‹ Etudes épigraphiques sur l'architecture grecqueChapitre 84 sur 147 · Ι. LES PLAFONDS · texte numérisé non relu

Ι. LES PLAFONDS

Une partie seulement de l’Erechtheion possédait à la fois un plafond et un comble : c'était le sanctuaire de Minerve Poliade À et son vestbule B.

Si l’on en juge par l’ordre dans lequel les comptes se succèdent. le plafond fut posé avant l'établissement du comble général de l'édifice; et si l’on se place au point de vue des combinaisons de la charpente, ce plafond nous offre, sous sa forme originelle, le type de construction dont les soffites de marbre du temple de Thésée ou du temple Sunium sont des copies :

C’est un plafond à caissons. La structure en est représentée pl. IF, fig. 1; et le système de charpente auquel il se rapporte, est le mode de construction par empilage : le système le plus primitif de tous, celui où le vide à couvrir est franchi par des pièces de bois dirigées alternativement en long et en travers, de manière à former des caissons dont l’ouverture se resserre progressivement.

— Sur les murs de refend et sur le mur occidental, repose une série de poutres. Ces poutres sont aw moins au nombre de quatre, car on distingue nettement (inser. IV) la mention de quatre poutres dans les quatre reprises successives de la même formule.

Le vide compris entre deux poutres est partagé en compartiments carrés par de grands châssis (πλαίσια τετράγωνα) formant l'ossature générale du plafond.

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À leur tour, ces grands châssis servent de supports à des châssis secondaires qui forment sur tout l’espace à couvrir comme un second réseau de charpente dont les mailles sont larges de 1 pied (2° fr., 1. 6), et sont remplies (même fr., 1. 26) par des dalles de poterie : solution excellente, car des plaques de terre cuite ont sur des panneaux en menuiserie l'avantage de ne jamais gauchir.

On ignore de quel bois étaient faits les grands châssis T. Les châssis secondaires étaient en buis (1. 31) : le buis, indépendamment de ses belles nuances, ἃ l'avantage de jouer très peu ; les anciens lui attribuaient une durée illimitée”.

— Comme éléments de décoration, le texte mentionne :

1° Sur les maitresses-poutres, des « astragales » ;

2° Sur les pefits caissons, de « PETITES cymaises », ce qui implique sur les grands caissons de grandes cymaises.

Le sens qu’il faut iei attacher à ces mots, astragale et cymaise, ne saurait donner lieu à aucune indécision.

L'état de situation (Inscr. Il) nous apprend en effet (fr. 2, 1. 25 et suiv.) que, des deux moulures α΄ et ο΄ de la corniche, l’une porte le nom d’astragale, l'autre celui de cymanse :

La cymaise, comme son nom l’implique, est une moulure ondulée : (12

c'est done le « talon » “ο΄.

Reste pour l’astragale le profil α΄: un « quart de rond ».

— L'inscription nous fait connaître la manière dont ces moulures sont fixées :

L'idée de moulures rapportées éveille celle de moulures appliquées, collées contre les membres de la construction qu’elles décorent.

1 Plin. Hist. nat., XVI, 78.

— [ci, rien de tei: les moulures sont posées sur les pièces auxquelles elles adhèrent ; l’astragale ὦ REPoSE à plat sur la poutre P, comme une assise de maçonnerie sur l’assise qui la porte; les chevilles qui la fixent sont plantées verticalement et tout à fait invisibles.

— Au point de vue de la solidité, on ne saurait imaginer un mode d'assemblage plus irréprochable. Et, au point de vue du bon aspect de l'ouvrage, ce mode a le mérite de dissimuler les bâillements qui peuvent se produire par le retrait ou la déformation des bois. Qu’une moulure en applique vienne à Jouer, elle se détache ou laisse voir un vide entre elle et la pièce qu’elle décore, les chevilles paraissent ; ici, rien de tel. La moulure, quelque déformation qu’elle éprouve, reste fixée sur la poutre qui la porte, les chevilles demeurent invisibles, et les bâillements de joints, vus d’en bas, échappent à l’œil, si prononcés qu'ils puissent être.

Des crampons (IV, 1. 36) fixent en place les maïtresses poutres du plafond, et d’autres crampons (1. 39) consolident les assemblages des grands caissons T.

— Un dernier détail :

Le texte mentionne pour les bois du plafond le dressage au χανὼν λίθινος ([V, 1. 17, 42; V, 4): Qu'est-ce que cette « règle de pierre » ?

— Une inscription découverte en 1875 à Livadie' nous l’apprend :

Les Grecs, pour vérifier les surfaces planes de leurs constructions, se servaient de règles que leur substance rendait insensibles aux influences atmosphériques : c’étaient des pierres très soigneusement aplamies que l’on frottait d’un mélange d’huile et de sanguine, et que l’on appliquait sur la surface dont on voulait vérifier le dressage: la sanguine tachait en rouge la surface là où il y avait eu con-

τ 'Adfyæoy, vol. IV, p. 369. — Kabricius, de Archit. gr. (1881).

étions “sé

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tact. C’est le procédé même que les ajusteurs appellent de nos jours « le dressage au rouge ».

Dans les constructions en pierre, nous avons vu (p. 102) qu'on arasait, après la pose, le lit supérieur de chaque assise, afin de donner une surface d’appui bien régulière à l’assise suivante : — Telle est évidemment l’idée qui préside ici au dressage sur place des pièces du plafond. Chaque poutre posée est « dressée au rouge » sur sa surface supérieure, pour offrir aux grands caissons une assiette régulière ([. 37); chaque grand eaisson est dressé à son tour pour recevoir les petits caissons de buis (1. 41) : le dressage des caissons et 1 ἐπεργασία des assises de pierre sont des opérations équivalentes.

IT Le CovBLE.

Deux cloisons subdivisent transversalement l’espace compris entre les murs-pignons de l’Est et de l'Ouest: ces cloisons et les deux murspignons forment pour les pannes du comble des appuis naturels qui dispensent de recourir à des fermes pour porter la toiture: les pannes Q reposent directement sur la maçonnerie.

Ces pannes et les chevrons ἢ constituent toute l'ossature du comble.

Des madriers S croisent transversalement les chevrons ; ces madriers, coupés par tronçons de 7 palmes de longueur (IV, fr. 2, 1. 16, s’assemblent nécessairement par les deux bouts dans les chevrons : leur longueur de 7 palmes implique ce mode d’assemblage et fixe très approximativement l'intervalle d’un chevron à l’autre. Les voliges, ici comme à l’Arsenal du Pirée, sont dirigées suivant la ligne de pente du comble.

— De point en point, nous retrouvons à l'Erechtheion les disposions et le vocabulaire technique que nous avons essayé de mettre

en lumière à propos de l’Arsenal du Pirée; une seule série de pièces se rencontre ici qui n'a pas sa place à l’Arsenal du Pirée, c’est la série des pannes (σελίδες), SAVOIr :

a Les pannes courantes — σελίδες χλιμαχίδες (V, 1. 12) ou simplement σελίδες (VI, 1. 4);

b La panne de faitage ou de brisis — σελὶς χαμπύλη (V, 1. 4).

Les chevrons portent le même nom qu’à l'arsenal du Pirée : σφηχίσχοι (11, 1, 80; IV; fr. 2, 1. 90. — Cf. Arsenal du Pirée, {πο 1:11}:

Les madriers horizontaux qui les croisent s'appellent, ici encore, ἱμάντες (LE, 1. 80; IV, fr. 2, 1. 30. — Cf. Ars., I. 09).

Et enfin, les voliges portent, de part et d'autre, le nom de χαλύμματα (VI, 7. — Cf. Ars., 1. 57) : identité de rôles, identité de vocabulaire ; la concordance des deux documents est absolue.

IT. — Déraizs SPÉCIAUX A LA PARTIE APPARENIE DU COMBLE.

Au-dessus du plafond de la cella de Minerve le comble porte, avons-nous dit, le nom εἰ ἐποροφία, et le nom αἰ ὀροφή est réservé au plafond. Dans la description de la cella de Neptune (inser. VE, p. 115), les deux noms, comme les deux rôles, se confondent: on n’a plus qu’une ὀροφή, qui est le comble même, mais le comble devenu apparent et revêtu d'ornements rapportés (pl. I, fig. 2°).

La structure est toute semblable à celle du reste du comble : pannes, chevrons, entretoises et voliges.

— Les chevrons R et les entretoises S donnent par leur eroisement une série de compartiments à peu près carrés dont le fond est

! L'usage des combles apparents n'est pas sans exemples dans l’art grec: Hittorff La prouvé par l'étude d'une tuile d'Ægium dont la face inférieure étail enrichie d'ornements émaillés et s’apercevait de l’intérieur de l'édifice, entre les chevrons de la toiture (Monum. de Ségeste et de Sélinonte, p. 270).

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constitué par le voligeage même, et que le texte désigne sous le nom expressif d’œils (ὀπαῖα). Ces caissons, l’architecte se contente d’en aecentuer les formes par les ornements qu'il leur applique : il dispose au fond de chaque caisson une baguette moulurée €” faisant bordure VI, fr. 1, 25 col:, 1. 12), au milieu, une rosace de métal (ΥἹ, ἔν. 8, 2° col., 1. 1 ; IV, fr. 2,1. 34). Cette rosace et la bordure, voilà toute la décoration d’un ὀκαῖον.

Comme détail d'exécution, on notera que la baguette moulurée, la « cymaise” », n’est pas chevrllée sur le bâti du caisson : les comptes nous montrent le comble dressé au moment où ils mentionnent l’application des moulures ; il était alors impossible de poser ces moulures autrement qu’en les co{lant contre les surfaces qu'il s'agissait d’orner : et en effet, c’est le verbe περιχολλᾷν que les comptes emploient pour caractériser le mode d'application. La comparaison des figures 1 et 2 de la planche IT, fera saisir la différence des deux modes d'assemblage.

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