CLAUSES FINANCIÈRES
de précaution que l’auteur du devis n’ait prise pour les prévenir : exiger des répondants (1. 112); placer les conventions sous la garantie d’un serment solennel (1. 23); astreindre les entrepreneurs à comparaître devant le peuple pour rendre compte de leur gestion (L. 28); spécifier les travaux qu'ils devront exécuter dans chacune des années du bail (L. 105), la juridiction dont ils seront justiciables, les peines dont ils seront passibles (1. 25), etc.
— Le Devis nous fournit enfin quelques détails sur l’organisation administrative des travaux de l'État.
Un architecte directeur des travaux est élu par le suffrage du peuple (1. 6); cet architecte arrête, sous le contrôle d’une commission composée de deux éprstates et d’un ntendant, le programme général: des travaux, et les partage par lots d'entreprise (1. 7); un collège de vendeurs (πωληταί) (1. 36) préside à l’adjudication.
Les entrepreneurs, qui portent, eux aussi, le titre d'architectes (1. 32), gardent dans l’exécution de leur marché une initiative qui donne au contrat d'entreprise un caractère tout à fait à part : c’est une véritable délégation de responsabilité, et une délégation assez large pour intéresser au suecès de l’œuvre leur honneur aussi bien que leur fortune.
Aussi, dans un marché grec de travaux publics, les obligations ne sont jamais limitées ; le marché fixe celles auxquelles l'entrepreneur ne peut se soustraire : libre à lui d’ailleurs de faire autrement, à la condition de faire mieux et de prendre à sa charge les perfectionnements qu'il apporte. Et cette réserves ingulière n’est point du tout une réserve fictive : C’est ainsi qu'au temple de Delphes’ nous voyons l'entrepreneur changer la nature des matériaux convenus et remplacer par du marbre la pierre qui était prescrite; c’est ainsi que nous voyons,
1 Hérodot., V, zxtr.
en l’an 999; Démosthènes, préposé aux fortifications d'Athènes, ajouter aux sommes qui lui sont confiées une somme de trois talents".
Au cas actuel, non seulement le champ est ouvert au zèle de l'entrepreneur (1. 32); mais, d’après la conjecture très vraisemblable 4Ὁ. Müller, les dernières lignes du Devis contiennent un énoncé fort explicite des perfectionnements que l'entrepreneur est invité à prendre à sa charge. L’entrepreneur ne doit qu’un soubassement grossièrement dressé : mais il peut, — à ses frais, — en exécuter le ravalement (1. 116). Il ne doit qu’une corniche à revêtement de poterie: il lui est loisible de remplacer cette corniche économique par un couronnement en pierre (1. 114). Le jour où 165 comptes seront soumis à l’Assemblée du peuple, l’entrepreneur fera la preuve des sacrifices que ces perfectionnements lui auront coûtés (1. 30); et l'Etat, s’il le juge bon, le paiera en honneurs.
L'entreprise des travaux publies était donc moins une profession lucrative qu’une charge honorable mais parfois assez lourde : l’armement des vaisseaux, l’équipement des troupes, tout, jusqu'aux représentations scéniques, faisait l’objet de ces ruineuses entreprises; et l’on se regardait comme amplement récompensé lorsqu'on entendait proclamer au Pnyx ou au Théâtre un décret enregistrant le sacrifice accompli.
Mais ce n’est pas ici le lieu de nous étendre sur ces contributions que le peuple athénien savait si habilement imposer à la vanité des riches entrepreneurs de ses travaux: c’est avant tout un document pour l’histoire de l’architecture que nous cherchions dans l’Inscription des murs d'Athènes.
1 Les textes relatifs à cette curieuse gestion se trouvent rassemblés dans le Mém: d’O. Müller, p. 25, notes 71 et 72. Les principaux sont l’Acte qui figure au paragraphe 17 du plaidoyer de Démosthènes contre Eschine, et le Décret inséré au paragraphe 26 du même discours. — Cf. Xenoph. OEconom., 11.