‹ Etudes esthetiquesChapitre 134 sur 174 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

costume, c'est-à-dire en quelque sorte en cessant d'être Arabe pour devenir humain. Devant la demi-nudité d'un g-ardeur de troupeaux, je rêve assez volontiers de Jacob. J'affirme au contraire qu'avec le hurnouss saharien ou le macKla de Syrie, on ne représentera jamais que des Bédouins S).

Ajoutons à ce passage le suivant, qui l'atténue dans une certaine mesure : « L'Arabe à pied, drapé^ chaussé de sandales, est l'homme de tous les temps et de tous les pays ; de la Bible si tu veux, de Rome, des Gaules, avec un trait de la race orientale et la physionomie propre aux gens du désert. Il peut figurer dans quelque scène que ce soit, grande ou petite, et c'est une figure que Poussin ne désavouerait pas. Le cavalier, au contraire, debout sur son cheval efflanqué, lui serrant les côtes, lui rendant la bride, poussant un cri de gosier et partant au galop, penché sur le cou de sa bête, une main à l'arçon de la selle, l'autre au fusil, voilà l'homme du Sahara ; tout au plus pourrait-on le confondre avec le cavalier de Syrie ^ ».

Quoi qu'il en soit de cette atténuation à une thèse absolue^ il est certain que M. James ïissot est d'un avis singulièrement opposé à celui de Fromentin. Dans la préface à sa Vie de Jésus ^ il n'a pas craint de dire que (( le monde chrétien a eu depuis longtemps l'imagination faussée par les fantaisies des peintres » ; lui-même a voulu être émotionné directement par la vie de Notre Seigneur, en passant dans les mêmes lieux, en contemplant les mêmes paysages, en cherchant les traces de la même civilisation. On sait qu'il partit en conséquence pour la Terre Sainte au mois d'octobre 1886 et qu'il en revint en 1894 avec cette admirable série de quatre cents gouaches qui souleva une émotion si vive, au salon de la Société Nationale des Beaux- Arts. En présence d'une pareille œuvre, on se sent saisi de respect

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