PRÉFACE
Les textes épigraphiques, qui ont jeté tant de lumière sur Îles institutions des anciens Grecs, éclairent aussi sur plus d’un point l'histoire et les méthodes de leur architecture.
C'était, on le sait, un usage de consacrer par des inscriptions les décrets ou les titres de quelque importance. Les magistrats préposés aux travaux publics faisaient ainsi graver sur des stèles les actes qui avaient signalé leur gestion: et ces stèles, groupées autour des édifices dont elles retraçaient l’histoire, formaient comme des archives authentiques exposées à tous les yeux : des archives de marbre, plus durables parfois que l’œuvre elle-même, et dont les fragments parvenus jusqu à nous révèlent les détails de monuments depuis long-
temps détruits.
De ces archives, 11 nous reste des textes de deux sortes: des comptes de dépenses et des descriptions rédigées pour servir de base à des contrats d'entreprise, des décomptes et des devis. Les décomptes présentent toute la précision de pièces justificatives destinées à couvrir la responsabilité d'agents sans cesse en butte à ces procès de malver-
sation où s'exerçait l'esprit inquiet des orateurs grecs; quant aux
il ÉTUDES ÉPIGRAPHIQUES
devis, ils embrassent parmi leurs prescriptions les circonstances même les plus accessoires de l'entreprise : énonçant les moindres obligations du contrat sans que les difficultés de l'écriture lapidaire semblent les entraver dans leurs minutieux développements. Nous possédons un devis qui a trait à la pose de treize dalles de trottoir : il comprend plus de cent lignes. On dressait des devis descriptifs pour toute espèce d'ouvrages, même pour des statues’; et, par une omission étrange, pas un de ces devis n'est accompagné d’un dessin : les Grecs acceptent les complications d’une pénible analyse, tandis qu'un plan et quelques cotes pouvaient donner à leur idée une expression si naturelle et si simple.
De ces descriptions, la plus complète a trait à l'Arsenal du Pirée : c’est un document de découverte récente, qu'une fouille heureuse a mis au jour en 1882. Aucune dimension n y est omise, aucun détail d'exécution n'est laissé dans 16 vague: tracés d'ensemble, aménagements intérieurs, tout est prévu; la conception de l'architecte est renfermée là tout entière : mais dans ce texte, comme en général dans ceux qui touchent à l’art de bâtir chez les anciens, l’idée nous est transmise sous les voiles d’un langage technique dont le vocabulaire est en grande partie à reconstituer : nous nous trouvons en face d’une question mixte, qui n'est exclusivement ni du domaine de l'architecture ni du ressort de la philologie; et l'écueil en cette sorte de problème est de faire à l'induction technique une part trop large. Que d'erreurs circulent sous l'autorité de Vitruve, dont la critique grammaticale ferait justice! Ai-je échappé à ce genre de méprise? du moins j'ai senti le danger; et, pour le prévenir, j'ai
plus d'une fois mis à contribution la savante obligeance d'un maître
! Demosth. De cor., 37-
PRÉFACE ΠῚ qui voudra bien, je l'espère, agréer comme une expression de
reconnaissance l'hommage de ces Etudes.
Parmi les inscriptions groupées dans ce recueil, je me suis attaché spécialement à quatre principales, les seules qui m'aient semblé susceptibles d’une interprétation un peu suivie, ce sont:
1° Le devis descriptif de l’Arsenal du Pirée:
2° Un devis du même genre, relatif à la restauration des murs d'Athènes ;
3° Les comptes de dépenses de l’Erechtheion ;
4° Les prescriptions techniques, administratives et financières
qui ont régi les constructions annexes du temple de Livadie.
— Ce dernier document présente un double caractère, administratif et technique. Envisagé au point de vue de l’art des constructions, il nous fait connaître l'outillage entier d’un chantier antique ; au point de vue de l’histoire du droit, il nous montre les garanties extrêmes dont les Grecs entouraient les marchés d'entreprise ; nous y voyons formulé l'usage de réserver à l'État les fournitures de matériaux; celui de payer les entrepreneurs par voie d’avances échelonnées : tout un système administratif et financier se devine sous les
clauses de ce contrat.
J'arrive à deux inscriptions que leur caractère plus spécialement descriptif rapproche davantage de celle de l’Arsenal du Pirée : le devis des murs d'Athènes et le décompte de l’Erechtheion.
Ces textes ont été commentés par d'illustres archéologues, et ma première pensée fut d'enregistrer simplement les résultats des tra-
vaux antérieurs. Mais ces travaux, si remarquables au point de vue
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