Flaubert, pp. 74 et
l'art et la curiosité
billés selon la mode antique, Gondoforus, roy de Indela-Majeure, estoit vestu d'une robe de salin cramoisy, faite à la Turquesse », et Néron était accompagné de son favori Sporus, habillé en femme a à la mode grecque ». Certes, ces prétentions à la couleur locale étaient des plus mal justifiées, ainsi qu'on peut s'en convaincre en lisant la relation de la monstre qui précéda la représentation ^ ; mais elles n'en manifestent pas moins l'inévitable penchant à restituer les choses conformément à leur réalité supposée.
Au xvn*^ siècle, l'art tragique s'élève brusquement, avec Corneille, à un haut degré de perfection, et il est curieux de comparer le grand poète, au point de vue spécial qui nous occupe, avec le premier de ses contemporains, Rotrou. Tous deux en effet ont mis en scène un martyr chrétien ; Rotrou ne l'a fait qu'après Corneille, et cependant sa tragédie de Saint Genest rappelle l'enfance de Tart, tandis que Polyeucte est peutêtre l'œuvre qui, à notre gré, approche le plus de la perfection au point de vue de la couleur locale. La recherche de cette couleiir en est absente ; l'esprit ne se sent distrait, ni à la lecture, ni à l'audition, par ces particularités de mœurs qui l'occupent et l'empêchent de se laisser pénétrer du sentiment du beau.
Plus de deux siècles et demi ont passé sur cette œuvre^ et cependant aucun détail ne nous choque^ rien ne vient nous rappeler brusquement l'époque où elle a été écrite. Comme le veut Fromentin, Corneille a simplifié la forme autant qu'il se peut; il n'a, pour ainsi dire, conservé dans ses personnages que ce qui fait le fond même de la nature humaine, en sorte qu'ils seront compris de tous les siècles et de tous les pays. Est-ce à dire qu'on aurait pu créer Pauline dans un siècle quelconque ? nullement, et l'on pourrait même taxer son rôle d'invraisemblance, eu égard au milieu dans lequel elle