CHAPITRE VI
a été élevée. Dès le débat, Pauline à des vertus quisemblentnourriesde l'esprit de l'Evangile ; mais, comme elles ont toutes leurs racines dans le cœur de Thomme, leur développement spontané n'a rien de contradictoire, et l'auditeur l'accepte sans en être choqué. A cela se borne à peu près l'influence du temps où l'œuvre a été écrite, et d'autre part l'absence de recherche de couleur locale empêche qu'elle ne présente de ces erreurs que le temps ne peut manquer de rendre choquantes.
Quelle difTérence ne frappe pas tous les yeux quand de là on passe au Martyre de saint Genest ? Bien que postérieure de six ans à Polyeucte et due à la plume d'un homme qui savait rendre hommage au génie de Corneille \ cette tragédie est tout imprégée d'une couleur essentiellement contemporaine et fait songer aux œuvres du moyen âge par l'inconscience avec laquelle Fauteur fait la peinture de son temps en traitant un sujet antique. La fille de l'empereur Dioclétien parle le pur jargon des précieuses :
0 ciel ! qu'un doux travail m'entre au cœur par les yeux !
Voici d'autre part un théâtre antique où les représentations ont lieu à la lumière artificielle et où les rôles de femmes sont remplis par des personnes de leur sexe, et Rotrou ne laisse pas d'insister sur les conséquences de ce fait. Ecoutez, en effet, l'actrice Marcelle se plaindre des adorateurs importuns qui envahissent sa loge :
Dieux! comment en ce lieu faire la comédie? De combien d'importuns j'ai la tête étourdie ! Combien à les ouïr je fais de languissants! Par combien d'attentats j'entreprends sur les sens ! Ma voix rendrait les bois et les rochers sensibles ; Mes plus simples regards sont des meurtres visibles; Je foule autant de cœurs que je marche de pas;
i. C'est dans cette pièce même que se trouvent ces vers bien connus :
Ces poèmes sans prix, où son illustre main D'un pinceau sans pareil a peint l'esprit romain, Rendront de leur beauté notre oreille idolâtre Et sont aujourd'hui fàme et l'amour du théâtre.
l'art et la curiosité
La troupe en me perdant perdrait tous ses appâts ; Enfin, s'ils disent vrai, j'ai lieu d'être bien vaine. De ces faux courtisans toute ma loge est pleine ; Et, lasse au dernier point d'entendre ces douceurs, Je les en ai laissés absolus possesseurs, Je crains plus que la mort cette engeance idolâtre De lutins importuns qu'engendre le théâtre, Et que la qualité de la profession Nous oblige à souffrir avec discrétion.
Et Genest réplique malicieusement à cette charmante tirade, qu'on ne saurait bien dire sans un éventail:
Outre le vieil usage où nous trouvons le monde ; Les vanités encor dont votre sexe abonde Tous font avec plaisir supporter cet ennui.
Tout autres sont les procédés de composition de Racine qui, dans ses préfaces Andromaque, les expose très clairement. La première montre ce qu'il refuse d'accorder au goût de son temps, et la seconde ce qu'il lui concède spontanément. « Toute la li])erté que j'ai prise, dit-il, ç'a été d'adoucir un peu la férocité de Pyrrhus, que Sénèque, dans la Troade, et Virgile, dans le second livre de VEnéîde^ ont poussée beaucoup plus loin que je n'ai cru le devoir faire ; encore s'est-il trouvé des gens qui se sont plaints qu'il s'emportât contre x'Vndromaque, et qu'il voulût épouser une captive à quelque prix que ce fût ; et j'avoue qu'il n'est pas assez résigné à la volonté de sa maîtresse, et que Céladon a mieux connu que lui le parfait amour. Mais que faire ? Pyrrhus n'avait pas lu nos romans ; il était violent de son naturel, et tous les héros ne sont pas faits pour être des Céladons ». Aujourd'hui, le rôle de Pyrrhus nous paraît un peu fade, et nous savons gré aux acteurs qui, comme M. Paul Mounet, le font un peu plus rude que ne le comporterait le texte. En agissant ainsi du reste, ils sont loin de trahir la pensée de Racine, qui se fût certainement bien volontiers moins écarté du personnage que nous avait légué l'antiquité.
Si Racine n'a cédé à ses contemporains qu'à contrecœur et tout en leur résistant en ce qui concerne