D'APRÈS STUART
La dernière colonne de ce tableau indique entre les mesures de Stuart et les chiffres des inscriptions de très légers écarts. Sommes-nous en face d'erreurs de mesure ou de négligences d'exécution ? Les différences tiennent-elles à ce que les chiffres du document antique sont de simples cotes d'épannelage ? ou bien doit-on reconnaître ici ces corrections que Vitruve (VI, 3) conseille d'apporter aux dimensions calculées, d'après la place que les diverses parties occupent dans l’ensemble ? Les écarts sont trop peu accentués pour voiler la loi théorique, mais ils méritent un contrôle.
préposés qui les emploient soit à la journée, soit à la tâche, et règlent les prix de gré à gré avec eux.
Ce mode d'exécution est tout différent de celui qui fut admis soit à l’Arsenal du Pirée, soit aux murs d'Athènes : l’Arsenal et les Murs étaient des entreprises, subdivisées par lots, mises publiquement au concours et adjugées à forfait; les travaux de l’Erechtheion constituent au contraire ce que nous appellerions wne régie.
La différence des deux régimes s'explique :
Aux murs d'Athènes, et même à l’Arsenal du Pirée, il s'agissait d'ouvrages courants, dont l’exéeution n’exigeait que des aptitudes assez vulgaires. Ici, au contraire, nous sortons des conditions usuelles : les moindres détails doivent être traités avec la perfection la plus absolue ; et la régre, en plaçant chaque opération sous le contrôle direct des préposés de PÉtat, paraît seule offrir des garanties suffisantes.
Les travaux s’exécutent sous la responsabilité de deux épistates ou préposés et d’un architecte (inser. I).
Au début de chaque prytanie, l’intendant chargé des dépenses du culte de Minerve remet aux épistates les sommes à dépenser pendant les trente-cinq jours de la prytanie (VE, fr. 1, 1° col., 1. 63; fr. 3, 1" col., 1. 27 et 2° col., 1. 25) ; les paiements sont faits aux ouvriers par les soins des épistates ; la justification des dépenses a lieu à chaque chansement de prytanie, et les“ comptes, inscrits sur le marbre, restent comme la décharge des prytanes sortants.
— Au point de vue technique, la direction des travaux appartient à l’architecte dont le nom figure en tête des inseriptions à côté de ceux des épistates (IL, L. 3) ; et ce directeur a sous ses ordres un inspecteur portant comme lui le titre d'architecte, mais dont le rôle subalterne est indiqué par la modicité même de la rétribution qu’il perçoit : sa surveillance journalière lui est payée juste au prix d’une journée de
manœuvre (VI, fr. 1, 1" col., 1, 56 ; fr. 3, 2° col., 1. ὃ. — Cf. îe 1 2" ρ0]..1. 20).
— Sur la condition des ouvriers eux-mêmes, voici les indications contenues dans les comptes de l’Erechtheion :
Tous les ouvriers employés paraissent être de condition libre : nulle mention n’est faite de la présence d’esclaves publics sur les chantiers du temple. |
—- Entre ces ouvriers libres, la division des professions semble assez flottante : le caractère gree se plie mal à l’uniformité absolue des occupations : 1l cherche le changement. C’est ainsi que nous voyons un certain Comon de Melite occupé tour à tour à tailler des chevrons
pour la toiture, et à murer des entre-colonnements (IV, fr. 2, 1. 19 jt
et 31).
Pourtant, d'une manière générale, les ouvriers cités aux comptes paraissent avoir sinon un métier bien défini, du moins une spécialité assez nettement établie. Un nom apparaït-il dans un compte de charpente, c'est dans les comptes ultérieurs de charpente qu'on a chance de le retrouver.
Parmi les ouvriers qui travaillent le bois, les scieurs forment une subdivision à part (VI, 1. 29). Parmi les ouvriers qui sculptent le marbre, les praticiens auxquels sont confiées les figures de la frise sont distincts de ceux qui sculptent les rosaces des soffites (VI, fr. 3, 1" col. ; Cf. VI, fr. 3, 2° col., 1. 69 et suiv.). Les tailleurs de pierre qui exécutent la cannelure des colonnes forment une nouvelle classe d'ouvriers où figurent desnoms qu’on a rencontrés à propos du ravalement des pierres de la frise (TE, 1. 40 ; VI, fr. 3, 1" col., 1. 70 — ΠΙ, 1. 28 ; VI, fr. 3, 1" col., 1. 42). Les comptes de la cannelure des colonnes (VI, fr. 3, 1% et 2° col.) nous montrent ces tailleurs de pierre groupés par escouades de six hommes, soit que ce groupement fût commandé par les exigences du travail, soit qu'il résultât d’une association librement contractée entre les hommes d’une même escouade.
Ces ouvriers étaient-ils enrôlés en corporations? Rien ne le prouve. Si l’on parcourt les listes de nos dernières inscriptions, on verra que le fils suivait assez ordinairement la profession de son père, mais rien ne fait supposer qu'il y füt astreint comme plus tard 1] le fut à Rome. Les dispositions indépendantes de l’esprit grec et l’imparfaite délimitation des professions porteraient bien plutôt à croire que le recrutement des ouvriers athéniens était libre ; et le seul indice que les inscriptions nous donnent de l’intervention de l'Etat dans la vie des sociétés ouvrières paraît moins indiquer une tendance oppressive qu'un bienveillant patronage : cette intervention de l'Etat ne se manifeste que par l’insütution d’un sacrifice dont le trésor public subit les charges (ΥἹ, fr. 3, 2° col., 1. 26), et qui rapproche dans une même solennité les ouvriers et leurs chefs.
= ne