‹ Études éparses et inédites de Benjamin Sulte [microforme]Chapitre 26 sur 37 · François de Galifet passa au Canada au printemps de · texte numérisé non relu

François de Galifet passa au Canada au printemps de

1688, puisque le 1er mars de cette année le roi lui avait un ordre pour le commandement immédiat d'une compagnie en

signé sigT

Canaïa.

5. D'Hozier, Armorial de France. Lui et d'autres ont esd'éclaircir l'embrovillamini de la question de l'origine des et, mais les plus savants avoueut qu'ils n'y comprennent rien.

6. Le 6 janvier, il remplaça le major Provost qui était nommé lieutenant de roi.

essa

plac fave

tiré:

en L les

poste. Lorsque sa femme se décida à l’y suivre, ce fut pour mourir bientôt, comme on l’a vu ci-dessus (7).

Le 15 mai 1705, le roi lui accorda la croix de Saint- Louis. En 1709, après la mort du marquis de Crisasy, survenue le 6 mai, M. de Galifet administra le gouvernement des Trois-Rivières. Sa nomination comme Souverneur de ce district est du 5 mai 17 10, et jusqu’à 1716, nous le voyons continuer dans ce poste. Le dernier acte de lui que je connais

est une demande pour que le sieur de La Corne soit nommé major des Trois-Rivières (850 francs par année), en rempla-

cement de sieur de Cabanac, dé édé. M. de Galifot, ayant obienuu un congé, s'embarqua pour re n France au mois de novembre 1716. 11 devait revenir pr » son poste Pannée suivante, mais il s’écoula deux années sans qu'il songea à le faire, Le 23 juillet 1719, le ministre Jui

#8 &ppolntements ne pourront lui être

sia rendu dans son gouvernement des Trois-Rivières, inais, M. de Galifet, étant m lade, ne désirait Pas revenir au Canada (8). Le 14 mai 1520, il obtenait sa ref: ‘te définitive #t une pension de 1500 livres. HI mourut à Aviwnon en 1716 Où il vivait paisiblement depuis 1720,

François de Galifet avait trois frères: Alexandre, Josoph et Philippe. Alexandre était capitaine an réciment de Picardie et lieutenant des vaisseaux du roi. Jo ph, le cadet, fat lieutenant au régiment de Picardie, Puis capitaine au régiment de Champagne, ensuite Capitaine d’une « mpagnie

7. En 1699-1700, M. de Galifet était en ince, Il avait essayé de se faire donner le gouvernement de l'Acadie en rem- Plicement de Robineau de Villebon, mais le roi en disposa en faveur de M. de 3rouillan (Archives canadir nncs&, 1899).

8. Probablement à cause des désagréments qu'il s'était attirés depuis queiques année Par Sa conduite dérêglée, Il était en brouilie avec l'évêque de Québec qui s'en était plaint, mais les dires étaient partagés.

franche de la marine; il eut le commandement de l’ile de la Tortue, dans les Antilles. En 1698, on le nomma gouverneur de l’île Sainte-Croix, commandant des colonies françaises du Cap et des côtes de Saint-Domingue. 11 mourut à Paris, le 26 mars 1706. Le troisième fri Philippe, lieutenant de vaisseau, accompagna d'Iberville à la Floride et au golfe du Mexique en 1699. Il fut plus tard commandant du navire la Seine, et vint plusieurs fois à Québec où il eut quelques amours légères. En 1720, Philippe de Galifet fut nommé lieutenant de maréchaux de France: il mourut en 1:40.

Notre gouverneur des Trois-Rivières avait aussi quatre soeurs, à savoir: Blanche, mariée à Gaspard de Badieu, seigneur de Roquebrune; Lucrèce: Marie et Isabeau, religieuse ursuline.

J'ai cru autrefois que François, celui qui nous occupe, fut rappelé du Canada en 1717, et étant repassé en France, on l'envoya commander à l’île de la Tortue et autres colonies des Antilles, y compris Saint-Domingue. Il n’en fut rien. Il ne fut point, non plus, gouverneur de l'île Sainte-Croix apr°s son frère Joseph. Ce fut Louis-François de UGalifet, fil. äe Alexandre, frère aîné de Francois. Ce Louis-François fut l: premier de la famille à es le titre de marquis. Le général de Galifet, ° * la guerre en France, de 1898 à 1900, était le desc mar es à rect du marquis de Galifet. Ce général visita Québec en 1867, lors d’une tournée officielle au Mexique,

Voilà tout ce que j'en sais, mais c’est autant qu’il en faut pour donner le nom de Galifet à une rue aux Trois-Rivières, par exemple.

KODE

Sous ce titre, l'honorable Gcorres la cour du banc la Reine, à Montre

ÿ, ancien juge de al, à publié une brochure dans laquelle 1! soutient que la noblesse canadienne n'a pas quitté le Canada à l’époque de la conquête (1761) ou de la cession (1563). C'est une rüponse doc ument

te qui renverse ce que disent }a plupart des écrivains. (1 1 PAuf

ne s'agit Pas de faire des Suppos:tions ou du sentiment. Bien naïf serait l’homme qui croirait que l’amour de la France a entraîné ceux qui sont partis, et trop crédule surait celui qui attribuerait à ceux qui sont restés un doux chant pour Je Canada. La question se résume à ce cun à consulté ses moyens d'existence et d’après eux. Les habitants, Possesseurs du sol, ne

Pas un instant à émigrer. I} étaient détuhés de

pen cha-

léterminé moèrent a France

autant que nous le sommes aujourd’hui. La noblesse

Sais se composait, en majeure partie, de gens qu des faveurs du #ouvernement et, par

vaient compter sur la continuation de

n'avaient guère d’autres ressources que de repasser 4 Mais la noblesse Canadienne resta ici.

Les fonctionnaires civils, Jes officiers l’armée s'en retournèrent comme ils € sans

server le moindre amour pour le Canada et le Canadien. On peut supposer que cinq cents Personnes quittèrent la colonie,

"à æode des classes dirigeantes à la Cession du Canada,

in-8, 58 pages, aussi parue dans The Canadian and Numismatic Journal, 1899.

Les vrais Canadiens restaient chez eux au nombre de soixante mille. Pour remplacer les bons à rien qui s'en allaient, quatre cents soldats français se décidèrent à se marier parmi nous et à devenir cultivateur. Vous voyez que loin de perdre «1 change, nous y avons gagné.

Sous le régime français, il existait une chose qui nous paraît étrange aujourd’hui: c’est la classe privilégiée, la noblesse. Au lieu de recruter les serviteurs de l’Etat parmi les hommes de mérite, le roi les prenait dans la bande des anoblis. On devenait noble par suite d'un exploit militaire, un service financier, accident quelconque — et les enfants conservaient cette faveur. Vous connaissez le monde, vous savez combien peu l'on doit compter sur les talents et l'honneur de ceux qui naîtront un jour de nous. La déplorable coutume de placer la noblesse à la tête des affaires empêchait le peuple de connaître ce qui se passait en haut lieu. Il payait et tout était dit. La noblesse était pauvre, je veux dire qu’elle vivait du salaire et des pensions du roi. Enlevez le Canada à la France, la noblesse française de ce pays tombe dans la misère.

Devons-nous croire que toute la noblesse nous quitta, en 1760-63, selon plusieurs écrivains? J'ai affirmé, en 1880, que les “Canadiens rætèrent en Canada et les Français s’en retournèrent en France”. Le juge Baby cite ces paroles et dit que c’est tout à fait son opinion, après une étude attentive de cette affaire. Seulement, il emploie un terme qui me fait rire: il dit que j'avoue le fait! J’ai été le premier à l'affirmer. Oh! la bonne bouette!

Done, si je suis dans le vrai, la noblesse canadienne n’a pas émigré plus que les habitants, mais la noblesse francaise e dû s’en aller en bloc. La preuve de ceci est faite par le juge Baby qui donne ies noms des familles existant parmi

ous vers 1800, et aussi les noms de celles que l’on ne revoit plus après 1763. Le triage est Parfait: les Canadiens sont restés et les Français ont disparu.

Laissons la Parole à l'abbé Couillard Desprès :

“En défrichant leurs immenses domaines, en colonisant leurs terres, nos ancêtres avaient jeté dans ce sol trempé de leurs sueurs et de leur sang des germes féconds de patriotisme et de foi. Trois ou quatre générations de leurs pères y dormaient de Jeur dernier sommeil ; n’était-ce pas les y attacher de toutes les fibres de leurs coeurs ? sèrent une résistance si longue et si c’est qu'il était de leur devoir de défendre leur patrie en versant leur sang pour l’honteur du drapeau de la France, En se battant à l'ombre de ce drapeau, ils Juttaient Pour arracher aux mains des ennemis la Nouvelle-France leur vraie patrie. C'est Pourquoi js premières émotions passées l’émigration des fonctionnaires ct des militaires français accomplie, les nobles Canadiens demeurèrent an n: + Ts ne voulurent pas s'expatrier en retournant en France où il ne leur restait que des parents éloignés (2)

Une explication devient nécessaire au sujet de ce mot “noblesse”. La voici: Jes LeGardeur, les LeNeuf, par exemple, étaient venus de France avec leurs titres de nobles et ils en avaient bénéficié durant un siècle, sans jamais s’oc- Cuper de culture, de sorte que je les qualifie de Français. Les Boucher, les Godefroy, les Couillard avaient été anoblis en Canada pour services rendus, et ils continuaient à être cultivateurs.

A Porigine de la colonie, on donnait des terres en fief à ceux qui prétendaient créer des seigneuries, et ces hommes faisaient Corps avec la classe élevée, frayaient avec la no-

?. Noblesse de France et du Canada, Montréal, 1916.

blesse, mais un bon nombre de sæignours n'eurent jamais que des domaines en bois debout. Le roi les employait à diverses fonctions dans la colonie, Ceux-là n'avaient pas pris racine dans le sol et ils ne Pouvaient s’y maintenir après la disparition du pouvoir qui les faisait vivre. Près de la moitié des

&neurs qui s'étaient donné la peine de faire défricher un oin de leure seigneuries, avaient vu leurs enfants se tourner vere la traite des fourrures, la profession des armes ou les bureaux du gouvernement, si bien que, à la troisième généra tion, leurs scigneuries appartenaient à des habitants qui se les étaient procurées à vil prix et qui les exploitaient habilement, Ces Canadiens, devenus seigneurs, étaient, en 1760, les seuls hommes qui eussent à la fois de quoi vivre et de l’influence sur la mase.

Lorsque l'on prononce 'e mot “noblese” en rapport avec les temps de la conquête, il fant comprendre tout cela, car, en vérité, la noblesse de 1760 était en majorité canadienne et, chose curieuse, n’avait pas même toujours un titre réel de noblesse : elle s’était créée elle-même et elle tenait le haut du pavé par ra propre vertu. (Cest elle qui resta avec nous, L'autre, qui renfermait aussi des Canadiens, mais qui ne tenaient pas à la terre, je l'appelle “française”: c'k ‘en alla vers là France,

La noblesse qui resta était done composée pour la pl part de fils d'habitants. Son prestige est incontestable: e était “la classe dirigeante” dont parle M. Raby. Ta tendance de cette classe était de se rapprocher du gonvernement : aussi, le conseil du

en 1775, ils n'obiectürent pas à entrer 1 gouverneur. Le fait que la couronne choisit les membres du dit conseil parmi les seigneurs et les famiiles titrées, montre

qu’on les regardait comme la classe dirigeante. Lorsque

nous eûmes une chambre Kgislative (1791), les nobles y entrèrent élus par le Peuple, mais dès la seconde élection, ils disparurent et on ne les vit plus briller dans nos affaires publiques, après 1795, «auf des cas d'exception, comme il y en a toujours en toutes choses,

Si l’on eXamine ce qui à eu lieu en 1760-63, on en vient à la conclusion que “la tête du Pays" n’a pas repassé en Frince, mais qu'elle @t restée à Sa place et à été plus tête que Jamais grâce au régime anglais. Ceux qui sont retournés en France n'étaient Pas tous en état de communie sion. Clet, Pénissault, Péan, Vergor, Bivot et leurs pareils avaient tant travaillé à ruiner les habitants que l’on fut so lagé en les Voyant partir. D'autres, non coupables, si

T Sans Confes.

uvous

voulez, s'en allèrent aussi ne laissant pas de regrets, vu qu’ils ne Contribuaient Pas à développer Ja colonie, mais vivaient à ses dépens,

L'émigration des fonc nnaires publics ne doit pas nous étonner: “qe gré où de force, dit l'abbé Couillard Després, ils devaient retourner en France Pour recevoir Je compense de leurs nobles ac tions, les autres le «} rité par leurs Malversations, Plusieurs de ces derni le dit Murray, avaient fait des fortunes dans le commerce principalement dans POuest. Beaucoup d'entre eux, établis au pays depnis Quelques annéos, travaillaient surtout à lenr avancement, A ]a cession qu Canada à Angleterre :]

rent bientôt fait de traverser les mers ayant perdu l'ée

S uns la ré. ment mé-

, Comme

s eupoir de voir leur fortune refleurir en Amérique, Telle ne fut pas la conduite des seigneurs Canadiens d’extro tion noble on plus modeste, (Non! Les desc “ndants des Premiers colons canadiens demeurèrent au Canada malzré la Mauvaise fortune des armes francaises,”

La Correspondance des Premiers Souverneure anglais du

Canada après la conquête, publiée par le gouvernement fédéral, ne laisse aucun doute: les nobles, les gens de profession, les bourgeois qui formaient la classe dirigeante ne quittèrent pas le pays.

Le 5 avril 1762, le gouverneur Burton, des Trois-Rivières, disait: “A ma connaissance personne n’a encore quitté le pays, et présentement, il n'y a pas lieu de craindre l’émigration de la population.” De son côté le gouverneur Gage, de Montréal, écrivait en mai: “A l'exception de ceux qui exerçaient des charges civiles et militaires sous le règne du monarque français personne n'a quitté ce gouvernement pour passer en France. Je ne crains pas non plus de voir aucune émigration se produire lors de la conclusion de la paix, car je suis persuadé que les habitants actuels resteront sous la domination anglaise, Je n’en connais pas qui se prépare à quitter ce gouvernement où qui en ait manifesté l'intention; quelques femmes dont les maris sont en France se proposent d’aller les rejoindre à la conclusion de la paix si ceux-ci préfèrent ne pas revenir au Canada.”

Il ne faut pas croire avec Crémazie que les Canadiens, voyant le départ des Français, éprouvaient “la douleur d’un enfant qu’on enlève à sa mère” ou encore qu’ils se trouvaient “exilés dans leur propre patrie”. Au départ de l’attirail de guerre, aussi bien qu’en voyant disparaître une administration arbitraire st insolente, les Canadiens ont dû respirer librement (3).

Ce qui inspire Crémazie, Garneau, Bibaud, Ferland, c'est l’idée du patriotisme, Ils ne songent pas que le patriotisme est né en 1789 et qu’il n’en était pas question en

Où Crémazie a-t-il trouvé cette inspiration qu'il a popularisée, bien qu'elle renferme un mensonge historique? Dans les lignes si peu littéraires et fausses de Pierre Ducalvet, App°" à la justice, publié en 1784.

1763. Ces écrivains prêtent à leurs grands-pères des manières de penser et de sentir qui ne sont pas de leur temps. Ils ge. raient bien en peine d'expliquer sur quel fait réel ils se busent Pour imaginer tout ce pathétique et larmoyant tableau : Nous pourrions leur Montrer aussi des faits, mais qui sont tout le contraire de la Poésie sentimentale, Lorsque les Canadiens virent le traité de Paris où ils sont livrés comm: du bétail sans condition : lorsque le roi de France refusa de racheter quarante millions de francs de sa monnaie de pa- Pier que possédaient les habitants, je vous prie de croire que > chagrin de la Séparation fut léger. En un m10t, nons restions chez nous et les étrangers s'en allaient,

À partir de 1259-60 jusqu'à 1763, depuis la prise de Québec (4) et de Montréal jusqu’au traité de Paris qui décida

du changement de leur sort, les Canadiens avaient appris du nouveau. abord épouvantés de subir le gouvernement d’une nation hostile et croyant en toute naïveté que le régime fran- Sais était bon, ils de voir que les Anglais com-

Personne, si on se conduisait bien. Ils fu-

cune liberté poli nie, on n’en connais sens.

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4. Sur la capitulation de Québec, en 1759, voir le Siege of Quebec, par le Dr A. Doughty, IV, 210, 273.

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