour fonder une colonie en Louisiane. Le

livre du Père Iennepin paraissait. Le champ des découvertes vers l'Ouest s'étendait considérablement. Ta note 1l

lu

1. Voir les Deur abbés de F par l'abbé H.-A. Verreau. Cet abbé de Fén a pr e de Cambrai étaient frères consanguins, c'e i ? François, celui qui vint en Canada Francois-Armand, le €] sa vingt-quatrième année, Franco Sulpice, Enthousiasmé pour les mi " il passa au Canada en 1667. Huit ans. après, il repassait en France, où il vécut ignoré dans une grande solitude; il est mort en 1679 ou 1680.

com jalor deça Nil dista mers

UN SERuON DU « YGNE DE CAMBRAI 73 mn

jour roulait sur Jes grands voyages, les explorations, l’ex- Pansion de l’empire français. Il y avait beaucoup de rêveries dans tout cela, néanmoins os faits principaux justi-

fiaient l'ambition des uns, l'admiration des autr s Fénelon tombait juste en chois ssant ce thème pour Parler à la maison-mère des missionnaires.

L'orateur divise son discours en deux parties: les motifs de joie et les motifs de crainte que doit inspirer aux chrétiens la vocation des infidèles, 11 promène ses regards sur les régions fréquentées par les fpotres, ensuite les navigateurs, commerçants, voyageurs, depuis l'avènement de Jésus- Christ, et nous montre les missionnaires suivant partout leurs traces, introduisant l'Evangile chez les Genti!s, vers lOrient de la Judée, à l'Occident jusqu’en Angleterre, en France, en Espagne, puis dans les contrée d’outre-mers, aux pays des épices, de l'or et des peuples sauvages, plongés dans les ténèbres de lignorance absolue, tandis que la Foi commence à diminuer en Europe.

“Que ferait, s’écrie-t-il, que ferait plus longtemps la foi Parmi nous, chez les peuples corrompus jusqu'à la racine, qui ne portent encore le nom de fidèles que pour le flétrir et le profaner !”

Bien entendu que je ne puis citer un si long ouvrage Contentons-nous de quelques fragments :

“Peuples de l'extrémité de l'Orient, votre heure est venue. Alexandre, ce conquérant rapide, qme Daniel dépeint Comme ne touchant pas la terre de ses pieds, lui qui fut si jaloux de subjuguer le monde entier, s'arrêta bien loin en deça de vous; mais la charité va bien plus loin que l’orrueil, Ni les sables brflants, ni les déserts, ni les montagnes, ni la distance des lieux, ni les tempêtes, ni les écueils de tant de mers, ni l’intempérie de l'air, ni le milieu fatal de la ligne

LL] UN SERMON DU CYGNE DE CAMBRAI rm en Sr s où l’on découvre un ciel nouveau, ni les flottes ennemies, ni les côtes barbares ne peuvent arrêter ceux que Dieu envoie Qui sont ceux-ci qui volent comme les nuées ? Vents, portez-les sur vos ailes. Que le midi, que l’Orient, que les fics inconnues les attendent et les regardent en silence ven:" de loin, Qu'ils sont beaux les pieds de ces hommes qu’on voit arriver du haut des montagnes, apporter la paix, annoncer les biens éternels, prêcher le salut, et dire: à Sion! ton Dieu règnera sur toi. Les voici, ces nouveaux conquérants qui viennent sans armes, excopté la croix du Sauveur, Ils vien nent, non pas pour enlever les richesses et répandre le sang des vaincus, mais pour offrir leurs propre sang et commun!quer le trésor céleste. Peuples qui les vites venir, quelle fut d’abord votre surprise, et qui peut la représenter? Des hommes qui viennent à vous sans être attirés par aueun motif ni de commerce ni d’ambition, ni de curiosité. Des hommes qui, sans vous avoir jamais VUS, sans savoir même où vous êtes, quittent tout pour vous et vous cherchent à travers toutes les mers, avec tant de fatigues et de périls, pour vous faire part de la vie éternelle qu’ils ont découverte! Nations ensevelies dans l'ombre de la mort, quelle lumière sur vos têtes l”

Le nom du Canada n’est-il pas sur nos lèvres en lisant ce vaste et poétique aperçu? Et encore, dans le passage suivant:

“Que vois-je depuis deux siècles? Des régions immenes s’ouvrent tout à coup; un nouveau monde inconnu à l'ancien et plus grand que lui. Gardez-vous bien de croire qu'une si prodigieuse découverte ne soit due qu’à l'audace des hommes. Dieu ne donne aux passions humaines, lors même qu’elles semblent décider de tout, que ce qu'il leur faut pour être les instruments de ses desseins : ainsi l’homme

e’agite, mais Dieu le mène, La foi plantée dans l’Amérique, parmi tant d’orages, ne cesse d’; porter des fruits.”

J'ai bien fait, n’est-ce | !: citer cette belle page et d’en faire honneur à qui de dre t

Comme il est de toute : ie que l'énelon fixait pripcipalement sa pensée su Canada en composant ce sermon, souvenons-nous que Duluth était revenu du pays des Sioux, La Salle du bas Mississipi et que lea mission allaient s’étendre plus loin que jamais à l'ouest comme au sud. Le livre du Père Hennepin étais dans toute la vogue possible. On poussait la recherche des pelleteries -— c'est ve que Fénclon appelle le commerce — avec plus d'arleur que jamais autour du lac Supérieur et vers la baie d'iludson. Paris et Versailles ne s’entretenaient que de l'Amérique. Le prêtre vit dans cette occasion un beau sujet religieux et il le traita en maître de l’éloquence.

30 mai 1913.

Dans un livre intitulé Origine, étymologie et significar tion des noms propres, publié à Paris, en 1867, chez Augustin Aubry, je vois une curieuse note sur les marquis de Galifet, princes des Martigues. L'auteur est De Gaston; il a écrit plusieurs ouvrages de ce genre et je suppose qu’il ne nous induit pas trop en erreur. Les Galifet seraient, d'après lui, originaires du Dauphiné et habitaient Voiron (Isère), en 1347. Un membre de cette famille paraît avoir été en évidence vers Van 1600. Il présida ie parlement de Provence de 1614. Après lui, la chuîne généalogique s'embrouille, De Gaston prétend que se personnage avait été le parrain d'un Juif de

Carpentras, nommé l'ierr foulet, vers 1581, et que ce dernier prit le nom de Galifet, &: -.lle sorte que la lignée de 1347, se trouvant un jour éteinte, les descendants de Coulet gardèrent seuis le nom de la famille première. C’est le motif pour lequel divers auteurs, notamment Laîné, dit-il, ont prétendu que les marquis de Galifet actuels sont de la lignée du Juif converti.

Quoiqu'il eu soit, l'authenticité de la noblesse doit fort peu nous intéresser, Oceupons-nous.d'un certain homme du nom de Galifet, qui servait en Canada il y a deux siècles pasgés. C’est l’unique objet du présent article.

D’après le Dictionnaire généalogique de Mgr Tanguay (1, 165, IT, 274), Pierre de Galifet, seigneur d’Homon, de la Paroisse de Notre-Dame-de-Grâces de Voiron (Isère), diocèse de Grenoble, aurait épousé Marguerite de Bonfils et deux serait né, en 1666, François de Galifet, seigneur

sa mi

Me pus es

Le) 1698, Québec et Beau 3 1700-02, Québec; 1703, Montréal. Madame de Galifet mourut dans cette dernière ville, le 1er avril 1703, laissant peut-être deux enfants survivants sur cinq qu’elle avait eus (2).

Voyons maintenant la carrière de M. de Galifet en Canada, où il vécut durant trente ans.

Lorsque les troubles avec les Iroquois recommencèrent, en 1682, il n'y avait pas de troupes françaises dans la colonie, En 1683, il vint deux cents soldats; 1684, cinq compagnies : 1686, à peu près autant; 1688, trois cents soldats, (3)

M. l'abbé Daniel dit que M. de Galifet était capitaine en 1688, c’est-à-dire à vingt-deux ans. Il à dû venir au Canada cette année avec les trois cents hommes menticnnés ci-dessus.

1. iffin, Callin ou Cassin, On écrit Galifet, Galitet, Galliffet, Galifotte, etc.

2. Madame de € ifet mourut durant l'épidémi ? la petite vérole qui r. get la colonie en 17 elle fut inhumée le 2 avril, Mer 1Y donne à cette un cinq en se-An que, C1 rAncois, Marguerite \ntoine-Philipne: ce dier fut bapt sépulture le 9 juin la Point aux-Trembles,

Pierre.G (Bulletin des rocher # histér 1917) d l enfants: 1- Toui Anrélique,

i * à Beauport le 29 4 + 1698, Flle cois, à Q Il suivit son père « dans Gardes frane et parvint :

chevalier de & 1 f . morte à Québec € de baptême dit:

lifet et de T ruise... il: TU Poerumnte relatifs à la WNourerte France, vol, 1, pages

a Cu En tous cas, il paraît avoir été le commandant de la garnison des Trois-Rivières, au moment de la mort de M. de Varennes gouverneur de cette place, le 4 juin 1689, et avoir ensuite agi comme gouverneur par intérim (4).

Au commencement d'août, même année, il commandait le camp de Verdun, lorsqu'eut lieu le massacre de Lachine. Ce camp était de deux cents hommes. Subercase, le chef, se trouvait absent. En 1690, Galifetcommande aux Trois-Rivières et à Saint-François-du-Lac, où il se défend contre une sérieuse attaque des Iroquois. Je note que, à cette date, son père était décédé, laissant huit enfants (5).

M. de Ramesay avait le titre de gouverneur des Trois- Rivières, mais ne paraît pas avoir résidé alors dans ce lieu, de sorte que M. de Galifet le suppléait, en 1689-91. En 1692, Galifet était major (6), employé à Québec, où il demeura jusqu'à 1702. Son mariage (1697) avec Mlle Aubert de la Chesnaye l’alliait à une famille qui faisait la pluie et le beau temps dans le commerce du Canada.

M. de Frontenac étant mort l’automne de 1698, M. de Callières lui succéda et le marquis de Crisasy, successeur de ve dernier, laissait vacante la charge de lieutenant de roi à Montréal. M. de Galifet en reçut le brevet, le 23 mai 1699, mais ne semble pas s'être rendu immédiatement à ce nouveau

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